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Monster Stack : un bordel monstre, une orga monstre, un plaisir monstre

- 27 juin 2014 - Par Benjo DiMeo



C’est LE paradoxe de cette sensationnelle journée qui restera dans les annales comme la plus bondée de toute l’histoire des Championnats du  Monde : le tournoi Monster Stack, nouveauté ajoutée au programme 2014 des WSOP et proposant un format à la fois pas cher (1500 balles) et super méga deep-stack (15000 jetons, blindes 25/25), a tellement séduit les joueurs et débordé les organisateurs que nombre de ces joueurs n’ont pu y prendre part qu’avec plusieurs heures de retard, n’arrivant finalement à prendre place à table qu’au moment où les blindes avaient déjà fortement progressé. Les plus en retard d’entre eux (presque mille tout de même !) se sont finalement assis à 23 heures (!!!) avec tout juste 75 blindes en guise de tapis de départ, alors que la structure en prévoyait 600 ! En résumé : il y avait aujourd’hui tellement de monde voulant jouer deep-stack, que plein d’entre eux ont au final été forcés de jouer un tournoi pas vraiment deep-stack.

Soyons clairs : nos propos ne constituent en aucun cas une critique de l’organisation des WSOP, dont la qualité se bonifie avec les années, et qui fonctionne désormais à la quasi-perfection. Bien au contraire : c’est justement la volonté de bien faire des pouvoirs en place qui a crée cette situation ubuesque. Car voyez-vous, aux Etats-Unis, le service au client n’est pas juste un impératif commercial, c’est une religion, et les organisateurs des WSOP ne détestent rien de plus que de fermer les portes d’un tournoi pour cause d’affluence - cela fut le cas une fois en 2009, pour le Main Event, et l’incident avait laissé un sale goût dans la bouche de tout le monde. Aux WSOP, on ne dira jamais « Désolé, c’est complet », on dira toujours « OK, on va trouver une solution. »

Et ici, la solution fut, dans un premier temps, d’ajouter un deuxième Day 1 à 17 heures, en complément de celui initialement programmé à midi. Mais cela n’était pas suffisant : la file d’attente au bureau des inscriptions n’en finissait pas de ne pas désemplir. Conséquence : les organisateurs continuaient de vendre des tickets pour 17 heures aux joueurs assoifés, mais en leur disant : « Vous ne pourrez pas jouer avant 18 heures » (le temps que les premières éliminations se produisent), puis « Pas avant 20 heures », puis 22 heures, puis enfin 23 heures, heure à laquelle le premier Day 1 se terminait, laissant toute la place libre pour faire - enfin ! - entrer les derniers inscrits, tandis que les croupiers courraient frénétiquement à travers les couloirs, sacs de jetons en main, avant de revenir s’assoir à table pour distribuer les premières mains de joueurs attendant patiemment depuis plus de trois heures.

A l’heure où nous écrivons ces lignes (23 heures), il est encore possible de s’inscrire au tournoi (alors que des milliers de joueurs ont terminé leur Day 1A) et ce jusque minuit : le Day 1B ne se terminera pas avant trois heures du matin, et l’on va dépasser les 7700 joueurs au total. Cela constitue la plus grosse affluence pour un tournoi de poker organisé en une seule journée de départ ! On avait fait mieux en 2006 lors du Main Event remporté par Jamie Gold, mais les 8773 joueurs étaient à l’époque répartis sur quatre journées…

Et le plus beau, évidemment, c’est la cagnotte, raison pour laquelle tant de joueurs ont accepté de prendre part à l’épreuve avec autant de retard : plus de dix millions de dollars, mec. Je répète en majuscules : DIX PUTAINS DE MILLIONS DE DOLLARS !!! Le tout pour à peine 1500 balles d’investissement ! Il y aura plus de 700 places payées, et le vainqueur empochera une somme avoisinant les 1,5 millions de dollars. Dites, c’est quand le prochain ? J’ai soudain beaucoup plus envie de jouer que de regarder, moi…

Bref, tout ceci pour tirer un énorme coup de chapeau aux organisateurs des WSOP, tous les croupiers, chip-runners, hommes en noir qui ont trouvé le moyen de nous organiser un énorme et joyeux bordel qui a contenté des milliers de joueurs, le tout sans trop de heurts. Les mecs, vous avez largement mérité une médaille de guerre, complète avec cérémonie, drapeau et tirs de canon.



Photo : Tony Dunst

Et la suite ?

Pour l’heure, nous n’avons absolument aucune idée de comment va se dérouler la suite du tournoi, logistiquement parlant. Le programme initial prévoyait la reprise de la partie vendredi à 13 heures : une idée qui semble désormais complètement loufoque, car plusieurs milliers de joueurs seront encore en course, et en concurrence avec le Ladies Event qui débute à midi et sera comme chaque année massif avec un bon millier de joueuses. Comment concilier ces deux gros fields ? Déja en repoussant le départ du Day 2 à 15 heures. Normalement, cela devrait passer, mais de justesse.

Pour le reste des questions qu’on se pose, à savoir le nombre de joueurs restants, le tapis moyen, le classement des Français, il va falloir attendre un peu. Comme vient de me répondre un organisateurs à qui je venais de demander combien de joueurs avaient survécu au Day 1A : « Gamin, laisse nous respirer cinq minutes, on est dedans jusqu’au cou. »