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Big One for One Drop et Guy Laliberté : un historique (2012-2018)

- 16 juillet 2018 - Par Benjo DiMeo

Epreuve de poker au prix d'entrée le plus élevé de la planète, le Big One for One Drop est l'enfant du businessman québécois Guy Laliberté. Pour le grand public, le Québécois de 58 ans est avant tout un ancien artiste de rue qui a créé en 1984 l'une des franchises d'entertainment les plus rentables de la planète, le Cirque du Soleil, dont les acrobates sévissent en tournée dans le monde entier, et tous les soirs dans plusieurs casinos du Strip de Las Vegas, avec des spectacles proposant une surenchère de cascades spectaculaires et de costumes extravagants : Ka ! (MGM), O (Bellagio), Zumanity (New York New York), et j'en passe.

Guy
Guy Laliberté en finale du WPT Bellagio 25 000 $ (2007)

Pour les joueurs de poker, Laliberté est tout autre chose : un généreux bienfaiteur. Car lorsque cet éternel ado s'est pris de passion pour le poker aux alentours de 2007, il n'a pas fait les choses à moitié, s'installant directement aux tables offrant les enjeux les plus élevés, en l'occurence la Bobby's Room du Bellagio, la section "High Stakes de Full Tilt Poker, et des émissions de cash-game très chères comme High Stakes Poker.

On ne saura jamais vraiment combien de millions de dollars Guy Laliberté a distribués aux pros de Vegas et d'ailleurs au cours des douze dernières années. Ses pertes en ligne, notamment, font de lui la plus grosse "baleine" de l'histoire du poker sur Internet. En coulisses, la chose est bien connue : nombre de joueurs que vous connaissez bien lui doivent leurs carrières. Et Guy Laliberté, dont la bonne humeur à table est légendaire, s'en fiche pas mal, de ces millions : il pourrait passer le reste de sa vie à perdre dans la Bobby's Room qu'il serait toujours le joueur le plus riche de la table. En 2018, sa fortune personnelle a été estimée à 1,37 milliard de dollars !



Laliberté est tellement indifférent à l'argent qu'il peut se permettre de raser David Benyamine de plus de 600 000 $.. et lui rendre l'argent aussitôt le coup terminé !


Forcément, avec autant de pognon, il y a de quoi rigoler. Au fil des années, Laliberté a ainsi multiplié les folies. En 2009, il est devenu le premier "touriste dans l'espace", passant 10 jours et 10 nuits à bord de la mission Soyuz TMA-16 / TMA-14 en compagnie d'astronautes de métier. Deux ans plus tôt, il s'est carrément payé un atoll entier en Polynésie-Française. Le but ? "Mettre ma famille et mes amis à l'abri en cas de catastrophe globale, comme une guerre ou une épidémie." Brrr. Au milieu de ces dépenses spectaculaires, le milliardaire a aussi pensé aux autres, avec de multiples oeuvres de charité comme la fondation One Drop. Cette fondation, c'est bien le prétexte qui a amené 24 joueurs de poker à mettre un million de dollars sur la table aujourd'hui.

Présidée par Guy Laliberté, la fondation One Drop est une ONG visant à prendre à bras le coeur l'un des challenges majeurs du siècle :  l'eau potable et son accès pour les populations les plus en difficulté du globe : celles qui subissent la guerre, celles qui subissent la famine, celles qui subissent la sécheresse. En annonçant en 2011 la création du tournoi de poker Big One for One Drop, Laliberté conciliait ainsi deux de ses hobbies, la philantroprie et le jeu, et en appelait à la générosite des pros à qui il avait tant donné au cours des cinq années précédentes : sur chaque ticket d'entrée, 8% du million de dollars investi serait directement reversé à la fondation One Drop.

2012 Esfandiari
2012 : Antonio Esfandiari triomphe lors de la première édition

Organisée durant l'édition 2012 des World Series of Poker, le Big One for One Drop suscita son lot de controverses. Les puristes rechignèrent quant à la petite taille du field, donnant l'occasion aux joueurs de poker les plus riches de "s'acheter" un bracelet. En réponse à cela, les WSOP avaient fixé un quota minimum de 22 inscriptions, sans quoi aucun bracelet ne serait distribué. Les défenseurs de l'intégrité du jeu s'inquiétèrent des dérives potentielles d'une épreuve aussi chère : qui pouvait vraiment se permettre d'investir une telle somme ? Forcément, la plupart des pros (si ce n'est la totalité) allaient se retrouver à vendre des parts de leur action à d'autres pros, certains figurant eux aussi sur la liste des partants.

Pour vous donner une idée, Daniel Negreanu avait annoncé lors de l'édition 2012 qu'il ne jouait que pour 44% de son action : il avait vendu 50% de parts de son entrée de un million à plusieurs investisseurs, et échangé ("swap") 6% avec d'autres participants au tournoi. Si le joueur de poker le plus titré parmi tous les participants ne joue que pour 44%, qu'en est-il de tous les autres ? En outre, une rumeur persistante disait que Guy Laliberté lui même avait sorti le chéquier pour inscrire nombre de ses amis pros. Qu'allait-il se passer si un ou plusieurs d'entre eux se retrouvait à la même table que son généreux donateur ?

Controverses mis à part, la première édition du Big One for One Drop fut un succès, la totalité des 48 places disponibles ayant été vendues, et nombre de riches amateurs répondirent présent, motivant les médias à écrire des choses positives à propos de notre jeu favori (pour une fois !). D'autant que la partie se conclut avec la victoire d'un des visages les plus reconnaissables auprès du grand public, Antonio Esfandiari. Après son sacre, Esfandiari avait visité le continent Africain afin de constater de ses propres yeux les investissements réalisés avec les donations des joueurs de poker.

2014 Colman
2014 : Dan Colman gagne, mais sans jouer le jeu


Deux ans plus tard, en 2014, le Big One for One Drop est revenu au calendrier des WSOP en 2014, avec de nouvelles controverses à la clef : après sa victoire, le jeune pro Internet Dan Colman s'était fait remarquer en refusant toute les traditionnelles interviews post-sacre, expliquant que pour lui, le poker était quelque chose d'aussi dangereux que l'alcool, la drogue ou le tabac, et que le sujet ne méritait donc aucune interview avec la presse grand public. Peut-être, mais quelle pub pour la fondation One Drop ! En outre, les retours mitigés des riches amateurs ayant disputé l'épreuve (plusieurs se sont plaints du comportement de certains pros, et notamment de "tanks" à rallonge otant pas mal de fun à la partie) ont causé la mise au placard du One Drop de Las Vegas, qui fut brièvement remplacé en 2016 par une version exclusivement reservée aux amateurs, organisée à Monte Carlo.

Malgré les critiques, malgré les controverses, la franchise One Drop a fleuri aux World Series of Poker. Chaque édition voit désormais se tenir une version "low cost" à 1 111 dollars avec des recaves illimitées, et lors des années sans "Big One" se tient une version High Roller à 111 111$ "seulement".

One Drop : un historique

Guy Laliberté
Big One for One Drop - 2012
48 inscrits - Prize pool 42 666 672 $
Vainqueur : Antonio Esfandiari (USA) 18 346 673 $

High Roller for One Drop - 2013
166 inscriptions (re-entry inclus) - Prize pool 17 891 148 $
Vainqueur : Anthony Gregg (USA) 4 830 619 $

Ivey
Phil Ivey lors de l'édition 2014

Big One for One Drop - 2014
42 inscrits - Prize pool 37 333 338 $
Vainqueur : Dan Colman (USA) 15 306 668 $

High Roller for One Drop - 2015
135 inscriptions (re-entry inclus) - Prize pool 14 249 925  $
Vainqueur : Jonathan Duhamel (Canada) 3 989 985 $

High Roller for One Drop - 2016
183 inscriptions (re-entry inclus) - Prize pool 19 316 565 $
Vainqueur : Fedor Holz (Allemagne) 4 981 775 $

Monte Carlo One Drop Extravaganza - 2016
28 inscriptions (plus 2 re-entries) - Prize pool 27 437 564 $
Vainqueur : Elton Tsang (Hong-Kong) 12 248 912 $

High Roller for One Drop - 2017
130 inscriptions (re-entry inclus) - Prize pool 13 722 150 $
Vainqueur : Doug Polk (USA) 3 686 865 $