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Le plus beau des feux d'artifice

- 14 juillet 2015 - Par Kinshu

Pendant qu'en France on célèbre la Fête Nationale, l'heure n'est pas encore aux festivités dans le plus beau tournoi du monde. Enveloppés dans un silence de cathédrale et la pénombre ambiante d'une Amazon désormais vidée presque entièrement de son mobilier, correspondant parfaitement aux enjeux disputés, l'avant-dernière journée du tournoi a débuté, presque en catamini.

Au fin fond du Rio, les derniers survivants de cet épuisant marathon de poker ont calmement rejoint leurs sièges assignés sur les trois ultimes tables de jeu. Les techniciens d'ESPN ont alors branché leurs énormes caméras et la partie a pu reprendre, pendant que les agents de sécurité faisaient rentrer au compte-gouttes une grosse centaine de spectacteurs aussi calmes qu'impatients d'encourager leurs proches.

Si l'air de  « This is gonna be the best day of my life » qui tournait en boucle l'an passé résonne encore dans nos têtes, comme une joyeuse routine ancrée à jamais, la sono est restée muette au départ de cette journée décisive. Pas de musique, pas de blabla. Du poker à l'état pur, sans fioritures. L'effervescence et l'euphorie des premiers jours a complètement laissé place à une tension hitchcockienne au sein de l'Amazon Room.

Joueurs, superviseurs, techniciens, reporters, spectateurs et même commerçants sont concernés comme jamais par ce qu'il se passe dans cette salle. En témoigne ce vendeur en train de démonter son stand dans le long couloir qui mène à l'Amazon Room, qui m'a vu passer avec mon sac à dos et s'est brusquement arrêté dans sa besogne pour me lancer un très solennel « Good luck », sans doute convaincu que je faisais partie de ces vingt-sept chanceux allant se disputer une place en finale du plus beau tournoi du monde.



La vérité est au bout du couloir : vingt-sept joueurs, aux profils et origines variés, se livrent un dernier combat pour atteindre l'arène finale. Cette arène où ils passeront, pour la plupart, de l'ombre à la lumière, et grâce à laquelle le regard porté sur eux changera à jamais. Car bien sûr, il y a l'argent, beaucoup d'argent à la clé, une place en finale assurant un pactole d'un million de dollars à tous les participants, la victoire étant chiffrée à près de huit fois plus, mais ce n'est pas uniquement pour ça que ces joueurs suent corps et âme depuis dix jours.

Dans une société où tout ou presque est à portée de portefeuille, le bracelet du Main Event des WSOP ne s'achète pas, estimait Benjo en début de séjour. Et ce combat final le confirme : tout le monde est sur le même pied d'égalité l'espace d'un instant. Les millions gagnés, l'expérience, le profil, les origines et tout le toutim sont momentanément mis aux oubliettes. Ce sont véritablement vingt-sept gosses ayant des étoiles plein les yeux qui se débattent sous les nôtres.

Quand on voit un Daniel Negreanu, qui a tout fait, tout gagné, qui est l'un des joueurs les plus populaires du circuit, et dont les gains dépassent les 30 millions de dollars, se battre pour le même pain qu'un Erasmus Morfe, ce docteur du Colorado venu à Vegas avec 1,500 dollars dans les bagages et devant sa participation à un incroyable concours de circonstances (Erasmus a joué et sauté de plusieurs tournois, puis a investi ses derniers dollars en cash-game où il a pu gagner de quoi s'inscrire au tout dernier sat turbo pour le Main Event, sur lequel il a alors décroché son ticket en étant à tapis à la bulle avec 7 et 2 et moins d'une blinde !), on se dit que le Main Event est, et restera définitivement à jamais, un tournoi d'une beauté exceptionnelle, où les fantasmes de tout amoureux de poker, quels qu'ils soient, peuvent se transformer en réalité.

Kinshu