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Comme un mauvais rêve

- 18 juillet 2016 - Par Veunstyle72

L’histoire eut été belle, mais elle n’arrivera finalement pas : Antoine Saout ne deviendra pas November Nine pour la seconde fois, sept ans après sa troisième place sur le plus beau tournoi du monde. Son aventure sur ce Main Event a pris fin en 25e position, pour un gain de 269,430 dollars. Que la déception est grande…

Le coup de poker en lui même est assez standard, mais spectaculaire à la fois, car il intervient à un moment clé du tournoi, à quelques encablures de la table finale : relance d’Adam Krach à 500,000 en milieu de position, Antoine est au bouton et annonce tapis pour 3,2 millions. La parole arrive chez son voisin, Kakwan Lau, qui 4-bet depuis la petite blinde, et Adam Krach pousse également son tapis dans la foulée, pour 5,84 millions (24 BB).

Antoine Saout : 77
Kakwan Lau : AA
Adam Krach : QQ

La meilleure main est chez le joueur qui couvre ses deux adversaires et déjà, on a déja de la peine pour Antoine en réalisant que ses chances de survivre sont très maigres. Le flop 988 est sorti après d’interminables secondes (la magie de la télé) et il n’arrange les affaires ni d’Antoine, ni d’Adam Krach. Dans la tête, on appelle tout de même très fort la carte magique, celle qui va sortir Antoine de la mouise, celle qui va nous faire hurler de plaisir. Tout le monde retient son souffle, la tension est évidemment palpable, et on entend déjà Norman Chad aux commentaires hurler « Antoine needs a seven ! »… Comme dans un rêve éveillé, le 7 arrive sur la turn ! Antoine fait un léger bond, ce qui ne lui ressemble pas vraiment, lui qui conserve généralement ses sentiments tout au fond de sa poche. Mais il a pleinement conscience que cette carte le relancerait totalement dans ce Day 7.

Unlucky Sevens

On pense alors à Joe Cada, il y a 7 ans, qui lui aussi avait trouvé son deux-outer pour se sortir d’une situation impossible et mettre un énorme bad beat à notre Breton préféré. On se dit qu’il y a finalement une justice à ce jeu, on se dit qu’Antoine va connaître le retour de variance qu’il avait pris en pleine tête ce fameux soir de novembre 2009. On se dit qu'avec 86% de chances de gagner le coup, il ne peut plus rien se passer. On se dit que cette journée va être folle, et désormais, on n’a surtout pas envie d’entendre Norman Chad dire « Lau needs an Ace to eliminate both players ». On se dit que ça fait beaucoup de fois le chiffre Sept, et qu'il ne peut rien lui arriver... La rivière est un A, offrant un full supérieur à Kakwan Lau !

Cruelle, maudite, sadique rivière qui élimine Antoine Saout et Adam Krach, d'un coup d'un seul. Un seau d'eau en pleine tête, c'est un peu la sensation que ça donne : fin du rêve, retour à la réalité. Le temps s’arrête quelques secondes pour Antoine, après l'apparition de celle qui est donc l'ultime carte de son tournoi. Il reste sur sa chaise, stoïque, impuissant, abattu, avant de finalement saluer son bourreau et de quitter cette antépénultième table. Son tournoi est terminé et ses espoirs d’aller se venger sur une seconde table finale du Main Event se sont brusquement envolés d'un coup d'un seul. Les WSOP des Français sont officiellement terminés.

Forcément, après une sortie aussi cruelle, il n'y a pas de place pour grand chose d'autre que de la frustration. « Ce tilt... » nous a brièvement soufflé Antoine avant de se soumettre à la tradtionnelle interview face aux caméras d'ESPN (photo). « Pourquoi est-ce qu'il faut qu'il y ait un 7 ? » Mais au moment de revenir sur sa journée quelques minutes plus tard, c'est sur une autre main jouée aujourd'hui qu'Antoine formulait des regrets. « Sur le coup contre Griffin, je dois suivre ma ligne et partir à tapis sur la rivière. Ou à la rigueur check au turn pour perdre un peu moins. Mais si je shove je peux le faire passer je pense. Je n'ai pas osé. »

Pas de quoi remettre en cause pour autant tout ce qu'a accompli le Breton cette année à Vegas. Car avant ce formidable parcours sur le Big One, Antoine s'était déjà classé 3e d'une épreuve à 1100 dollars au Wynn (109,544$) et runner-up d'un autre tournoi à 1600 dollars pour 259,114 dollars. « Je suis très content de mon été, et très content de mon jeu sur l'ensemble du tournoi. Et puis j'étais déjà parti à tapis au Day 2, c'est la rivière qui m'avait sauvé. Après ça, j'ai terminé chaque jour en positif, jusqu'à ce Jour 6 qui ne s'est pas très bien passé. Il me reste deux jours à Vegas, je ne sais pas encore ce que je vais faire. La reprise ce sera en août pour l'EPT Barcelone. » Un terrain de jeu traditionnellement prisé des Français et où Antoine ne pourra pas se cacher comme à Vegas. Pas sûr que cela le dérange beaucoup. Après avoir autant marqué ce Main Event de son empreinte, il y a fort à parier que les futurs adversaires du Breton auront bien plus peur de lui que l'inverse.

En ce qui nous concerne, humbles couvreurs qui, pourtant, te suivons pour la plupart depuis des années, tu nous as impressionné un peu plus chaque jour par ta maîtrise, ta capacité à mettre la pression à table, mais surtout par un relâchement et un détachement assez bluffant par rapport à la grandeur de l'événement. Antoine, une dernière fois, bravo.