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L'aventure d'une vie

- 17 juillet 2012 - Par Harper

Gaëlle Baumann : 10e sur 6 598 aux championnats du monde de poker

« Gaëlle Baumann est éliminée en dixième place du Main Event des World Series of Poker. Elle remporte 590,422$ ! » Qui l'eut cru ? Il y a dix jours, la plus fraiche recrue du Team Winamax (débarquée dans l'équipe il y a seulement six mois) se lançait à l'assaut du premier Main Event WSOP de sa carrière. Sous la forme d'un accomplissement. En 2010, la strasbourgeoise participait effectivement aux premiers championnats du monde de sa carrière. En disputant le Ladies (tournoi à 1,000$ réservé à la gente féminine), Gaëlle mettait sur la table le plus important prix d'entrée de sa jeune carrière et allait échouer aux portes des places payées. Un premier résultat anecdotique en forme de préambule.

S'en est suivie une constante progression : celle qui fut un temps la protégée Limpers est passée au stade de joueuse en ligne respectée avant de devenir membre à part entière du Team Winamax, l'équipe la plus titrée d'Europe. Pour ses premiers World Series of Poker en tant que joueuse sponsorisée, 'O RLY' a joué la carte de la sagesse en ne mettant que trois tournois à son programme : un 2,500$ où elle a atteint la 123ème place (5,265$), le Ladies où elle a rejoint les demi-finales (7,716$) et donc ce fameux Main Event, où elle visait la passe de trois...



Après deux jours euphoriques et vingt heures de poker, Gaëlle avait réussi à se hisser au sommet du classement, dominant de la tête et des épaules plusieurs milliers de joueurs. S'en est suivie une démesure qui fut difficilement contrôlable : entre une médiatisation extrême et une pression montante à l'approche des ultimes stades du tournoi, Gaëlle a du jongler entre ses émotions et faire preuve d'une sérénité à toute épreuve pour gérer les obstacles se mettant en travers de son chemin. Car depuis l'éclatement de la bulle et une place financière assurée, Gaëlle n'avait plus qu'une idée en tête : rejoindre la table finale du plus beau tournoi du monde.

Après une sixième journée des plus compliquées, la joueuse du Team Winamax allait pourtant débuter l'ultime journée en position de shortstack, n'ayant qu'une trentaine de blindes en guise de tapis. Plongés en immersion dans le clan français massé sur les gradins, nous avons tout vu de près…

Demi-finales : un départ hésitant

A quelques minutes du coup d'envoi de cette septième journée de tournoi, Gaëlle fait la moue : elle est à nouveau en table télévisée secondaire, elle qui préfère le calme et la sérénité d'une table feutrée. C'est pourtant avec un grand sourire qu'elle reviendra une seconde fois vers nous : « J'ai mal compté mon tapis hier soir, j'ai un million de plus que ce je croyais ! » Une différence de 20% non négligeable.

La règle dans les ultimes stades d'un tournoi, on la connait : surtout bien débuter sa journée en remportant les premiers pots, afin de ne pas vivre l'enfer du jeu shorstack des heures durant. Gaëlle aura vécu l'exact contraire. En tentant un hero call face à Robert Salaburu avec une paire de Dix sur un tableau contenant un As et un Roi, Gaëlle s'est trompée et donc mise en danger, perdant une partie importante de son tapis. « Il fallait jeter, pourquoi prendre un tel risque ? » ruminent Julien Ehrhardt et Aubin Cazals dans le public.

Pourtant, c'est bien ce petit brin de folie qui a amené Gaëlle si loin dans le tournoi. Celui-là même qui la fait payer à tort cette mise, puis ensuite faire tapis à raison seconde de parole avec une paire de 10 à la suite d'une relance UTG. Ce dernier a payé avec une paire de 9 et permis à la pro Winamax de revenir dans la partie, déclenchant les premiers frissons dans le clan français. Johan Guilbert, Aubin, Julien et les deux joueurs du Team Ludovic Riehl et Davidi Kitai étaient déjà là, réclamant avec ferveur au croupier de ne pas mettre d'horreur.



Derrière, l'éternel débat s'engage : faut-il jouer le tournoi comme un satellite pour la table finale, ou tenter de monter des jetons au risque de sauter prématurément ? Tout le clan français conseille à Gaëlle de viser la finale, quitte à y arriver shorstack. Privée de bonnes cartes, la française n'a de toute façon que très peu d'autres alternatives, et c'est avec un sentiment de frustration difficilement imaginable qu'elle voit son tapis fondre de moitié sans même pouvoir lutter.

Gaëlle parvient pourtant à atteindre les deux dernières tables sans trop lutter, bien aidée par un rythme d'éliminations rapide. C'est avec le sourire qu'elle se tourne vers son clan : de 27 joueurs sur le coup d'envoi à 13 heures, ils ne sont déjà plus que 18 et elle est d'ores et déjà assurée d'empocher 369,026$ ! Aubin Cazals la raisonne rapidement : « Dans trois places, il y a nouveau pallier de 70,000$, reste patiente, il n'y a aucun mal à tomber à huit voire sept blindes. »

Vu à la TV



La pro Winamax débarque alors sur la table principale du tournoi. « Enfin ! » apprécie le clan français, désormais composé d'une vingtaine de personnes prêtes à mettre le feu et s'arracher les cordes vocales au moindre pot remporté par Gaëlle. Les chants scandant le nom de Gaëlle Baumann ne tarderont pas à fuser quand le tableau affichera quinze joueurs restants, assurant à la française un prix de 465,159$.

Avec quinze blindes, il lui fallait doubler… Et c'est un spot rêvé qu'elle allait se voir offrir : As-Neuf contre As-Sept pour sortir de la zone rouge ! « NINE ! » hurle le clan français dans une ambiance digne des plus grands après-midi à Roland-Garros. Un 9 tombe au flop. Puis un autre sur le turn. Libération. Explosion. Délivrance. La pro Winamax vient de s'offrir un billet pour intégrer les douze derniers joueurs du tournoi, s'assurant ainsi un prix de 590,442$ et réalisant à coup sûr la meilleure performance de l'histoire de l'équipe sur le Main Event.



Quelques dizaines de minutes furent alors suffisantes pour former la pré-table finale. Rendez-vous compte ! Des 6,598 joueurs au départ, ils n'étaient plus que 10 autour d'une ultime table. Mais il ne devait en rester que neuf. Cloitrée dans les bras des supporters français, Gaëlle se met à rêver. Il lui faudra pourtant réaliser un exploit : avec seulement huit blindes, elle est bonne dernière du classement.

Alors que les Français poussent de plus en plus dans les tribunes, Gaëlle trouve un spot inespéré pour revenir dans la partie : une paire de Rois à tapis contre Valet-Neuf. Malgré l'apparition d'un Valet au flop, la main d'O RLY' tient et lui permet d'espérer à nouveau. Elle fait alors tapis dès la main suivante avec As-Trois sans être payée puis pousse encore celle d'après, cette fois avec As-Neuf. Au moment d'avancer ses jetons depuis le cut-off, elle se rend compte de son erreur : Gaëlle était remontée à 18 blindes, un tapis suffisant pour se montrer plus patiente…

La fin du rêve



Andras Koroknai décide d'engager la somme avec As-Valet. Andras Koroknai. Son nom ne vous est surement pas inconnu. En fin de Day 4, Gaëlle s'était retrouvée empêtrée dans une affaire d'arbitrage contre ce joueur. N'ayant pas vu la relance première de parole de Gaëlle, il avait poussé son tapis depuis la petite blinde et jeté sa main à la défausse derrière un passe de la grosse blinde. La direction du tournoi n'avait alors pas décidé de l'éliminer, mais simplement condamné à payer le montant de la relance de Gaëlle qui était prête à payer avec une paire de Rois !

Effet papillon. Ironie suprême, un point final en forme de pied de nez à un parcours qui restera dans l'histoire du poker français. Le As-Valet d'Andras est supérieur au As-Neuf de Gaëlle. C'est avec un sourire teinté d'amertume qu'elle se retourne vers son clan qui chante et la félicite une dernière fois. C'est la descente. Après dix jours de rêve, le parcours de Gaëlle Baumann s'arrête aux portes du paradis. Avec cette dixième place du Main Event des WSOP, Gaëlle a réalisé la plus belle performance féminine des WSOP en 17 ans, et mis en avant un immense talent. Nul doute que son nom figurera dans les sommets du classement lors des prochaines échéances du circuit professionel. D'ici là, le plus dur à gérer sera l'atterrissage.

Harper