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Qui sont les grands absents du One Drop ?

- 17 juillet 2018 - Par Benjo DiMeo

One Drop
Vous vous êtes peut-être demandé pourquoi le Big One for One Drop était limité à 48 participants maximum, avec un système de "deposit" de 50 000 $ à avancer avec plusieurs mois d'avance pour être certain d'obtenir un siège. Après tout, l'Amazon Room et très grande, et à un million de dollars le ticket d'entrée, ce n'est pas comme si il y allait avoir foule, de toute manière. Non ?

Hé bien, il y a une bonne explication, mais celle-ci est contre-intuitive. Si l'affluence est volontairement "cappée" par les organisateurs, c'est bel et bien dans l'espoir d'attirer un maximum de monde. Hein ? Prenons un exemple : vous êtes un gros joueur de poker, et vous apprenez que cinq joueurs amateurs envisagent de s'inscrire au One Drop. Avec le système actuel, vous allez probablement tenter de réunir un million de dollars le plus vite possible, afin d'être certain de pouvoir vous inscrire avant que le quota de 48 joueurs ne soit atteint. Il ne faudrait pas se faire griller la place par un autre pro !

Si ce quota n'existait pas, vous vous contenteriez probablement de vous pointer le Jour J avec le cash dans la poche, et vous prendriez bien soin d'ausculter le field avant de prendre votre décision de jouer ou non : c'est actuellement ce qu'il se passe lors du Day 1 de la plupart des gros High Rollers d'Europe et de Las Vegas, qui ont souvent bien du mal à débuter à l'heure, car au moment du coup d'envoi, il y a souvent beaucoup de plus de pros debout, tournant entre les tables les mains dans les poches avec des airs de vautour, que de pros ayant acheté leur ticket d'entrée. Très rares sont les pros mettant un point d'honneur à s'inscrire aux High Rollers quel que soit le field. Parmi ces "vertueux", on peut citer les membres du "club des légendes" (Ivey, Negreanu, Seidel...), et les jeunes terreurs du moment n'ayant pas froid aux yeux (Petrangelo, Adrian Mateos Diaz, Isaac Haxton...)

PecheBen oui : la plupart des gros joueurs de poker sont un peu comme des pêcheurs, ou des chercheurs d'or : si la rivière est trop calme, ou que le filon se tarit, ils rangent leur canne à pêche ou leur tamis, et ils vont chercher l'argent ailleurs. Avant de risquer un million de dollars, ils ont envie d'être sûrs que l'investissement en vaut la peine. Et on dirait bien que pour cette édition 2018 du One Drop, beaucoup ont décidé que le tournoi ne valait pas le coup : l'absence annoncée de plusieurs "baleines" bien connues du milieu des high-stakes a découragé pas mal de pros que l'on avait pourtant vus au départ des éditions précédentes.

Qui sont ces baleines ? Qui sont ces requins ? On fait le tour des grands absents du One Drop 2018.

GuyL'absence de Guy Laliberté est évidemment notable puisque ce tournoi est son bébé. Cependant, elle n'aura surpris personne : impliqué dans plusieurs autres projets à vocation philantrophique, le milliardaire Québécois n'a que peu de temps à consacrer au poker ces derniers temps, et avait profité de l'annonce du tournoi en novembre 2017 pour indiquer qu'il serait moins impliqué dans le projet que lors des éditions précédentes. Quand bien même : sans Guy, le tournoi n'est plus le même. D'abord, parce que la simple présence de l'un des plus gros riches fishs de l'histoire du poker moderne dans un tournoi aussi cher suffisait à elle seule à justifier la présence de nombreux pros. Et aussi parce que Guy, aussi généreux que peu rancunier, était réputé pour n'avoir aucun problème à sortir le chéquier pour stacker ses amis pros ne disposant pas d'un million de dollars cash à cramer en une seule fois.

LeonBeaucoup plus surprenante est l'absence de Leon Tsoukernik. D'abord parce que le propriétaire du King's Casino de Rozvadov (République Tchèque) a cimenté ses dernières années une relation privilégiée avec les WSOP : c'est dans son casino, pourtant situé dans un trou paumé en rase campagne près de la frontière allemande, que se jouent désormais les WSOP Europe, et à Vegas, la section "High Stakes" des cash-games des WSOP porte son nom. Et surtout parce que Leon fut tout simplement le premier joueur à s'inscrire, annonçant lors de la conférence de presse organisée en novembre 2017 qu'il avait promis à Guy qu'il décrocherait personellement son téléphone pour que "l'enthousiasme envers le One Drop se traduise par un grand succès caritatif." Dix mois plus tard, difficile de voir dans ces mots autre chose qu'une promesse creuse : Leon n'a pas été vu au Rio depuis le début des WSOP, et parmi les 27 participants au tournoi, on ne retrouve point d'amateurs rameutés par Leon, mais presque uniquement des joueurs ayant déjà participé aux éditions précédentes du tournoi. Que s'est-il passé ? On n'en sait rien, mais toujours est-il que son absence contribue elle aussi à diminuer l'attrait du tournoi. Comme Guy, Leon est connu pour être jouer aussi large à la table qu'en dehors : l'ancien marchand d'art finance les High Rollers de nombreux joueurs, notamment les Allemands. Cette année, nous n'avons croisé que quatre joueurs teutons. Parmi les Allemands manquant à l'appel : Philip Gruissem, et Tobias Reinkemeier, qui ont déjà participé à au moins une des éditions précédentes, mais aussi Martin Finger, Ole Schemion, Dietrich Fast...

Plus généralement, si l'on jette un oeil aux reportages consacrés aux deux premières éditions du One Drop, on repère plein de noms qui ont décidé de passer leur tour cette année, à commencer par le dernier vainqueur en date, Dan Colman. Il faut dire que sa victoire en 2014 ne lui avait pas rééllement donné envie de faire plus de tournois live : on ne le croise que très rarement. Idem pour Elton Tsang, vainqueur de l'édition "hors série" réservée aux amateurs et organisée en 2016 à Monte Carlo. Des joueurs comme Doug Polk, John Juanda, Phil Galfond, Sam Trickett, Jason Mercier, Michael Mizrachi ou encore Jonathan Duhamel figurent aussi aux abonnés absents. Pas nécessairement parce que leur bankroll fait grise mine - de toute façon, tous ou presque se font stacker - mais peut-être parce que la gueule du field ne leur a pas vraiment donné envie de faire des efforts pour trouver la quantité nécessaire de soutiens financiers.

PhilEt Phil Hellmuth, alors ? C'est un fait connu : l'auto-proclamé meilleur joueur du monde (15 bracelets tout de même, certains prennent leur melon pour moins que ça) est stacké depuis la fin de son juteux contrat de sponsoring avec la défunte (et honnie) room Ultimate Bet. Il a beau avoir fait taire (temporairement) les critiques en remportant une nouvelle épreuve des WSOP il y a une semaine, Phil n'a pas su convaincre les stackers de faire un trou dans leur porte-monnaie. Ou peut-être a t-il refusé le combat, dans un rare éclair de lucidité ?

Parmi les gagnants récents, on pourra aussi s'étonner de l'absence de Ben Yu et Sean Winter, qui avaient pourtant remporté plus de un millions de dollars chacun la veille en atteignant les deux premières places du High Roller à 50 000 $ des WSOP.

BaldwinDans la catégorie "amateurs éclairés ne rechignant pas à risquer un million de temps en temps", citons Gabe Kaplan, l'ancien pro et désormais patron de casino Bobby Baldwin (photo), Dan Shak, ou encore Bill Perkins : aucun d'entre eux n'a participé. Même topo pour les nombreux businessmen Chinois, qui ne viennent que rarement à Vegas : il y a déjà assez de grosses parties à Macao leur convenant parfaitement.

Enfin, on regrettera l'absence de Dan Bilzerian. Le playboy et fils de milliardaire continue de clamer qu'il gagne des dizaines de millions de dollars par an en jouant aux cartes, mais n'a jamais appuyé ces déclarations en participant à un tournoi live en public, si ce n'est pour un ITM sur les WOSP il y a quelques années.  Arrête ton char, Dan ! On sait très bien que c'est du pipeau, ton histoire de mec qui joue high-stakes.