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Le patron c'est Reymond

- 7 juin 2018 - Par Veunstyle72

Interview du gagnant Français de l'Event Online

Aujourd'hui, William Reymond, Français de 47 ans, originaire des Alpes de Haute Provence, et résidant Américain depuis 17 ans, a reçu des mains de Jack Effel, son bracelet WSOP, glané sur l'event Online des ces Series. Mais qui est ce William Reymond ? Très sympathique et très ouvert, il s'est confié à nous, sur sa récente victoire bien évidemment, et les émotions qu'elle a pu lui apporter. 

"Je suis journaliste, auteur et maintenant scénariste. J'ai publié des livres chez Flammarion, et depuis quelques années, je travaille pour l’industrie du jeu vidéo, j'ai notamment scénarisé le second opus d’Assassin's Creed, et je développe désormais des scénarios en Anglais pour Hollywood, dont un projet très bien avancé, qui s’annonce énorme avec de grands acteurs, mais je ne peux rien te dire car ce n’est pas signé ! J’ai passé 13 ans à Dallas et ça fait 4 ans que je vis à Las Vegas, le poker étant une des raisons pour lesquelles j'ai voulu venir ici. J’ai toujours joué et pour moi c’est important car le poker me permet vraiment de décrocher. Et quand tu as un métier de création, tu réfléchis tout le temps. Ce ne sont pas des horaires de bureau, ton cerveau est toujours en train de tourner, et donc le poker au début pour moi c’était ça. Et puis après, j’ai découvert l’aspect stratégique du jeu, et comme j’adore apprendre, je suis toujours en train de faire des recherches, et j’ai pris le poker comme ça. Et j’ai commencé à rechercher, à lire, parler avec des joueurs, devenir meilleur, sans avoir vraiment le temps de jouer, c’était ça le plus fou."

william reymond famille

Mais alors tu joues un peu online quand même ? Raconte nous ce tournoi…

Pour la petite histoire, j’avais prévu de faire ce tournoi… et puis j’ai presque failli le manquer. Dimanche, j’ai passé la journée dehors avec ma famille et puis un moment donné, j’ai regardé mon fil Twitter, et j’ai vu quelqu’un parler de ce tournoi. Et c’est là que je me suis dit « ah mais oui, bien sur, c’est aujourd’hui ! » et donc je me suis inscrit en tardif, en pensant que j’allais juste faire quelques heures pour le fun. Je l’ai pris comme un bon entrainement avant un prochain tournoi en live, et puis… je me suis relevé de mon bureau, il était 4h du matin !

Et alors ? Raconte-nous comment s’est passé cette table finale.

Écoute, c’est très difficile à raconter, car il y a un phénomène étrange… tu vas me parler d’une main que j’ai joué il y a 3 ans, je vais m’en rappeler parfaitement. Mais alors que les mains que j’ai joué il y a 2 jours, j’arrive à peine à m’en souvenir. Je me souviens de quelques mains, comme en table finale, à 5 joueurs restants, alors que je suis chipleader, j’avais une paire de Rois. Je joue contre As-Roi, chez un joueur qui avait beaucoup de jetons - c’était le 2e en chips. Je gagne le coup, et je me retrouve avec 5 millions de jetons. Je regarde les paliers et je me rend compte alors que je gagne déjà beaucoup d’argent. Je me suis dit « maintenant, tu joues pour la gagne, rien d’autre. » Pas que je n’ai pas besoin d’argent, mais je voulais vraiment ce titre. Et j’ai commencé à agresser, puisque plus personne ne voulait jouer de gros pots. Et sans showdown, j’ai réussi à gratter pas mal de jetons. Et une fois que je me suis retrouvé dans cette situation, ce n’est pas pour être prétentieux, mais je savais que c’était terminé. Ils m’ont laissé revenir dans le game, c’est leur faute, et je crois d’ailleurs que c’est moi qui ai sorti tout le monde sur cette finale.

Et alors à quel moment on se dit « ça y est, je vais le gagner ce bracelet ? »

Quand on s’est retrouvé à trois et que je me suis retrouvé dans une espèce de zone, dans laquelle tu as l’impression de ne faire que les bons plays par exemple, les bons 3-bet, 4-bet, j’ai aussi fait un gros fold… et finalement, tu arrives dans une situation où tu as de bonnes lectures, tu as souvent raison… et donc à 3 left, je me suis dit que j’allais le gagner. Et alors écoute bien la dernière main : j’ai dix et Neuf de carreaux, on est parti à tapis et j’ai trouvé trips 10 au flop. Tout le monde va dire que c’était facile… sauf que la main s’est jouée avant, préflop. J’avais 35 millions de jetons, lui devait avoir 5 millions environ et je le sentais bien en tilt. Et pour moi, cette main vaut de l’or, et même contre une paire d’As, je savais que j’aurais mes chances. J’ai limp mon bouton et je savais qu’il allait shove. J’ai snap call, il m’a retourné Roi-Trois suited, il a même trouvé un flush draw à la turn que j’avais pas vu… mais je fais full house sur la rivière.

Et alors à la maison, il se passe quoi ? Tu pousses un cri, tu pleures, c’est quoi la sensation ?

Oui, il y a eu un petit cri, bien sur. J’étais donc à la maison, avec les enfants qui dormaient en dessous et j’ai poussé un bon gros « yeaaaaah », après ça j’ai été réveiller ma femme, même si je me suis rendu compte qu’elle ne dormait pas, puisqu’elle a vu que j’étais déjà loin dans le tournoi. À ce moment-là, il est 4h du matin, et donc qu’est-ce que j’ai fait ? Et bien j’ai appelé mes amis en France, eux au moins je savais qu’ils seraient réveillés ! J’ai appelé mes amis, au Canada, la famille, et ensuite j’ai fait un petit post Twitter, tout simplement.

T’as réussi à dormir après ça quand même ?

Non non, pas du tout. En gros, je me suis levé dimanche matin assez tôt, vers 7h30, j’avais du travail et je me suis couché… lundi soir à minuit ! Mais c’était très sympa, l’euphorie complète. Et puis j’ai reçu pleins de messages, c’était vraiment sympa, y compris de la part de Winamax sur Twitter, c’était très cool. D’autant plus cool que, cette semaine, avant l’event, je m’étais préparé en regardant les épisodes de Dans La Tête d’un Pro, et je trouve d’ailleurs que c’est le meilleur show poker sur le marché si tu veux progresser. Parce que même s’il y a du montage, il y a une logique, c’est très intéressant, on arrive à comprendre pas mal de choses de tournoi, et puis ce n’est pas juste une vidéo des plus gros coups et des meilleurs mains. C’est le vrai poker en fait. Je trouve ça très bien, ça justifie des folds etc, donc c’est très bien, ça a fait partie de mon éducation poker.

Raconte nous un peu ce passage sur l’estrade des WSOP, au moment d’aller récupérer ce bracelet, ça devait être fou dans ta tête ?

Cet évènement, tu le joues dans ta tête avant d’arriver là. Je l’ai déjà vu, je me suis déjà retrouvé en bas de cette estrade, et j’avais déjà imaginé la scène, le jour où j’allais gagner. Mais quand tu te retrouves en haut, c’est complètement dingue. J’étais épaté par la gentillesse de tout le monde, les gens des WSOP, Jack Effel, Gregory Chochon, qui ont été super sympas, ils ont réussi à me mettre à l’aise avant, sans compter la gentillesse de tous ces inconnus qui viennent te voir, te féliciter. D’ailleurs hier, je me suis reconnecté sur WSOP.com, il me restait un ticket à jouer, je l’ai joué… et j’ai été super étonné de tous les messages de félicitations des gens à la table, et ça c’est vraiment unique à cette communauté. On joue en permanence les uns contre les autres, mais quand quelqu’un va gagner, tu vas le féliciter chaleureusement et c’est sincère, et ça, ça me touche. Et donc quand t’es sur l’estrade, tu as toute cette émotion qui revient, plus la Marseillaise qui résonne… Normalement tu l’entends quand l’Équipe de France de foot joue en Coupe du Monde, et c’est tout. Tu te dis « mais je ne suis pas Zidane non plus ! » et puis en fait c’est tellement d’émotion, les larmes n’étaient pas loin de couler. J’ai mon fils et ma femme à côté à ce moment, j’ai des amis à côté… t’es sur un nuage ! Et puis tu regardes en bas les gens… et tu vois qu’ils sont content pour toi, et ça c’est complètement unique. Et ce que j’ai dit aux gens au micro était très sincère : ce moment que je suis en train de vivre, je le souhaite à tout le monde. Allez en gagner un, vous verrez ! Toutes ces années passées à se payer des bad beat, à se demander pourquoi on a passé 10h à une table de poker plutôt que d’être avec sa famille, et d’un coup t’as ce petit morceau de métal entre les mains, et tu te dis… wooow !

william reymonde

T’as fini le jeu en fait ?

C’est ça, j’ai tue le boss final ! Mais c’est clair que t’as envie que ce genre de moment se reproduise ensuite, c’était incroyable.

Bon mais alors si tu n’es pas très online, peut-être que tu joues un peu en live ?

Je joue un peu, en cash game surtout, 2$/5$ et 5$/10$. Les tournois, c’est toujours ce que j’ai préféré, mais c’est souvent juste une question de temps. Ce que j’ai fait la semaine dernière, ce sont surtout des petits sit’n’go. J’adore ce format, j’en ai fait 5, j’en ai gagné 3, et je me suis dit qu’il fallait profiter du rush et du coup je me suis inscrit au tournoi. Mais sinon, oui, dans le passé, j’ai déjà joué 2 fois le Main Event, qualifié à chaque fois. Le premier, c’était un rêve. J’avais fait un sat d’un sat d’un sat, ça m’avait couté seulement 125$ et au bout de deux jours, je me suis même retrouvé second au chipcount, et le soir je n’arrivais pas à m’endormir. Je me disais juste « pourvu que je ne sois pas card dead ». C’était ma grosse angoisse. Et le lendemain, je n’ai eu que des mains extraordinaires, dont les As trois fois… et j’ai tout perdu ! Ça m’a tellement « traumatisé » on va dire, que je n’ai plus joué au poker pendant environ 8 mois ensuite. Ça m’a marqué physiquement et émotionnellement marquant… je me souviens de AA contre T4 à 5 places de l’argent… je bulle, ça devait être en 2013 ou 2014, et j’ai rejoué l’année suivante. Mais ça s’est moins bien passé, car il n’y avait que des bons joueurs, et c’est là que je me suis rendu compte que ce n’était pas suffisant si je voulais refaire le Main Event, alors je me suis dit qu’il fallait bosser. Il n’y a pas de secret, il faut bosser, c’est ça la réalité.

Et maintenant que ce bracelet est à ton poignet, as-tu d’autres ambitions dans ta vie de joueur de poker ?

J’aimerais beaucoup avoir un bracelet live, ou de gagner un gros tournoi en Europe, mais après, je suis réaliste, ça reste un sacré terrain miné un tournoi de poker. Alors bon, au maximum, tu essaies d’éviter les flips etc, mais arrivé en table finale, on n’a parfois plus trop le choix. Et c’est là qu’il faut de la réussite.

Mais le live t’attires ? T’as prévu de jouer un peu ?

Je vais jouer plusieurs events cette année : demain j’ai le 6-handed, plus tard je ferai le Tag Team avec des amis, et puis normalement je vais rajouter le Main Event ! Bon après, il y a le mondial au milieu, il va falloir s’organiser. Le foot est une passion à la maison, je joue beaucoup à FIFA avec mon fils par exemple, et c’est là que tu vois que j’ai une femme adorable. Entre le poker online, le poker live, le foot, le basket, le hockey maintenant, ça fait un emploi du temps chargé. Mais plus sérieusement, l’idée est bien évidemment de mettre à exécution tout ce que j’ai pu étudier ces dernières années, et l’appliquer en vrai.

On va te revoir plus souvent désormais ?

Je vais jouer un peu plus qu’avant, mais je n’aurai pas la prétention de dire que je vais devenir un professionnel du poker. Je ne ferai pas cette erreur là, pour moi le poker doit rester un plaisir. J’adore le côté stratégique, je suis un joueur d’échecs à la base, mais on va dire que ce gain va surtout m’offrir la liberté et le confort d’aller jouer ce que je veux quand je veux. Malheureusement, c’est encore compliqué de jouer online aux Etats-Unis. Je continuerai de jouer en live au moins deux fois par semaine.

Un petit casino préféré à Las Vegas ?

En fait moi j’habite en dehors du strip, comme tout le monde en fait, et donc il y en a qui est à 5 minutes de chez moi, ça s’appelle le Red Rock Casino, et c’est là où je joue le plus souvent. Sinon sur le strip, comme tout le monde, Bellagio, Aria, Caesars etc…

La Marseillaise, à revivre en FB Live

C'est une bonne habitude que je vais commencer à prendre, attention les petits Français des WSOP... à l'occasion de la remise du bracelet, j'en ai profité pour sortir mon téléphone, pour vous. Le replay se trouve juste ici, et je vous le conseille, juste pour admirer mes talents de chanteurs. En effet, avec très peu de Français présent au moment M, juste devant l'estrade, une sorte d'élan patriotique m'a poussé a hurler de toutes mes forces ces paroles pourtant si cruelles... avant que Jack Effel ne me tende son micro, et que je me retrouve à chanter dans tout le Rio ! Mes amis, j'en ai connu des émotions fortes, mais je peux vous dire qu'à ce moment bien précis, j'avais le coeur qui battait la chamade ! L'hymne est à retrouver à partir de la 11e minute.