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L'Union Sacrée

- 6 juillet 2016 - Par Veunstyle72

Pierre Merlin et Patrick Bruel en tête d'un clan français bien fourni
Event #59 : NLHE 5 000$ (fin du Day 1)

Un prix d’entrée de 5000 balles, plus de 800 joueurs dont énormément de jeunes pros, une structure sans bavure, et un taux d’éliminations de 60% au cours du Day 1 : l’épreuve 59 des World Series of Poker a tout d’un fac-similé de n’importe quel Main Event du circuit European Poker Tour. Et comme sur l’EPT, les Français étaient nombreux au départ, et les nouvelles au terme du Day 1 (dix niveaux de jeu) sont plutôt bonnes, voire très bonne pour certains d’entre eux.

Le Team Winamax alignait huit joueurs au départ de cette épreuve. La moitié du groupe n'a pas survécu. Kool Shen, Davidi Kitai, Pierre Calamusa et Sylvain Loosli ont définitivement dit adieu à leurs chances devenir champion WSOP grâce à ce tournoi. Notre rappeur préféré s'est mangé deux set over set assez violents, le génie Belge n'a jamais réellement réussi à décoller, à une table où Patrick Bruel a fait le show, "LeVietFou" a perdu un coin flip assez classique pour sa survie et Sylvain Loosli a vécu une journée compliquée également pour finir par disparaitre avec 8 et 9 contre As-Roi. A noter également l'élimination d'Aurélien Guiglini, qui a lui aussi connu une rencontre terrible entre son brelan et le brelan supérieur d'Ilan Boujenah.

 

Mais parlons plutôt des bonnes nouvelles, et des qualifications pour le Day 2, de l'autre moitié du team : Patrick Bruel a montré la voie à toute l'équipe, en se batissant un tapis de 92 600 jetons, soit presque 4 fois le tapis de départ ! Grind intensif, bluffs de légende, des couleurs, des fulls, une paire de rois craquée, le Boss s'est fait plaisir aujourd'hui, toujours avec le sourire et le résultat est là : il débutera ce Day 2 dans la peau du capitaine d'équipe, sur de sa force et de son stack (77 blindes). Il sera accompagné de Michel Abecassis, qui a retrouvé des couleurs sur ce tournoi et qui reviendra avec 38 400. Gaëlle Baumann (30 600) et Guillaume Diaz (28 800) sont également qualifiés pour la suite, mais sont dans une situation légèrement moins simple à aborder, avec respectivement 25 et 24 blindes chacun. 

De son côté, notre WIP en chef Moundir Zoughari était tout heureux de faire partie des survivants de ce Day 1, qui plus est pour son tout premier tournoi WSOP : "J'ai souffert, mais franchement c'était exceptionnel", avoue-t-il tout sourire, "je n'ai joué qu'avec des champions, et en plus je reviens demain, l'objectif est rempli." Monté jusqu'à 80 000 aujourd'hui, l'aventurier de Koh-Lanta a subi un coup dur en cours de journée pour chuter à 12 000 - "J'ai payé sur le turn le tapis d'un joueur qui avait une paire de 7 alors que j'avais floppé une double paire As-Dame. Il trouve un 7 sur la rivière." - mais a réussi à doubler lors du dernier niveau pour remonter au niveau du stack de départ. "Honnêtement, je me suis étonné. J'ai tenu alors qu'il y a quelques années j'aurais sans doute fini par envoyer mes derniers jetons. Demain j'aurais 20 blindes, ça reste jouable."

Celui pour qui cela reste encore plus jouable est un joueur que nous connaissons bien puisqu'il s'est offert la finale du Winamax Poker Tour en février 2014, il s'agit de Pierre Merlin. Le petit nouveau de la room PMU, mènera les troupes françaises ce mercredi avec un tapis de 159 000. Ayant empaqueté 82 000 jetons, Karim Lehoussine fait également partie du clan pour qui cette première journée s'est plutôt bien passée. Michel Pomaret (48 900) et Yorane Kérignard terminent quant à eux avec un stack légèrement inférieur à la moyenne. 

Ce sera en revanche plus compliqué pour le bourreau de notre Aurélien Guiglini national, Ilan Boujenah (29 700), Thi Xoa Nguyen - qui a perdu un gros coup contre Liv Boeree sur l'avant-dernière main de la journée avant de doubler dans la foulée - (27 000), Hugo Pingray - qui a passé "une journée horrible" - Benjamin Pollak (20 900), Antoine Saout (19 800) et Eric Sfez (17 300, photo avec son grand copain Philippe Ktorza).

Le Day 2 débutera mercredi à midi, heure locale (21 heures en France). Avec 371 joueurs restants pour 130 places payées, cette journée promet d’être âprement disputée.

Le chipcount Français

Pierre Merlin 159 000
Patrick Bruel 92 600 (Team Winamax)
Karim Lehoussine 82 000
Michel Pomaret 48 900
Valentin Messina 45 000
Yorane Kerignard 40 300
Michel Abécassis 38 400 (Team Winamax)
Gaëlle Baumann 30 600 (Team Winamax)

Ilan Boujenah 29 700
Guillaume Diaz 28 800 (Team Winamax)
Thi Xoa Nguyen 27 000
Moundir Zoughari 24 300
Hugo Pingray 21 900
Benjamin Pollak 20 900
Antoine Saout 19 800
Eric Sfez 17 300

Tableau de bord

371 survivants (sur 863 entrées)
Moyenne : 58 153
Blindes au départ du Day 2 : 600/1 200, ante 200

Une finale bipolaire

- 6 juillet 2016 - Par Benjo DiMeo

Après les éliminations d'Elior Sion (9e, 116,571$), Daniel Alaei (8e, 150,672$), et Tommy Hang (7e, 150,672$), la table finale du Poker Players Championship est prête. Pour schématiser, on peut la décrire ainsi : 50% de stars, 50% d'inconnus, et 100% de talent !

Avant la reprise de la partie mercredi à 14 heures (22h en France), on vous présente les prétendants, par ordre de position autour de la table.


1/ Lamar Wilkinson (USA) 2 045 millions

Lamar a ouvert son palmarès en 1998, mais n'est probablement pas un pro en tournoi, car ses résultats sont exclusivement centrés sur les WSOP, et très espacés : rien entre 2002 et 2007, rien entre 2008 et 2012, rien entre 2012 et 2016... Bon, le le mec joue tous les quatre ans, quoi ! Ses deux meilleurs résultats : 51ème lors du Main Event 2007 (190,000$ contre plus de 7000 joueurs) et troisième du 2-7 à 10,000 balles remporté par Jason Mercier il y a trois semaines.

2/ Ray Dehkharghani (USA) 395 000

Si vous avez suivi de près notre reportage en direct de Las Vegas, ce nom vous dit quelque chose : c'est Ray Dehkharghani qui a volé à Jason Mercier son deuxième bracelet de l'été lors de l'épreuve de Razz à 10,000 dollars. Ray totalise 1,37 millions de dollars de gains en live, grâce à une ribambelles de finales et victoires acquises à Vegas et LA ces vingt dernières années. Un vieux loup de mer qui aura néanmoins une montagne à gravir : il ne possède qu'un poignée de blinde pour affronter les Mizrachi, Rast et autres Bonomo.

3/ Eric Wasserson (USA) 3,8 m.

500,000 dollars de gains en live "seulement" pour le jeune loup, qui est surtout connu pour ses exploits en ligne (pseudo : "gpokerg"). Il y a deux ans, il a presque remporté un bracelet dans le Shootout à 3000 dollars, terminant en deuxième place pour 157,490 dollars.

4/ Justin Bonomo (USA) 7,75 m.

Le chip-leader à l'entame de la finale est à placer dans la catégorie "dinosaure de la nouvelle génération" : ce pur produit de l'école Internet roule sa bosse sur le circuit depuis tout de même plus de dix ans, après avoir brillé dans un autre jeune de carte populaire chez les djeunz (Magic : The Gathering). En ligne, il a gagné tous les "majors". En live, son palmarès de cesse de gonfler en même temps que son expérience. Au départ un joueur de No-Limit Hold'em (on le découvre à l'EPT Deauville en 2005, où il finit quatrième, puis on le voit enchaîner les finales sur le circuit WPT et lors des WSOP les années suivantes), il se met petit à petit à bosser les variantes, et à participer à plus ou moins toutes les épreuves au programme au Rio, été après été. Il lui aura fallu attendre 2014 pour, enfin, décrocher son premier bracelet (6-max 1500$), après avoir accumulé un nombre record de places frustrantes - à ce jour, il totalise aux WSOP trois secondes places, et autant de troisème places ! Deux ans plus tard, on l'a vu triompher dans le High-Roller à 100,000€ de l'EPT Monte Carlo - une victoire bonne pour un coquet prix de 1,64 millions d'euros. Cette première apparition en finale du PCC va permettre à Justin Bonomo de dépasser les onze millions de dollars de gains de carrière.

5/ Michael Mizrachi (USA) 5,535 m.

Dans le passé, celui qui se faisait appeler "The Grinder" à l'époque des tables de Limit Hold'em 100$/200$ de PokerStars (les tables les plus chères du Net au début des années 2000) a déjà remporté cinq fois un prix supérieur à un million de dollars en tournoi : sur le circuit WPT (2005 et 2006), sur le Main Event (cinquième en 2010, année de la victoire de Jonathan Duhamel), et lors de ce même Poker Players Championship, qu'il a remporté pas moins de deux fois (2010, 2012). Bref, nous avons affaire à quelqu'un qui connaît manifestement son sujet, et que la perspective d'affronter les meilleurs du monde dans huit variantes de poker différentes n'effraie pas - il semblerait bien qu'il en fasse partie, non ? Dans la bataille des deux plus gros tapis, Mizrachi part avec un avantage sur Bonomo : celui de la position (sauf dans les jeux de Stud, bien sûr, où la position n'est pas déterminée par le bouton mais par les cartes affichées).

6/ Brian Rast (USA) 3,185 m.

Son visage est probablement moins connu que ceux de Bonomo et Mizrachi, mais les chiffrent ne mentent pas : avec 16,5 millions de dollars d'ITM cumulés, Brian Rast les devance dans la "All Time Money List" de la base de données Hendon Mob. Bon, OK, cela est dû pour moitié à sa victoire dans une extravagant tournoi à 500,000$ l'entrée organisé au casino Aria l'an passé (7,5 millions de dollars gagnés face à 42 joueurs) Tout comme Mizrachi, Rast a déjà connu la victoire sur le PPC, c'était en 2011. Il a aussi gagné ou "finalé" des tas de High Rollers un peu partout à Vegas et ailleurs. Bref, un autre client sérieux, avec un tapis dans la moyenne. 

Les prix

Vainqueur : 1 296 097 $
Runner-up : 801 048 $
Troisième : 545 772 $
Quatrième : 380 942 $
Cinquième : 272 558 $
Sixième : 200 027 $

Le Tour de France

- 6 juillet 2016 - Par Veunstyle72

Event#59 : NLHE 5 000$ - A la rencontre des Français présents sur ce tournoi

Une heure à se balader entre les tables pour découvrir l'état de santé des troupes Françaises, ça vous dit ? Suivez le guide.

Ivan Deyra est un jeune homme avec des rêves pleins la tête. Après avoir remporté son package Main Event des WSOP un dimanche soir sur le sat' à 750€ sur Winamax.fr, le célèbre « value merguez » a décidé de se faire un petit programme de tournoi en plus. Ce 5 000$ fait partie de ses objectifs, mais pour le moment, les Américains lui mènent la vie dure : « C’est compliqué », avouait-il, « j’ai perdu pas mal de jetons au début, et là j’arrive à remonter un peu. J’ai 20 000 désormais ». Un peu moins que le tapis de départ, mais tout de même 33 blindes encore. Ivan a beau être jeune, il accumule de l’expérience à toute vitesse. Cette année 2016 reste de loin la meilleure année de sa jeune carrière, notamment grâce à son magnifique deeprun sur le High Roller à 25 000€ de l’EPT Monaco. Il rêve désormais d’un parcours identique, mais sur le Main Event des WSOP. 

Thi N'Guyen continue de faire le spectacle sur ces WSOP. Finaliste de l'Event #35 (6e pour 76 000$), Thi continue de faire vibrer le clan tricolore, notamment grâce à des mains toujours aussi spectaculaires. Les jetons volent avec cette demoiselle, qui n'a pas froid aux yeux. Là voilà désormais à 73 000 (plus de 120 blindes). Au retour de break, elle a éliminé Joe McKeehen, le champion du monde en titre. Elle m'a raconté la main : en position UTG, elle open à 1000 (sur 200/400) et depuis le bouton, McKeehen décide de la 3-bet. « Il n’arrêtait pas de nous 3-bet », me glisse-t-elle, en me pointant du doigt sa voisine, Liv Boeree. Un souci avec les femmes l’ami ? « Je ne me suis pas laissé faire, et je l’ai 4-bet à 6 200 avec As-Roi. Et là, il a call, étrange. Puis j’ai misé 4 000 sur un flop A-T-2, il a payé, avec 18 000 derrière. On a check la turn, un valet, et sur la rivière, une doublette de l’as, j’ai directement fait tapis, pour représenter une main du type paire de Rois, pour qu’il pense que l’as m’inquiète. Il a call muck, et je l’ai éliminé comme ça. » Un autre Français s'est installé à côtés de ces deux charmantes joueuses, il s'agit de Julien Martini. Et vu son stack (9 000), on dirait bien qu'il ne porte pas la culotte sur cette table.

Du côté de Jimmy Guerrero, le compagnon de Thi, ce n'est pas aussi joyeux, puisqu'il ne possédait que 17 000 lors de mon passage.

Un petit whine d'Erwann Pecheux (16 000), on prend ? Bien sur qu'on prend toujours : 

« En 5h de jeu, j’ai eu 33, As-Dix, Roi-Dame et Dame-Valet. Et c’est tout. Ah non, je n’ai même pas pu jouer paire de trois, puisqu’on m’a relancé. J’ai essayé de 3-bet avec des connecteurs suited, je me suis fait 4-bet. Alors que je ne joue pas un coup. Je suis censé avoir normalement. Bon, ils ont raison de me relancer, puisque je n’ai jamais rien, mais quand même. En tout cas, les premiums poussent dans les arbres chez certains, mais pas chez moi. C’est bon j’ai fini. » Soyons indulgent avec Erwann, une fois de temps en temps, ça fait du bien de se lâcher.

Juste à sa gauche, Eric Sfez (50 000) n’était pas spécialement heureux non plus, mais pour d’autres raisons : « C’est horrible de jouer des Français, et des gens que tu aimes bien de surcroit. Tu n’as pas envie de les jouer, surtout quand ce sont des potes. Je préfèrerais éliminer des Américains. » Eric Sfez, faisant notamment référence à Philippe Ktorza, assis au siège suivant. Enfin assis… Ktorza ne tient pas toujours en place sur les tournois, et malgré son petit tapis (15 000), ça ne l’empêche pas d’aller souvent voir ailleurs.

Ilan Boujenah et Aurélien Guiglini côte à côte, une image à ranger aux rayons des archives, car à cette heure-ci, c'est fini. Aurélien Guiglini a rendu les armes contre... Ilan Boujenah justement. « C’est un setup » avouait Ilan, « Sur un flop 9-4-3, j’avais 99, il avait 44 ! » Une rencontre fatale pour Guignol, et c’est désormais le petit Boujenah qui possède les jetons, 90 000 pour être précis. Si vous cherchez Guignol, il doit surement déjà être au Crap's pour décompresser.

Je suis tombé sur un Français heureux comme un gosse, Pierre Merlin« J’ai 70 000 ! Enfin je vais peut-être deeprun un tournoi, enfin ! » Autant l’an dernier le vainqueur du WiPT 2013 arrivait à faire quelques résultats, ou au moins aller loin dans les tournois, autant cette année, il vit un peu une traversée du désert, avec une seule place payée sur ces WSOP. Alors qu’il est arrivé au début des Series. « Aujourd’hui, on m’a 5-bet shove 50 blindes avec As-Dix quand j’avais As-Roi, puis un autre joueur m’a 4-bet shove 30 blindes avec Roi-Valet quand j’avais As-Dame. » Et voilà Pierre Merlin enchanté. 

Profitons de la photo de ce joueur avare d'un petit massage à 2$ la minute, et qui préfère s'occuper de son dos tout seul, pour parler un peu des autres : 

- Michel Pomaret est à 30 000 et souffre : « Je joue très mal. Je pense que les émotions prennent gentiment le dessus sur la technique. J’ai pris beaucoup de bad beats depuis le début des WSOP, et ça se ressent sur mon jeu. Le pire je crois, c’est que les autres joueurs le ressentent aussi. Je joue aux cartes simplement, c’est ça le problème. Mais je vais essayer de me servir de cette image en fin de journée pour réussir à monter des jetons. »

- Moundir a encore changé de table, et se retrouve à côté de celui qui a la plus belle photo Hendon Mob, Will Failla. L'aventurier du coeur est à 53 000 et patiente. « Je suis complètement card Dead, je ne peux rien faire. » Courage Moundir, ça va bien finir par tourner.

- Hugo Pingray s'ennuie à mourir dans ce tournoi : « J’ai une véritable table de nits, ils m’endorment tous. C’est épuisant. JC Tran vient d’arriver, j’espère qu’il va en foutre partout pour apporter un peu d’action »

- Gilles Huet est un peu moins enthousiaste avec ses 17 000 : « C’est une journée en enfer. J’ai joué une seule main, une paire de dames. Le flop a apporté un roi, j’ai payé un c-bet. Puis un as est arrivé sur la turn, j’ai abandonné. Et c’est tout… Mais je m’accroche, ça va aller ! »

Egalement croisés autour des tables : Paul François Tedeschi (9 000), Antoine Saout (39 000) et Valentin Messina (55 000). 

Le Boss est on fire

- 6 juillet 2016 - Par Flegmatic

Event #59 : NLHE 5 000$ - Patrick Bruel passe la barre des 100 000 jetons.

Les yeux revolver.

Il y a un homme qu'on arrête plus sur cette prestigieuse épreuve remplie à ras bord de têtes de série, et pour notre plus grand plaisir, il s'agit de Patrick Bruel. Une poignée de minutes après le retour du dinner break, le Boss affichait un tapis d'un peu plus de 100 000 jetons, soit quatre fois le starting stack. P14B s'est tout d'abord chargé de renvoyer chez eux deux joueurs short stacks... munis d'une paire de Rois et d'une paire d'As. Patrick a payé leur tapis avant le flop avec Roi-Valet suités, et le croupier a eu l'amabilité de lui offrir une couleur dès le turn. "Mais c'est surtout le coup d'après qui est beau, me glisse-t-il. J'ai passé un gros bluff à un Italien à ma gauche. À la fin du coup il tenait absolument à voir mes cartes, du coup je les lui ai montré, il était bien dégoûté. J'ouvre As-3 préflop avant de miser cher flop et turn. Je check la river et il mise 6 000, en se laissant 8 000 derrière. Je le mets à tapis et il finit par lâcher l'affaire. Je n'avais absolument rien." Voilà le genre de coup qui peut définitivement lancer un tournoi.

Les connaisseurs auront noté l'arrivée à la gauche du Boss d'un certain Benjamin Pollak. À en juger par les regards complices et autres tapes amicales que se sont échangés les deux hommes pendant les quelques minutes passées autour de leur table, ils n'ont visiblement pas fini d'en découdre. Une table où continue de se battre Davidi Kitai. J'ai notamment vu le Génie empocher un pot après avoir misé turn et river sur un board 5As956, pour remonter aux alentours des 16 000 jetons.

Non loin de là, ce n'est pas franchement la fête chez Sylvain Loosli. Après être monté jusqu'à 45 000 deux heures de partir dîner, le November Nine 2013 a vu son tapis fondre à moins de 10 000. "J'ai perdu plein de coups, m'explique le Toulonnais, dont un gros récemment avec paire de 7 contre paire de 10. Il trouve une couleur river. Mais bon, j'aurais tout aussi bien pu tout perdre. Là il me reste vingt blindes, il faut être patient." Malheureusement pour lui, Sylvain n'a pas dégoté la table la plus facile de ce tournoi avec les deux November Nine Amir Lehavot (2013) et Joseph Cheong (2010), en plus de l'un des hommes en forme de ses WSOP Ryan Laplante, en quête de son 12e ITM cet été. Ce serait un nouveau record.

Les deux derniers hommes sus-cités, côte à côte.

Amir Lehavot (à gauche).

Et du côté de Guillaume Diaz, qu'est-ce que ça donne ? "Je dois avoir la table la plus soft du tournoi, lâche-t-il, ils font n'importe quoi." En grand professionnel, Volatile38 nous offre même une hand history pour étayer ses propos. Le Grenoblois ouvre UTG+1 avec 10-9 suités. C'est payé une première fois, puis une seconde par "le fish de la table" dans les blindes. Ce dernier ne perd pas une seconde et prend les choses en main sur le flop 9-6-3 avec deux coeurs en poussant 3 500 jetons au milieu. Guillaume paie, mais c'était avant que le troisième joueur dans le coup n'envoie son tapis de 23 000. L'early raiser prend alors tout son temps avant de finalement payer avec Roi-9. Il parvient ensuite à rester devant le 67 adverse pour s'adjuger ce pot pour le moins farfelu. De son côté, après être tombé à 10 000, notre Top Shark est parvenu à revenir au stack de départ à la force du poignet. C'est un tout petit peu moins que Pierre Calamusa, pointé à 30 000.

Des retrouvailles, et des habitués

- 6 juillet 2016 - Par Benjo DiMeo

Event #60 : Stud High-Low 1500$ (Day 1)

La dernière épreuve "sans flop" des WSOP 2016 a débuté à quinze heures. En effet : passé ce tournoi de Stud High-Low, il ne reste plus que du No-Limit Hold'em au programme (si ce n'est pour le PLO à 25,000 balles et une épreuve de Omaha High-Low) : le tournoi par équipes, les deux One Drop (le petit à 1111$ et le gros à 111,111$), le Ladies, le tournoi joué en ligne... et bien sûr le Main Event, qui débutera samedi (déjà !)

Plus de 470 joueurs ont répondu présent (et les inscriptions restent ouvertes jusque 21h45), et à vue de nez, l'âge moyen des participants dépasse l'average habituel constaté sur l'ensemble des World Series of Poker. Tiens, cela pourrait faire une question quiz pour la prochaine édition de radio, mais je vous donne la réponse tout de suite : 38 ans. Le Stud High-Low est un jeu vieillissant, mais qui a conservé nombre d'amateurs aux Etats-Unis, notamment sur la côte Est (New York, Philadelphie, Atlantic-City...).

En déambulant autour des tables, j'ai croisé pas mal de visages familiers, certains présents quotidiennement au Rio, d'autres pas croisés depuis des mois, voire des années.

Le Toulousain Claude Marbleu est un vrai Joueur avec un grand "J" : il ne refusera jamais une partie d'échecs, de backgammon, de rami... et de poker bien sûr. C'est avec plaisir qu'il se rend à Vegas chaque année pour jouer aux formats plus ou moins inexistants en Europe. J'ai vu Claude s'engager dans un gros coup contre deux adversaires, chacun présentant un tableau alléchant :

Claude : (X)(X) 3 - 3 - 6 - 3 (X)
Adversaire 1 : (X) (X) 2 - 2 - 4 - 2
Adversaire 2 : (X) (X) As - 3 - As - Roi

Le dernier joueur s'est prudemment écarté du chemin sur l'avant-dernier tour d'enchères, et Claude a misé après avoir reçu sa septième carte. Fort d'un 4 caché lui donnant le full, son adversaire a payé, mais Claude a montré une paire de 7 et un 8 lui donnant un "boat" supérieur ! Un joli "scoop", donc.

Ancien grand manitou des WSOP passé chez l'ennemi (le World Poker Tour), Matt Savage est sans doute l'arbitre le plus célèbre de la planète poker, et est toujours disponible sur Twitter pour régler en direct les litiges les plus pointus.

Guess who's back ? "C'est mon premier voyage à Vegas depuis cinq ans", me dit Arnaud Esquevin. Celui qui avait manqué de très peu la victoire à l'EPT Deauville (c'était en 2009, contre l'Allemand Moritz Kranich) est arrivé en ville il y a deux semaines, et se concentre principalement sur les tournois. Le reste de l'année, il me confie aimer faire le circuit des cash-games organisés en marge de l'EPT.

Où sont les Québécois, cette année ? Je n'ai guère croisé les Duhamel, Lefrancois et autres Chartier au Rio depuis mon arrivée, mais c'est avec plaisir que je retrouve Jean-Philippe Piquette (à la même table qu'Arnaud), avec qui j'avais fait connaissance en 2006 sur ses terres, lors d'une étape WPT organisée au bord des Chutes du Niagara. Un joueur aussi solide en ligne qu'en live, en témoignent ses belles performances au Playground, la salle de poker géante de Montréal. D'ailleurs, JP m'apprend qu'il est "commandité" par le Playground. Hein ? "Ah oui, pardon : en France, vous utilisez le mot 'sponsoring'." Hi hi.

Inutile de présenter le troisième francophone de la table Esquevin/Piquette : Fabrice Soulier a été l'un des tricolores les plus performants de l'été avec une seconde place dans l'épreuve mélangeant Stud et Omaha en High-Low.

J'ai failli ne pas reconnaître Huck Seed : le Champion du Monde 1996 est plutôt bien camouflé sous son bonnet. Sa grande taille l'a encore une fois trahi, cependant.

Désormais installé dans les montagnes du Colorado, Brian Devonshire passe plus de temps au milieu de la nature qu'à jouer au poker, et cela se voit. N'hésitez pas à lui demander conseil si vous voulez partir en randonnée rafting ou escalade après vos WSOP !

Sous ce déguisement se cache l'excellent Brandon Shack-Harris : deux bracelets en trois ans !

Alexandre Luneau n'a pas pu résister à l'appel : après tout, il ne reste presque plus de tournois "exotiques" au programme...