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Au bout du compte, il n'en restera qu'un

- 15 juillet 2017 - Par Flegmatic

Après un Day 4 qui fut fatal aux trois quarts des joueurs engagés, 297 joueurs retrouveront le chemin du Rio samedi à onze heures
Parmi eux, 8 français et des tonnes de poids lourds du circuit
La journée s'annonce passionnante


Cartes
La journée qui suit la bulle du Main Event prend souvent des airs de gueule de bois collective. Une gueule de bois douce, puisque les 1084 joueurs revenant au Rio au lendemain de la fête sont assurés d'une récompense minimum de 15,000$. Mais une gueule de bois quand même, car ce Day 4 est avant tout la démonstration de l'implacable logique du poker de tournoi, magnifiée par la taille gigantesque du Main Event : des éliminations par dizaines d’entrée de jeu, conséquence logique de l’attentisme des joueurs la veille. Et puis ensuite : des éliminations, encore et encore, pendant des heures, jusqu’à ce que le gong retentisse peu avant minuit. C’est le moment où la fumée des affrontements se dissipe, et que l’on peut compter les combattants encore debout : ils n’étaient alors plus que 297 à pouvoir encore prétendre au titre et aux 8,5 millions de dollars promis au vainqueur.

Harper
Douze heures plus tôt, on dénombrait déjà plus de cent éliminations après une heure de jeu, et le double une heure plus tard. La plupart de celles survenues dans nos rangs ont été accueillies avec déception mais sans réelle surprise : des joueurs comme Victor Choupeaux, Kevin « Harper » Noblat, Jérémy Saderne, Yorane Kérignard ou Ronan Monfort ne disposaient que de peu de jetons, et les Dieux du poker n’ont pas été de leur côté sur leur premier coup joué à tapis avant le flop. Parti avec plus de jetons mais éliminé lui aussi aujourd’hui, Sonny Franco ne nourrissait pas de regrets après sa sortie en 436e place, victime d’une collision probablement inévitable contre Nicolas Cardyn qui l’amputera d’une grande part de son tapis. Qualifié presque par erreur sur Winamax, Julien Ehrhardt est lui aussi parti avec le sourire, étant parvenu à surclasser 95% des joueurs du Main Event, son premier gros tournoi depuis de longues années. On pensera aussi à Paul de Froment, dont le plus beau tournoi du monde figurait sur sa « bucket list » personnelle : en réalisant un de ses rêves, le New Yorkais s’est enrichi de 24,867 dollars.


Au total, 19 des 27 français qui avaient franchi l’argent hier n’ont pas survécu à ce tour de jeu supplémentaire. Mais, alors que le Main Event atteint sa mi-chemin en terme de temps de jeu (on a joué 20 niveaux de deux heures depuis le coup d'envoi, il en reste grosso autant à jouer pour désigner le vainqueur), on se gardera bien d’employer le terme « hécatombe », puisqu’au global, ce sont plus de 70% des partants du jour qui ont sauté, parmi lesquels Joe Cada et Scotty Nguyen, derniers Champions du Monde en course, mais aussi Sofia Lovgren, surprise en plein craquage sur la dernière heure de jeu, l’anglaise Liv Boeree, le roi des High Rollers Scott Seiver, ou encore le coach poker de Neymar Jr, j’ai nommé Felipe Ramos.

Vous l’avez déjà constaté si vous avez consulté le classement, les têtes de série internationales abondent. En face d’elles se dresseront huit français. Vous connaissez bien la plupart d’entre eux (dont un Breton qui connaît son manuel « Deep run Main Event » sur le bout des doigts), la plupart gagnent leur vie grâce au poker.

Comel, patron du clan français

Sebastien Comel
Discrètement mais implacablement, sans faire de bruit mais avec la violence d’un tueur silencieux, il a grimpé les échelons aujourd’hui : en multipliant son tapis par quatre en dix heures de jeu, Sébastien Comel s’est installé directement en seconde place du classement provisoire, n’étant dépassé que par l’argentin Damian Salas. Sa méthode ? Pas mal de réussite (il en faut, évidemment) mais aussi importante une dose d’agressivité. « J’ai eu de belles mains, mais c’est vrai que j’ai un peu abusé aujourd’hui », nous confiait avec un sourire ce proche de la bande du belge Michael Gathy. Traduction : il n'avait pas toujours de belles mains au moment de mettre les jetons au milieu, et la psychologie a joué un rôle important dans sa stratégie. « Quand les blindes commencent à grossir,  il ne faut pas hésiter à sur-relancer plus light. Les joueurs en face se doutent que tu bluffes un peu, mais ils n’osent quand même pas payer. » Concernant ses tables du jour, Comel estime que « le niveau est hétérogène. Au début, j’étais avec plein de bons regs, mais en fin de journée, il y avait encore beaucoup de joueurs au niveau moins élevé. »

Valentin Messina : le rêve continue

Valentin Messina
"Quelle journée de fou !Valentin Messina n'en revenait pas au moment de placer ses 2,979 millions de jetons dans le fameux sac de fin de journée. Et pour cause, en six participations avant cette année, jamais le qualifié Winamax n'avait fait l'argent sur ce tournoi. "Ce run de Jésus ! J'ai l'impression d'être dans un rêve. Depuis le Day 1, je ne me suis jamais mis en danger, la courbe de mon tapis n'a fait que monter." Alors qu'est-ce qui rend le Valentin de 2017 à ce point meilleur que celui des années précédentes ? "J'ai plus d'expérience forcément, je sais faire le dos rond dans les moments difficiles, changer de vitesse quand il le faut. Un peu plus d'intuition aussi. Mais clairement, c'est aussi et surtout du run good. Je touche énornément de cartes depuis le début. Et j'ai même de la réussite sur mes seat draws, je n'ai jamais vraiment eu de table difficile. Maintenant, on va souhaiter que le rêve continue !" On ne peut évidemment qu'être d'accord.

Antoine Saout dans son jardin

antoine saout
« Another day at the office, let’s do this ! » C’est par un simple tweet qu’Antoine Saout a signalé à ses followers sur Twitter que son aventure se poursuivait dans ce Main Event 2017. Antoine semble planer sur ce tournoi, et aujourd’hui encore, il n’a rencontré pratiquement aucune difficulté. Si sa journée fut plutôt calme, sa soirée fut en revanche bien animée. Après avoir éliminé un joueur sur un banal coin flip, le Breton a pu profiter d’une grosse erreur de Sofia Lovgren pour s’envoler dans les hauteurs du classement. Désormais, direction le Day 5 pour la seconde année consécutive (et la troisième fois depuis son historique run de 2009, année de sa première participation), un exploit que peu de joueurs peuvent se targuer d’avoir déjà réussi (sauf si l'on s'appelle Kenny Hallaert !). Et bien qu’Antoine préfère jouer dans l’Amazon Room, il va devoir s’habituer à cette sombre Brazilia Room, où on espère bien le voir jouer encore quelques jours.

Nicolas Cardyn, roi du freeroll

Nicolas Cardyn
Un membre du KING5 au day 5 du Main Event, vous y croyez, vous ? Vous devriez, puisqu’avec la qualification de Nicolas Cardyn (1,728 millions de jetons), l’équipe du « Grand méchant loup » sera parfaitement représentée pour la suite de ce Main Event. En freeroll complet, Nicolas Cardyn est d’ores et déjà l’un des grands gagnants de cette édition. Avec 35 267$ d’assurés, il remporte au moins 10 000$ de plus qu’une grande partie des joueurs in the money. Ajoutez à cela une très grande dose de skill acquise sur Internet, une patience digne d’un moine bouddhiste, et vous obtenez un cocktail détonnant pour terminer ce tournoi en beauté. Et dire qu’il était tombé à 4 000 jetons lors du Day 2. Le maillot de meilleur grimpeur du Main Event lui semble destiné.

Alexandre Réard : le métronome

Alexandre Réard
La qualification d’Alex Réard pour le Day 5 a eu pour conséquence immédiate un chamboulement du programme du ménage qu’il forme avec Aurélie (anciennement Quélain) : leurs billets d’avion ont dû être repoussés. Avec un tapis au dessus de la moyenne, le parisien espère bien rester le plus tard possible à Las Vegas en compagnie de son épouse. Avec déjà plus de 200 000 dollars de gains en 2017 (dont 30K engrangés au cours des six dernières semaines à Vegas, l’envie d’en découdre est palpable.

Laurent Patroni : one day at a time

Laurent Patroni
« J’emballe des jetons à la fin de la journée : c’est tout ce qui compte ! » Le runner-up du Winamax Poker Tour 2017 (et vainqueur du tournoi Starter sur le même festival) a vécu une journée en forme de montagnes russes : en haut, en bas, en haut, puis encore en bas. Avec 40 blindes au départ du Day 5, la marge de manoeuvre de Laurent Patroni n’est pas aussi grande que le reste du clan français, mais si Patroni venait à remporter ses premières mains jouées, tout redeviendra possible.

Benjamin Pollak : plus le droit à l’erreur

Pollak
Les vrais joueurs de poker, les bons, savent reconnaître publiquement leurs boulette. Benjamin Pollak est l’un d’entre eux : « la fatigue m’a détruit », a t-il Twitté après avoir joué un peu (beaucoup) trop agressivement une paire de 5 en toute fin de journée. La sentence est irrévocable : Pollak n’aura que 12BB en sa possession pour tenter de corriger le tir.

Romain Arki : l'amateur égaré

Romain Arki
"Je ne sais même pas ce que je fais là. Je ne comprends rien du tout." Même s'il affiche l'air du mec perdu, la fraîcheur de Romain Arki fait plaisir à voir. Véritable amateur, qui ne joue selon ses dires "que deux tournois par an," il est l'incarnation parfaite du one timer que Norman Chad aime tant mettre en avant durant les retransmissions du Main Event sur ESPN. Pour rappel, ce régulier de Sin City - il y passe plusieurs semaines chaque été depuis une dizaine d'années -, travaille le reste de l'année dans le bâtiment du côté de Paris et s'est chauffé sur le tard pour participer au plus beau tournoi du monde pour la toute première fois.

Et c'est justement ce qui est aussi beau avec ce Big One. Car probablement que sur n'importe quel autre tournoi de la planète, Romain et son style de jeu ultra serré - il a passé une paire de Rois préflop suite à un simple 3-bet ! - se seraient immanquablement fait rattraper par la structure, et auraient dû partir à tapis avec une main marginale. Mais pas ici. "Ça joue quand même très agressif en face, concède-t-il, lui qui n'a pas dû voir beaucoup de flops de la journée. Mais j'ai réussi à m'en sortir. J'ai réussi à remonter à chaque fois dans les moments où j'étais en difficulté. Et pas toujours en partant à tapis."

Arki - Pescatori
Histoire de parfaire encore un peu plus la belle histoire, Romain a passé ce Day 4 avec, juste à sa gauche, l'un des meilleurs joueurs restants dans ce field, le Pirate italien Max Pescatori.

Pour Romain, nul besoin de Snapshove ou de tableau de statistiques remplis de chiffres après la virgule, simplement une bonne grosse dose de feeling et, forcément, de réussite, pour avoir évité jusque là toute confrontation désagréable. "Je suis mort, souffle-t-il. J'ai dû prendre des massages pour me réveiller." Mort, mais toujours vivant sur cette épreuve incomparable, même s'il devra, pour la première fois depuis une période de la pré-bulle où il était déjà en grande difficulté, composer pour le Day 5 avec un tapis sous les dix blindes, de 193 000. Mais même si le pire venait à se produire pour lui lors du Day 6 - ce qu'on ne lui souhaite évidemment pas -, on imagine mal le voir sortir du Rio autrement qu'avec un grand sourire béat.

Davidi Kitai : dans la Zone 30

Kitai
Notre petit doigt nous dit que Davidi Kitai ne s'est pas couché serein. Avec 594,000 jetons emballés en fin de Day 4, le belge assure l'essentiel, mais ses 30 blindes sont loin de l'objectif de 1,5 million publiquement affiché douze heures plus tôt. Après un départ chaotique, le détenteur de la Triple Crown a collecté plusieurs gros pots pour passer largement au dessus de la moyenne. La suite fut moins heureuse, ses adversaires ayant semble t-il décidé de contre-carrer ses stratégies pourtant soigneusement élaborées. En français : les bougres ne se sont pas laissés faire ! Mais connaissant le talent, la patience et la ténacité du belge, on sait qu'il n'y aurait pas de pire erreur que de le réleguer au rend d'outsider demain.

Qui vont-ils affronter ?

Hallaert - Silver - Carrel
Quoi c'est déjà la finale ? Avec Kenny HallaertMax Silver et Charlie Carrel réunis autour de la mêm table, on peut se poser la question. Dans la foulée d'un été déjà exceptionnel - deux finales au compteur - le Belge continue d'impressionner. Il a réussi à monter 4,145 millions aujourd'hui, de quoi le placer en troisième position.

Michael Ruane
Lui aussi était revenu en Novembre l'an passé pour jouer le titre. L'Américain Michael Ruane sera au Day 5 cette année encore.

Dario Sammartino
3e du High Roller for One Drop, 9e du Championship Deuce to Seven, 8e du "10K 6-max", 6e du Highroller PLO : Dario Sammartino est clairement on fire sur ces WSOP, et le prouve une fois de plus sur ce Main Event.

Dominik Nitsche
Mourrant une bonne partie du Day 3, Dominik Nitsche a remonté la pente lors des dernières heures et n'a pas semblé souffrir aujourd'hui sur ce Day 4.

Randy Lew
Randy Lew a désormais la lourde tâche de représenter à lui tout seul le Team Pro PokerStars sur ce Big One.

Ben Lamb - Patrick Lavecchia
Gorgée de bière bien méritée pour le revenant Ben Lamb, assis toute la journée à côté de celui qui était le chipleader au départ de ce Day 3, Patrick Lavecchia. Ce dernier a visiblement vécu une journée en enfer, puisqu'il termine cette journée avec l'avant-dernier tapis.

Pateychuk - Chartier
Eux aussi ont vécu une divine idylle aujourd'hui - on vous en a déjà parlé : Andrey Pateychuk et Sam Chartier.

Aliaksei Boika
Et un vainqueur EPT de plus - c'était à Malte l'automne dernier -, monsieur Aliaksei Boika.

Jingwei Zhang
Il reste encore quelques femmes en course pour le titre suprême, comme par exemple la Chinoise Jingwei Zhang.

Joueuse
Un Day 5 sur le Main Event vaut bien un sourire.

JMR
On ne sait toujours pas qui est ce joueur, mais après quatre jours à le voir revenir systématiquement avec cette écharpe rose et un haut féminin, on commence à se dire qu'il a perdu un pari à la con.

Ivan Luca
Parmi la toute dernière caravane de sortants, l'Argentin Ivan Luca (305e, 35 267$).

Felipe Ramos
Vivian Saliba (421e, 27 743$), Andre Akkari (409e, 31 170$) et, pour finir, Felipe Ramos (299e, 35 267$, photo) : ce Day 5 fut une sale journée pour le Brésil, qui a perdu ses trois principales têtes d'affiche.

Matthias de Meulder
Matthias de Meulder n'a pas sacrifié à la tradition de la bière de fin. Le belge occupe la 51e place au classement

Marcel Luske
Omniprésent sur le circuit européen au début des années 2000, Marcel Luske se fait plus discret ces derniers temps, et a quelque peu perdu de son aura (ses chansons en plein milieu de tournoi sont désormais aussi rares que ses perfs). Le hollandais est au milieu du gué avec 1,1 million. A droite, Chino Rheem a laché un gros pot en fin de journée, et se trouve désormais dans la zone short-stack.

Isaac Haxton
Au milieu de tous les buveurs de bière, Isaac Haxton a commandé un brandy. Le légendaire joueur online possède un tapis légèrement au dessus de la moyenne.

Be Humble
Alors oui certes messieurs, dames, vous êtes tous qualifiés pour le Day 5, mais surtout n'oubliez pas...

Amazon adieu
Demain, on dit officiellement "au revoir" à l'Amazon Room, jusqu' à l'année prochaine : tous les joueurs seront réunis pour la première fois sous un même toit, celui de la Brasilia Room.

Rendez-vous samedi à 11h (20h en France) pour la suite du Main Event !