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Intouchable

- 22 décembre 2025 - Par Tapis_Volant

Schuyler Thornton remporte le WPT World Championship pour 2 258 856 $
Il a éliminé tous les joueurs de la table finale avec la meilleure main à chaque fois

Thornton

Tout nous préparait à une longue journée : des tapis profonds, des paliers monumentaux, six joueurs avec des profils assez proches avec des résultats en carrière entre 1 et 5 millions de dollars. La principale inconnue, c'était surtout de savoir si le chipleader, démarrant avec une large avance, allait faire le boulot. Mais on s'était complètement trompé, la finale allait durer moins de quatre heures, pauses compris.

L'intouchable qui donne ce nom à cet article, ce n'était pas Soheb Porbandarwala, mais le discret Schuyler Thornton. Il y a deux jours, on lui annonçait qu'il ne pourrait pas porter son hoodie fétiche (trop vert pour la télé). Aujourd'hui, avant même le démarrage, on lui fait enlever sa casquette et on la lui remplace par celle d'un cameraman. "Ils veulent vraiment pas que je sois moi", déclare-il alors, amusé. Mais rien n'a pu l'empêcher d'aller chercher le titre aujourd'hui. 

Échappé de ses parties de cash-game high-stakes mixed games, Schuyler Thornton n'est pas un peintre avec seulement deux cartes en main. Il avait même déjà failli aller chercher un bracelet en 2017 du côté des WSOP et cumule déjà 2 millions de dollars de gains avant ce WPT Championship (même si beaucoup de ses perfs étaient en variantes)

Débutant la journée avec le deuxième tapis, il s'est chargé du grand nettoyage de la table, éliminant un à un les autres prétendants au trophée pour boucler cette table finale en moins de temps que la durée du dernier Avatar.

Coleman

C'est d'abord Maxx Coleman, le joueur le plus expérimenté de cette table, qui envoie ses 25 blindes en resteal avec As-10 quand Schuyler Thornton avait As-Dame en main.

Becker

Favori des locaux, Jeremy Becker va suivre quelques minutes plus tard, il limp/call ses 22 dernières blindes avec As-2 contre le As-10 du futur vainqueur. Pour son 562ᵉ ITM en carrière, à seulement 28 ans, le petit protégé de Vegas était soutenu par Dan Sepiol, l'un de ses meilleurs potes du poker. Avec un tapis réduit à l'entame de la journée, Jeremy Becker n'a pas réussi à imiter son aîné, mais repart tout de même avec le plus gros gain de sa vie, 710 000 $. M'étonnerait pas qu'il soit à l'heure actuelle en train de grinder un tournoi à 400 $ au Venetian !

Lipton

Chad Lipton échoue ensuite au pied du podium, après s'être un peu emballé avec sa deuxième paire quand Schuyler Thornton avait encore les papiers sous la forme d'une belle top paire top kicker.

Brown

Le 3-handed durera un peu plus longtemps, Soheb Porbandarwala a même eu une belle occasion d'éliminer Jeremy Brown avec As-Valet contre Dame-9 à tapis preflop. Mais une Dame viendra sauver le joueur le plus expérimenté du field, le seul non pro apparemment. Si le chipleader au départ de la journée rate cette balle d'élimination, Schuyler Thorton ne rate pas le coche en trouvant un full quand Jeremy Brown s'est un peu laissé aller une nouvelle fois en poussant son tapis avec une maigre top paire.

Heads-up

Avec 187 blindes du côté de Schuyler Thornton et 124 chez Soheb Porbandarwala, au moment d'entamer le heads-up, on se dit logiquement que cette table finale express devrait ralentir. Mais même pas. Donnez deux As à l'un et 4-3 à l'autre, un flop 9-4-3, un As sur la turn pour pimenter tout ça et vous avez le premier énorme pot de cette rencontre au sommet entre les deux hommes forts de la table finale. Bilan, Soheb Porbandarwala chute à 50 blindes après ça. Il ne faudra pas plus de quinze minutes pour la première balle de match, le A6 de Soheb Porbandarwala contre le AK de Schuyler Thornton. 

Porbandarwala

Malgré l'apparition de deux cœurs sur le flop, Schuyler Thornton est une nouvelle fois l'intouchable de cette table finale. C'est simple, il a dû perdre à peine deux mains pendant toute la durée de la table finale avant le heads-up et cette domination sans partage a continué contre son dernier adversaire. Déboussolé devant toute l'agitation autour de lui après sa victoire, le joueur américain a fait le taff, accompagné par sa famille et sa bande de potes, beaucoup plus expressifs que lui dans la victoire. Après avoir appliqué un poker très solide et appliqué. sans gros moves, juste de patience et de la discipline, Schuyler Thornton remporte donc ce WPT Championship pour 2 258 856 $, après avoir conclu un deal à deux avec sa dernière victime. 

"Tout a été dans mon sens aujourd'hui. Je n'ai pas eu grand-chose à faire, j'ai run super hot, à chaque fois j'avais une main qui jouait toute seule quand mes adversaires partaient à tapis". Pas du genre à s'emballer, Schuyler Thornton avoue à demi-mot que cette somme à sept chiffres sera un gros boost pour sa carrière, même s'il ajoute que cela ne changera pas sa vie. Tout au plus, il achètera quelques propriétés et il jouera un peu plus les 5K et les 10K sur le circuit. On a compris, le joueur qui ne jure que par les parties de cash-game high-stakes a l'air d'être déjà bien frais, et expliquait aussi que ça l'a bien aidé pendant le tournoi, de ne pas être impacté par les paliers de gains, aussi énormes soient-ils.

WPT World Championship 10 400 $
1 865 inscrits

Thornton

Vainqueur Schuyler Thornton (USA) 2 258 856 $ (après deal)
Runner-up Soheb Porbandarwala (USA) 1 969 344 $ (après deal)
3e Jérémy Brown (USA) 1 250 000 $
4e Chad Lipton (USA) 940 000 $
5e Jérémy Becker (USA) 710 000 $
6e Maxx Coleman (USA) 540 000 $

Salut

Un grand merci à toutes les équipes du World Poker Tour pour l'accueil pendant ce WPT World Championship, avec en tête Hermance Blum (Responsable Marketing du groupe) et Evan McColl (Responsable Médias). Malgré un léger désaveu des joueurs au niveau de la fréquentation, avec moins 20% sur le chiffre de la fréquentation de l'année dernière, ceux qui étaient là ne l'ont pas regretté en voyant la gueule du field. Je n'ai cessé d'entendre que c'était un tournoi encore plus abordable que le Main Event des WSOP, parce que tous les top regs étaient partis aux Bahamas. Alors, vous savez ce qui vous reste à faire si vous n'êtes pas encore un top reg et que les Bahamas tombent encore en même temps que ce WPT World Championship l'année prochaine. 

Un grand bravo aux Français qui ont perfé sur le festival, à commencer par les 4 mousquetaires du Main Event, Eric Sfez, Vincent Lavollée, Florian Pesce et Arnaud Enselme, avec lesquels on a bien vibré, même s'ils n'ont pas atteint le Day 4. On saluera aussi les belles prestations de nos Français sur les Side Events, comme Romain Lewis, 3ᵉ d'un 1 600 $ PLO Bounty et 61ᵉ du gros 3 000 $ 3 millions garantis pour 9 000 $, mais aussi Mohamed Aissani (4ᵉ d'un 1 600 $ en début de festival pour 96 091 $), Nicolas Milgrom (avec plusieurs tables finales) ou Florian Pesce (5ᵉ d'un 3 000 $ pour 46 718 $).

Et à bientôt pour un nouveau coverage quelque part dans le monde. 

Tapis_volant

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La solitude du couvreur du fond

- 21 décembre 2025 - Par Tapis_Volant

Comment un couvreur occupe son Day Off quand il est tout seul à Vegas ?

Piscine

C'était prévu depuis longtemps. Ce samedi 20 décembre allait être mon Day Off sur ce périple à Vegas. Pour imiter les WSOP, ou pour permettre à la famille des participants de venir, les organisateurs du WPT World Championship ont décidé de laisser une journée off avant le show à l'américaine de la grande table télévisée à six. Une bonne occasion pour un couvreur de se reposer après cinq jours de boulot intenses. Ou alors, de profiter. Réveil midi, fallait bien dormir un peu. Direction la piscine du Resorts World, où je suis logé cette semaine, à deux pas du Wynn. Un des derniers hôtels à être apparu sur le Strip ces dernières années. Quand on est en villa à Vegas, c'est un peu le rituel du matin, avant d'aller raconter des flips au Horseshoe. Mais là, on est en décembre ! Je descends de mon 20e étage et découvre les huit piscines différentes de l'Hôtel Hilton, l'un des trois hôtels rattaché au Resorts World. Petite déception, sept d'entre elles sont fermées, c'est l'hiver, il fait doux (20° environ), rien à voir avec la chaleur étouffante de Vegas, mais surtout, il n'y a personne dans l'hôtel, si l'on compare au tumulte de la période estivale. Quelques longueurs de brasse, dix minutes dans un bain bouillonnant et on ressort requinqué pour aborder cette journée sans poker. Enfin, c'est le plan, à la base. 

PiscineQu'y a-t-il à faire à Vegas pendant un Jour off ? En vrai, des milliers de choses, dans ce "Disneyland pour adultes". En pratique, ça s'est souvent fini pour moi sur une table 1 $/3 $ du Orleans pour une session de 12 heures, à tenter tant bien que mal de finir even. Alors, comme je ne suis pas trop inspiré, je demande à ChatGPT son avis (ne faites pas ça chez vous !). Évidemment, il n'est jamais venu à Vegas, donc il me conseille les bons pièges à touristes : le Strip, les Fontaines du Bellagio, les spectacles du Cirque du Soleil, Downtown Las Vegas... La première fois que je suis venu à Vegas, c'était en 2011, autant vous dire que le Strip, ça n'a plus la même saveur après avoir passé six mois de ma vie dans cette ville.

Bref, de toute façon, j'ai un plan, je vais profiter de mon day off pour voir si on trouve mon jeu de société "Popcorn" dans une adresse de Vegas très connue pour les jeux de société : Meepleville. Passage obligé pour n'importe quel fan de "jds", cet endroit est l'un des plus gros bars à jeu de Sin City. Situé sur West Sahara Avenue à cinq minutes de voiture du Strip, vous pouvez trouver plus de 2 000 jeux différents à découvrir. En échange de 15 $, vous pouvez jouer à tout ce que vous voulez toute la journée, vous faire expliquer les règles, trouver des joueurs pour vous rejoindre si vous êtes solo...

GamesSi vous vous voulez faire un break avec le No-Limit Hold'em, c'est l'endroit idéal. Des soirées thématiques sont organisées tous les jours de la semaine, découverte de jeux classiques (Go, Backgammon...), parties de Blood on the Clocktower (un Loup-Garou revisité qui cartonne aux States en ce moment) ou initiations aux jeux de rôle.

Ils ont aussi une boutique avec des jeux à vendre, mais ce n'est pas leur point fort et ils n'ont pas grand-chose. Autant vous dire que je n'ai pas trouvé mon jeu, distribué depuis peu aux États-Unis. Pas grave, je viendrai leur présenter l'année prochaine, je l'ai promis à Bert, qui m'a gentiment présenté le fonctionnement du lieu. Après ce passage obligé dans la mecque du jeu de plateau, je demande à mon chauffeur Uber, Abram pour ne pas le nommer, s'il aurait un conseil pour un Day Off à Sin City. 

Visiblement mieux renseigné que ChatGPT, mon chauffeur me conseille d'aller voir du côté du Red Rock Casino, me disant que c'est bien plus "chill" que l'ambiance du Strip. Même si j'ai déjà vu les beaux paysages du Red Rock Canyon, je ne me suis jamais arrêté dans ce casino qui a la particularité d'être "le casino des locaux". Ne cherchez pas de touristes là-bas, ce ne sont quasiment que des gens qui vivent dans le coin. Dès l'ouverture du casino en 2006, un projet controversé parce qu'il allait dénaturer le paysage, le plan était d'offrir aux locaux un endroit de divertissement moins cher que les casinos du Strip, avec tout pour faire comme dans les casinos les plus connus de Vegas.

BingobugleUn bowling a été construit par la suite, avec plus d'une centaine de pistes, l'un des plus grands du monde apparemment. Quand je suis passé, il y avait un monde fou, des familles, des groupes de potes, des vieux, des jeunes, on sentait que c'était LA sortie du week-end pour eux et que cet endroit ressemblait au paradis avec tout à disposition pour manger, boire, jouer et rigoler. J'ai même trouvé une salle de bingo géant, avec des tournois retransmis à travers une multitude d'écrans au sein du casino, et j'ai même récupéré un journal local consacré aux résultats de ces parties de bingos, une sorte de France Football du Bingo.

L'hôtel devait être encore plus grand à l'origine mais des pétitions ont ralenti le processus et empêché l'énorme tour que le groupe Station avait planifié à la base. Le Sportsbook est également gigantesque et l'ambiance était folle avec un gros match de NFL entre les Green Bay Packers et les Chicago Bears qui était retransmis. L'explosion de joie du public a fait trembler les murs sur le dernier touchdown de Caleb Williams dans les dernières minutes du match. C'était assez fou. J'ai testé le Yard House pour manger, une chaîne de restaurants local très à l'américaine. À ma question "vous avez de la bière ?", mon serveur a rigolé en me montrant les 100 tireuses à bière qui me faisaient face. J'ai pas su choisir, donc j'ai pris celle où il y avait écrit Grateful Dead dedans (cherchez pas, c'est juste parce que mon père adore ce groupe !).

Qui dit nouveau casino dit nouvelle poker room à découvrir. Ni une ni deux, je vais mettre 300 $ sur une table, non pas que j'ai spécialement envie de jouer. Mais comme dirait zChance, c'est surtout "pour le content !" Malheureusement, que du No-Limit Hold'em à se mettre sous la dent, hormis quelques rares games de 4 $/8 $ Omaha Hi-Lo qui tournent à la demande. Quelques minutes après m'être assis arrive le coup du sort qui va me forcer à rester à la table. Je vous vois venir, non je n'ai pas perdu directement un gros pot qui m'a poussé à me refaire (une de mes grandes habitudes à Vegas), j'ai tout simplement gagné une "High Hand". Petite explication, dans ce casino, quand vous faites une grosse main, disons un full, vous êtes possiblement un mec qui va toucher 100 $ supplémentaires. Mais il faut voir si votre High Hand tient jusqu'à la fin d'un compteur de vingt minutes. J'ai fait full aux As par les Dames, mais on a un split avec un autre joueur qui avait la même combinaison.

TablesPendant quinze bonnes minutes, je me demande si ma main va pas être dépassée par un carré et si on va avoir le droit à 50 $ chacun. Ce n'est pas très clair, personne ne nous donne d'informations. À la fin du compteur, un floor vient nous demander notre ID pour nous payer notre dû. Et là, c'est le trou d'air. 45 minutes d'attente avec mon passeport dans les mains d'un floor ricain qui a disparu. Petite frayeur, quand même. En fait, il était allé nous créer une Players Card, obligatoire pour pouvoir nous attribuer ce gain. En vrai, je n'avais pas trop envie de jouer en No-Limit et ces 45 minutes d'attente auraient pu me coûter bien plus que les 50 $ que j'attendais. J'ai bien failli partir, mais je me suis souvenu que je n'avais plus de passeport. J'aurais été un peu dans la merde pour rentrer. Bref, tout se finit bien dans cette histoire (sauf si un mec m'a piqué mon identité et que je m'en rends compte dans six mois !) et je sors finalement bien gagnant de cette session au pays des nits. 

ArcadeSur les conseils de mon chauffeur Uber de tout à l'heure, je vais également faire un tour à Downtown Summerline, à deux pas du Red Rock Casino. Projet immobilier imaginé au début des années 1990, il s'est structuré autour du Red Rock Casino, avec de nombreux logements qui sont sortis de terre et un gros centre commercial ouvert en 2014. En gros, ce sont les Outlets, mais en beaucoup mieux et avec autre chose que des vêtements et des magasins de souvenirs. Beaucoup de magasins, certes, mais aussi plein de restaurants pas chers, un grand complexe de cinéma (avec Avatar en 4DX Max PowerPlus Dolby Surround !), et une gigantesque salle de jeux d'arcade et autres jeux en tous genre. Bref, un paradis pour la population locale. Un endroit hyper familial, avec des gosses qui s'amusent et des parents qui picolent. Je me suis toujours demandé où étaient les vrais habitants de Vegas, et surtout les enfants, vu qu'ils ne peuvent pas s'asseoir dans les casinos. J'ai l'impression qu'ils sont tous là en fait, à s'amuser entre eux loin des prix prohibitifs du centre-ville. Je ne suis pas resté très longtemps, juste histoire de claquer quelques dollars en jouant à Space Invaders ou aux pousse-pièces de l'enseigne Dave & Buster's, et surtout observer les gens s'amuser dans la bonne humeur. Aucune attraction n'était boudée, cinéma dynamique, hippo-gloutons, air hockey, course de voitures... plus de 2 000 m2 consacrés aux loisirs en tous genres. 

offBon, après mes déambulations au pays des "vrais" ricains, il commençait à se faire tard, et ce diable de Romain Lewis était - encore - en train de deep run. C'était le bon moment pour revenir, histoire de n'être pas trop loin s'il fallait aller rail notre Team Pro en table finale du 3 000 $. Dans le Uber, je checke Instagram et découvre qu'il a bust 61e. Je réfrène un peu cette envie d'être content de la nouvelle (je sais, c'est pas ouf, mais quand on est off, on a un peu moins envie d'aller rail à 50 left). Changement de plan, et si on allait quand même faire un petit tour sur le Strip ? Venir à Vegas, en décembre, et ne pas passer par le Strip, c'est criminel.

Direction, le Planet Hollywood, pour gamble un peu et se rappeler aux bons souvenirs des premières années à Vegas où j'y passais des journées entières. Rien n'a vraiment changé, on y mange toujours les meilleurs sandwichs du monde chez Earl, un endroit dans lequel je ne suis pas retourné depuis 2018, à l'époque où j'avais suivi les Flambeurs sur le Main Event des WSOP. 

En passant par le Paris puis par le Horseshoe, j'avais l'impression de reprendre le chemin des World Series, de raviver les souvenirs d'un été passé à soutenir les Français, j'avais l'impression de pouvoir retrouver les yeux fermés la route qui mène à la salle principale où ont lieu les tables finales. Je me dis à ce moment-là que ça pourrait être marrant d'aller voir si en lieu et place des tables, se trouverait une convention de rodéo ou un salon du puzzle. Tout ce que j'ai trouvé, c'est une femme de ménage qui m'a dit qu'il n'y avait rien là-bas et que c'était fermé. Pourtant, elle avait l'air de préparer bien en amont les futures stories de tous les joueurs des WSOP, en astiquant la moquette qu'ils vont photographier en boucle pour annoncer leurs bustos.

Tapis_meufSur le retour, je finis par faire plaisir à ChatGPT en allant jeter un œil au spectacle des fontaines du Bellagio. Toujours un kiff quand même à chaque fois, même après des dizaines de fois. En bon fishou des familles, je me retrouve à faire une photo avec une fan. "Hello, you are Tapis_volant? Can I do a photo with you?" J'ai pas dû bien comprendre, puisqu'elle m'a demandé des sous. Un billet à glisser là où j'avais pas prévu de mettre ma main. "One for the boob 1! One for the boob 2!" Un billet, peut-être ça passera en note de frais auprès de Benjo, mais deux, je suis pas sûr. Gêné, on dit gentiment que pour une photo, c'est déjà pas mal. Heureusement, Mickey, lui, ne m'a pas demandé de sous quand je l'ai pris en photo en douce en mode burnout. Bref, vous aurez compris,"on est toujours le fish de quelqu'un" et il était temps que je rentre. Pas question de me retrouver au Sapphire ou au Rhino. Dans mon état de fatigue, j'y lâcherai facilement mon salaire. 

ResortsÀ la place, je me retrouve à la maison, au Resorts Worlds, et l'appel des cartes se fait sentir quand une table de Mixed Games me fait de l'oeil. Comme cet été à Vegas, quand j'avais été testé pour vous les folles variantes de ce casino, je vais m'asseoir. Cette fois, c'est un peu moins cher, 6 $/12 $, mais il y a encore plus de jeux différents que la dernière fois. Le petit nouveau ? Le Drawmaha 49. En gros, le pot est partagé entre le joueur qui a la meilleure main de Omaha avec le board et celui qui a le plus de points dans sa main. À savoir que la meilleure combinaison est 10-10-10-10-9, ce qui fait 49 points. Les figures valent zéro et toutes les autres cartes leur valeur faciale. Sans doute à cause de la fatigue, je fais pas mal d'erreurs d'inattention, notamment sur un jeu où ça alterne entre deux mélanges de jeux différents en fonction de si la community card du milieu est supérieure au 8 ou non. Bref, je sais que je vous ai déjà perdus. En tout cas, si vous aimez les Mixed Games, foncez sur ces parties. Et gros big-up à Ernie, celui qui organise ces parties et à qui vous pouvez toujours demander un point de règle si vous êtes perdus.

Voilà, demain aura lieu la table finale du WPT Championship que j'ai suivi toute la semaine, l'occasion de conclure ce reportage. Il est peut-être temps d'aller dormir en se disant qu'on n'en a pas encore fini avec cette ville de Las Vegas.  

Off

Même en habitant à cinq minutes du Wynn, j'ai passé ma vie dans les taxis

Meepleville

Ne cherchez plus, best adress in town !

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Pas vu beaucoup de Pères Noël sur Vegas, surtout des Mères Noël

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Un Casino de plus pour augmenter ma collection de jeton de 1 $

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Un petit Yard House pour manger comme les Américains une salade de quinoa...

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et ne boire bien évidemment que de l'eau !

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Toujours pas compris les règles du football américain, mais c'est un sacré spectacle de partager ça avec des Ricains, surtout quand ça part en touchdowns

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Pas osé tenter une game, fallait sortir 50 $ pour avoir le droit à 6 grilles et je ne connais pas la GTO

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Alors, Benjo, prochain bowling à essayer à Vegas ?

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J'avais besoin d'espoir à ce moment-là, j'implorais que Romain ne fasse pas table finale 

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Seul endroit où j'ai vu de chouettes décos de Noël, dans le Bellagio

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Un des restos à tester du Resort Worlds, comme Gatsby, magnifique !

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Sept ans sans manger un sandwich de chez Earl, c'est pas humain !

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Et on finit par les fontaines, parce qu'elles le valent bien

American grinders

- 20 décembre 2025 - Par Tapis_Volant

La finale à six est constituée avec un casting inattendu full Ricains
Soheb Porbandarwala est assis confortablement dans le fauteuil du chipleader
Malgré son short-stack, Jeremy Becker sera l'homme à suivre de cette table finale

Qui repartira avec les 2,5 millions de dollars promis au vainqueur ?

WPT World Championship 10 400 $ (Finale - 6 joueurs restants)

Soheb

En tête depuis un petit moment, Soheb Porbandarwala a confirmé une journée parfaite pour délivrer les six finalistes officiels de ce WPT World Championship, en se chargeant d'éliminer Graeme Newman en 7ᵉ position. Son travail de sape a fonctionné parfaitement. Au bout d'un moment, les joueurs se rebellent et tentent des moves d'un autre temps, pensant que vous êtes en train d'abuser. C'est ainsi que le dernier Britannique du field nous a gratifié d'un 5-bet shove avec Roi-Dame suité quand le chipleader avait cold 4-bet avec As-Dame. Il s'est fait une joie de payer en position dominante et a conservé son avantage sur le board. Cet ultime coup de la journée le propulse à plus de 80 millions de jetons, loin devant ses poursuivants. Dans une finale qui s'annonce 100% américaine. 

Soheb

"Putain, tellement chiant à écrire mon nom !"

"Je me sens vraiment chanceux, tu ne sais jamais sur quel tournoi tu vas run aussi bien et c'est sur ce WPT Championship que ça se produit, je me sens béni." Avouant jouer beaucoup moins que les années précédentes (checkez un peu sa Hendon Mob, on parle quand même d'un très gros grinder), Soheb Porbandarwala avait coché ce tournoi sur son calendrier depuis longtemps, comme chaque mois de décembre depuis quatre ans, pour le prestige du WPT, le circuit qu'il préfère, et de loin. Sa journée ? "So easy day !" On a même le droit à la fameuse phrase copyrightée Adrián Mateos "Quand j'avais, ils me payaient, quand je bluffais, ils passaient", une belle manière de dire qu'on a run comme il fallait. Conscient qu'il reste encore une journée complète où il faut que ça continue à bien se passer, Soheb semble prêt pour tous les scénarios, même s'il aimerait plus que tout ajouter ce titre à son palmarès, lui qui avait fini 15ᵉ de cette même épreuve en 2022.

Becker

Mais celui vers qui tous les regards seront rivés dimanche - ou au moins tous ses potes du Wynn -, c'est la gloire locale Jeremy Becker, l"ultimate grinder" : 561 places payées depuis 2017, 285 fois présent sur l'ultime table d'un tournoi. Alors, certes, son terrain de jeu habituel, ce sont plutôt les "petits" tournois des casinos du Strip, mais c'est surtout parce qu'il ne peut pas s'empêcher de les jouer, alors qu'il a désormais la bankroll pour privilégier les plus gros tournois, qu'il joue depuis deux ou trois ans. Au moment où je lançais mon dictaphone pour l'interviewer, Jeremy était en train de se renseigner pour savoir s'il pouvait late reg le 3 000 $ dont c'est le Day 1B aujourd'hui. Et oui, demain est un jour off pour les finalistes, donc il pourrait s'échauffer avant le grand rendez-vous, et surtout ne pas rater un tournoi, parce que ça, il ne sait pas faire.

Becker

Malgré un stack qui a pris du plomb dans l'aile sur le début de la table finale, Jeremy Becker a toutes les armes et l'expérience pour aller chercher une grosse performance dimanche sur la finale du WPT Championship. "Je suis très confiant, me dit-il, juste un peu frustré là maintenant parce que j’ai perdu la moitié de mon stack depuis le début de la table finale. Mais dans deux jours, je serai prêt et j’essaierai vraiment d’aller au bout. Tu sais qui a fini deuxième l’an dernier sur ce tournoi ? Non ? Moi non plus. On se souvient seulement du vainqueur, donc je vais tout faire pour que ça arrive." Pote avec Daniel Sepiol, vainqueur de ce même tournoi en 2023, Jeremy Becker va essayer de suivre ses traces et décrocher son premier gain à sept chiffres, lui qui a d'ores et déjà dépassé sa meilleure perf' sur le circuit. 

Coleman

Derrière, quatre autres prétendants au titre n'auront pas envie d'être cantonnés aux seconds rôles, le décontracté Schuyler Thornton (73 blindes), le gangster Jeremy "Mister" Brown (43 blindes) et l'amateur de thé Chad Lipton (26 blindes). On n'enterrera pas tout de suite Maxx Coleman (30 blindes, photo) probablement le joueur le plus expérimenté à ce niveau de buy-in, avec déjà 5,3 millions de gains en carrière et 13 lignes à six chiffres à son actif. 

Dans quelques heures, l'un de ses 6 joueurs partira avec le pactole de 2,5 millions de dollars et avec des souvenirs plein la tête, à raconter plus tard à ses petits enfants. Good night and good luck! Rendez-vous dimanche à midi pour la grande finale de ce WPT World Championship. 

Le plan de table

TF

Siège Joueur Tapis Blindes
1 Schuyler Thornton (États-Unis) 36 500 000 73
2 Soheb Porbandarwala (États-Unis) 81 325 000 162
3 Jeremy Brown (États-Unis) 21 675 000 43
4 Maxx Coleman (États-Unis) 15 250 000 30
5 Chad Lipton (États-Unis) 13 250 000 26
6 Jeremy Becker (États-Unis) 18 200 000 36

L'échelle des gains

# Gains
Vainqueur 2 538 000 $
Runner-up 1 700 000 $
3e 1 250 000 $
4e 940 000 $
5e 710 000 $
6e 540 000 $

Les premiers sortants de la finale

Quand ? Qui ? Combien ?
7e Graeme Newman (Angleterre) 415 000 $
8e David Pelosi (États-Unis) 325 000 $
9e Linglin Zeng (Chine) 255 000 $

Zeng

Linglin Zeng était short-stack depuis un bon moment quand elle a enfin trouvé une main pour tout mettre au milieu. Avec As-Roi, elle cold 4-bet shove pour 16 blindes. Jeremy Brown, trop engagé après son 3-bet, paye avec Roi-Valet. Un vilain Valet en doorcard et c'en est fini des espoirs de la joueuse qui réalise sa deuxième meilleure performance sur le circuit.

Pelosi

De loin le joueur le moins expérimenté du field restant, David Pelosi a vu son rêve brisé par Schuyler Thornton quand il a défendu dans les blindes avec As-10 et poussé son tapis en deux temps sur un board As-8-7-3. En face, il y avait tout simplement As-8 pour deux paires floppées. Il pouvait encore gagner, mais un 8 rivière est venu confirmer la sentence. L'amateur d'origine italienne repart avec un beau paquet de billets verts en récompense de son beau parcours.

Newman

Enfin, last but not least, Graeme Newman aura le mérite d'avoir été le mec le plus souriant du field depuis hier. Conscient de son niveau moins élevé que la plupart du field, il semblait déjà comprendre qu'il aurait du mal à devenir le gars qui allait soulever le trophée, comme lui disait toutes les 10 minutes un joueur pour le charrier. Sa sortie, vous l'avez en haut de cet article, une sombre histoire de 5-bet shove pour 30 blindes avec Roi-Dame. Le Britannique fait mieux que doubler ses gains en live grâce à cette belle 7ᵉ place, se consolant de laisser filer une occasion en or d'accéder à une prestigieuse table finale. 

Coup d'envoi à 16 heures, heure locale... soit 1 heure du mat' en France, sur les blindes 250 000 / 500 000 (BB Ante 500 000). Pour vous faire patienter, et aussi parce que je trouve cette vidéo "so cool", je vous invite à écouter Jérémy Becker nous raconter son parcours. Ça vaut son pesant d'or.

Si proches du but

- 20 décembre 2025 - Par Tapis_Volant

Après deux heures de jeu, ils ne sont déjà plus que 9 sur le WPT World Championship
7 joueurs sont passés tout près d'accéder à l'ultime table
WPT World Championship 10 400 $ (Day 5)

Tablesecondaire

On le sait tous : atteindre la dernière table d'un tournoi est une des situations les plus délicieuses que l'on puisse connaître sur un tournoi live. Ça n'arrive pas si souvent. Pourtant, sur cette ultime table, Jérémy Becker, un joueur d'à peine 28 ans, a déjà connu cette sensation... à 285 reprises ! Alors, évidemment, il ne jouait jamais pour autant d'argent, mais 285 fois dans sa vie, il s'est retrouvé à 9 left d'un tournoi live. Avant de parler de cet exploit surhumain, intéressons-nous d'abord aux joueurs qui ont raté de peu l'accession à cette ultime table, même si la "vraie" table finale WPT, ce sera bien évidemment à 6 joueurs restants. 

Troya

Au départ de la journée, ils étaient 16 à y croire, certains plus que d'autres au vu de leur stack. Avec seulement 8 blindes à la reprise, Adrian Troya espérait secrètement gratter un palier. Enfin, secrètement, pas tant que ça, puisqu'il tankait à chaque décision. Il faut dire que si une élimination avait lieu sur la table télévisée, il aurait gagné 29 000 $ en foldant. Malheureusement pour lui, le Day 5 n'aura duré qu'une quinzaine de minutes, son As-3 ne survivant pas face à la paire de 10 de Graeme Newman. Il repart tout de même avec un beau chèque de 145 000 $ pour se consoler, de loin son meilleur résultat live à ce jour.

Held

Ensuite, c'est un des favoris des bookies, Konstantin Held, qui a dû prendre la porte. Avec 28 blindes pour démarrer, il a dû raise/fold plusieurs fois avant de voir de paire de 7 se fracasser face à la paire de 10 de Linglin Zeng. Le joueur allemand domicilié en Autriche n'améliorera pas son meilleur score sur un tournoi, lui dont le meilleur résultat (connu) reste sa victoire sur le Mini Main Event des WSOP Online pour près de 600 000 $ sur un field massif de 18 000 joueurs. Mais comme il a caché sa Hendon Mob, difficile de retrouver trace de ses autres performances live. Sa 15ᵉ place sur ce WPT World Championship lui rapporte 174 000 $.

Battistone

C'est une nouvelle fois Linglin Zeng qui va se charger d'éliminer un joueur, en la personne de Brian Battistone. Le bon pote de Jérémy Becker a squeeze son petit tapis d'une quinzaine de blindes avec les 9. Et est mal tombé contre le As-Roi de la joueuse. Le lancer de pièces a tourné à l'avantage de la Chine et Brian Battistone doit céder à quelques encablures de l'ultime table. 

Starcka

Avec seulement 13 blindes ce matin, Stanislav Barshak n'en menait pas large et devait croire à un petit miracle pour rallier la table finale. Maxx Coleman est venu briser son rêve en 13ᵉ position, avec une paire de Valets contre une paire de 10 à tapis preflop. 

Gilbert

Également en danger, James "Jim" Gilbert a tenté sa chance depuis la petite blinde avec Valet-8 de cœur. Malheureusement, Soheb Porwanderwala l'attendait avec As-7 à sa gauche. Un Valet en door card pour rêver, mais un As qui s'invite, et c'en était fini des chances du joueur irlandais en 12ᵉ position de ce WPT World Championship, bonne pour 210 000 $, son troisième meilleur résultat à ce joueur, après deux places de runner-up sur le WPT en 2015 et 2018. 

Jaffee

On perd ensuite le plus gros palmarès du field restant, Jared Jaffee, qui manque de peu une sixième finale sur le circuit WPT. Il a disputé, et perdu, un coin flip à 15 millions (50 blindes) avec une paire de 8 contre le As-Valet de Schuyler Thornton. Il repart tout de même avec 210 000 $ pour ses efforts.

Hassan

Dernier joueur à rater l'occasion en or de rallier l'ultime table de ce WPT World Championship, le Libanais Hassan El Hakim, celui qui s'était fait bluffer par Eric Sfez quand il avait les As en main. La dernière main d'Hassan ? Un classique coin flip entre sa paire de 5 et le As-10 du chipleader Soheb Porbandarwala pour ses dernières 2 blindes. Le véritable coup crucial qui l'a poussé dehors, c'est un autre coin flip perdu cette fois contre Jérémy Brown, un pot à 20 millions perdu avec As-Dame contre une paire de 10. 4ᵉ d'un gros tournoi à l'Aria pour 320 000 $ durant les WSOP, Hassan El Hakim ajoute 255 000 $ à sa bankroll et tutoie désormais la barre du million en live.

On tient donc la dernière table de ce WPT World Championship, que Soheb Porbandarwala aborde en large chipleader avec 157 blindes devant lui. À noter que trois joueurs auront plus de 100 blindes pour démarrer et que deux joueurs sont en danger, Lingling Zeng (19 blindes) et David Pelosi (14 blindes). 

L'ultime table du WPT World Championship

TableTV

Siège Joueur Tapis Blindes
1 Schuyler Thornton 33 400 000 111
2 Soheb Porbandarwala 47 025 000 157
3 Jeremy Brown 21 050 000 70
4 Linglin Zeng 5 625 000 19
5 Maxx Coleman 18 400 000 61
6 Chad Lipton 6 600 000 22
7 Graeme Newman 18 725 000 62
8 David Pelosi 4 200 000 14
9 Jeremy Becker 31 175 000 104

Les prix restants à distribuer

Place Gain
Vainqueur 2 538 000 $
Runner-up 1 700 000 $
3 1 250 000 $
4 940 000 $
5 710 000 $
6 540 000 $
7 415 000 $
8 325 000 $
9 255 000 $

Air Pads : interview avec une légende du coaching

- 20 décembre 2025 - Par Tapis_Volant

Entretien avec Patrick "Pads" Leonard, l'un des meilleurs joueurs online depuis plus de 15 ans et coach reconnu et apprécié de toute la communauté poker
WPT World Championship (Day 5)

Pads

Plutôt que de vous faire un live blogging à l'ancienne sur les éliminations successives des demi-finalistes de ce WPT World Championship, j'ai profité du début de journée pour aller à la rencontre d'une légende de notre jeu préféré, Patrick "Pads" Leonard, un joueur qui s'est surtout fait connaître online par des gains faramineux (plus de 20 millions de dollars) et surtout en tant que co-fondateur de la plate-forme de staking/coaching bitB. Depuis quinze ans, il offre généreusement ses précieux conseils au monde du poker à travers ses réseaux sociaux et a propulsé beaucoup de joueurs vers les sommets à travers sa formation "Pads on Pads" et ses nombreux coachings. Discussion à bâtons rompus avec cette légende que je n'avais même pas reconnu dans le field de ce WPT World Championship il y a quelques jours.

Bonjour Patrick. Si tu devais te présenter à quelqu’un, comment le ferais-tu ?

Me présenter à quelqu’un ? Bonne question. En réalité, je ne rencontre pas tant de nouvelles personnes. D’habitude, on se connaît déjà. Je peux rencontrer quelqu’un parce qu’on joue parfois ensemble online ou quelque chose comme ça. Mais disons que si je rencontre quelqu’un pour la première fois à une table, des amateurs qui ne me connaissent pas, je dis simplement : "Je m’appelle Patrick, je viens de Londres".

Tu ne te présentes pas comme un joueur de poker ?

À une table de poker, non, parce qu’ils peuvent probablement le sentir, tu vois. Mais dans un Uber, par exemple, et que le chauffeur me demande ce que je fais dans la vie, je lui dis que je suis joueur de poker. Avant, il m’arrivait parfois de mentir. D’ailleurs, histoire drôle : une fois, j’étais à une soirée jeux de société. Je n’ai pas forcément envie que les gens sachent que je suis joueur de poker, parce qu’ils peuvent te googler et voir tes gains. Moi, je veux juste m'amuser, je suis là parce que j'aime les jeux de société. Du coup, j’ai dit que je m’appelais... Harry. Il fallait installer le jeu, dire son prénom et mettre un badge sur son t-shirt pour que tout le monde sache qui est qui. J’ai donc dit que je m’appelais Harry et que je travaillais chez Zara, le magasin de vêtements. On joue au jeu, et là un type arrive avec 20 minutes de retard. avec un gros sac Mc Donald’s, un peu négligé, et il me lance : "Oh mon Dieu, Patrick, je suis un énorme fan !" C’était un joueur de poker. Et toute la table m’a regardé comme si je leur avais menti, c’était super bizarre. Depuis ce jour-là, je dis toujours la vérité. Je suis joueur de poker, voilà.

Quel est ton avis sur la petite guéguerre entre les opérateurs avec les Bahamas, Vegas et Prague sur la même période ?

Les gens disent que ce n’est pas une bonne chose, mais honnêtement, ça ne fait pas tant de mal que ça, parce que les fields restent énormes. Je pense que chacun a son endroit préféré. Certains veulent être proches de leur famille pour Noël. D’autres veulent profiter du beau temps aux Bahamas. D’autres aiment les marchés de Noël à Prague. Je pense que c’est surtout une question de ce que tu préfères, de ce qui est le plus confortable pour toi. Beaucoup de gens cherchent l’argent, la value. Mais l'offre fait que chacun a quelque chose qui lui plaît et ce n'est pas si mal. Ce serait bien que ce soit un peu plus étalé, mais il y a aussi beaucoup d’autres tournois à d’autres moments de l’année. Il n’y a que 52 semaines dans une année. Il y a les World Series, les Series online, les EPT… Il y aura toujours des événements qui se chevauchent, malheureusement.

Pourquoi choisir Vegas plutôt que les Bahamas ?

J’ai un appartement ici. Je vis une partie de l'année à Vegas. Je joue aussi des cash-games ici. Donc si je bust d’un tournoi, par exemple à Prague, je dois attendre le lendemain pour rejouer. À Vegas, je peux directement aller jouer en cash-game. J’ai beaucoup d’amis ici. J’ai aussi un chiot depuis six mois, donc j’aime être ici. J’aime vraiment être ici, c'est un peu ma deuxième maison. Quand j'avais la vingtaine, j’allais à Prague, aux Bahamas, ailleurs… Tu vis toujours dans ta valise et de chambre d'hôtel en chambres d'hôtel. Je n'aime pas spécialement. J’aime avoir un endroit où je peux rentrer, avoir mon bureau, étudier, me reposer.

Quelle a été ta motivation pour créer ta célèbre formation "Pads on Pads" ?

C’était simplement à cause du Covid. Je jouais en high stakes depuis longtemps, mais avant, les plus gros tournois online, c’était genre un 500 $ une fois par semaine. La plupart des jours, le plus gros tournoi était à 215 $ de buy-in. Ce n’était pas vraiment high stakes. Tout le monde avait des bankrolls énormes, avec des milliers et des milliers de buy-ins devant eux. Puis le Covid est arrivé, et les limites ont augmenté encore et encore. Et soudain, cinq mauvaises sessions pouvaient effacer une année entière de tes gains d'avant. Je me suis dit : le Covid est là. Je n’ai pas envie d’apprendre une nouvelle langue. Je n’ai pas envie d’apprendre à coudre. Je vais simplement réapprendre le poker depuis zéro. Vraiment depuis la base : bouton contre grosse blinde, petite blinde contre grosse blinde, under the gun contre grosse blinde, under the gun contre bouton, comme si je recommençais tout. Je me suis dit que si je disais tout à voix haute, je trouverais des choses qui n’avaient pas de sens.

J’ai commencé comme ça, et je me suis rendu compte : pourquoi ne pas en faire un cours ? Parce que souvent, tu commences quelque chose et tu ne le finis pas. Comme les résolutions du Nouvel An : beaucoup arrêtent au bout d’une semaine. Mais si tu t’engages avec une entreprise pour faire un cours, tu t’y engages vraiment. Pendant trois ou quatre mois, toute la journée, tous les jours, j’ai fait ça encore et encore. Ça m’a beaucoup aidé à ce moment-là, parce que je jouais high stakes tous les jours. Je pouvais jouer une session, avoir plein de choses à étudier, puis faire des vidéos où j’analysais tout ça. J’ai eu de la chance : j’ai gagné beaucoup de tournois pendant cette période. Je pense que j’ai gagné environ 2,5 millions aux tables pendant que je faisais le cours. Donc le cours était bon, il a très bien marché, les gens l’ont aimé. Mais je l’ai surtout fait pour devenir le meilleur joueur possible. Tous ceux qui l’achètent diront qu’il est très long — je crois qu’il y a environ 250 vidéos — parce que c’était littéralement moi en train de réapprendre tout le jeu. Pour moi, ça a été très bénéfique personnellement. Et je ne me soucie pas vraiment du nombre de personnes qui l’achètent, parce que ça m’a surtout aidé moi. C’est pour ça que je ne le promeus pas vraiment.

Quels sont tes plus grands accomplissements au poker ?

Je dirais que les accomplissements individuels dépendent beaucoup de la chance. Ce n’est pas toujours lié à ce que tu fais. C’est souvent l’univers qui te laisse gagner. Je dirais que mon plus grand accomplissement, c’est la longévité. Je joue high stakes depuis 15 ou 16 ans maintenant. Je suis toujours là chaque année, à faire des deep runs, à gagner des tournois. Je vois beaucoup de gens gagner un tournoi une année, puis trois ans plus tard ils ne jouent plus. Cinq ans plus tard, beaucoup ont perdu la majorité de leurs gains. Dix ans plus tard, ils ne jouent presque plus high stakes. Mon objectif n’a jamais été de gagner absolument un EPT ou un bracelet. Mon objectif, c’est d’être encore là dans 10 ou 20 ans. Je suis un grand fan de football. Chaque saison, quelqu’un marque beaucoup de buts en Premier League, puis les quatre saisons suivantes il devient nul. Alors que les meilleurs joueurs de tous les temps sont ceux qui dominent pendant 20 ans, comme Ronaldo ou Messi. D’autres joueurs peuvent montrer cet éclat sur des moments isolés, mais ils ne peuvent pas le faire sur 20 ans. Et pour moi, c’est ça qui est inspirant.

Pads

Patrick Leonard avec Espen Jorstad pour son premier bracelet WSOP sur le Tag Team

As-tu encore des objectifs au poker ?

J’essaie juste d’être meilleur que l’année précédente. Je n’ai plus l’impression de jouer pour l’argent. Je joue pour les moments, les expériences. J’adore bâtir un gros stack dans un tournoi. J’adore les moments de fin de tournoi. Il y a énormément de pression et d’adrénaline quand tu arrives dans les trois, quatre ou cinq derniers joueurs. J’ai probablement joué environ 2 000 tables finales et c'est toujours la même adrénaline quand tu arrives parmi les derniers joueurs d'un tournoi. J’aime jouer contre différents types de joueurs et utiliser mon expérience pour gagner les tournois.

Peux-tu expliquer ton sentiment par rapport à la GTO et au jeu exploitant ?

Oui. Il y a beaucoup d’idées fausses. Le vrai GTO, en réalité, personne ne le joue. Le vrai GTO, ce serait énormément de sizings différents, beaucoup de mix, beaucoup de variations… C’est quelque chose qu’un humain ne pourrait jamais reproduire. Si quelqu’un jouait vraiment GTO, ce serait un bot. L’exploit, en fait, c’est comprendre le GTO. Tu dois comprendre le GTO pour exploiter quelqu’un. Par exemple, disons que je c-bet au flop, et qu’en théorie il devrait défendre 40 %. Mais je regarde un solveur et je vois qu’il doit défendre, mettons, Roi-6 sur un board As-10-8 — ce n’est pas forcément un bon exemple, mais imaginons que ce soit le cas. Et je me dis : "Ok, mais je ne pense pas qu’il va défendre Roi-6 ici." Donc si ma fréquence GTO de c-bet au flop est 70 %, eh bien maintenant je vais c-bet plus, parce que je sais qu’il ne va pas atteindre ces fréquences de défense. Donc je pense que l’étude du GTO est très bonne, mais surtout pour pouvoir exploiter le field. Moi, j’essaie de trouver des choses que moi-même j’aurais du mal à faire. Genre : "Oh wow, j’étais censé défendre ça. Oh wow, j’étais censé check/raise ça. Ok, moi je ne trouverais pas ce raise au flop… et il est probable que lui non plus." Donc s’ils ne peuvent pas la trouver, je vais attaquer ce spot plus souvent. Quand j’étudie, ce n’est pas pour jouer parfaitement ou pour avoir des validations sur mon score GTO. C’est pour trouver les endroits où les autres font de grosses erreurs et pouvoir les punir. C’est comme… tu vois ça tout le temps : un vieux monsieur mise river et toi tu foldes, même un très gros jeu, genre les “second nuts”, parce que tu te dis : non, je ne pense pas qu’il va trouver l’agression ici. C’est exactement ça. Tout le monde essaie d’avoir une idée du GTO dans sa tête, puis de prédire comment l’autre va s’en approcher — ou pas — et de prendre une décision à partir de là. Je ne connais personne qui essaie juste de jouer GTO. C’est un gros malentendu, je dirais.

Depuis les années, es-tu encore fan de poker ? Tu regardes les streams des tournois live ?

Pas vraiment. Je ne regarde pas les Tritons, je ne regarde pas les streams… même là alors que j'ai encore des parts dans des joueurs dans le tournoi, je ne regarde pas les streams. Tu joues déjà tellement au poker, ton esprit est déjà tellement immergé dans le poker… ce n’est pas vraiment productif. Tu ne peux pas apprendre grand-chose en regardant un stream. Même si je suis moi-même sur un stream, je ne le re-regarde pas posteriori. Parfois je peux regarder comment je réagis à certaines situations, mais rien de plus. Et puis, en 2025, j’ai l’impression que c’est plus facile de consommer du contenu plus court. Le contenu long est difficile à regarder. On perd beaucoup de temps. Quand je regarde des replays de poker, c’est plutôt des tables finales de tournois online. Et je les regarde souvent en vitesse x5, pour gagner du temps. Les streams live sont difficiles à regarder, honnêtement.

De quoi es-tu le plus fier dans ta déjà longue carrière ?

Comme je l’ai dit, la longévité. Et sinon… quand je gagne un truc ou quand je gagne de l’argent, je ne ressens pas grand-chose. Je suis un peu “mort à l’intérieur” par rapport à ça, parce qu’en tant que joueur de poker, tu ne peux pas te permettre des hauts et des bas émotionnels. Mais quand je stake des gens, quand j’aide des gens, quand je mentorise des gens — c’est ce que je fais depuis environ dix ans — et que eux gagnent, ou qu’ils sortent d’un downswing énorme… là, c’est ça qui me rend le plus fier. Parce que tu peux avoir un impact sur la vie de quelqu’un d’autre, ou sur la vie de sa famille. Je ne sais pas… j’ai probablement staké plus de 3 000 joueurs dans ma vie. Et tu sais, certains ont pris leur retraite grâce à l’aide que je leur ai apportée. Ils ont acheté des maisons, ils ont obtenu une liberté financière, ils ont aidé leurs familles. Ça, ça me rend plus fier que mes propres résultats individuels. Parce que ce que j’accomplis individuellement, ça repose sur beaucoup de chance, et c’est éphémère, dans l'instant. Donc oui, c’est plus le succès des autres dont je suis fier.

En tant que coach, quels sont tes meilleurs souvenirs, tes plus grandes réussites ?

Chaque tournoi qui existe en ligne, au moins un de mes joueurs l'a déjà gagné. Donc je suis devenu un peu insensible à ça aussi. Je pense que ce sont plutôt des cas individuels : des joueurs qui traversent des très mauvaises périodes, et je sais que la plupart des gens abandonneraient. Mais parce qu’ils ont la communauté, parce qu’on est là autour d’eux, ils se battent vraiment, ils tiennent bon. Et ça me donne aussi de la force. Quand moi j’ai de mauvaises périodes, je me dis : "Ok, eux ils l’ont fait. Je leur ai dit qu’ils pouvaient le faire. J’y ai cru. Je leur ai tout donné." Parfois tu donnes des conseils aux autres, mais tu ne les appliques pas à toi-même. Par exemple, quand tu es en downswing, tu perds tes bonnes habitudes, tu n’étudies pas autant que tu le devrais, tu tiltes… Et j’essaie de repenser à ces moments où je leur ai dit : "Hé, ça va aller, c’est ok, ça va passer, tiens bon." Je pense aussi que c’est très dur aujourd’hui parce que les réseaux sociaux prennent une place énorme. Si j’ouvre Instagram maintenant, dans les cinq premières stories, je vais voir cinq personnes qui “bag” un gros stack dans le tournoi à 3 000 $ que je joue (NDLR : Il allait disputer le Day 1B du 3K$ 3 millions garantis du WPT World Championship). Alors qu’en réalité, 85 % des gens n’ont pas bag. Mais quand tu vas sur les réseaux, tu vois ces cinq personnes qui ont toutes passé le Day 2 et qui ont eu du succès. Et 85 % des gens voient ce succès alors qu’eux ont échoué. Et ça donne un peu le syndrome de l’imposteur : "Wow, tout le monde réussit sauf moi." Et même quand tu réussis, tu ne l’apprécies pas particulièrement. Parce que quand tu fais Day 2, tu as souvent gagné quelques flips, tu as eu de la chance, tu as floppé un brelan contre des As, ce genre de choses. Donc tu ne te sens même pas bien, parce que tu te dis : "Je ne le mérite même pas tant que ça." Du coup, j’essaie de ne pas être trop heureux, parce que je pense que si tu as beaucoup de bonheur, tu auras aussi beaucoup de tristesse. Si tu imagines un graphique de bonheur, il y a des pics, des hauts, des bas. Alors que si tu restes “content”, un peu neutre, un peu “mort à l’intérieur”, ta ligne est plus droite et tes journées sont plus régulièrement “ok”, plutôt que des très bonnes journées et des très mauvaises journées. Donc quand j’essaie de repenser à des moments “heureux”, je n’en ai pas beaucoup. Je pense plutôt à des années heureuses, à du long terme. Au succès durable de mes joueurs : passer d’un hobby poker à gagner 100k par an. C’est plutôt ce genre de choses. Parce que gagner un tournoi… quand ils le gagnent, c’est surtout la chance. Ils ne le “méritaient” pas plus ce jour-là que les jours où ils ont perdu.

Pads

Te souviens-tu du moment où tu as découvert le poker ?

Oui, j’avais 17 ans. À l’époque, j’étais entouré de gens… Aujourd’hui je suis connu pour être très calme, mais avant j’étais très foufou. Mon surnom à l’époque c’était “Crazy Pads”. Et je faisais des choses pour que les autres m’acceptent, pour qu’ils m’aiment, pour qu’ils aient envie d’être avec moi, ce genre de choses. Je me souviens, je travaillais dans un supermarché. Et mes amis de l’époque, c’étaient des gars riches. Ils m’ont appelé et ils m’ont dit : "Hé, après le travail, tu veux boire une bouteille de sauce piquante ? On te paie 20 dollars." Moi je gagnais 5 dollars à l’époque. J’ai dit : "Oh ouais, je le fais, je le fais." Et la semaine suivante, on est allés jouer au poker. Je n’avais jamais joué. Je n’avais jamais voulu jouer. Ils me distribuent ma première main : Roi-Dame. Je relance, quelqu’un sur-relance. Et c’est drôle, parce que je ne me souviens jamais des mains — je ne peux pas me souvenir d’une main de la semaine dernière — mais celle-là, je m’en souviens. Le board sort un truc comme 5-6-7-8 (ou quelque chose comme ça), et lui il mise, mise, mise. Et moi je sais juste que Roi-Dame, ça a l’air d’être une bonne main. Donc je paye, je paye… et évidemment je perds. Il montre, et tout le monde se moque de moi. Je n’ai pas aimé cette sensation. Et je suis revenu la semaine suivante avec l’idée d’apprendre à gagner, tout simplement. Et j’ai compris que ces gars-là n’étaient pas vraiment mes amis. Et que je n’allais plus être ce “fou” qui fait tout pour divertir les autres. Je suis devenu très calme après ça. Et d’une certaine manière, le fait qu’ils m’aient utilisé pour leur divertissement m’a conduit au poker. Et pendant les quinze années suivantes, ma vie a été de prouver aux autres qu’ils avaient tort. Je vais au casino local, je perds, je me sens stupide. Je reviens la semaine suivante, je gagne. Je vais à un championnat en Angleterre, je perds, je me sens stupide parce que ces gars sont bons. Je reviens l’année suivante, je gagne. Je vais à Barcelone, EPT, je perds tout mon argent, je passe sur le stream, je joue mal, etc. Je reviens l’année suivante, je fais un bon résultat. Je viens à Vegas, je perds tout mon argent, je reviens l’année suivante, je gagne plein de tournois. En ligne, j’avais toujours des gens qui doutaient. Et j’étais toujours dans ce délire de prouver. Et puis quand je suis devenu numéro 1 mondial online, j’ai eu plein de messages : "Bravo, tu le mérites, etc." Mais c’étaient les mêmes personnes qui écrivaient des choses sur moi avant. À l’époque il n’y avait pas vraiment les réseaux sociaux, je suis vieux, c’était plutôt des forums. Ils écrivaient des commentaires, et moi j’allais les relire et ça me faisait du mal. Je ne jouais pas forcément pour moi ou pour l’argent. Je voulais juste que les gens pensent que j’étais bon. Et quand je suis devenu vraiment bon, j’ai réalisé que leur opinion n’avait aucune importance. C’est comme… Messi n’est pas sur Twitter à lire les critiques sur sa performance par quelqu’un qui ne sait même pas qui est Messi, tu vois ? J’avais beaucoup de doutes sur moi-même. Je voulais être accepté. Et en regardant en arrière, c’est comme ça que je suis entré dans le poker. Et comme j’ai “réussi à leur prouver”, j’utilise encore ça : quand ça va mal, je repense à ma première fois, et je sais qu’il y a une sorte de “recette” pour réussir. Donc oui, histoire assez folle… mais c’est comme ça que tout a commencé.

Est-ce pour ça que tu parles beaucoup du mental au poker, pour réussir ?

Oui. Je pense que la mentalité, même dans la vie, c’est important d’être un bon humain. Mais au poker, le mental est énorme. Et je n’ai pas toujours eu un bon mental, c’est sûr. Je me souviens, un de mes amis proches — un Européen — avait écrit un blog en fin d’année. C’était un des meilleurs joueurs du monde. Il disait quelque chose dans le blog… je ne vais pas citer exactement, mais en gros : il adorait être autour de moi, il pensait que j’étais un joueur incroyable, et que si je comprenais un petit truc, ça changerait beaucoup de choses. Et depuis, j’ai essayé d’être plus conscient : être plus présent, moins négatif, moins toxique, plus positif. C’était il y a sept ou huit ans. J’essaie d’être plus observateur. Je vois des joueurs très bons, et la raison pour laquelle ils perdent, c’est uniquement leur mental. Même les amateurs qui perdent beaucoup jouent souvent plutôt bien. Je peux m’asseoir dans un cash game, un amateur va parfois bien jouer. Il perd, et là il explose. Ou alors après le tournoi, il va se saouler et il jouera mal le lendemain. Ou il va gamble, et ça devient une spirale infernale. Je dis souvent : il y a un tournoi que tu ne peux pas contrôler, c’est celui que tu joues. Et puis il y a “le tournoi suivant”, qui est le temps entre le moment où tu bust et le moment où tu rejoues — disons le lendemain. Tu as 18 heures, et tous les joueurs ont ces 18 heures. Si tu traites ça comme un tournoi, tu peux réellement gagner ce tournoi-là. Il n’y a pas beaucoup de variance : si tu as de bonnes habitudes, si tu fais les efforts, si tu dors bien… tu peux quasiment garantir d’être dans le top 5 % ou top 10 %. Tu ne peux pas garantir top 10 % dans un vrai tournoi, mais dans le “tournoi entre les tournois”, tu peux gagner si tu veux. Et quand j’ai compris ça, j’ai compris la puissance du mental au poker. Quand tu “gagnes” ce tournoi-là, le lendemain tu joues mieux. Tu fais de meilleurs résultats. Et oui, j’ai encore beaucoup de chemin. Tout le monde est sur ce chemin d’améliorer son mental. Mais aujourd’hui, je suis très content de là où j’en suis, même si je sais qu’il y a encore de la place pour progresser.

Leonard_Lavollée

Pads avec Vincent Lavollée à la bulle du WPT World Championship

Tu coaches des joueurs français ? Certains Français m’ont dit qu’ils avaient beaucoup envie de travailler avec toi ou avaient acheté ta formation.

Oui. J’ai beaucoup d’amis français. J’ai beaucoup de Français avec qui j’ai travaillé ou je travaille. Sarah Herzali, notamment, c’est une joueuse française. Elle a travaillé avec moi pendant quelques années. Et maintenant elle gère l'équipe française, “bitB France”. Elle la dirige maintenant parce qu’elle peut enseigner ce que je lui ai appris. Il y a aussi un autre joueur français qui travaille avec nous depuis deux ans. Je crois que l’an dernier, il a gagné 600 000 online. Il joue très, très bien. Et maintenant il coache certains de nos joueurs. On a aussi de jeunes Français, moins connus — je ne dirai pas qui ils sont — mais ils sont vraiment, vraiment très bons. Et je crois que la semaine dernière, on a pris deux nouveaux Français. Donc on a une équipe d’environ 10 à 12 Français, et ils sont très forts. Je suis sûr que les prochains meilleurs joueurs français vont venir de ce groupe. On les verra aux WSOP, aux WPT, aux EPT, aux Winamax Series, etc. J’aime beaucoup travailler avec les Français. Les Français ont un côté plus compétitif. Parfois tu travailles avec des gars de Vienne ou d’Angleterre, ils sont plus “chill”, ils traitent ça plus comme un jeu. Alors que j’ai l’impression que les Français le prennent plus personnellement, ils sont plus émotionnels. Et je pense que si tu apprends à utiliser tes émotions comme quelque chose de positif plutôt que négatif… beaucoup de joueurs français ont des émotions qui deviennent un problème : tilt, réactions trop fortes. Mais les très bons Français arrivent à utiliser leurs émotions comme une force. Parce que beaucoup de gens d’autres pays ne sont pas connectés à leurs émotions. Ils sont “morts” émotionnellement. Mais les Français sont très émotionnels, et je pense que c’est une bonne chose. Donc on essaie de les encourager à utiliser leurs émotions parce que comme ça tu peux comprendre les émotions de ton adversaire aussi et l’utiliser à ton avantage. Je l’avais dit il y a quelques années : je pensais que Sarah était la meilleure joueuse de poker au monde à ce moment-là. Elle joue moins maintenant, elle a fondé une famille, elle a un bébé. Mais je serais très surpris si les meilleurs Français du monde ne venaient pas de notre groupe, parce qu’en tant que groupe, ils sont très forts.

Herzali

Sarah Herzali

Comment vois-tu l’avenir du poker ?

Le poker grossit de plus en plus. Les événements voient leurs chiffres progresser d'année en année. Il y a de plus en plus de gens qui veulent jouer. C’est juste dommage que tout le monde ne puisse pas jouer ensemble online. C’est dommage que Winamax soit “séparé”. C’est dommage que les WSOP à Vegas soient “séparés” du reste du monde. Si tout le monde pouvait jouer ensemble, ce serait incroyable. Mais le plus grand danger pour le poker, c’est la régulation des gouvernements, les restrictions, le fait de ne pouvoir jouer qu'avec des joueurs de ton pays. À cause de ça, il y a de moins en moins de jeunes joueurs qui émergent. Regarde ce tournoi, le WPT World Championship : j’ai 37 ans maintenant, et je suis l’un des plus jeunes joueurs à la plupart des tables. Quand j’avais 22 ans, je venais à Vegas et j’étais aussi l’un des plus jeunes… mais il y avait plein de jeunes autour. Avant, c’était plus facile de construire une bankroll et de “monter” online. On voit moins de joueurs passer de low stakes à high stakes. Alors que quand j’avais 25 ans, tous les joueurs de high stakes avaient grind depuis 20–25 ans et avaient monté une bankroll. Donc il faut trouver un moyen pour que les jeunes générations puissent réussir, pour leur donner des chances. Aujourd’hui il y a beaucoup de tournois “seniors”, mais peut-être qu’il faudrait des tournois “juniors”, je ne sais pas. Parce que là, je regarde ce Main Event, les 15 derniers joueurs… ils ont tous l’air d’avoir plus de 40 ans. Il y a dix ans, ce field aurait été rempli de joueurs de de 20–25 ans. Et maintenant, c’est juste que ceux qui ont bien run à 25 ans ont aujourd’hui 40 ans et jouent toujours. Mais dans 10 ans, s’il n’y a pas de jeunes qui arrivent, on fait comment ? Parce que les anciens ne vont pas arrêter de jouer juste parce qu’ils vieillissent. Donc oui, j’aimerais qu’on trouve un moyen pour que les jeunes réussissent. Mais je ne sais pas si ce sera possible.

Quel conseil donnerais-tu à un joueur gagnant en petites limites s'il souhaite progresser ?

Je dirais : ne joue pas en live. Beaucoup de gens ont un succès rapide et se disent : "Allez, on vit le rêve : live, gros tournoi, etc." La réalité, c’est que tu as besoin d’expérience. Tu dois jouer énormément en ligne. Tu dois progresser. Surtout si tu es jeune. Et tu dois construire ta bankroll comme ça. Tu dois t’habituer aux bulles. Aux bulles de table finale. Au heads-up. Cette année, j’ai un jeune joueur que je stake et il a gagné 100 tournois cette année. Il y a beaucoup de tournois, donc il a probablement fait 1 000 tables finales. Et si toi tu es jeune et que tu as fait quelques tables finales seulement, quand tu joues un gros spot contre ce gars-là, il aura tellement plus d’expérience que toi. Avec 1 000 tables finales, tu peux revoir 1 000 tables finales. Ton coach peut les analyser. Si tu n’en as que cinq, ton coach ne peut pas faire grand-chose. Donc je dirais : joue, joue, joue, autant que possible. Et évite le glamour du live avec les grosses dépenses qui vont avec. C’est très dur de gagner de l’argent comme ça.

Merci beaucoup Pads pour ton temps et good luck sur ce 3K$.