Dominateur lors du heads-up, Mateusz Moolhuizen musèle Blaz Zerjav et remporte le plus gros FPS de l'histoire, pour un gain de 470 830 €. La victoire d'un joueur agréable, fantasque, aux antipodes de cette génération internet parfois aseptisée. Animateur de table dans tous les sens du terme, à bon équilibre entre l'effervescence et la zénitude, il incarne la victoire du poker qui pour reprendre ses mots, “fait se sentir vivant”.
1 100 € FPS Main Event (Fin)
“Mateos a gagné” entendait-on autour du spot télévisé. Comment ça ? Notre Team Pro espagnol nous aurait-il dissimulé sa présence sur ce FPS ? Serait-il fort au point de gagner des tables finales sur lequel il n’est même pas aligné ? Non, il s’agit en réalité de sa traduction dans la langue de Vogel, qui dans un accent français sonne comme le nom de famille d’Adrian : Mateusz.
Cette machine-là est de production néerlandaise. Plus chevelu, plus bouclé, plus prolixe et plus low-stakes que notre Team Pro, il partage avec Adrian l’habitude des coups d’éclat, sur tout type de buy-in et de tournoi. Mateusz Moolhuizen se montre même très à son avantage sur les énormes fields. Il y a deux ans, il terminait runner-up du 1 500 $ Monster Stack des WSOP, devant un field de 6 051 joueurs. Aujourd’hui, le Néerlandais est venu à bout d’un field de 4 149 joueurs, remportant ainsi un FPS record et plus gros tournoi jamais organisé sur le sol français (en nombre d’entrées).
« Je suis comme dans un rêve. J’ai commencé le Day 2 avec six blindes, je disais à mes potes qui allaient sur le HR “J’arrive dans deux trois minutes, je bust je vais prendre un petit-dej, et j’arrive”. Trois heures plus tard, j’avais un stack énorme… Et j’avais toujours très faim, plaisante Mateusz, amateur de plaisanteries et de digression. C’est du poker de tournoi, tout peut arriver. Peu importe combien de blindes tu as. Une seule peut suffire à aller très loin et même remporter un tournoi ».
Des succès, Mateusz en a connu plus d’un en douze ans de carrière. À Malte, Chypre, Amsterdam ou Vegas, le Hollandais ne compte plus les titres et grosses performances. Cependant, ce FPS acquis à Paris gardera une place particulière dans son album photo. « L’organisation est magnifique. Par rapport à l’année dernière, ça n’a rien à voir, mais de manière générale, le lieu est fantastique. Et puis Paris, c’est la ville de l’amour !
- D’ailleurs, on va se marier en France, coupe sa compagne Dehlia De Jong, arrivée ce matin par le premier train pour assister à la finale de son homme. À Béziers (prononcé "Baysiay"), on a trouvé un château. Notre année 2024 en France, c’est fantastique !
Le poker qui fait se sentir vivant
Effectivement, le good run semble accompagner Monsieur (et bientôt Madame) Moolhuizen sur cette année. Un joueur épanoui, plutôt verni qui savoure son temps passé aux tables, en sentant pleinement toutes les vibrations que procurent ce jeu.
« Cette victoire a beaucoup à voir avec la distribution des cartes. Je ne veux pas faire croire que je suis un magicien. J’aime la magie, j’en fais par ailleurs, mais c’est un autre sport. On parle de poker, c’est un jeu de technique, mais qui inclut énormément de variance, surtout sur un tournoi. Et les choses se sont bien passées pour moi, affirme Moolhuizen. Sur la finale, je me sentais très bien. Tout ce que j’ai entrepris a plus ou moins marché. J'ai passé quelques bluffs, ceux qui vous font se sentir vivant. Le poker, c’est ça. L’adrénaline m’a permis de garder l’énergie, de continuer malgré les swings. Je passais de la 2ᵉ à la 4ᵉ place, mais je restais en vie… Je me sentais vivant ».
Vivant n'est pas synonyme ici d'hyperactif. On a affaire à un joueur élégant, amateur de méditation, et même impassible au moment de revêtir sa poker face. En revanche, on ne se trompe pas en le décrivant comme extravagant, bavard ou plaisantin. Mateusz est aux antipodes des grinders de la nouvelle génération, qu’on décrit parfois comme des robots sans émotion.
« Cela ne m’empêche pas de bosser comme eux,complète Moolhuizen. Aujourd’hui, il n’y a pas de secret : il faut travailler dur. Mais c’est vrai que j’aime parler. Je suis une personne colorée, ça se voit d'ailleurs avec ce que je porte aujourd'hui. J’aime vivre comme ça. Parfois, il y a des pros qui viennent à table, qui ne disent même pas bonjour. Je me dis, “Attends, tu viens pour me prendre mes jetons, fais-moi au moins un bisou avant”. Tout ça pour dire que j’essaie de détendre les gens, de les rendre plus loose. Ca s’est vu avec Blaz (Zerjav, son runner-up), qui est un joueur très sérieux, très concentré. Et bien sur le heads-up, je le voyais sourire, devenir un peu “loose” dans sa manière d’être. On profite bien plus du temps à table comme ça, et je pense que c’est mieux pour le poker de manière générale. Faire des vannes, rigoler, profiter... Cela produit aussi un effet aux tables. On peut prendre de l’information, il y a définitivement un skill à tirer dans le dialogue ».
Son dernier adversaire Blaz Zerjav n’a pas démérité. Le jeune Slovène, lui aussi en attente d’un heureux évènement, était déjà reconnu par ses pairs comme un joueur complet, redoutable. Durant ses trois derniers jours, il nous en fait la démonstration. Planant dans les hauteurs du tournoi jusqu’à 25 left, Blaz a subi les foudres de la variance, pour accrocher in extremis la table finale, qu’il démarrait en dernière position. Un 80/20 contre Pyzara lui permettait de se relancer puis derrière, le Slovène a parfaitement manœuvré pour revenir dans la partie. Ce bon bluff-catch face à Enis Rouissi lui permettait même de reprendre les rennes, et il s’en est fallu de peu pour que Blaz aille au bout.
En heads-up, Moolhuizen a davantage touché, prenant quelques pions pour créer un premier écart. Derrière, le Hollandais check-raise Zerjav avec K
10
sur un flop 9
4
3
, et trouve le 10
turn. Mateusz enchaine avec un bet 12 millions puis tapis sur la river 2
. Posté avec Q
4
, Blaz trouvera le bon fold, mais tombe près des dix blindes.
Le Néerlandais pliera l’affaire sur sa première balle de match. Un duel classique A
7
contre K
Q
. Un board 10
5
5
6
2
. Mateusz Moolhuizen vient de remporter le FPS Main Event devant 4 189 joueurs, pour 470 830 €.
| Place | Joueur | Pays | Prix |
|---|---|---|---|
| 1 | Mateusz Moolhuizen | Pays-Bas | 470 830 € |
| 2 | Blaz Zerjav | Slovénie | 294 530 € |
| 3 | Yassine Baqal | France | 210 220 € |
| 4 | Enis Rouissi | France | 161 710 € |
| 5 | Kacper Pyzara | Pologne | 124 390 € |
| 6 | Scott Margereson | UK | 95 680 € |
| 7 | Juien Duveau | France | 56 590 € |
| 8 | Pietro Corsi | Italie | 43 540 € |








