Un favori, cinq underdogs

- 25 février 2024 - Par Flegmatic

Il y a David Kaufmann et il y a les autres
Barny Boatman joue pour devenir le plus vieux vainqueur EPT de l'histoire...
...Aleksejs Ponakovs pour un trophée EPT après son bracelet WSOP...
...et Peter Jorgne pour améliorer d'un cran son score de l'an dernier.
Main Event - 5 300 € (Finale)

Notre conclusion du Day 5

Biographies par Florence Mazet et Jan Kores (PokerStars)
Adaptation par Fausto et Flegmatic

Siège 1 : Owen Dodd, 31 ans, Telford, Angleterre, 2 950 000 jetons (15 BB)

Dodd

Sa Hendon Mob à 21 832 $ n’effraierait pas un nourrisson. Pourant, Owen Dodd n’est pas du genre à sentir quelconque pression financière ni à jouer les paliers. Le Britannique est habitué à jouer des pots vertigineux en cash game high stakes, notamment sur les tables du Dusk Till Dawn à Nottingham, où il apparait régulièrement en streaming. Les tournois ? C'est pour le plaisir, même s'il s'y est mis un peu plus sérieusement ces derniers mois, poussé par ses deux meilleurs amis… Ian Hamilton (vainqueur de l'EPT Londres 2022) et Carl Shaw (3ᵉ de l’EPT Barcelone 2023). C’est avec eux qu’il sillonne le circuit EPT, mais pendant que les copains font tomber les perfs, lui s’occupe de raser les tables de cash-game. Pour la première fois, le joueur de Birmingham s’est décidé à jouer un Main Event. Le voilà en table finale, en position pour imiter, sinon faire mieux que les deux lads.

Siège 2 : Éric Afriat, 54 ans, Montréal, Canada, 2 525 000 (13 BB)

Éric Afriat

Trois fois vainqueur World Poker Tour entre 2014 et 2020, Éric Afriat se fend cette semaine de l'une de ses rares apparitions de notre côté de l'Atlantique, loin de son pays natal, le Canada, pour décrocher le premier ITM de sa carrière sur un Main Event EPT. Très pris par ses activités professionnelles, le Québécois a longtemps travaillé dans l'industrie textile, voyageant régulièrement entre l'Amérique du Nord et la Chine. Depuis, il a vendu son ancienne entreprise et se consacre désormais à l'immobilier, partageant son temps entre sa ville natale de Montréal et Miami Beach, en Floride.

Afriat a marqué les esprits dans ce Main Event EPT, en raison de son attitude parfois plus que borderline. Allez en parler à Éric Sfez, qui n'a que peu goûté la réaction du Canadien après le bad beat infligé par ce dernier en fin de Day 3. De son côté, "Ricou" continue d'affirmer que son personnage à table ne reflète pas sa véritable personnalité. « Le fait d'être bavard à table m'aide à jouer, explique-il. Mon expérience WPT me donne aussi un avantage. Ma première finale, je l'ai jouée aux côtés de Phil Ivey. J’ai beaucoup appris. » Venu seul à Paris, il peut compter sur le soutien de sa femme, qui le supporte à distance. Sans aucune pression, dithyrambique sur la qualité de l'organisation, ce grand fan de hockey-sur-glace démarrera ce "Final Six" dans le clan des short stacks.

Siège 3 : David Kaufmann, 33 ans, Cologne, Allemagne (vit à Vienne, Autriche), 24 800 000 (124 BB)

Kaufmann

Super technique, super poker face, super chipleader, super favori. David Kaufmann avait le vent dans le dos depuis le début de la semaine. Il a senti aujourd’hui d’énormes bourrasques le porter jusque dans le ciel du tournoi. Un flip à près de 3 averages qui tombe du bon côté, et un coup lunaire où son 2ᵉ brelan parvient à faire coucher top brelan à Ami Barer. Des signaux bien favorables pour le grinder de Cologne, qui n’avait jamais scoré plus que 18 200 € sur un tournoi Live, il y a plus de dix ans, lors de l’EPT Barcelone. Sur les rooms en ligne, en revanche, c'est une tout autre histoire. À son palmarès, entre autres, un Main Event WCOOP, remporté en 2013 pour 1 493 499 $. C'est plus que ce qu'il pourra gagner au mieux dimanche.

Désormais basé en Autriche, il pourra compter sur un rail austro-allemand bruyant et fourni. Des collègues de PokerCode, l'écurie de Fedor Holz avec laquelle il travaille, ses stakeurs, ses amis, et bien sûr, son épouse. David serait-il en train de vivre son heure de gloire en Live ? Le moment serait bien choisi, sachant qu’il a repris le poker seulement il y a quelques mois… après une pause de huit ans. « C’est une longue histoire. Il y avait plusieurs raisons pour lesquelles j’ai arrêté. J’ai essayé plusieurs choses durant ce laps de temps. La psychologie, l'économie, la politique... Mais je crois qu’il n’y a rien qui me challengeait et qui me plaisait plus que le poker ».

Siège 4 : Aleksejs Ponakovs, 32 ans, Riga, Lettonie, 10 050 000 (50 BB)

Aleksejs Ponakovs

Aleksejs Ponakovs est sans doute le joueur le plus affûté de cette table finale. Nouvelle superstar du circuit High Roller, il a brillé dans les tournois les plus difficiles et les plus relevés du monde. Avant cela, le Letton pouvait compter sur un parcours tout aussi exceptionnel en ligne : avec une vingtaine de scores à six chiffres déclarés sur Internet, dont une victoire du Sunday Million en octobre 2017, il semblait inévitable qu'il finisse par rejoindre plus hautes sphères live.

Ses premiers résultats remontent à 2011, mais c'est à partir de la reprise du live post-Covid, que sa carrière en live a véritablement décollé. Devenu une figure incontournable des épreuves les plus chères de la planète, comme le prouve son bracelet WSOP obtenu en 2022 sur le High Roller à 100 000 $ et ses multiples finales estampillées Triton. Rien que l'année dernière, il a accumulé 8,3 millions de dollars de gains live, pour devenir le n°1 incontesté de la All-Time Money List de son pays. La Lettonie ne pouvait espérer meilleur candidat pour tenter de décrocher son premier titre EPT.

Siège 5 : Peter Jorgne, 51 ans, Suède, 2 400 000 (12 BB)

Jorgne

Le James Bond suédois a réussi l’impensable : un improbable “back-to-back” d'une finale de Main Event EPT Paris à une autre. Un exploit immense, pour un joueur qui commençait le poker il y a tout juste deux ans. Trader puis business angel, Peter Jorgne s’est lancé dans un challenge poker, se donnant un an pour voir s’il pouvait être bon à ce jeu. Les résultats semblent dire que oui. Entourés de bons coachs et surtout encouragé par sa bonne étoile, sa compagne et supportrice numéro 1 Shohre Marjaei, Peter visera demain le seul objectif qu’il s’était fixé : faire mieux que sa deuxième place de l’an dernier et soulever le trophée. Et même s’il ne le ramène pas à Marbella, où il vit depuis six ans, il aura assurément remporté le prix du charisme et de l’élégance à table.

Siège 6 : Barny Boatman, 68 ans, Londres, Angleterre, 9 675 000 (48 BB)

Barny Boatman

Le long d'une carrière de plus de 25 ans, Barny Boatman est devenu l'un des joueurs de poker britanniques les plus connus et les plus respectés. Ce dimanche, à 68 ans, il se présente en table finale de l'EPT Paris avec la possibilité de devenir le champion le plus âgé du circuit.

Boatman participe à l'EPT depuis la toute première étape, à Barcelone en 2004, année durant laquelle il fondait la base de données de référence du poker live, Hendon Mob. Bien qu'il affirme humblement ne pas être le meilleur joueur de poker de sa famille – une référence à son frère Ross – Barny est néanmoins le seul membre fondateur d’Hendon Mob à jouer toujours au plus haut niveau. Il a remporté deux bracelets WSOP, en 2013 et 2015, et plus de 4 millions de dollars de gains en tournois. Mais le Londonien est du genre touche-à-tout, et a également gagné ses galons de commentateur, écrivain et plus largement d'ambassadeur du poker.  Avec son frère Ross, Joe Beevers et Ram Vaswani (la fameuse « Hendon Mob »), ils ont été parmi les premiers joueurs de poker à obtenir des contrats de sponsoring de la part d'un opérateur en ligne.

Ici à Paris, Boatman s'est emparé du chiplead à la fin du Day 4 : déjouant l’énorme bluff d'Éric Afriat. Boatman a payé pour sa survie avec une simple top paire sur un board hauteur Valet : « C'est ma vie en tournoi, pas ma vie réelle. Il y a toujours un autre tournoi, » tempère-t-il, de son flegme devenu légendaire. Quatrième de l’EPT San Remo en 2011 pour 225 000 €, Barny Boatman a l'occasion d'effacer cette médaille en chocolat de ses tabelttes personnelles et, en cas de podium, d'améliorer son high score en carrière.