WSOP Europe : 10 choses à savoir à mi-parcours

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Pour la troisième année consécutive, la bourgade tchèque de Rozvadov est la capitale du poker mondial. Affluences, premiers vainqueurs, stars en lice : on vous dit tout.

Les affluences sont pas dingues

WSOP Europe
30 inscrits au Super High Roller, re-entries inclus. 83 pour le High Roller, à peine plus pour la version jouée en Short Deck (111). Et 71 sur le 8-game. Si l’on en croit les chiffres, les WSOP Europe se jouent actuellement en petit comité. Bon OK, on triche un peu : il ne s’agit ici que des affluences sur les tournois chers (25 000 € ou plus) et/ou réservés à une élite de spécialistes (du genre le Triple Stud High Low Yeux Bandés Une Main Dans le Dos Pot Limit).

Qu’en est-il des épreuves de No-Limit Hold’em « low cost », à 1500 € et moins ? Nouveauté 2019, l’Opener à 350 € a attiré 696 inscriptions. Juste derrière, le Pot-Limit Omaha à 550 € a enregistré un score de 476, tandis que le Turbo Bounty à 1 100 € a grimpé à 377. C’est bien ? Disons que c’est... bof : l’an passé, ces deux dernières épreuves affichaient respectivement 572 et 387 inscrits. Et difficile de s’enthousiasmer devant un field de 700 joueurs sur un 350 balles quand, à quelques milliers de kilomètres de là, le Battle of Malta est actuellement en train d’éclater tous les records européens avec presque 4 700 joueurs au compteur. D’autant que la quasi-totalité des tournois de Rozvadov sont en mode « no-limit » au niveau des re-entries, pratique qui a fait bondir LA voix historique des WSOP en personne :

C'est tout le paradoxe du King's Casino et de Rozvadov, bourgade perdue à la frontière entre l'Allemagne et la République Tchèque : à la fois une destination de l'enfer que nombre de joueurs fuient comme la peste, mais aussi la salle de poker la plus active d'Europe à l'heure actuelle, dont les patrons ont le talent pour faire venir à eux tous les circuits et opérateurs majeurs, le plus souvent avec succès. Malgré la popularité de l'endroit auprès des joueurs d'Europe de l'est, la sauce des WSOP Europe ne prend décidément pas au global, tout comme elle n'avait jamais véritablement pris dans les destinations autrement plus glamour et accessibles qu'étaient Londres, Cannes, Enghien-les-Bains et Berlin. Les huiles des WSOP doivent actuellement se demander à combien il va leur falloir baisser le prix du bracelet pour qu’enfin, les joueurs se décident enfin à venir en masse. En attendant le Main Event à 10 000 € (score en 2018 : 534 joueurs), signalons tout de même le beau score du Mini Main Event à 1 350 € remporté par le grec Vangelis Kaimakamis qui, avec 766 inscrits, fait bien mieux que les formats équivalents organisés l'an passé.


Les joueurs manquent à l'appel... et les spectateurs aussi ?

Les stars quand même au rendez-vous

Phil Ivey
Malgré une fréquentation en nette baisse par rapport aux éditions précédentes, ces World Series à la sauce tchèque continuent d'attirer leur lot de têtes d'affiches, grâce à un programme alléchant de tournois à cinq chiffres ou plus, en Hold'em comme en Short Deck ou en Mixed Games, délivrant un bracelet ou non (et aussi, si l'on en croit les tweets des intéressés, grâce à un traitement VIP grand luxe une fois sur place). Ont ainsi répondu à l'appel les deux Phil, Ivey (pour sa grande première à Rozvadov) et Hellmuth, le Poker Brat passant même tout près d'un seizième titre en terminant troisième du 8-Game à 2 500 €.

Même si le tapis rouge a été déroulé pour la première visite de Daniel Negreanu, la réalité de la bourgade de 700 habitants n'a pas tardé à le ratrapper

De nombreux joueurs américains ont d'ailleurs fait le déplacement, comme le numéro 1 mondial Alex Foxen, le vainqueur du PPC Phil HuiAnthony Zinno, Allen Kessler ou Chris Ferguson. Pour compléter la liste, on peut aussi citer l'immanquable Timothy Adams, un Tony G sorti de sa retraite du poker et qui a même signé son meilleur résultat live sur le Super High Roller à 250 000 € (4e pour 800 000 €), Jeff Lisandro ou encore, plus étonnant, le revenant George Danzer, que l'on avait plus vu cartes en main depuis 2016. Qualité à défaut de quantité donc.

James Chen : à jamais le premier

James Chen
Comme le présentait Tapis_Volant l'été dernier à Vegas, il voulait être le premier joueur taïwanais à remporter un bracelet WSOP. Passé tout près au Rio avec une deuxième place sur le High Roller de Pot-Limit Omaha à 25 000 $, James Chen n'a cette fois pas manqué de passer à son poignet le bijou le plus convoité de la planète poker. Grand ami de Julien Martini, avec qui il s'entraîne d'arrache-pied en Asie une majeure partie de l'année (et qui est aussi du voyage en terres tchèques), mais surtout spécialiste de cash game high stakes (ses parties peuvent monter jusqu'à 5 000 / 10 000 $) et régulier du circuit highroller, c'est assez logiquement qu'il s'est imposé sur l'épreuve la plus chère du festival, le Super High Roller à 250 000 €. Short stack au départ d'une finale à sept résolument Turbo (21 blindes de moyenne), Chen a réussi à renverser la vapeur après être tombé aussi bas que cinq blindes, devançant des pointures comme Dominik Nitsche (passé en un temps record de chipleader à premier sortant de la TF), Ryan Riess, Cary Katz (5e) ou encore Christoph Vogelsang (3e). Ah oui, et malgré un field riquiqui - d'autant plus sur un Event WSOP - de trente entrants, il est reparti avec plus de 2,8 millions d'euros. De quoi financer quelques home games avec une poignée de businessmen.

Team Winamax : une finale pour João

Joao Vieira
Trois pros du Team Winamax ont répondu présent à l'appel des WSOP Europe cette année (en attendant, peut-être, une ou deux arrivées de dernière minute pour le Main Event) : Davidi Kitai, Adrián Mateos, et João Vieira. C'est ce dernier qui a pour le moment réussi à tirer son épingle du jeu, dans la foulée d'une campagne Las Vegas réussie en tous points. Avec l'objectif affiché de faire jouer son avantage concurrentiel en variantes, Joao était présent au rendez-vous de la finale de l'Event #5, un 8-Game à 2 500 €, même si son élimination fut rapide (7e pour 8 604 €). À l'heure où nous bouclons cet article, João défend actuellement ses chances au Day 2 de l'autre tournois "Mixed" du festival, au buy-in autrement plus costaud de 25 500 €.

Dudley et Moshe remettent ça

Dash Dudley
Il y a près de quatre mois, Dash Dudley frappait un grand coup en s'offrant l'un des tournois les plus prisés des amateurs de jeu à quatre cartes, le 10 000 $ PLO des WSOP, pour un peu plus d'un million de dollars. Un premier bracelet pour le natif du Michigan, qui n'a pas tardé à être rejoint par un second, décroché sur un autre tournoi de Omaha, presque vingt fois moins cher mais à l'affluence légèrement plus basse, l'Event #2 à 550 €. Au milieu d'un field composé majoritairement d'anonymes, Dudley est allé chercher les 51 600 € à la gagne, soit une somme presque négligeable au regard de ses presque 1,8 millions de dollars accumulés aux tables depuis 2007.

Asi Moshe
L'Américain n'est pas le seul à avoir signé une bis repetita cette année, puisque Asi Moshe s'est également imposé pour près de 100 000 € sur un tournoi à 1 650 € mélangeant Hold'em et PLO, dans la foulée de son titre à Vegas sur un Bounty à 1 500 $. "C'est d'autant plus fou que je ne joue pas vraiment au Omaha, juste un petit peu online," a avoué l'Israëlien à nos confrères de WSOP.com. Un doublé qui porte à quatre le nombre de bracelets pour Moshe, lui qui avait déjà gagné à Rozvadov l'an passé sur un 6-max à 1 650 € et en 2014 sur un 1 500 $ au Rio. Moshe mais talentueux.

Les perfs françaises se font attendre

Luigi Macaluso
Calculer le total des ITM tricolores sur les 9 premiers tournois du festival ne nécessitera pas l'aide d'un super ordinateur de la NASA : on les compte sur les doigts des deux mains, ou presque. Nous avons recensé 11 places payées jusqu'à présent, le meilleur score revenant à Luigi Macaluso (photo), 7e sur 766 de l'Event #3, le Mini Main Event à 1 350 €. Une perf' à 20 396 € pour un joueur peu connu de nos services (320K$ sur Hendon Mob en 59 ITM, ce n'est cependant pas rien), qui semble surtout sévir dans les casinos de Namur et Marrakech. Saluons aussi les deux deep-runs d'Alexandre Viard, 18e sur l'Event #1 et 14e sur l'Event #9.

Pour le reste, c'est plus ou moins le désert. Peut-être par manque de candidats ? Si l'on a bien aperçu les visages d'ElkY, Julien Martini et Jean-Noël Thorel sur les quelques coverages des WSOP-E, on reste pour le moment sur notre faim, les regs français ayant semble t-il choisi de faire l'impasse sur Rozvadov, à l'image d'un Benjamin Pollak, un an après avoir manqué de peu le bracelet "euro" sur un 25K.

[EDIT : quelques heures après la publication de cet article, Julien Martini s'est hissé en finale (et dans l'argent par la même occasion) du tournoi de 8-Game à 25 500 $, aux côtés de pointures comme Benny Glaser, Dzmitry Urbanovich, Daniel Negreanu et Phil Hellmuth. Tout ce beau monde est devancé par le Suisse Besim Hot, large chipleader et favori pour les 385 911 € à la gagne. Go Julien !]

Le patron, ça reste Leon

Leon Tsoukernik
Figure aussi charismatique que mystérieuse, l'antiquaire Leon Tsoukernik est devenu en l'espace de peu de temps l'une des personalités les plus influentes du poker mondial. Car du bagout et de la force de persuasion, il faut certainement en avoir à revendre pour transformer en un rien de temps un casino perdu au milieu de la forêt tchèque en LA place forte du poker européen. Et il en faut aussi pour s'installer aux tables de poker de son propre casino sans que personne, ou presque, ne trouve à y redire. La chose serait impensable dans la plupart des établissements du monde entier, mais pas au King's Casino, chez qui Leon est aussi à l'aise dans le fauteuil du patron que dans l'un de ceux de la salle de poker high stakes. La preuve avec cette victoire à 1,1 million d'euros acquise samedi sur l'un des side-events (comprendez : sans bracelet à gagner) des WSOP Europe, un Short Deck à 100 000 € l'entrée, acquise devant un certain Phil Ivey, ce qui ne gâche rien.

Hossein Ensan de retour aux affaires

Hossein Ensan
Lui aussi se serait bien vu réussir la passe de deux ce mardi, mais Hossein Ensan a buté sur la troisième marche du podium du High Roller à 25 500 €. Retentissant Champion du Monde au terme d'une finale survolée de bout en bout, le cinquantenaire allemand était de retour sur la scène de l'un de ses premiers exploits, une victoire en 2017 le Main Event des WSOP-Circuit. S'il manque l'occasion de marquer encore un peu plus 2019 de son empreinte, il n'en signe pas moins un retour fracassant à 250 000 €, qui plus est sur un tournoi au field "petit mais costaud" diamétrialement opposé à celui du Big One, où se sont notamment cassés les dents nos trois W rouges João, Adrián et Davidi, éliminés en dehors des places payées. La victoire se jouera finalement entre le Britannique Sam Trickett, déjà runner-up de deux tournois WSOP, dont le Big One for One Drop à un million en 2012 et l'Australien Kahle Burns, deuxième du "10K 6-max" l'été dernier. [EDIT : la malédiction se poursuit pour Tricket qui, tel Andy Murray en finale de Grand Chelem, s'est incliné pour la troisième fois consécutive dans un due pour le titre. Le bracelet et les 600 000 € sont donc repartis au pays des kangourous.]

Qui sera Player of the Year ?

Robert Campbell
Même s'il ne concerne grosso modo que trois joueurs, l'un des intérêts majeurs de ces WSOP-E réside dans le fait qu'ils serviront à désigner enfin le joueur WSOP de l'année, ce fameux Player of the Year qui aura le droit à son portrait géant accroché chaque été sur les murs du Rio pour l'éternité (ou presque). Malgré le côté purement honorifique de cette distinction, la lutte fait rage depuis le début du festival entre Shaun Deeb et Robert Campbell (photo), avec un certain Daniel Negreanu en embuscade juste derrière. Alors que le Kid Poker peut asseoir sa domination en acquérant ce statut pour la troisième fois depuis 2004, l'Américain, tenant du titre, peut devenir le premier à réaliser un back to back. Pour l'Australien enfin, moins connu sous nos latitudes, cela constituerait une juste récompense après son doublé de cet été à Vegas, sur un Deuce to Seven à 1 500 $ et le Stud Hi-Lo Championship. À l'heure actuelle, Campbell mène les débats mais tout reste encore possible.

Il reste 5 bracelets à gagner

Bracelet
Une fois n'est pas coutume, les amateurs auront le dernier mot sur les pros : ce n'est pas le Main Event qui concluera le festival, mais bien une belle et grosse boucherie à 550 €.

Date Tournoi Garanti
22-24 oct. #11 : PLO 2 200 € 200 000 €
23-25 oct. #12 : Diamond High Roller 100 000 € 5 000 000 €
24/25 oct. #13 : Short Deck 2 500 € 250 000 €
25-31 oct. #14 : Main Event 10 350 € 5 000 000 €
28/10 - 04/11 #15 : Colossus 550 € 1 000 000 €

Flegmatic & Benjo

Crédits photo : Katerina Lunika - PokerNews / King's CasinoWSOP.com


Flegmatic

Adorateur de Cheick Diabaté. Goûteur semi-professionnel de reblochon. Enchaîne les tapis. Finit souvent carpette.

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