Le Barça s'invite à l'European Poker Tour

- 25 août 2015 - Par Benjo DiMeo

Avec sa structure turbo prévoyant le couronnement d’un vainqueur dès ce soir (100,000 jetons, blindes 500/1,000, augmentation toutes les 30 minutes !), on aurait pu croire que le tournoi High-Roller à 25,000 euros entamé ce midi n’était qu’un tournoi très cher de plus, au lendemain du sacre de Sylvain Loosli dans le très deep-stack Super-High Roller à 50,000 euros. Un tournoi sans grande importance, qui allait rassembler les « 1% » du poker habituels, ce mélange de pros très connus et de riches businessmen, et qui n’allait guère faire parler si ce n’est pour le vainqueur final, qui serait probablement un joueur qu’on connaît déjà et à qui on consacrerait quelques lignes et une photo avant de passer à la suite.

Sauf que pas du tout. En me rendant dans la zone de la salle du tournoi réservée à ce 25K Turbo (tout au fond, à gauche), je fus accueilli par un cordon de sécurité rouge gardé par non pas un, ni deux, mais bien trois agents de sécurité tirés à quatre épingles, oreillette bien en vue et air menaçant. Plus loin, au milieu des tables de poker, un quatrième agent de sécurité du casino conversait avec un malabar en polo, jeans et baskets d’au moins 150 kilos, se tenant debout les bras croisés, en mode « Je suis là pour mâcher du chewing-gum et casser des gueules, et je n’ai presque plus de chewing-gum. » Bref, un garde du corps, quoi. Contemplant la scène, je fus subitement bousculé par l’arrière, une équipe de télévision tentant de se frayer un chemin vers la table surveillée par le malabar sus-cité. Le tout sous la supervision d’une concentration d’employés de PokerStars beaucoup plus élevée que la moyenne. Tour à tour, les photographes défilaient en flux tendu, l’un remplaçant l’autre à raison d’une rotation toutes les cinq minutes environ.

Incapable de calculer ce qu’il se passait, je m’en remis finalement à Twitter et Facebook, et ce furent Sylvain Loosli et Davidi Kitai qui me mirent au parfum du pourquoi de toute cette agitation :
 


Neymar Jr et Gérard Piqué : respectivement attaquant et défenseur central du FC Barcelone, autrement dit des gens presque plus importants que le Roi, en tout cas de ce côté-ci de l’Espagne. Le premier a récemment signé un juteux contrat avec PokerStars, le second est plus ou moins comme à la maison à une table de poker, ayant déjà fréquenté les World Series of Poker et l’EPT Catalan il y a deux ans.

J’ai demandé gentiment à l’organisation si je pouvais m’approcher afin d’observer le bordel de plus près, et comme ils sont sympa, il m’ont filé le badge spécial nécessaire pour passer les cerbères en costard.

Une fois sur place, je fus légèrement déçu. Neymar et Piqué jouant un tournoi à 25,000 balles, ça ne change pas vraiment de n’importe quel connard jouant un tournoi à 25,000 balles : ils se cachent derrière leur capuche, ne disent pas un mot, font la gueule, et ne lèvent leur nez de leur téléphone portable que pour regarder leurs cartes en vitesse et les jeter d’un geste pressé. Je ne sais pas, je devais sûrement m'attendre à voir l'un ou l'autre tenter un petit pont sur Isaac Haxton, un tacle glissé sur Kevin MacPhee, avant de rentrer un péno contre Liv Boeree. En tout cas, on ne pourra pas leur reprocher de ne pas être concentrés et à fond dans leur partie ! Et c'est en tout cas la garantie de ne pas pouvoir prendre autre chose qu’une photo de merde. Au moins, je peux être certain qu’aucun site fainéant et malhonnête ne me la piquera.

Le prix Robert Capa de la photo poker, c'est pas pour aujourd'hui

Quoi qu’il en soit, notre Belge préféré a déjà eu l’occasion de se frotter au gnome Brésilien, pour un résultat surprenant :
 

Je me demande quelle fut la réaction de Neymar. « La vache, j’ai trouvé un type plus nul que moi au poker ! »



Pendant ce temps, Sylvain Loosli profite d’un relatif anonymat à l’ombre des deux stars du Barça. Je lui ai demandé comment il faisait pour avoir encore « faim » au lendemain d’une victoire à 1,2 millions d’euros. Sylvain s’est contenté de hausser les épaules. De fait, le vainqueur du Super High-Roller a déjà doublé son tapis, avec un As-Roi 3-bet avant le flop (« avec 87BB de tapis effectif, précise t-il »). Son adversaire 4-bet et Sylvain se contente de payer, trouvant un bon flop sous la forme de A72. « Il c-bet petit, je paie. Turn 8, check/check. Sur la rivière T j’overbet à tapis, il tank et call/muck. » Une affaire rondement menée.

Au compteur : une centaine de joueurs, et donc un prize-pool dépassant les 2,5 million d’euros. Le chiffre va gonfler, puisque chacun est libre de re-entry une fois aujourd’hui. Nos footballeurs vont-il réussir à dribbler assez de pros pour se frayer un chemin en finale ? Réponse tard ce soir.