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Romain Lewis dans la cour des grands

- 8 juin 2018 - Par Tapis_Volant

Romain Lewis en quête de bracelet, à suivre à 14h sur Twitch (23h en France)
Event #13 - NLHE Big Bling Ante 1 500$ (Finale)

Je me souviens encore de la première fois où j’ai entendu parler de Romain Lewis, c’était à Prague en 2014, sans doute au Darling où, entouré de danseuses plus ou moins dénudées, un de mes collègues couvreurs, Tommy Mandel pour ne pas le nommer, me parle d’un nouveau jeune joueur avec son emballement habituel. « J’ai vu un mec sur le DSO Gujan-Mestras, il a 18 ans, il déroule tellement que je suis sûr qu’il va faire des trucs de dingue dans les prochaines années, tu devrais voir comment il joue, c'est impressionnant pour son âge ! ». J’écoutais d’une oreille distraite, occupé à siroter un verre en contemplant le spectacle qui s'offrait à moi sur la scène du cabaret préféré des joueurs de poker. On en a vu des étoiles filantes dans le milieu du poker, des jeunes joueurs qui se révèlent à 18 ans et dont on n’entend plus jamais parler par la suite. Il en fallait plus pour me convaincre que quatre ans plus tard, ce même Romain Lewis était à 6 left d'un bracelet WSOP.

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Romain Lewis sur le DSO Gujan-Mestras en 2014 (©Tommy Mandel)

Staké à cette occasion à Gujan-Mestras pour son premier gros tournoi live, Romain avait terminé runner-up de l’épreuve, signant sa première ligne Hendon Mob et déjà un beau gain à 5 chiffres qui devait le convaincre de jouer plus régulièrement, lui qui était alors habitué aux freerolls associatifs chez PokerSphere à Bordeaux.

L’année suivante, Romain Lewis terminait à nouveau runner-up d’un tournoi, mais beaucoup plus prestigieux cette fois, puisqu'il s'agissait d'un Side Event à 2 000€ de l’EPT, à Prague également, où seul Steven Chidwick est parvenu à s’interposer entre le jeune français et le trophée. Un field ultra relevé, une prestation unaniment appréciée par tous les observateurs, il était clair qu'il fallait désormais compter sur ce Romain Lewis.

Galvanisé par cette performance qui lui fait remporter 79 360 €, Romain Lewis se lance alors à corps perdu sur le circuit. Il est de tous les évenements pokéristiques, enchaîne les performances comme sa deuxième place sur le WPT Super High Roller de Marrakech pour 36 000$ ou sa quatrième place sur le partypoker WPT Prague pour 39 120 € en 2016.

Mais Romain Lewis sait que pour continuer à arpenter le circuit, il lui faut trouver un sponsor, le graal de tout jeune joueur qui cherche à continuer à bouger aux quatre coins du monde pour jouer aux cartes. Il a une belle gueule, est très « tchatcheur » et, poussé par des potes, il décide de participer au casting d’une émission de télé-réalité, La Maison du Bluff, avec l'objectif de gagner la compétition mais surtout de profiter de l’expérience humaine proposée.

Il en sortira vainqueur après avoir dealé à deux avec Valentin Messina. Je pense que c’est sur cette Maison du Bluff, où j’officiais en tant que responsable chipcount et réalisateur des coulisses de l’émission, que j’ai noué une belle amitié avec Romain. J’avais la chance de l’avoir croisé sur plusieurs events live avant l’enregistrement de l’émission et sa maturité m’impressionnait déjà beaucoup. Mais c'est pendant l'émission que j'ai pu me rapprocher de lui et apprendre à mieux le connaître. Faut dire qu'il cherchait quelqu'un pour parler de poker et que c'était pas forcément simple avec le casting de l'émission.

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Romain Lewis lors de sa deuxième place sur le PokerStars National à Monte-Carlo en 2017

De cette expérience télévisuelle est venue l’idée de réaliser un film sur l’année de Romain Lewis en tant que joueur sponsorisé PokerStars. Suivre un joueur dans son quotidien, autant sur ses sessions online que sur les déplacements pour jouer le circuit, le filmer dans sa vie de tous les jours, interroger ses proches, sa famille, le club dans lequel il avait débuté, bref le voir vivre au quotidien et comprendre ce qui l'a mené à consacrer sa sa jeunesse à notre jeu préféré.

Je l’ai suivi sur de nombreuses destinations, je l’ai vu disputer son premier tournoi à 25k€ à Barcelone, enchaîné les re-entrys sur les SCOOP du .com dans sa colocation de grinders pragoise, multi-tabler deux side events sur un EPT, défier ses potes sur des paris, faire des soirées arrosées.

Le projet était beau, ambitieux et plein de promesses, et malgré les résultats moyens que Romain a connu pendant ces quelques mois de tournage, l’expérience s’est avérée magnifique. Le film ne verra probablement jamais le jour, puisqu’il a été stoppé net par le départ de PokerStars de France. Et c'est un de mes plus grands regrets, très clairement, d'autant que Romain m'avait fait une totale confiance pour le suivre partout.

Pendant tous ces moments que j’ai filmés à ses côtés, j’ai souvent endossé le costume du chat noir. A chaque fois que j’arrivais avec ma caméra, Romain perdait le coup. C’est arrivé un nombre incalculable de fois, assez pour que je me remette en question et appréhende chaque moment où j’appuie sur le bouton REC. C’est devenu une private joke entre nous et je m’arrange toujours aujourd’hui pour lui signifier quand je suis présent près de lui et qu’il gagne un 20/80 ou même un flip. Comme hier quand il a split As-Valet contre As-Roi alors qu’il aurait pu quitter le tournoi...

Depuis l’arrêt de ce projet de film, Romain a - comme par hasard - réalisé de grosses performances comme sa deuxième place (encore une !) sur le PokerStars National Monte-Carlo en 2017 pour 127 385 €, sa meilleure performance à ce jour.

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Il a surtout fait son entrée dans le Team Winamax dans la foulée, et les caméras de Dans la Tête d’un Pro ont pris le relai pour le suivre lors de son tout premier Vegas l’an dernier, où il a terminé à une belle 16ème place sur le 10 000$ 6-Handed Championship en compagnie de son pote Ivan Deyra. Je vous invite également à lire son dernier billet de blog, dans lequel il revient sur les mains les plus folles de sa jeune carrière.

En manque de résultats significatifs depuis son entrée dans le Team malgré quelques beaux deep run, Romain Lewis attendait le bon moment pour claquer la performance que tout le monde attend. Et c’est maintenant que ça se passe puisque Romain n’a plus que 5 joueurs à éliminer pour accéder son rêve de gosse, le bracelet WSOP tant attendu. Et c'est cette fois en tant que couvreur pour Winamax que j'aurai la chance d'assister à cet événement qui me réjouit d'avance. Romain a le quatrième tapis à la reprise, soit 26 blindes à faire fructifier. Comme il me le disait hier, "Je suis à un double-up du chiplead, tout est possible et je vais tout faire pour gagner !"

J’ai définitivement abandonné mon costume de chat noir et j’espère bien voir Romain soulever la breloque dans les prochaines heures. Et même si cette scène ne fera pas partie de ce film que j’avais intitulé « La Cour des Grands », Romain Lewis aura alors prouvé au monde entier qu’il est devenu grand.

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