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Treize heures pour un vainqueur

- 4 mars 2015 - Par Benjo DiMeo



Peu après quinze heures, les neuf finalistes étaient installés autour de la table télévisée. La décontraction d’avant match a rapidement fait place au sérieux et à la concentration, chacun rentrant dans sa bulle sans prêter attention aux spectateurs, médias et superviseurs entourant la table.



Prudence et patience furent de mise au début de la finale, les premiers gros pots se développant sur des coups limpés préflop, Shakill Gill se permettant même le luxe de ne pas relancer les As en début de parole, pour mieux piéger Arnaud Schnorfeil de grosse blinde et s’emparer du chip-lead (9e pour 14,500€)



Quelques minutes plus tard, le régional de l’étape Etienne Ben Said mordait à son tour la poussière, éliminé en huitième position (17,000€). Habitué des tables de cash-game du CCM, mais acculé avec un petit tapis, l’ancien croupier opta pour un 3-bet à tapis préflop avec K4 après la relance d’Olivier Decamps avec TT. Ben Said trouva deux paires sur le flop, mais l’apparition du T sur la rivière fit retentir une bronca mémorable autour des tables de cash-game de la grande salle du CCM, où un écran géant retransmettait en direct les images du podium télévisé.



Après deux heures sans élimination mais émaillées par quelques coups rocambolesques et pas toujours très académiques, l’augmentation des blindes menaçait d’asphyxie plusieurs joueurs : le tapis moyen était désormais inférieur à 20BB. David Pecheur d’abord, qui fut contraint de quitter la finale en septième position. Discret après un double up-chanceux contre El Mostafa Ederoua, l’expérimenté joueur Parisien fut piégé par Wael Razouk dont le limp de petite blinde lui laissa penser qu’il pouvait tranquillement pousser son As-7 de BB. Wael l’attendait avec les As !



Avec six joueurs restants, la table était désormais short-handed. Elle allait le rester un petit moment, jusqu’à l’élimination de Stéphane Nadot. Un temps chip-leader, l’amateur avait pourtant compris qu’il lui faudrait prendre des risques pour aller chercher le titre. Témoin cet énorme pot joué préflop avec une paire de 9 : espérant sans doute un flip contre Shakil Gill, Stéphane était en réalité loin derrière, le Lyonnais était armé d’une paire de Rois, et remporta facilement le showdown tandis que Stéphane tombait à dix blindes, qu’il perdit définitivement contre le même Shakil lorsque son As-9 ne parvint par à tenir contre As-8.



Joueur ‘irrégulier’ selon ses propres termes, Jérôme Hananet n’allait pas trahir cette description au cours de la finale. L’étudiant disputera sa dernière main avec la main fétiche de Davidi Kitai, Q8, pas suffisant contre le AT d’El Mostafa.



Peu avant 22 heures, le dernier carré était connu. Mais il n’allait pas tarder à se réduire à un trio avec la sortie de Wael Razouk. Notre mystérieux chip-leader du jour n’aura pas fait de vagues durant la finale, avec plus de pots perdus que gagnés, et peut-être pas assez d’agressivité face à ses adversaires moins fournis en jetons. Il tombera sur un coup classique de fin de tournoi : AT poussés pour 13,5BB, rencontrant les As d’Olivier Decamps.

Ce dernier avait été patient tout au long de la finale, choisissant soigneusement ses spots pour relancer et sur-relancer, évitant les coups foireux et autres pièges, jouant la survie lorsque certains de ses adversaires perdaient patience. Le poker à trois joueurs : c'est l'heure des techniciens, et il était temps pour le Toulousain de faire parler son expérience acquise sur les MTT en ligne face à des joueurs peu habitués aux joies des finales. Olivier enclencha la machine à relancer, mettant à l’oeuvre un style small ball foutrement efficace pour s’emparer du chip-lead pour la première fois du tournoi après une série de showdowns gagnants.



Que dire d’El Mostafa Ederoua ? L’imprimeur Parisien fut le grand animateur de cette table finale, jamais effrayé par un coup de poker spectaculaire, comme ce magnifique bluff à tapis sur la rivière KQT5A avec un simple 75 en main. Courageux sans aucun doute, El Mostafa aura peut-être fait montre d’un excès de témérité durant la seconde moitié de la partie. Avec son parcours en formes de montagnes russes (il aura aussi bien occupé le poste de chip-leader que poussé un tapis de 4 blindes) Il laissera en tout cas un souvenir indélébile aux spectateurs de la finale, qu’il quittera en troisième place.

Difficile de résumer un tête à tête poker de quatre heures en seulement quelques lignes… Parmi les choses qu’il ne faut surtout pas oublier de dire : lorsque le dernier duel d’un tournoi s’étale sur une durée aussi longue, le perdant doit être autant félicité que le gagnant. Et c’est peu dire que Shakil Gill nous a fait bonne impression. Un amateur comme on les aime, patron d’une boîte dans le civil, qui disputait sa première finale WiPT après une qualification décrochée sur Winamax, et a tenté crânement sa chance, trouvant les bons spots pour accumuler les jetons, tentant quelques bluffs osés contre des joueurs qui en ont vu d’autres. Mais au final, c’est bien le meilleur joueur qui est sorti vainqueur de ce duel : Olivier Decamps, compétiteur de la première heure sur Winamax, qui a cultivé son talent au fil des années sur le circuit pour obtenir ce soir une consécration bien méritée.




Photo :  Mounir Mahroug