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Running late but running good

- 21 septembre 2018 - Par Benjo DiMeo

Figure du milieu amateur, le Belge Stéphane Allard trouve un second souffle grâce à la course à pied
Main Event (Day 1C)


Dans la vie, j'ai deux passions : le poker, et les belles lettres. (En vrai, j'ai beaucoup plus de centres d'intérêt que ça, mais pour des raisons de clarté et de concision, je n'en aurai que deux dans cet article). Bref, dans la vie, y'a deux trucs que j'adore plus que tout : jouer aux cartes, et lire de beaux textes.

Et laissez-moi vous dire, vous les jeunes qui n'avez connu que Facebook, Twitter, Snapchat et autres mediums où l'expression écrite est réduite à sa portion congrue, que la fin des années 2000 fut une période bénie pour tous ceux qui aimaient "lire le poker" au quotidien. Partout sur la toile, on trouvait de beaux blogs parlant avec éloquence de notre jeu favori, mis à jour régulièrement, et où notre passion était communiquée avec élégance. La quantité et la qualité ! De nos jours, les choses ont bien changé. Certes, les réseaux sociaux n'ont pas complètement englouti les "weblogs" : celui du Team Winamax, par exemple, continue d'être alimenté chaque semaine par nos pros. Mais soyons réalistes : la grande époque des blogs poker (que l'on pourrait situer entre les années 2006 et 2012) est derrière nous.

Stefal


Le Day 1C du Winamax Poker Open m'a permis de recroiser l'une des plus belles plumes du "blogging poker" francophone : Stéphane Allard. Les anciens pour qui ce nom ne rappelle rien auront peut-être plus de chance avec son pseudo : Stefal. Comme beaucoup de scribes de la grande époque, le Belge ne maintient plus son blog consacré au poker, ayant cessé d'y poster en 2016, après dix années (cela doit être un record) d'articles aussi drôles qu'inspirants, racontant ses périgrénations sur le circuit amateur du poker, avec des excursions régulières parmi les pros, à Las Vegas et dans toute l'Europe.

Est-ce à dire que Stefal s'est lassé d'écrire ? Oh que non, heureusement pour nous. Simplement, Stefal écrit à propos d'autre chose : une nouvelle passion. "Cela m'a pris en 2015. J'ai eu une remise en question. J'avais 56 ans et une image de moi qui n'était pas très bonne. Il fallait que je fasse quelque chose. Ma fille fait beaucoup de sport. J'ai décidé de l'accompagner. Je me suis mis à courir. Et je ne me suis pas arrêté."

Accro au poker, Stefal avait tôt fait de transformer sa passion en mots. Il en fut de même pour la course à pied. Ainsi allait naître un nouveau blog, au titre merveilleusement trouvé : Runaissance. Il y raconte ses courses comme il racontait le poker : avec une plume riche et agile.

"Je suis parti de zéro. Je n'avais jamais vraiment fait de sport. À mon époque, on commençait à fumer très jeune. Au pensionnat, je fumais déjà cinquante grammes de tabac à rouler par jour ! Cela fait très longtemps que j'ai arrêté de fumer, mais question sport, j'ai quand même dû tout apprendre."

À partir d'un certain âge, toute activité physique intense comporte son lot de risques. "J'ai pris mon temps, et je suis resté humble", explique Stefal. "J'ai passé un bilan cardiologique, puis je me suis fait un programme pour apprendre à courir. Il fallait que je me fixe des objectifs à ma portée. Au début, le but était de courir 25 minutes. Cela m'a pris trois mois." Ce premier objectif fut suivi d'autres plus ambitieux : les premières courses, les premières longues durées : 5 kilomètres, puis 8 kilomètres, puis 20 kilomètres.

Stefal
Photo : Bea Decock

Annoncé d'un ton posé, sans brag ni trompettes, son prochain objectif est aussi logique qu'intimidant :  "Le 21 octobre, je vais courir ma 100e course à Amsterdam. Cela sera mon premier marathon. Symboliquement, j'aurais voulu que ça tombe pour mes 60 ans. Je les fêterai cinq semaines plus tard." Le marathon d'Amsterdam est un marathon prestigieux. "On traverse le Vondelpark, on passe devant le Rijks Museum, et la course se termine au Stade Olympique. Je suis déjà excité."

Quels conseils Stefal donnerait-il à un débutant souhaitant l'imiter ? "Il faut y aller doucement, humblement, étapes par étapes, et... avoir de bonnes chaussures ! C'est bête, mais c'est vrai. Je me suis blessé deux fois : c'était à cause de mon équipement."

Le neo-runner n'écrit plus à propos de poker, mais les clubs et casinos d'Europe continuent de voir débarquer sa costaude carcasse. Il arrive même à Stefal de concilier ses deux passions. "Récemment, je jouais un tournoi live avec des gars de mon club, SBO [Pour "Small Ball Oche"]. Je leur ai proposé de disputer une course qui se déroulait le même week-end." Se décrivant comme un "chasseur de packages" sur les sites en point .be, Stefal continue de régulièrement voyager pour taper le carton. "J'ai fait les tournois Unibet de Brighton et Budapest. Et ici à Dublin, je m'amuse bien. Ma table est sympathique, je m'amuse bien, le format 6-max est très dynamique. Je t'avouerai que le concours de beer pong, ce n'est pas pour moi, mais c'est bien, de le proposer. Une des grandes réussites de Winamax, c'est d'avoir soutenu les clubs, le milieu amateur. Sur un tournoi comme le WPO, je constate que beaucoup de pros ne viennent plus. En revanche, les joueurs "de loisir" sont toujours là."

À quelques semaines de la course la plus importante de sa vie, dans quel état d'esprit est Stefal ? "D'ici deux ans, je serai à la retraite et à mon âge, on se rend compte que le temps est plus important que l'argent. Il me reste quoi, quinze belles années, peut-être ? J'ai eu une vie mouvementée, mais maintenant je vais en profiter. J'ai trois enfants, je suis grand-père depuis un an : le temps est précieux !"