Cela crève les yeux avec le recul : avec un lancement marqué d’entrée de jeu par plusieurs résultats probants, le Team Winamax est né sous une bonne étoile.
Le pari était pourtant loin d’être évident : donner sa chance sur le circuit pro, en septembre 2007, à une ribambelle de joueurs de poker Français, certains déjà établis (Antony Lellouche, Michel Abécassis), d’autres complètement inconnus, sauf des initiés les plus attentifs (Ludovic Lacay, Guillaume de la Gorce). On connait la variance inhérente aux tournois de poker : l’affaire aurait pu tourner court, et le succès était loin d’être garanti, peu importe la quantité de talent rassemblée au sein de l’équipe initiale.
Mais non. Surpassant toutes les attentes, le Team a frappé fort dès son premier tournoi disputé en collectif, avec l’accession d’Antony Lellouche en finale de l’EPT Londres. Quelques semaines plus tard, c’était au tour de Ludovic Lacay de crever l’écran en finale du World Poker Tour Barcelone, atteignant la deuxième place après quelques passes d’armes mémorables contre Gus Hansen et Barry Greenstein, en autres. Fin octobre, Ludovic frappait à nouveau, manquant de peu la finale de l’étape Irlandaise de l’EPT à Dublin (11e place). Cela faisait beaucoup de résultats en très peu de temps, mais le meilleur restait à venir : c’est au complet et comme un seul homme que l’équipe s’est pointée à Prague, pour une toute nouvelle étape organisée juste avant Noël. Entre temps, l’équipe s’était enrichie de Nicolas Levi (repéré en finale à Dortmund huit mois plus tôt) et Arnaud Mattern, joueur déjà réputé dans le milieu du backgammon mais encore relativement anonyme dans celui du poker.
Le premier EPT de Prague fut aussi mon premier en tant que reporter Winamax. Pour avoir fréquenté Arnaud au cours des mois précédents, je savais déjà qu’il était un excellent joueur de poker. Il ne lui restait plus qu’à le prouver avec une vraie belle perf’. Aussitôt dit, aussitôt fait, avec une victoire mémorable devant 554 joueurs. Une victoire qui sonnait aussi comme un accomplissement collectif pour le Team, après seulement trois mois d’existence, comme si les nombreuses séances de brainstorming en commun portaient déjà leurs fruits.
J’ai coutume de dire que pour déterminer si quelqu’un est bon au poker, il n’est pas nécessaire de le regarder jouer, mais simplement de lui demander de parler de poker. Tandis qu’un mauvais joueur se perdra dans des explications confuses, aura du mal à se rappeler d’une main jouée deux heures plus tôt, sera incapable de justifier pourquoi il a relancé au flop, ou fait tapis sur le turn, un bon joueur vous expliquera son raisonnement de manière simple et claire, rendant intelligible et facile à comprendre ses décisions, même les plus compliquées. Arnaud Mattern est de cette race-là : un stratège fin et éloquent, et sans doute l’un des premiers joueurs m’ayant fait comprendre que le poker n’était pas qu’une simple histoire de chance et de malchance, de paires d’As craquées et de brelans floppés, mais quelque chose d’infiniment plus compliqué, plus subtil, ou un véritable travail était nécessaire afin de pouvoir percer, et gagner.
Archives Winamax : reportage à l'EPT Prague en 2007

