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Un sparadrap qui ne se décolle pas

- 3 mars 2020 - Par Benjo DiMeo

Jean-Paul Pasqualini éliminé en 6e place (37 000 €)
Main Event 1 500 € (Finale)


Jean-Paul Pasqualini
Jean-Paul Pasqualini n'a pas remporté pas le WPTDeepStacks Paris, et c'est bien dommage. C'est dommage car - et je ne pense pas être le seul à l'avoir espéré, secrètement ou non - j'aurais pris du plaisir à le voir aller jusqu'au bout : au point où on en était, cela aurait été la conclusion la plus satisfaisante pour les vils esprits dans mon genre. Je me voyais déjà me saisir de mon appareil photo pour saisir le cliché final : le joueur le plus honni de France soulevant un trophée majeur, et pas n'importe lequel : le premier tournoi World Poker Tour organisé à Paris depuis 2015, le premier depuis l'opération mains propres sur les cercles de la capitale.

Cela aurait été sa plus belle victoire depuis celle qui l'avait à la fois, avec trois ans d'écart, couvert de gloire puis d'opprobre, lorsqu'un enquêteur amateur-slash-vengeur avait, armé de son fiel et de ses preuves, révélé en 2013 que son sacre en 2009 sur le Partouche Poker Tour cette gloire avait été - peut-être - obtenu en enfreignant les règles.

Le moment qui aurait suivi la photo aurait été délicieusement jubilatoire aussi : l'interview post-victoire, moment habituellement banal et chiant comme la pluie qui pour une fois aurait été tout sauf banal et chiant. On aurait hésité entre faire comme si de rien n'était, deux trois questions embarassées en regardant ses chaussures et on n'en parle plus, bravo et au revoir, ou au contraire prendre son courage à deux mains et les mettre dans le plat, ses chaussures.

"Hé, bravo JPP, belle perf ce soir, hein, vraiment rien à redire. Heu... et cette finale à Cannes il y a dix ans, on n'en a jamais vraiment parlé au final. Ce serait pas un bon moment pour le faire ?"

Au lieu de cette partie de rigolade assurée, au lieu de mettre tout le monde - organisateurs, médias, le vainqueur lui-même - face à ses contradictions et à son hypocrisie, bref au lieu de finir de foutre le bordel, Pasqualini s'est eclipsé avec le minimum de decorum. Au retour du dîner, on l'avait vu perdre son chip-lead suite à un 3-barrel bluff raté face à un Sonny Franco sous jouant magnifiquement les As, avant de faire doubler Marcin Wydrowski. Réduit à une grosse blinde à peine, le Corse a été forcé de jouer son dernier coup avec Q7 contre la paire de 7 d'Ouassini Mansouri. Un board K-3-9-9-As est rapidement retourné. Quelques minutes plus tard, Pasqualini est parti. Le feuilleton est fini. Jusqu'au prochain. Car que vous soyez du côté des lassés ou de celui des indignés il faudra s'y faire : il y en aura d'autres, des polémiques. JPP est de retour.

En l'absence d'instances gouvernementales globales pour régir le monde du poker de compétition (de type FIFA, NBA ou ATP), et en l'absence de retombées judiciaires concrètes, le scandale provoqué par les agissements supposés de Jean-Paul Pasqualini lors de la finale du Partouche Poker Tour 2009 (scandale qui a donc mis plus de trois ans à éclater !) n'a jamais trouvé d'épilogue véritablement satisfaisant pour le noyau dur de la communauté des joueurs. Beaucoup se sont insurgés, et le sont encore aujourd'hui. Quoi, c'est comme ça que ça marche ? On se casse deux ou trois ans, et on revient comme une fleur, comme si de rien n'était ? Le feuilleton Pasqualini est un peu comme une série Netflix dont des épisodes auraient été effacés par erreur. Il manque un truc. Des explications, une sanction, de la rédemption peut-être, enfin n'importe quoi qui pourrait permettre de clore un chapitre, et de passer à la suite.

Car les années passant, les passions s'estompent, le buzz se dégonfle : même si JPP reste encore absent de certains gros évènements de poker, de nos jours les organisateurs de pas mal de tournois ne semblent plus enclin à lui refuser l'inscription à leurs évènements, comme ils avaient été si prompts à le faire à une époque. Sa présence sur ce premier tournoi WPT organisé à Paris depuis des lustres le prouve, sa fiche Hendon Mob aussi. Certains nous le disent à demi-mot, en "off" : "On ne va tout de même pas l'interdire à vie !" On peut les comprendre : ce n'est effectivement pas à eux, les dirigeants et cadres de sociétés commerciales et privées, de décider à la place d'instances qui n'existent même pas combien de temps exactement doit être purgée une peine qui n'a de toute façon jamais été infligée.

On peut comprendre aussi les nombreux soutiens de l'ancien champion déchu, ceux qui n'en peuvent plus de voir ressassée cette histoire. Lâchez-nous un peu avec ce merdier, qu'ils disent, de toute façon il la traînera toute sa vie cette réputation, elle est là sa punition, elle durera plus longtemps que n'importe quel triomphe, il pourrait gagner les dix prochains WPT que cela n'y changerait rien pour vous, cette histoire de langages des signes en finale c'est le sparadrap du capitaine Haddock et il ne se décollera jamais.

Alors que certains ont décidé que tout cela c'était de l'histoire ancienne (certains l'avaient d'ailleurs décidé dès le premier jour), d'autres n'oublieront jamais, ne digèreront jamais des faits certes supposés mais si faiblement et si brièvement niés à l'époque, pour lesquels aucune sanction sportive n'est tombée, et aucun euro de dommage et intérêt payé. Les lignes sont établies. Dix ans après les faits, elles ne bougeront plus.