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Tonin, Otto, même combat

- 25 septembre 2017 - Par Benjo DiMeo

Victoire
Les gagnants du Winamax Poker Open se suivent et ne se ressemblent pas.

Vraiment ?

Peut-être pas, au final.

Car entre Antonin Teisseire et Otto Richard, vainqueurs respectifs des éditions 2016 et 2017 de notre escapade annuelle à Dublin, les points communs sont probablement plus nombreux qu'il n'y paraît.

Il est vrai que lorsque l'on regarde de loin, plusieurs mondes séparent ces deux champions.

Le premier, cinquantenaire, est un pur joueur de live, à la gouaille mémorable pour tous ceux qui ont croisé un jour sa route. Un sudiste fort en gueule et pas avare de bons mots. On se régale de ses anecdotes durant les pauses des tournois, ses imitations des grands noms du circuit nous font hurler de rire. Il sait tenir son public, et son capital sympathie, très élevé, se mesure au nombre de ses amis sur le circuit des tournois de toute l'Europe. Tenant du titre cette année, Antonin était présent en table finale par procurant, soutenant à grands renforts de cris et invectives son ami Sonny Franco jusqu'au bout de la nuit.

Victoire
Le second, en revanche, est économe de ses mots. Fuyant, presque, même après l'avoir croisé des dizaines et dizaines de fois lors de tant et tant de tournois un peu partout en Europe et à Vegas, et sympathisé avec lui au hasard de soirées improvisées au terme des parties. Lui aussi a de nombreux amis, mais quand même : tous vous diront qu'il est difficile, même après toutes ces années, de lui soutirer une citation qui fera mouche à la fin d'une journée, une hand history tonitruante, ou quoi que ce soit qui constitue une bonne histoire.

Pourtant, quelles que soient les différences entre Antonin et Otto, ces deux joueurs sortent d'un même moule fait de simplicité, d'humilité, d'authenticité et de pudeur.

Je n'emploie pas ces adjectifs à la légère. Après la victoire d'Otto ce soir, un sacre archi mérité au terme d'une table finale ultra rapide où sa domination technique n'a jamais été véritablement remise en question (malgré la présence à table d'autres joueurs hautement compétents, tel l'incontournable Sonny Franco), les réactions à l'intérieur de la salle furent les mêmes, quelle que soit la personne à qui je m'adressais.

Peu de ces personnes connaissaient le pedigree d'Otto : son passif sur un autre célèbre jeu de cartes (Magic), son assiduité sur les tables online, sa douzaine d'années passées à travailler son poker en cash game comme en tournoi, en Limit comme en No Limit, en Hold'em  Mais tous avait une impression similaire. Contrairement à nous, tous ces gens ne connaissaient pas Otto. Mais tous avaient la même impression que nous. Quelque chose comme : "C'est le mec au bonnet qui a gagné ? Il a l'air très bien. Calme, posé, sympa, bon au poker. Pas un mot plus haut que l'autre. Attitude irréprochable. Il mérite son titre. "

Si mon job est de vous décrire les gagnants qui font l'actualité du poker semaine après semaine, je crains que je ne serai pas en mesure de faire mon boulot correctement ce soir. Je connais Otto Richard depuis plus de dix ans, je l'ai croisé dans nombre de tournois un peu partout dans le monde, et l'ai cotoyé en privé à plusieurs occasions, mais je ne prétendrai pas pouvoir résoudre le mystère Otto Richard en un seul article. Je connais Otto, moi. Mais en vérité, je ne le connais pas non plus.

Victoire
Oh, j'ai bien pu échanger quelques mots avec notre vainqueur après sa victoire. Juste quelques mots. Modeste, Otto m'a dit qu'il avait "joué comme une tanche" au début de son duel contre Sonny Franco, puis qu'il avait "eu de la chance" pour prendre tous les jetons de son adversaire, avant d'offrir quelques mots sur l'ensemble de ses adversaires. "Tout le monde était tellement sympa sur la dernière journée, il y avait une super ambiance. En fait, j'étais le seul relou aujourd'hui !'

De la fausse modestie ? Que nenni. Trente secondes après avoir remporté le dernier coup du tournoi, Otto avait déjà quitté la salle, s'emparant au passage d'une cigarette qu'on lui tendait en guise d'antistress salvateur. Ce grand timide semblait vouloir fuir les emmerdements que représentaient cette victoire sur un gros tournoi. Deux minutes plus tard, alors que les photographes et vidéastes l'attendaient sur le podium, il nous quittait en s'excusant : "Je reviens plus tard, je suis archi-crevé."

Un caprice de diva ? Du tout. Ce que personne, ou presque, ne savait, c'est qu'Otto, mentalement en pleine possession de ses moyens depuis le Day 1, était au bout de ses forces physiquement, ayant été malade tout au long des quatres journées du Main Event, à tel point qu'il avait du aller rendre visite aux toubibs de Dublin à la veille de la finale, passant une nuit entière à l'hosto avant que les docteurs ne le lâchent, quelques heures avant la reprise de la partie.

Victoire
Là où tant d'autres auraient fait étalage de leur infortune au grand jour à grands renforts de posts sur les réseaux sociaux, Otto est resté quasiment muet, se contentant de nous résumer sa nuit en deux phrases avant de reprendre la partie, stoique. Pour lui, il s'agissait juste d'un évènement comme un autre, une péripétie que l'on raconte en haussant les épaules.

Et douze heures plus tard, lorsqu'il revint finalement dans la salle du tournoi, 45 minutes après la dernière main, pour soulever le trophée et prendre la pose devant les caméras, ils n'étaient guère plus nombreux que ce matin à être au courant des tracas qui l'accablaient. Devant les micros et dictaphones tendus devant lui, Otto allait se contenter de quelques rapides mots sur la fin de son tournoi. Il n'y avait pas besoin d'en dire plus.

Il venait juste de gagner une partie de poker : pas besoin d'en faire un foin, non ?