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Ryan Laplante : « Je suis fier de revendiquer être gay »

- 14 juin 2016 - Par Veunstyle72

Depuis le début de ces WSOP, ce ne sont pas les Hellmuth, Negreanu & co qui font le buzz chaque jour au Rio. Un jeune homme de 26 ans éclabousse doucement mais surement de toute sa classe, sa gentillesse et sa sincérité, il s’agit de Ryan Laplante. Vainqueur de l’Event #12, un Pot-Limit Omaha à 565$, qui a généré 2 483 inscriptions, Ryan a ému toute la communauté poker au moment d’aller récupérer son bracelet le lendemain. Pourquoi ? Car Ryan est gay, et fier de l’être, et lorsqu’il a été intronisé, bracelet à la main, Ryan n’a pas su contenir ses larmes au moment d’évoquer la tuerie d’Orlando, qui a fait des dizaines de victimes, dans un club gay de la ville, dans un discours très émouvant qu’il n’avait pas spécialement prévu. Pour nous, pour ce site Winamax qu’il affectionne particulièrement, et sur lequel il adorerait jouer si seulement il ne vivait pas aux Etats-Unis, Ryan est revenu sur le début de ces Series qui lui réussissent particulièrement bien, avec 5 cashs dont 1 bracelet WSOP. Mais il évoque également le fait d'être homosexuel en 2016 aux Etats-Unis...
Rencontre.

Issu d’une petite ville de l’Etat du Minnesota, Ryan a commencé à toucher aux cartes à l’âge de 11 ans pour la première fois. « Ça fait donc 15 ans déjà ! A l’époque, je m’amusais avec mes amis, et je ne manquais surtout pas un seul épisode des WSOP à la télévision. Puis petit à petit, le poker est devenu important, notamment grâce à Chris Moneymaker sa victoire sur le Main Event en 2003, ainsi qu’à l’apparition des cartes visibles à l’écran. L’industrie du poker a explosé. J’ai suivi le mouvement, et je me suis aperçu que j’étais bon, et que je pouvais surement en faire mon métier pour gagner ma vie honnêtement. Je suis donc passé professionnel à l’âge de 19 ans . J’adore le jeu et je me disais que je voulais faire partie des meilleurs joueurs du monde. »

« Pour cette année 2016, j’avais de grosses attentes sur moi-même »

Ses grands débuts à 21 ans sur les World Series n’ont pas été aussi simple qu’il ne l’imaginait. « C’était peu après le Black Friday, dans une ambiance un peu spéciale. J’ai tout de même atteint une table finale sur un tournoi à 1 500$. Je me souviens être arrivé chipleader de cette finale… pour terminer à une très décevante 8e place. » Ryan décide de ne pas abandonner aussi facilement, et l’année suivante, en 2012, il revient à Las Vegas : « Et cette fois, j’ai terminé 7e d’un event à 1000$... » De belles places, mais toujours autant de frustration pour ce professionnel online, qui affichait déjà un gros volume de jeu. En 2014, il ajoute une nouvelle finale à son palmarès, sur un tournoi à 3 000$ l’entrée, mais échoue une nouvelle fois dans la conquête d’un bracelet, puisqu’il va prendre la 5e place, après avoir perdu un énorme pot pour le chiplead. « Tous les ans, je voyais bien que je ne passais pas très loin du bracelet. J’ai décidé de travailler, encore plus. » L’an passé, il termina 29e du Colossus (22 374 entrées) : « C’était un sentiment incroyable de deeprun un tournoi aussi important, de run aussi bien pendant ces 3 jours de tournoi. » Un parcours qui a laissé quelques traces dans la tête de Ryan, mais de façon positive : « Pour cette année 2016, j’avais de grosses attentes sur moi-même, grâce au Colossus. Même si remporter un bracelet, c’était plus un rêve, une consécration, qu’autre chose, je suis arrivé à Vegas en me disant que je pouvais le faire. »

Bon joueur de poker, mais aussi fin gestionnaire, Ryan décide alors de se lancer dans tous les tournois à 5 000$ et moins l’entrée, avec pas mal de succès : 94e du Colossus, 80e de l’event 8, un HORSE à 1500$, 176e de l’Event 10, un 6-max à 1 500€, et enfin, champion WSOP sur l’event 12, un Pot-Limit Omaha à 565$. Le jour de gloire pour Ryan Laplante.

« Je suis un spécialiste de Pot-Limit Omaha Hi Low. J’avais donc un ami spécialiste de PLO dans le rail pour me guider. Il a été d’une aide très précieuse ».

Mais le moment de gloire de Ryan est surtout arrivé hier après midi, lorsqu’il a fallu qu’il vienne récupérer son bracelet de champion. Entre temps, le monde entier découvrait la tuerie d’Orlando, dans un club gay. « A l’origine, j’envisageais simplement de monter sur le podium et de ne pas faire de discours. Je voulais juste dire « merci » et rien d’autre. Je ne me voyais pas faire de longs remerciements à la terre entière. Et puis, il y a eu ce drame. Et en tant que personne public (Ryan est plutôt connu dans la communauté américaine), je me suis dit qu’il serait intelligent de profiter de cette ouverture médiatique. Quand vous faites une grosse performance ou que vous gagnez beaucoup d’argent au poker, les gens, les médias, ont tendance à vous écouter un peu plus. Alors quand ça arrive, autant se servir de ces rares moments pour diffuser un message constructif, en essayant d’avoir un impact positif. »

Dans son discours, que vous pouvez retrouver en vidéo ci-dessous, Ryan Laplante, les larmes au yeux, a exprimé sa très grande fierté d’être enfin champion WSOP, tout en revendiquant ouvertement son homosexualité, sous les applaudissements de la salle. Un discours terriblement émouvant et assez exceptionnel.


Vidéo Cardplayer
 

L’homosexualité est encore un problème aux Etats-Unis : « Même si les choses ont beaucoup évolué depuis 10 ans dans ce pays. Désormais le mariage gay est autorisé. Mais quand je vois que par exemple, je ne peux pas faire don de mon sang, car je suis gay, je trouve ça scandaleux. Même après avoir fait tous les test HIV, avec des résultats négatifs à chaque fois, le simple fait que je sois gay m’empêche de donner mon sang. Mais si je veux une arme, il n’y a aucun problème. Il y a donc un vrai problème à ce niveau là encore. »

« Devenir joueur de l’année WSOP serait quelque chose d’absolument incroyable.»

Le poker est un milieu qui ne fait pas de différence en ce qui concerne la sexualité de chacun. Mais ce n’est pas encore le cas pour tous les domaines, surtout aux Etats-Unis : « Si on regarde bien dans le domaine du sport par exemple, combien de joueurs encore en activité, en foot US, ont déclaré être gay ? Zéro. Au baseball ? Zero. En NBA ? Zéro. Tennis ? Zero. Football ? Un seul, Robbie Rogers. Combien y a-t-il de sportifs de haut niveau aux Etats-Unis ? Entre 7 000 et 11 000 peut être… Ce n’est pas normal. »

Bien que désormais habillé au poignet d’un bracelet qu’il convoitait depuis si longtemps, Ryan Laplante est bien décidé à ne pas en rester là : « Devenir joueur de l’année WSOP serait quelque chose d’absolument incroyable. Mais ne jouant pas les tournois à 10 000$ et plus, ça me paraît compliqué de concurrencer les joueurs avec une énorme bankroll. Si je refais quelques deepruns intéressant, sachant que je vais disputer tous les tournois à venir à moins de 5 000$, alors pourquoi pas. Mais je sais ça va être très compliqué. Néanmoins, je chercherai à battre le plus de records possibles sur ces WSOP. »

Ce jeune homme a de la ressource et beaucoup d'humilité, il y a fort à parier qu'on n'a pas fini d'en entendre parler.