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Deux bonnes raisons d'y croire

- 11 juillet 2018 - Par Flegmatic

Main Event - Fin du Day 6
Antoine Labat et Sylvain Loosli qualifiés pour les demi-finales du Main Event, parmi 26 joueurs
Le premier est troisième au chipcount, le second connaît le chemin vers la finale

labat loosli

On ne va pas vous le cacher, au moment d'apprendre que l'objectif ultime de ce Day 6 était de voir le field se réduire à 27 joueurs seulement, sur les 109 qui sont revenus à 11 heures dans l'Amazon Room, nous n'étions pas franchement confiants. On se voyait déjà tourner autour des trois feature tables de l'Amazon Room jusqu'à trois heures du matin, à espérer que quelqu'un veuille bien mettre les jetons au milieu. Et puis, un peu plus de 24 heures après avoir connu la foudre, c'est cette fois un miracle qui s'est abattu sur le Rio. Un miracle qui a pris la forme d'une prodigieuse accélération dans le rythme des éliminations : lors des dernières minutes de la journée, nous sommes passés de 34 à 26 joueurs restants, pour une fin de Day "dans les temps" peu avant une heure du matin.

On vous fait cadeau des sorties du dernier Britannique de ce tournoi (Daniel Tang, 31e) et du dernier Espagnol (Santiago Bernabeu, 30e) ou de l'ex chipleader Jorden Fox (27e), qui s'est empressé d'envoyer la boîte une fois le palier de la 27e place franchie, pour nous concentrer sur l'essentiel : deux Français seront au départ du Day 7 du Main Event 2018, l'expérimenté membre du Team Winamax Sylvain Loosli et le beaucoup moins attendu Antoine Labat. Après Antoine Saout en 2016, après le quatuor de choc Pollak / Saout / Reard / Messina en 2017, notre beau pays confirme donc sa bonne forme sur le Big One et peut même légitimement espérer s'inviter en finale pour la deuxième année consécutive. Nous nous sommes entretenus avec nos deux champions une fois leur qualification acquise et leurs jetons consciencieusement rangés dans les sacs.

Antoine Labat : 28 445 000 (118BB)

Antoine Labat

Le maillot à pois du jour. Pendant un peu plus de onze heures passées à table, Antoine Labat a connu la journée que tout joueur de poker rêve de vivre au moins une fois sur un tournoi, et cela lui est arrivé... au Day 6 du Main Event ! Parti avec un peu plus de deux millions, soit une grosse trentaine de blindes, Antoine a multiplié son tapis par 14 aujourd'hui, passant même un temps au-dessus des 30 millions. "Je ne peux pas trop me plaindre," lâchait après coup l'intéressé, dans un doux euphémisme.

Et dire que tout aurait pu s'arrêter aujourd'hui aux portes du Top 100, après seulement quelques minutes. À tapis couvert avec une paire de Rois contre la paire d'As de Ryan Rivers, le Frenchie trouve un Roi dès le flop pour rester en vie. "Ce coup m'a carbonisé émotionnellement, avoue Antoine, visiblement encore sous le choc. J'étais complètement retourné après ça, heureusement qu'il y a eu un break dans la foulée. C'était compliqué parce que, sur le coup, tu ne sais pas vraiment si tu le mérites. Tu joues ta vie dans le tournoi, et ça ne dépend plus de toi."

Lancé sur les bons rails, Antoine connaît ensuite un run que l'on peut sans problème qualifier d'indécent. Il commence par jouer et remporter le plus gros pot du tournoi, pour 18 millions, sur un autre setup, avec une paire d'As contre une paire de Rois et une paire de Dames. Comme quoi, ce genre de main n'arrive pas qu'au cinéma. La suite n'en est pas moins croustillante : avec Valet-9, Antoine paie un 4-bet, trouve un flop Valet-Valet-9, envoie trois barrels et se fait payer ; il partage ensuite un pot avec As-Dame contre une paire d'As (le board est venu 4-3-5-2-4) et remporte un autre énorme pot avec une paire de Dames contre une paire de 5 sur Dame-Valet-5-4-8. Son seul petit coup d'arrêt intervient en tout fin de journée, lorsqu'il laisse échapper quatre millions en route, en contribuant au triple up de Frederik Jensen, ses Valets restants derrière les Rois du Danois.

Serial perfeur online depuis la fin des années 2000, autant sur les tables françaises qu'internationales, un temps exilé en Thaïlande, Antoine Labat a décidé de s'offrir plusieurs semaines en immersion dans la Mecque du tournoi live, cet été à Vegas. Bien lui en a pris puisqu'il est d'ores et déjà assuré de plus que doubler le total de ses gains empochés depuis 2009. Le bon joueur, au bon moment, qui connaît le run de sa vie. Voilà qui ressemble à une histoire qui pourrait très bien finir.

Sylvain Loosli (Team Winamax) : 11 635 000 (48BB)

Sylvain Loosli

Les choses commencent à se préciser pour Sylvain Loosli, l'une des dernières têtes d'affiche de ce Main Event. Le November Nine 2013 est sur la même route qu'il a emprunté il y a 5 ans, dans des conditions légèrement différentes : "J'étais deuxième en jetons à l'époque. Mais je te rassure, ça me va très bien aussi cette année ! En 2013, je savais que je n'avais pas besoin de faire un coup d'éclat pour aller en table finale. J'étais donc en pleine confiance, j'ai juste joué mon jeu, en disputant pas mal de coups, et ça c'était bien passé".

Après avoir vécu une journée faite de "hauts et des bas, notamment à la fin, où c'était un peu plus dur", le Toulonnais n'a bien évidemment jamais lâché l'affaire. "J'ai réussi à bien grind, à remonter des jetons, à gagner les coups importants, et je suis content d'être encore là surtout. J'ai une chance incroyable de pouvoir tenter de faire mieux qu'il y a 5 ans, et je me sens 100% capable de le faire. Après, ça reste du poker, il faudra que les cartes soient de mon côté, mais je vais tout faire pour que ça marche."

Mais comment font tous ces joueurs de poker (Mark Newhouse, Antoine Saout et donc Sylvain Loosli par exemple) pour réaliser de telles performances sur ce tournoi bien particulier, avec plus de 7 000 joueurs à l'origine ? "Il faut beaucoup de réussite forcément, mais du skill aussi et de l'expérience, qui se ressent au niveau émotion, de la gestion physique et stratégique. Au Day 5 par exemple, je suis tombé short après avoir perdu KK contre AA, et pourtant je n'ai pas baissé les bras. J'ai continué à adapter ma stratégie en fonction de mon niveau de stack, et ça s'est bien passé après, j'ai réussi à remonter."

Les sentiments vont se bousculer sous le crâne bien chauve de Sylvain Loosli ce soir, mais au moins, il pourra se coucher ce soir avec le sentiment du travail parfaitement accompli. "C'est un mélange d'excitation et de fatigue. Fatigue que j'ai ressenti un peu ce soir, comme tout le monde. J'ai eu un coup de moins bien après le dinner break, suite à plusieurs petits pots perdus. J'ai eu un peu froid aussi, parce que dans le fond de l'Amazon, ce n'est jamais très agréable. Mais une fois arrivé en table télé, c'était mieux. Je suis surtout content d'être là et avec des jetons. Demain est un autre jour et l'objectif sera simple : aller au Day 8, avant de penser au Day 9 !"

Benjamin Pollak : 42e pour 189 165 $

Benjamin Pollak

Troisième ici-même l'an dernier, parmi les plus gros tapis ce matin, Benjamin Pollak n'a finalement pas réussi le tant attendu et espéré back-to-back en table finale. Quelques minutes après sa sortie, c'est très clairement la déception qui prévalait chez le Londonien, qui s'en voulait énormément, à cause d'une poignée d'erreurs qui l'ont mis en difficulté. Malheureux en lancers de pièce, Ben n'a jamais pu refaire son retard et termine à une place que beaucoup envieraient mais qui reste éminemment frustrante pour le grand compétiteur qu'il est.

Alexandre Reard : 92e pour 66 330 $

Alexandre Reard

Il était très bien dans la tête depuis le début du tournoi et tout particulièrement durant la dernière ligne droite. Ce sont finalement les cartes qui ont eu raison d'Alexandre Reard. Les derniers jetons du Francilien sont partis sur un flop As-9-7, où il a décidé de check/raise à tapis avec As-2 et est tombé contre As-Dame. Un an après sa très belle 16e place, Alex signe un deuxième deep run consécutif sur le Big One et ne trouvait finalement qu'une seule chose à regretter après son élimination, de ne pas avoir plus pensé aux paliers d'argent. Incontestablement le signe d'un tournoi réussi.

Sean Marshall : 104e pour 57 010 $

Sean Marshall

Avec plus de cinquante blindes pour démarrer la journée, Sean Marshall n'est clairement pas le Français que nous aurions imaginé voir sortir en premier. Un énorme setup a eu raison de son tapis, son adversaire trouvant un full floppé avec 4-3 tandis que le Franco-Américain voyait son 7-5 se transformer en quinte sur un board 4-4-3-6-7. Un mois après avoir atteint la finale du Millionaire Maker pour plus de 100 000 $, Sean met un très beau point final à son été de WSOP.

Qui reste-t-il à vaincre pour aller chercher le bracelet de Champion du Monde ?

Aram Zobian

Un petit clin d'oeil au chipcount nous permet d'affirmer une chose : si l'on se base sur leur pedrigree et leurs seuls gains en tournoi live recensés sur Hendon Mob, les joueurs qui attaqueront le Day 7 avec le plus de jetons ne seront pas forcément les plus dangereux, en tout cas sur le papier. Focalisés que nous étions sur les joueurs français, nous sommes par exemple passés à côté de l'ascension de celui qui sera large chipleader mercredi avec plus de 41 millions de jetons (soit 170 BB !), après avoir notamment puni les vélléités trop agressives de Samuel Bernabeu, Aram Zobian (photo). S'il ne compte que 110 000 $ de gains "seulement", ce dernier n'en est pas moins un homme en forme, pour avoir signé sa meilleure perf' en mai, à Mashantucket (à vos souhaits), une deuxième place sur un 1 650 $ bonne pour 47 000 billets verts. Au final, ceux qui combinent le mieux "gros stacks et beaux palmarès" sont l'Ukranien Artem Metalidi (2e en jetons, trois finales WSOP au compteur et plus de 2 millions de gains) et l'Australien Alex Lynskey (5e, runner-up du Marathon Event l'an passé, 1,7 millions de gains).

Joe Cada

Plus bas dans le classement, ça se bouscule, avec notamment l'homme qui peut encore rêver à un incroyable et improbable doublé, pas vu depuis trente ans et le double sacre, coup sur coup, de Johnny Chan, Joe Cada (19e). Nous n'avons pas pu suivre attentivement les progrès du Champion du Monde 2009 aujourd'hui, qui a squatté du début à la fin l'une des trois feature tables. Mais avec 36 blindes devant lui et après être revenu de l'enfer lors du Day 5, il n'a de toute façon plus rien à perdre et surtout plus rien à prouver sur ce Main Event. Mieux, il est en confiance, pour avoir décroché son troisième bracelet il y a un peu plus d'un mois. Autour de lui, on retrouve le Champion EPT Frederik Jensen (16e), l'un des meilleurs joueurs encore en course sur ce tournoi pour bon nombre d'observateurs ainsi que le high stakeur argentin Ivan Luca (20e).

Mais si l'on devait être tout à fait honnête, notre casting idéal de table finale de Main Event regrouperait Tony Miles et/ou Hari Bercovici, et ce pour des raisons complètement différentes. Le premier, parce qu'il est le joueur qui a demandé à se faire prendre en photo par notre confrère Floflo... lors du troisième niveau du Day 1C, pour qu'elle envoie ensuite le cliché à sa maman. Et ensuite, pour ses accointances avec un certain Pierre Calamusa, qui nous en a dit le plus grand bien, aussi bien autour qu'en dehors des tables. Le second, pour son amour des lines disons créatives, qui le rend imprévisible à tout moment. 34e de ce tournoi en 2016, l'Israëlien est déjà assuré de faire mieux cette année, ce qui pourrait peut-être l'inciter à se lâcher encore un peu plus... Enfin, n'enterrons pas trop vite notre voisin Bart Lybaert, malgré son avant-dernière place au chipcount, malgré ses maigres 16 blindes pour se défendre. Il suffit d'un double up pour que le Belge - que l'on vous présentait hier via une longue interview - se relance complètement dans la course.

Sur ce, il est temps d'aller enfin trouver un peu de sommeil. Ce n'est pas tout cela, mais le Day 7 du Main Event reprendra à 11 heures tapantes ici (20 heures en France), et on s'attend à vibrer toute la journée pour voir à nouveau un Français atteindre la table finale. À très vite !

Flegmatic & Veunstyle