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Level 9, some like it rough

- 7 juillet 2018 - Par Benjo DiMeo

Main Event Day 2C - Level 9 (600 / 1 200, ante 200)

Un joueur comme les autres (ou presque)

Phil Ivey
Une vision rare au Main Event : Phil Ivey jouant sans caméras autour de lui, sans une armée de fans derrière le rail, sans personne n'y prêtant attention, pas même le couple Humphrey, ces deux retraités qui le connaissent depuis ses années de formation à Atlantic City et qui viennent chaque année le soutenir sur le Main Event. Loin du podium ESPN, Phil Ivey est donc, l'espace d'un bref instant, un joueur comme les autres au beau milieu de la Brasilia Room, avançant les pions silencieusement, jouant au poker sans être importuné, comme il aime le faire chaque jour de sa vie depuis maintenant 25 ans. Enfin, il y a des limites à cet anonymat : celui que beaucoup considèrent encore comme le meilleur joueur du monde a plus souvent que jamais "mis la main au milieu" aujourd'hui, et monté 300 000 unités aujourd'hui, plus de trois fois son capital de départ ce matin, et l'équivalent de deux fois la moyenne en fin de journée.

Ivey est désormais plus ou moins retraité des tournois, mais a remis la gomme cet été, revenant à Vegas pour ses premiers WSOP depuis 2014 (il avait gagné son dixième bracelet cet été-là), et manquant de peu la finale du Poker Players Championship cet été. Sur le Main Event, son palmarès est l'un des plus beaux de l'ère moderne, même d'il lui manque évidemment le titre ultime : 10e en 2003 (ce bad-beat contre Moneymaker...), 20e en 2005, et enfin 7e en 2009, année de la révélation d'Antoine Saout.

Le-Capitaine fracasse

Romain KING5
Selon nos estimations, le leader actuel du clan français porte un patch Winamax, des lunettes de soleil et le grade de capitaine de son équipe victorieuse du KING5, les Flambeurs. Il s'agit de Romain, estimé autour des 350 000 jetons (soit près de 300 blindes à l'heure actuelle). "Les joueurs à ma table sont très passifs, explique Le-Capitaine, et le meilleur est à ma droite donc je peux faire un peu ce que je veux. J'ouvre beaucoup, puis je barrel, deux fois s'il le faut : tout passe. D'ailleurs, il y a beaucoup de bluffs." Le discours habituel du joueur qui a monté une tonne à partir de "petits coups" uniquement, mais qui ne nous surprend guère sur un tournoi rempli d'amateurs connu pour ses proverbiales "tables faciles." (même si celles-ci vont progressivement se faire plus rares à mesure de l'avancement du Main Event) "Je reste zen, poursuit Romain. J'étais un peu fatigué en tout début de Day, je n'ai pas très bien dormi, mais j'ai pris un petit massage et depuis ça va mieux. J'ai vu que Moundir avait fini énorme hier, je vais essayer de le rattraper." Si cela peut te rassurer, tu l'as même presque déjà dépassé. Ne reste plus qu'à viser les étoiles.

Reard, c'est costaud

alex reard
L'expérience est un atout non négligeable pour espérer aller loin sur le Main Event des WSOP. On écrit tout le temps qu'il s'agit du plus beau tournoi du monde, on oublie souvent d'ajouter qu'il s'agit du tournoi le plus long du monde. C'est en forgeant qu'on devient forgeron : après son très, très gros deeprun l'an passé (16e sur 7 221 pour 340 000$) Alexandre Reard sait désormais comment fonctionne la machine Main Event.

Le voici à bord du train, "en pleine confiance", prêt à avancer calmement pour atteindre la destination finale, la dernière table, qui ne sera formée que le soir du 11 juillet : "Quand tu joues ce tournoi, tu sais que tu es là pour des heures. L'expérience, ça t'apprend à gérer ça, à être plus serein. Tu le sais, je suis quelqu'un très calme de base. Cette année je le suis peut-être encore plus." Outre le facteur mental et le facteur physique, Alex a également bien compris comment jouer ce tournoi, complètement à part de tous les tournois qu'il dispute le reste de l'année : "Par exemple, les ranges ne sont pas les mêmes pour tout le monde, c'est le Main Event, c'est très particulier, il faut s'adapter en permanence.

Et la prestation d'Alex est plutôt très correcte lors de ce Day 2 : s'il ne présentait "que" 65 000 au moment de remettre les pieds au Rio à 11h (110BB), c'est à hauteur de 250 000 que son tapis pointe après sept heures de jeu. Des mains, le Français en a joué énormément, difficile de tout résumer en quelques mots : le premier niveau de sa journée fut sans alerte particulière, juste un peu de grind pour grimper à 85 000. Puis Alex s'est fait prendre la main dans le sac, en posant 3 barrels sur K88T2, avec un simple Valet Neuf ambitieux. Son adversaire a payé les trois tonneaux avec... une paire de 4 ! Bonjour l'image qu'Alex a dû se créer...

Quelques instants plus tard, Alex grimpe à 90 000, rentabilisant parfaitement un brelan floppé transformé en full à la turn, puis va très vite enchainer avec le palier à 150 000. Cette fois encore, Alex l'a joué embusqué, sans se mettre trop en danger, avec un petit As-Valet dans les mains, avec lequel il s'est contenté de check/call deux fois (5 500 au flop, 20 000 à la turn), avant que les deux joueurs ne s'accordent sur un showdown gratuit à la river, sur un tableau JT6A4. Alex a trouvé les deux plus grosses paires du board, suffisant pour que son adversaire muck. Alex perd un ou deux coups, redescend quelque peu, puis c'est encore avec une belle main, As-Dame, que le Team Pro Unibet va trouver un As au flop et une Dame à la turn, pour cette fois passer à 250 000, le top de sa journée. Pour le moment !

Comme à la télé

kassouf
Quand on dispute le Main Event pour la première fois, on fabule forcément toujours un peu : vais-je me retrouver avec Daniel Negreanu en table TV ? Est-ce que Davidi Kitai va me lire comme un livre ouvert ? Kassouf me cassera-t-il les oreilles si je le croise à table ? Bref, on se pose toutes ces questions, puis on s'installe et forcément, 95% du temps, on se retrouve à une table uniquement composés de joueurs inconnus. C'est comme cela que ça se passe en général sur un tournoi rassemblant plus de 7 000 joueurs... mais pas là !

Demandez donc à l'un des vainqueurs du KING5 ce qu'il pense de son nouveau tirage de table, n'est-ce pas Pedro ? Tout au fond de l'Amazon Room, le Français doit désormais faire face à une énorme caméra ESPN qui ne lâche plus d'une semelle le nouvel arrivant de sa table, William Kassouf ! On se souvient d'un Kassouf très tchatcheur à la télé en 2016 : rassurez-vous (ou lamentez vous, c'est selon), rien n'a changé deux ans plus tard. A croire que les caméras l'excitent, le transcendent, un peu comme Phil Hellmuth, et qu'il se retrouve incontrolable à faire et surtout dire n'importe quoi pendant un bon moment s'il est bien chaud.

Pedro en a fait l'expérience, et risque de s'en souvenir. Tentons de la faire simple : tapis d'un short qui n'a même pas une blinde, relance de Pedro à 3 200 et surrelance à tapis 30 000 de l'Anglais, après avoir fait pas mal d'acting. Pedro rentre alors "dans le tank" et Kassouf en profite pour commencer son speech, d'abord en Anglais... puis dans un Français qui vaut ce qu'il vaut, mais qui aura bien fait rire tout le monde.

"Come on my man, come on, qu'est-ce que tu vas faire ? D'ou viens-tu ? De France ! Oh génial ! J'adore la France. Il fallait me dire que tu étais Français ! Hey, j'ai les noisettes, les coconuts, les noix de coco, allez, allez ! Oh mais qu'est-ce que tu fais ? Mais c'est pas possible, allez, allez, allez !"

On vous écourte le tout, car en vrai, ça a quelque peu duré, Pedro a pris son pied, il en a profité... avant de finir par jeter. Kassouf a montré QQ, sans surprise, et a éliminé le joueur shortstack : "Il ne se rend pas compte qu'en faisant tout son show, il me dit sa main en fait, c'est fou. Qu'il continue !" Avec ses 125 000 jetons, Pedro a largement de quoi tenir tête au très bavard Anglais, qui ne dispose guère de munitions pour parler avec ses jetons.

Panka à la fête

dominik panka
Et si Dominik Panka se mélait à tout ça ? Le jeune Polonais, à qui tout souriait en 2014/2015 (vainqueur du PCA en 2014, finaliste EPT Malte en 2015) se fait quelque peu plus discret depuis, bien que ces résultats soient toujours là. Seul problème, il n'a décroché en tout et pour tout qu'un seul ITM au pays de l'Oncle Donald, l'an passé sur un 3 000$ pour une modeste 66e place, et depuis plus rien. Et croyez le, nous sommes sur place depuis le début de l'été, un peu comme lui. Mais sur ce tournoi, Panka semble en forme. Ici, on le voit s'installer sur sa nouvelle table, en Amazon Room. Et on dirait que sa voisine n'est pas complètement insensible à la taille imposante de son tapis. 

Giuliano se ferait bien connaitre

mateos
Ce virage commence à peser lourd. Si tout le monde connait la maquina Espagnole, Adrian Mateos, en pleine croisière sur ce tournoi, il faudra également se méfier de ce jeune Italien sur sa droite, qui répond au doux nom de Giuliano Bendinelli. Solide comme un roc, il apparait nettement moins fou que certains de ses collègues Italiens. Et quand on pense à Italie et folie, on pense évidemment à Filippo Candio sur le Main Event. Mon petit doigt pourtant me dit que ces deux là ne doivent pas beaucoup se jouer, et attendront de vraiment avant de se charcuter.

Chaudey d'action

Christopher Chaudey
J'arrive à la table de Christopher Chaudey alors que sont dévoilées les cinq cartes d'un board 68K9Q. Dans une confrontation petite blinde contre bouton, et alors que le pot fait environ 22 000, le Français a check et réfléchit face à une mise de 14 000 de son voisin de droite. Après plusieurs minutes, Chris finit par jeter un jeton au milieu de la table et retourne 1010, suffisant pour remporter le pot.

Sur la main suivante, il ouvre à 3 000 au bouton et se fait 3-bet à 7 000 par la small blind. Rien n'est misé sur le flop AA8, ni sur la rivière 9, avant que le K river ne précipite les choses : tapis de la SB pour 27 100. Là encore, Christopher prend tout son temps, lève les bras au ciel, tente de faire parler son adversaire manipule son grigri et se résigne à jeter... 5-2 off ? "C'est bien ça !, lâche le Français, content de son coup. En fait, ce joueur me surjoue depuis le début de journée, je lui ai fait un peu de cinéma." Serein, souriant, Christopher navigue aux alentours des 285 000, soit deux fois son tapis du début de journée. Il va maintenant pouvoir en découdre avec un certain Sylvain Loosli, tout juste débarqué autour de la table.

Anecdotes, statistiques et citations à la con

Fatima / Mark Newhouse
Mon objectif pour la photo ci-dessus était de saisir Mark Newhouse, le double finaliste du Main Event en 2013 et 2014, juste histoire de pouvoir ressortir l'un des Tweets poker les plus célèbres de l'histoire (voir ci-dessous). Sauf que la toujours très marrante Fatima Moreira de Melo est intervenue sans le vouloir, en s'écartant au moment où je saissais le cliché. Je m'en étonne d'un mouvement de tête, et elle s'explique : "Je suis habillée n'importe comment !" Mince, Fatima, il ne fallait pas dire ça : allez hop, clic-clac Kodak, te voilà immortalisée dans ces colonnes pour l'éternité.

Un an après avoir sauté le premier en finale du Main Event 2013, Newhouse avait posté le Tweet ci-dessous au moment de prendre place au Day 1 de l'édition suivante. Je vous laisse deviner ce qu'il s'est passé ensuite.



Cliff Josephy
Un autre ancien "November Nine" dans la Brasilia Room : Cliff Josephy (2016 - 3e), l'un des premiers gros gagnants de la génération Internet (pseudo : JohnnyBax, il a commencé à jouer en ligne dès le début des années 2000), et actuellement parmi les chip-leaders du Day 2C.

Todd Brunson
Il a racheté il y a un an un de nos restaurants préférés de Las Vegas depuis des lustres : Todd Brunson, fils du désormais retraité Doyle. Les couvreurs tiennent à remercier le nouveau patron : la délicieuse cuisine Italienne de Roma Deli n'a rien perdu de son charme simple et efficace depuis qu'il a repris les rennes. Amis Français de Vegas : foncez là-bas le midi, l'après-midi, ou durant vos pauses-dîner, les joueurs de poker y sont bien accueillis.

Fake Thorel
On vous bassine à longueur de journée avec des sosies qui n'en sont pas vraiment. Pour le coup, nous ne sommes pas mécontents d'avoir trouvé un modèle "jeune" du légendaire "high-stakeur amateur" Jean-Noël Thorel.

Couvreurs
"Dis, quand tu iras parler aux mecs du KING5, tu me préviens ? Faut que je vous filme en train de les interviewer." Signé : un Tapis Volant qui nous prépare un beau documentaire en immersion avec l'équipe gagnante de notre championnat par équipes gratuit. Trois des cinq membres des Flambeurs sont encore en course à trois heures de la fin du Day 2A/2B.