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La victoire de la simplicité

- 14 juin 2010 - Par Harper

Vanessa Hellebuyck remporte le Ladies Event

Dimanche soir sur Las Vegas. Il est 21 heures 45 lorsque je retrouve Vanessa Hellebuyck. Deux heures plus tôt, la française remportait l'Event #22 des World Series of Poker, devenant la cinquième tricolore à remporter le précieux bracelet – mais aussi la première féminine, ainsi que 192,132 dollars. C'est au calme d'une salle privée d'un restaurant, le PF Chang's China Bistro, sous le Planet Hollywood, que Vanessa m'attend. Son apparence est la même que sur la photo finale : petit haut rose, veste violette recouvrant tout juste ses épaules, et casquette posée sur la tête. Son sourire est également de mise, figé depuis la main finale. « Je ne réalise pas » confie Vanessa. « Vraiment pas. » Son père et son frère sont présents pour dignement fêter l'évènement, tout comme l'intégralité de ses amis l'ayant suivi durant la finale.

Comprendre l'émotion de Vanessa ? Un point évident. Il y a huit mois à peine, elle n'avait pas réalisé le moindre tournoi. « Étant une joueuse en ligne à l'époque sur des petits prix d'entrée, je n'ai trouvé qu'un seul tournoi abordable en live : le Partouche Ladies à 35 euros. J'ai réussi à prendre ma place pour la finale sur cette formule et tout s'est enchainé ensuite. » Grâce à sa huitième place en finale, Vanessa se fait effectivement repérer, et possibilité lui ait donnée de jouer d'autres tournois. Mais elle ne s'y retrouve pas parfaitement... Les tournois Ladies sont ce qu'ils sont : des tournois abordables, certes, mais surtout des structures abominables ne permettant pas aux meilleures de se mettre en valeur.

Coverage par Winamax

« Faire du cash-games aurait pu être une solution » confie Vanessa, « mais je n'y joue que sous la torture ! Mon élément, ce sont les tournois, et rien d'autre. Depuis toujours, je joue à de nombreux jeux de rôles et aborde donc le poker comme un jeu de stratégie de guerre. » Le poker, c'est via son frère qu'elle l'a découvert (« un excellent joueur » précise-t-elle) : « vu que nous sommes très proches, j'ai eu envie de savoir pourquoi ce jeu le passionnait autant... J'ai vite compris. » Dans la vie de tous les jours, Vanessa combine deux passions, qui sont également ses métiers : conceptrice de site internet et pianiste. Deux boulots qui lui permettent de rester à domicile et d'être proches de ses « deux amours » : deux petites filles de huit et deux ans.

Vanessa a donc le temps d'étudier le jeu, ses subtilités et finalités et, rapidement, les résultats paient : elle atteint huit tables finales de tournois Ladies consécutives ! Son meilleur résultat ? Une cinquième place obtenue au Ladies de Monte Carlo, pour 4,400 euros. « Bien que ce soit le plus cher, je n'ai jamais considéré ce tournoi comme le plus important de l'année » confie Vanessa. « Pour moi, c'est à Vegas que tout se joue. » Pourtant, c'est sans pression qu'elle aborde la première journée du tournoi : « Je n'ai jamais de plan précis avant un tournoi. Ma force, c'est ma capacité à changer de rythme et à m'adapter à mes adversaires : s'ils jouent serré, je vais jouer large ; s'il jouent large, c'est moi qui vais resserrer. »

Coverage par Winamax

Une tactique qui a fonctionné à merveille : Vanessa a monté des jetons crescendo, restant toujours au dessus de la moyenne sans se mettre en danger. « Dans ma tête, il était de toute façon inimaginable que je ne passe pas la première journée » confie Vanessa dans un éclat de rire. « En plus, après avoir triplé mon tapis, je me suis aperçue que la structure devenait beaucoup plus jouable : une augmentation toutes les heures, des joueuses ne maitrisant pas forcément tous les aspects du jeu short... »

Une fois en table finale, pourtant, la résidente de Levallois-Perret sent la pression monter en elle : « C'est bizarre, car je n'ai jamais été stressé pour quoi que ce soit avant. Pourtant, deux heures avant la finale, sous ma douche, j'ai pleuré pendant trois secondes : c'est à cet instant que je me suis rendu compte que d'ici quelques minutes, j'allais jouer pour l'obtention d'un bracelet... » Arrivé en table finale avec le septième tapis, Vanessa a du traverser dans un premier temps un désert de cartes : « deux heures sans voir mieux qu'une hauteur huit ! » s'amuse-t-elle. Résultat : un quart de ses jetons s'envole. « J'ai essayé de ne pas paniquer et d'attendre les bonnes cartes : je n'avais de toute façon pas d'autres solutions vu mon petit tapis. » Un petit coup de pouce du destin plus tard, Vanessa remonte des jetons, et... « c'est le trou noir ! » avoue-t-elle. « Je me souviens juste que tout se passe dans un rêve : je touche des bonnes cartes, domine mes adversaires, je calme le jeu quand il faut et puis accélère pour leur mettre la tête sous l'eau... Bref, je joue bien et possède en plus le jeu nécessaire. »

Coverage par Winamax

Christophe Benzimra, vainqueur EPT ; Vanessa Hellebuyck, vainqueur WSOP : Guillaume Darcourt, vainqueur WPT : la France qui gagne !

Arrive l'heure de la dernière main... Une paire de cinq face à Neuf-Dix : « Intérieurement, je t'avoue que je sens avoir déjà gagné ! Tout se passait tellement bien... Il ne pouvait en être autrement. » Et effectivement, après un tableau sans encombre, Vanessa devient la première femme française à remporter un bracelet des World Series. « C'est incroyable... Il faudra attendre la marseillaise demain pour me rendre compte de l'exploit. » Ses projets futurs, elle ne sait trop en parler : « ma priorité, ce sont mes deux petites filles. Je ne me vois donc pas faire tout le circuit l'an prochain. En revanche, je vais me remettre à travailler mon jeu sur internet, et advienne que pourra. » Au terme de cette entrevue en toute simplicité, Vanessa rejoint ses amis, prête à faire la fête. « La nuit risque d'être longue, je compte bien profiter d'une longue et belle soirée ! » C'est tout ce qu'on lui souhaite.

Harper

Day 18, demandez le programme

- 14 juin 2010 - Par Benjo DiMeo

De manière inédite, c'est une Amazon Room presque vide qui nous fait face peu avant vingt-trois heures. Normalement, à cette heure-ci, il ne serait pas anormal d'entendre les cris provenant de deux tables finales en simultané, la concentration de deux Day 2 avant la bulle, et aussi un Day 1 d'un tournoi high-stakes au fond de la salle. Ce soir, rien de tout ça : la finale du tournoi de Short Handed Limit Hold'em se deroule sur l'un des podiums dans un silence seulement ponctué par de rares applaudissements. Pendant ce temps, les high-rollers du Omaha High-Low à 10,000 dollars s'occupent de leurs affaires habituelles sans faire de vagues. Il y a bien un donkament en train de se terminer dans la Pavillion Room, mais bon... C'est un donkament.

Bref, tout ça pour dire que je vais aller étirer mes courbatures dans mon lit, et me coucher un peu plus tôt que d'habitude. Restez branchés pour le compte-rendu d'Harper à propos du tournoi Ladies, et découvrez le menu de lundi aux WSOP :

Midi (21 heures en France) : Short Handed No Limit Hold'em 2,500$ (Day 1)
La troisième épreuve de Short Handed Hold'em des WSOP (la seconde en No Limit) verra l'entrée en jeu de Manuel Bevand, dernier membre du Team Winamax arrivé à Las Vegas.

14h30 : No Limit Hold'em 1,000$ (Day 2)
Environ 500 joueurs vont prendre le départ du second tour dans l'Amazon Room. 342 seront payés. Nous ferons le point peu avant le départ sur les français en course.

15h : World Championship Omaha High-Low 10,000$ (Day 3 et finale)
Ils sont 46 encore en course à l'heure où j'écris ces lignes (22h36) : autant dire que la finale est loin, très loin. Les places payées aussi : il n'y en aura que 27. Le tapis de David Benyamine est resté inchangé depuis le début du Day 2. De big stack, notre MJFDM est donc maintenant passé dans le clan des joueurs en difficulté. Parmi les chip-leaders, James Dempsey (l'anglais a déjà gagné un bracelet cet été), Sam Farha (un revenant), Jeff Lisandro, et bien d'autres têtes connues. Phil Hellmuth est short-stack, quant à Phil Ivey, il nous a quittés depuis longtemps.

17h : Stud High-Low 1,500$ (Day 1)
Les organisateurs du WSOP ont intelligemment groupé les épreuves similaires pour que les afficionados puissent toutes les jouer sans avoir à rester deux mois à Vegas. Après le Stud à 1,500$, voici le Stud à 1,500$... mais en High-Low.

Benjo

Vanessa Hellebuyck remporte le Ladies Event

- 14 juin 2010 - Par Benjo DiMeo

Bracelet numéro 5 pour la France

Coverage par Winamax

Cocorico ! ! Vanessa Hellebuyck est devenue ce soir la première joueuse de l'histoire du poker français à remporter une épreuve des World Series of Poker. Succédant aux victoires masculines de Gilbert Gross, Claude Cohen, Patrick Bruel, et David Benyamine, c'est une véritable démonstration de patience et de survie à laquelle s'est livrée l'amatrice, qui avait entamé la finale avec l'un des plus petits tapis. C'est la première victoire majeure au féminin d'un compétiteur tricolore, un triomphe qui restera sans aucun doute dans les annales du poker français et dont l'écho devrait se répercuter au delà des frontières du poker. Ce soir, on fête aussi le poker amateur, dont Vanessa fait fièrement partie.

Dans le clan des reporters Winamax, c'est un peu la honte qui domine, pour tout vous avouer. Habitués à des marathons nocturnes depuis plus de deux semaines, nous étions loin de nous douter que la table finale serait terminée bien avant 21 heures. A notre retour dans l'Amazon Room, le podium ESPN était vide. Nous avions manqué la fureur, la clameur, l'enthousiasme, les cris, et même quelques larmes au bout du chemin.

Mais pas question de passer à côté de cette victoire, bien entendu. J'ai envoyé Harper sur la trace de Vanessa et de son large contingent de supporters français, avec pour ordre de collecter les impressions de notre championne : son remarquable come-back en finale, ses projets futurs, etc, etc. Lundi matin, la Marseillaise retentira dans la Pavillion Room depuis l'introduction des hymnes aux WSOP en 2009, et nous serons présents pour capturer ce beau moment en video.

Félicitations à Vanessa Hellebuyck, et à très bientôt pour nos compte-rendus sur ce grand moment de poker à la française.

Benjo

Crédit photo : Greasy Wheels / WSOP

Cat fight

- 14 juin 2010 - Par Benjo DiMeo

Event #22 – World Championship Ladies 1,000$ (Finale)

Une professionnelle danoise, une émigrée du Laos, une femme enceinte de quatre mois, une analyste financière, une directrice marketing, et j'en passe... la table finale du Ladies Event est un patchwork coloré de femmes venues d'horizons différents, partageant une passion commune : les cartes et les jetons.

Coverage par Winamax

Vanessa Hellebuyck est arrivée sur le podium ESPN accompagnée d'un large contingent de supportrices et supporters français. Avec le sixième tapis au départ de la finale (23 blindes),cette joueuse amatrice mère de deux enfants peut esperer monter sur le podium – pour la victoire, il lui faudra un poil de réussite, et tout le soutien disponible dans les tribunes.

Après un petit discours de Nolan Dalla (responsable des médias aux WSOP) sur le thème « Les femmes ont droit à leur tournoi, nous les soutenons, toutes nos excuses pour la présence d'intrus non invités », le départ de la finale fut plutôt lent, avec très peu de flops vus durant la première heure.

Coverage par Winamax

Sidsel Boesen est notre chip-leadeuse. Un joueuse professionnelle venue de Copenhague, ayant appris le poker avec son mari. Est-il lui aussi pro ? Le connaissons-nous ? Mystère. A son palmarès, une victoire lors d'un tournoi deep-stack au Venetian en 2009, pour un prix de 27,793 dollars.

De retour de pause, Loren Watterworth engage les derniers jetons qui lui restent (elle a commencé la finale en dernière position), et se retrouve confrontée à notre française. Le As-Valet de Loren reste en tête contre le Roi-Valet de Vanessa, qui perd ainsi de précieux jetons.

Coverage par Winamax

Le clan français (cherchez le Nicolas Levi)

Benjo

Les grandes bouches

- 14 juin 2010 - Par Harper

Event #25 - World Championship Omaha High-Low 10,000$ (Day 2)

Près de la moitié des entrants a déjà pris la sortie du côté du Championship d'Omaha High-Low. Pourtant, l'ambiance reste bon enfant autour des tables : les paris en tout genre fusent, les blagues aussi, et les sourires sont de mises. La tension qui règnera autour des deux ou trois dernières tables n'a donc pas encore gagné les joueurs. « Où est Sorel ? » me demande Jean-Robert Bellande. Là, c'est le moment où il faut se faire tout petit (ce qui n'est pas si difficile face à lui) et juste répondre succinctement si vous ne voulez pas vous prendre une torgnole : « Là-bas » dis-je donc à JR, tout en pointant Sorel du doigt. « Alors, il paraît que t'as misé contre moi ? » demande Jean-Robert au canadien. « Ouais, j'ai parié que tu terminerais derrière Chino ! » L'américain éclate de rire et repart tout en lançant : « Tu peux toujours rêver ! »

Coverage par Winamax

David « Chino » Rheem s'amuse quant à lui à chambrer Mike Mattusow, qui a visiblement sorti le bracelet conquis lors de sa victoire d'une épreuve d'Omaha High-Low à 5,000 dollars en 2002. « Pourquoi tu sors cette antiquité ? » s'amuse David, « Vous étiez combien ? C'était un sit-and-go ? » Mike réplique : « Rigole... Regarde un peu le niveau de la table finale, gamin. En plus, t'étais né il y a dix ans toi ? » A y regarder de plus près, il est vrai que le bracelet de Mike est loin d'être usurpé, acquis devant 78 adversaires et une finale ayant regroupé Daniel Negreanu, Marcel Luske ou encore John Cernuto.

Ah, sinon, je ne vous ai pas dit, mais le tournoi est en cours. Ils ne sont plus que 121 joueurs en course et, bonne nouvelle, notre David Benyamine truste toujours les premières places du classement avec un tapis ayant tout juste dépassé les six chiffres, soit le double de la moyenne. George Danzer, deux jours après sa finale du Deuce-to-Seven, occupe également les premières places du classement, tout comme Jeff Lisandro, Sorel Mizzi ou encore Phil Helmuth.

Harper