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Le beer pong de tous les dangers

- 23 septembre 2017 - Par Benjo DiMeo

Vendredi 10 heures, City West Hotel. Salon du petit déjeuner. Toutes les tables sont occupées. Personne ne semble bien réveillé. Tout le monde a la voix cassée.

« - Elle est où, l’eau ?
- A priori, pas à Dublin. »

« Ah tiens, c’est marrant, y’a le sosie d’Antoine en vieux.
- Non non, c’est bien Antoine. Il a pas encore été se coucher. »

« Il paraît que Patrick Bruel est arrivé à Dublin.
- Tu crois qu’il a déjà un binôme pour l’hippoglouton ? »

« - Hé, Youki ! T’as pris combien à Guignol hier ?
- 150 ! »

« -Incroyable : hier, j’ai vu un mec choper une meuf.
- Tu déconnes, y’a pas de meufs au WPO.
- Si si. J’avais jamais vu ça en huit éditions. »

« -Comment ça va ?
- Pas mal, à part que je suis suicidaire. »

« - C’est quoi, cette odeur ?
- C’est moi. »

« Hier, j'ai vu un mec en cash-game, il a réussi à perdre 8 000 en une heure. »

« Putain, j'ai jamais perdu ma voix aussi tôt en cinq éditions. »

« Le beer pong, c’est de la merde. »

« En fait, Dublin c'est le pire tournoi à couvrir ! Tout le monde est là en train de s'éclater du matin au soir et vous, vous devez produire du contenu, du contenu, et encore du contenu. »



Auteur de cette dernière citation (prononcée ce matin au milieu d'une salle remplie de mines pas encore bien levées après une nuit très courte) mon ami Laurent Dumont, fondateur du ClubPoker, ne pouvait mieux décrire le dilemme de nous autres "couvreurs" censés vous raconter le festival de A à Z.

Beer Pong
Si le WPO n'était constitué que de parties de poker, comme à peu près tous les autres festivals que nous couvrons toute l'année, l'affaire serait bien plus aisée à naviguer. Vous êtes nombreux, très nombreux, mais on arriverait un peu près à s'en sortir, en suivant un parcours fléché bien établi par des années de pratique du tournament reporting : forces en présence sur la ligne de départ, premier sortants, coups fumants, annonce du chip-leader, article bilan de fin de journée, et on recommence le lendemain jusqu'à ce qu'un vainqueur soit désigné.

Beer PongMais le WPO n'est pas un festival comme les autres, et vous en restituer toute la saveur implique impérativement de s'aventurer hors de la salle du tournoi pour vous parler de la foule d'activités hors-poker au programme. Et donc de prendre des risques... Comme de franchir la barrière entre le journaliste et le sujet, entre l'observeur et l'observé.

Beer PongTraduction : pendant que je regardais le tournoi de beer pong, constitué de 128 fêtards en train de viser des gobelets de bière avec une balle de ping pong tout en buvant une bière, ben... J'ai bu une bière. Puis une deuxième. Puis une troisième. Puis... Bref ! Au lendemain de cette tentative de reportage en immersion totale, mon verdict est clair : j'avais la mort au moment où le réveil a sonné, mes souvenirs du Winamax Beer Pong Open sont très, très flous, mais : je me suis bien amusé !

Beer Pong
Je me rappelle tout de même de deux ou trois trucs. Les noms des 64 équipes, fièrement affichées sur écran géant, tous plus débiles les uns que les autres, voire même franchement olé olé pour certains. Les déguisements : un Walter White par-ci, un alien par-là, une bière géante ici, un chevalier Jedi et un Dark Vador là-bas. Les hôtesses attifées à la bavaroire, apportant les pichets de bière en flux tendu. Les premiers tours de jeu, tout de suite très bruyants, il n'y a pas eu de round d'échauffement.

Beer Pong
Cette équipe de collègues travaillant aux paris sportifs de Winamax qui s'était entraînée des mois durant (avec de l'eau à la place de la bière !) pour... se faire éliminer dès le premier tour, bravo les gars. L'équipe des fondateurs de Winamax, qui n'ont jamais manqué une édition du WBPO. Cette défaite 10-0 infligée au second tour par l'équipe des Grumeaux, constituée pour moitié de Matthieu, compétiteur aussi bavard balle de ping pong en main qu'à une table de poker. Du jamais vu !

Beer PongJe me souviens aussi de la déception des premières équipes à sortir, partant aussitôt se consoler avec... d'autres parties de beer pong à l'étage en dessous (des side events, en quelque sorte). Je me souviens de ce binôme de touristes anglais, pas du tout des joueurs de poker, ils passaient par hasard dans l'aile de l'hôtel dédiée au WPO, et ont terrorisé nous autres francais jusqu'en demi-finales. Je me souviens d'avoir vu un peu trop de bides à l'air, et de fesses montrées pour tenter de déconcentrer l'adversaire.

Beer PongEt surtout, je me souviens m'être moi-même pris au jeu au fur et à mesure de l'avancement du tournoi, prenant partie pour l'équipe des mal nommées "Connasses", l'une des deux doublettes 100% féminines, et oubliant au passage toute prétention à l'objectivité journalistiques. Les Connasses battront les Grumeaux en huitièmes de finale au terme d'une partie épique, où je me serai surpris à vibrer autant que si j'étais en finale du Main Event... avant de malheureusement se faire battre à plate couture par l'équipe menée par les London Baby de Jérôme Launay, finaliste à Dublin il y a un an.

Beer Pong
Les retournements de situation improbables, les 1 à 9 qui se terminent en 10 à 9, les balles qui ressortent du gobelet après avoir tourbillonné sur le bord du gobelet, les cris de joie poussés trop tôt. L'agonie de la défaite, l'exhaltation de la victoire, qu'est-ce qu'il est débile, ce jeu, délicieusement débile.

Beer PongAlors, au moment de redescendre dans la Leisure Room, aphone et désorienté, afin de commander une nouvelle tournée, je me souviens m'être dit que si un jeu aussi con pouvait générer autant d'excitation et folie douce chez des adultes censés être responsables et matures, alors le Winamax Poker Open a de très, très beaux jours devant lui. Santé !

ResultsLe tableau final

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