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La plus importante journée de poker de leur vie

- 17 mai 2009 - Par Benjo DiMeo

Paris, Champs-Eysées, 13 heures 30. Pas encore vraiment éveillé, je grimpe péniblement les escaliers menant au premier étage de l'Aviation Club de France. A l'intérieur de la plus prestigieuse salle de poker de l'héxagone, les techniciens s'affairent dans les couloirs, traînant des cables et spotlights, préparant le plateau de télévision. C'est le grand jour ! Affalé sur un canapé du salon, l'un des finalistes : Vikash Dhorasoo. L'international du Team Winamax va disputer aujourd'hui le plus grand match de sa carrière pokéristique. Sa préparation physique ? Une nuit blanche... « Comment veux-tu dormir ? On a terminé à cinq heures ce matin. Et nous voilà de retour six heures plus tard... » Il n'est pas le seul des finalistes a avoir tourné en rond durant le peu d'heures de repos qui leur ont été alloués. Jerôme Zerbib sauve les apparences, avec un pantalon et une veste claire impeccables. Mais le discours est le même : « Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. » Sur le canapé d'à côté, Jan Boubli rigole avec Fabrizio Ricci. « Bibal » en a vu d'autres, lui qui a terminé second derrière Benyamine lors de cette même épreuve en 2003. Zerbib et Boubli sont les deux stars locales de cette finale, purs produit des cash-games hautes-limite de l'Aviation Club de France. Avec les Lellouche, les Marciano et autres Stéphane Cohen, ils ont joué des milliers d'heures ensemble, échangeant des pots à 50,000 euros de manière quotidienne. Ils se connaissent comme leur poche, et démarreront la finale assis côte à côte, à domicile, dans « leur » salle de cash-game favorite, transformée pour l'occasion en plateau télé.

Un technicien coiffé d'un gros casque se pointe, interrompant la conversation. « Messieurs les finalistes, si vous voulez bien me suivre... Nous allons vous briefer. » On se rend à l'intérieur du studio. Maquillés, coiffés et habillés, les joueurs écoutent les techniciens leur expliquer comment fonctionnent les caméras « paluche » placées autour du rebord de la table, qui enregistreront chacune des mains qui leur seront distribués. Certains ont l'habitude, comme Jan et Nicolas. D'autres découvrent. David Pêcheur s'est qualifié via un super-satellite à 50 euros organisé au club, puis un autre satellite, à 1,000 euros. Un long périple recompensé de fort belle manière, et un rêve éveillé pour le joueur amateur, qui, quoi qu'il arrive, remportera le plus gros gain de sa carrière. Un peu impresionné, David contemple avec nervosité les projecteurs installés au plafond. Fabrizio, lui, est plus détendu. Les anciens du club le connaissent bien. Dans les années 90, on le voyait régulièrement au rendez-vous des finales des tournois hebdomadaires du club. Après cinq ou six ans passées loin des tables, Fabrizio fait son grand retour, mais ne semble pas plus remué que cela par l'enjeu du jour. L'italien déplie son journal comme si de rien n'était, imperméable à l'agitation autour de lui.

Nicolas Levi sourit pour les photographes. Le chapeau a refait son apparition, après plusieurs tournois disputés tête nue. « Je les perds à chaque fois, mes couvre-chef ! Une bonne âme qui était présente à Vegas pour ma finale en 2008 est venue spécialement pour m'apporter le sien. » Le joueur du Team Winamax dispute sa troisième finale télévisée, après Dortmund en 2007, et les WSOP l'an passé. « C'est fou comme le temps passe vite », remarque t-il. « J'ai l'impression que c'était hier, ma finale EPT. » Cette fois-ci, Nicolas possède un peu plus de jetons au départ de l'ultime table. Il rigole. « C'est vrai. D'habitude, j'arrive en finale avec trois blindes. En général, j'ai déjà programmé ma partie de tennis de l'après-midi. Là, j'ai un peu plus de marge de manœuvre. » Le Grand Prix de Paris met fin à une longue période de disette pour CrocMonsieur. Un an sans grosse perf, ça use, et Nicolas est fier d'avoir réussi à rester fort mentalement pour rester à son meilleur niveau. « Le travail finit par payer », résume t-il. « Maintenant, c'est le moment de faire enfin un podium, au moins, et de représenter mon sponsor de la plus belle manière... Et aussi de faire honneur à Arnaud. » En effet, Nico prenait hier tout le tapis de son coéquipier et ami, sur une coin-flip cruciale à quelques places de la bulle.

L'installation des joueurs se termine petit à petit. Tout le monde est prêt. Cinq caméras vont filmer les moindres gestes des joueurs. Après avoir signé un formulaire m'interdisant de dévoiler le déroulement de la partie avant six heures trente du matin, je suis autorisé à rentrer dans la pièce. La croupière s'assoit. Nicolas Fraioli, le directeur du tournoi, se tient debout derrière la table. Le réalisateur fait le silence. Les joueurs ne se font pas prier : une boule dans la gorge collective les empêche déjà de parler. « On tourne ! » Seul le bruit des machines perturbe le calme olympien qui a envahi la salle. La chaleur des projecteurs est étouffante.

Intimidée, la croupière se rate sur la première main. On recommence. Cette fois-ci, c'est la bonne. Jerôme Zerbib relance en première position. Nicolas Levi le paie depuis la petite blinde, et...

Coverage par Winamax

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