WiPT : costumes noirs, équipe en or | Partie 2 - Lancement
Par dans Tournois Live Winamax Poker Tour
Nous sommes en 2011, notre groupe d’Avengers du poker live est constitué, il est donc temps de passer aux choses sérieuses : faire de ce rêve de WiPT une réalité.
Ceci est le deuxième épisode de notre feuilleton consacré aux arbitres du Winamax Poker Tour. Avant de lancer votre lecture, si ce n’est déjà fait, on vous recommande chaudement d’attaquer par la première partie, Rassemblement.Dans quelques mois, le Winamax Poker Tour va souffler sa quinzième bougie. De nos jours, on parle d’un événement bien rodé, dont l’organisation se gère de longs mois à l’avance, afin de réserver les salles et de s’assurer qu’elles sont adaptées à nos idées les plus folles et une affluence de plus en plus élevée. Mais il fut un temps où lancer une saison de WiPT relevait du saut dans l’inconnu. Et à une époque où le nombre de salariés chez Winamax ne dépassait pas la centaine (contre plus de 500 aujourd’hui), Matthieu Duran, responsable d’un pôle live dont il était peu ou prou le seul membre et chargé de ce projet titanesque, devait se reposer quasi entièrement sur nos équipes d’arbitres sélectionnées pour l’occasion.
“Il faut savoir qu’à l’époque, on nous confiait le Tour, avance Yann Roudaut (photo ci-dessous, à droite), ancien partenaire de Matthieu chez feu PokerSphere. Avant le début, on nous envoyait 14 tables, les jetons, les paquets de cartes, on chargeait tout dans notre camionnette et on parcourait la région à laquelle on était assignés. On était les seuls maîtres à bord.”
Une ambiance "au cul du camion"
Ce que ceux qui ont découvert le Winamax Poker Tour ces dernières années ne savent peut-être pas, c’est qu’avant ces maxi-étapes de 800 joueurs organisées sur deux jours, la majorité des dates du WiPT rassemblaient 120 joueurs et se bouclaient en une petite journée, avec deux qualifiés par tournoi. Parfois, on ne jouait que le samedi, mais souvent, deux tournois étaient organisés coup sur coup deux jours d’affilée.
“On partait les week-ends, de début octobre à fin février, reprend Yann. Ça représentait trois-quatre mois, avec trois week-ends par mois minimum.” Et avec des étapes qui pouvaient se jouer en simultané aux quatre coins de la France, mobilisant chacune une équipe, le compteur pouvait grimper à plus de trente occurrences sur une saison, contre dix lors de la dernière édition 2025/2026, en comptant le lancement. L’ambiance y était forcément plus intimiste que dans les gigantesques halls de convention investis par le Tour aujourd’hui, puisqu’on pouvait jouer dans des lieux aussi improbables qu’une cave troglodyte à Saumur ou une somptueuse salle du château de Blois. En revanche, on n’y trouvait ni Side Events, Sit&Go, boutique, Masterclass. Et pour voir sa photo dans le coverage, il fallait chatter : la rédac’, elle aussi de petite taille à l’époque, ne couvrait qu’une seule étape par week-end.
“Au départ, il s’agissait de se faire connaître en France, donc il y avait beaucoup de ces petites étapes de 120 joueurs” explique Guillaume Gleize, directeur de tournoi en chef du Tour. “On était très proches des joueurs, il y avait une vraie proximité, poursuit Éric Nakache (photo ci-contre, à gauche), fondateur de Boosty Poker, en charge des tournois en région parisienne et dans le grand est. C’est nous qui remettions les bracelets, on scannait les tickets, on faisait tout ! On rigolait avec les joueurs dès le départ.” Des rôles désormais dévolus aux membres du Team Winamax présents ainsi qu’au staff Winamax. “C’est mieux aujourd’hui parce que le boulot est dispatché, enchaîne “GG”. Dans les premiers temps, j’étais au four et au moulin, je m’occupais de la logistique, un peu de service client à répondre au téléphone et je faisais même un peu de votre boulot à vous, les journalistes.”
“On conduisait le camion, on déchargeait les tables, on gérait la buvette… On était là de A à Z,” raconte de son côté Anaël Bergeron, l’un des boss d’Esprit Poker, basé à Lyon. Et Yann de surenchérir : “On n’avait pas de renfort, on montait la salle à deux… Avec le recul, cette première année, c’était le plus gros défi. Quand on chargeait le camion, les tables pesaient deux tonnes. Quand on les déchargeait pour monter la salle, elles pesaient trois tonnes. Quand il fallait les remettre à la fin du week-end, elles pesaient cinq tonnes… C’était très physique, du n’importe quoi, presque inconscient ! Mais ça valait le coup.” Comme le dit si bien Krys Millies, membre de l’équipe d’Éric Nakache aujourd’hui en charge de toute la logistique du Tour, c’était une ambiance “à l’ancienne, au cul du camion, avec les chauffeurs polonais et du matos en bordel.” Une atmosphère de franche camaraderie et de débrouillardise qui donne évidemment lieu à tout un tas d’anecdotes - on va y revenir - et de rapprochements.
“Personne d’autre n’a jamais réussi ça”
Humainement parlant, j’ai tissé des liens solides avec des gens de chez Winamax, ne cache pas Yann. Les étapes intimistes m’ont permis de manger au resto avec un peu tout le monde. Avoir été parmi les anciens, avoir des responsabilités, fait que j’ai noué de super relations et je me sens chanceux de ça. Ce qui est drôle, c’est qu’avant de bosser sur le WiPT, j’avais une image plutôt péjorative de Winamax. Et à partir du moment où j’ai vu l’envers du décor, que j’ai rencontré Christophe (Schaming) et Alex (Roos) [les fondateurs de Winamax, NDLR], que j’ai passé des moments avec des membres du staff, je suis tombé amoureux de la boîte.”
Avec les Pros aussi, la connexion a été immédiate. “On faisait tout ensemble, on mangeait ensemble…, raconte Anaël. Pierre (Calamusa) a toujours été proche, d’autant qu’on était systématiquement présent à Grenoble. Pareil pour Gaëlle (Baumann). On l’a quand même transportée dans la benne du camion sur des étapes !” “Un mec comme Davidi (Kitai), il te fait des cadeaux sans qu’on s’en rende compte, se souvient Krys. On va au resto et au moment de payer, tu réalises qu’il a tout réglé sans rien dire à personne, sans se faire remarquer.” L’une des innombrables marques de générosité du Génie, jamais démentie pendant toutes ces années.
Cet état d’esprit global qui infuse le Winamax Poker Tour dès ses premières éditions, Krys le résume mieux que personne. “C’est la grande réussite de Wina. Au-delà de tous les autres succès que vous avez pu avoir, c’est de voir se retrouver en live cette communauté en ligne, constituée autour de l’entraide, du soutien et de l’échange de savoir. Personne d’autre n’a jamais réussi ça, c’est zinzin.”
"On est le W"
Cet attachement unique, vous les joueurs, savez le rendre à nos gentils organisateurs. “On parle de la fidélité du staff, mais les participants sont fidèles aussi, tient à préciser Anaël. Certains, je les croise depuis quinze ans sur toutes les étapes ! Et on est toujours contents de se revoir, dans un coin ou un autre de la France. Bien sûr, il y a des gens qui ont arrêté entre-temps, mais tout de même, le WiPT, c’est un vrai point de rendez-vous annuel et cela crée des liens. Aujourd’hui [à Colmar fin novembre, NDLR], j’ai encore vu Guillaume (Gleize) se faire offrir une bouteille ! Et pour nous, arbitres, c’est toujours un plaisir, c’est une image de marque et une bonne humeur qu’on est contents d’apporter aux joueurs.”
“Toutes les entités historiques régionales qui bossent sur le WiPT s’investissent vraiment à fond, rebondit Éric. Quand on épingle le W sur notre costume, on est le W. On est complètement corporate, on va se battre pour Winamax, c’est notre ADN. On a beau être des prestataires externes, on est là pour que les joueurs soient contents, qu’ils passent un moment comme ils n’en ont peut-être jamais vécu autour d’une table. Donc on est stricts au niveau des règles, mais hyper sympas et ouverts avec les joueurs. Et il y a toujours une bonne ambiance.”
Une quasi déclaration d’amour, qui traduit l’importance prise par le Winamax Poker Tour dans la vie de ces femmes et hommes en noir, d’un point de vue personnel, mais aussi professionnel. Éric toujours : “Le Tour, pour nous, c’est un fer de lance au niveau commercial. Quand on commence à dire qu’on s’occupe du WiPT, les gens nous écoutent.”
Également photographe professionnel, Guillaume Gleize (photo) fait partie de ceux qui ont une autre occupation, “mais ce métier-là, c’est une part importante de ma vie. C’est six mois de boulot - bien plus que ce que les gens peuvent penser. Je commence à préparer à partir du 1er septembre, pour du travail que je prends plaisir à faire depuis chez moi, avec une tonne de coups de fils et de messages… C’est un apport financier conséquent, qui me rapporte bien plus que mon autre activité.” Et GG de lâcher alors le mot-clé. “Surtout, c’est un métier passion. Oui, je râle quand je me retrouve un vendredi de novembre à 6 heures du matin sur le quai de la gare de Saint-Pierre-des-Corps, avant de prendre trois trains pour me retrouver à Colmar. J’ai 63 ans, je ne le cache pas, il y a quelques moments de solitude. Mais dès que je déboule dans la salle, même si elle est vide, je suis excité ! Je prends immédiatement les mesures. Tiens, où est-ce qu’on va mettre les tables ? Où est-ce qu’on va placer le Side…”
"On avait oublié les cartes"
Une passion qui n’empêche pas les galères, bien au contraire. Chacun dispose même de son propre réservoir à anecdotes. “J’ai souvenir d’un week-end à Strasbourg où il faisait -12°C. J’avais trois pantalons et quatre pulls sur moi, attaque Éric. Une autre fois, encore à Strasbourg, en plein marché de Noël, on se rend compte que le camion avec le matos ne peut pas accéder à la salle. On avait réussi à trouver une solution, mais ç’avait été bien folklo.”
Un grand classique, qu’a également connu plus d’une fois Krys (photo). “J’ai eu mon lot de situations bien chaudes. En général, décharger un camion prend environ 1h15. À Paris, cette année, ça m’a pris 4h30. Parce qu’un semi-remorque et Paris, ça ne fait pas bon ménage. Il n’y avait pas de quai de déchargement, donc on a dû travailler dans la rue et avec le trottoir, impossible d’utiliser le Fenwick. Derrière, on a dû ouvrir les palettes pour que leur contenu rentre dans les ascenseurs, car il n’y avait pas de monte-charge.” Mais encore rien d’insurmontable. “Depuis le début du WiPT, je n’ai jamais eu de problème où je me suis dit ‘OK, je suis battu, on ne va pas pouvoir jouer.’ De toute façon, on n’a pas le choix, il faut que ça joue !”
Même quand on se pointe sur le lieu du tournoi… sans les cartes ? “Ça nous est arrivé deux fois !, se marre Anaël après avoir carrément ouvert devant nous, sur son téléphone, un fichier avec une liste de dossiers longue comme le bras. On se rend compte de ça à Marseille, loin de chez nous. On a fini d’installer, il est trop tard pour faire les boutiques. Les cartes sont dans notre entrepôt, on les a oubliées… Et là, incroyable, le gestionnaire de l’entrepôt se dévoue pour faire l’aller-retour et nous les amener. Il a dû défoncer le cadenas des flight cases qui contenaient les cartes parce que c’est moi qui avait les clés. Il est arrivé à 20 heures, je ne veux même pas savoir à quelle vitesse il a roulé pour arriver si vite, il a mangé avec nous et il est reparti.” La deuxième fois ? “C’était à Clermont-Ferrand et on s’est est sortis d’une autre façon. Un club nous propose des cartes, mais elles sont usagées. On est prêts à faire l’aller-retour sur Lyon, mais on réussit à les faire venir par Bla Bla Car, via un mec qui fait le trajet. Il est 1 heure du mat’ quand les cartes arrivent à notre hôtel.”
Verglas, rhum coco et assiettes de gnocchis
Vous en voulez encore ? Rassurez-vous, Anaël n’en a pas fini ! D’autant qu’avec un Tour qui se joue en hiver, les histoires liées au froid et aux conditions météo dantesques ne manquent pas. “Une année, on joue dans les salons du stade Geoffroy-Guichard de Saint-Étienne et là, panne de chauffage, il fait entre -5 et -10°C. Par miracle, on trouve des mini-radiateurs, sauf qu’il y en avait trois pour un tournoi de 120 joueurs. On a passé la journée à les déplacer, en tirant des rallonges, pour que chacun en profite à son tour. Les joueurs portaient des moufles, des bonnets, des masques de ski… On était congelés (photo ci-contre) !”
“Saint-Étienne toujours, poursuit l'intarissable Anaël. On est à l’Hôtel du Golf. Pour y arriver, on doit monter une petite pente, bien raide… et complètement verglacée. Avec notre camionnette blindée de matos, impossible de monter ! On patine, on redescend… Sous la neige battante, on ne voit rien et on s’y reprend à quinze fois avant de finalement arriver au bout. Le soir, on sort pour manger en ville et là, je glisse sur le verglas… et je passe sous le camion, comme un garagiste ! Les autres se foutent encore de ma gueule avec ça.” Si même ça ne suffit pas à vous convaincre que nos équipes sont prêtes à tout pour faire tourner le Winamax Poker Tour, on ne sait pas ce qu’il vous faut.
Mais plus que les éléments, le plus dur est parfois de lutter contre… soi-même. “J’ai une dernière anecdote, moins politiquement correcte, poursuit Anaël (photo). C’est un gros dossier, j’espère qu’il y a une date de prescription. Une fois, à Grenoble, nous, les floors, avons dû démarrer le tournoi… seuls ! Sans staff Wina et sans Team Pros. Et nous aussi, on était dans un sale état.” Allez, dis-nous en plus. “Ça avait dégénéré notamment à cause de Mike d’Inca [le leader de Sinsémilia, membre de nos WIP, NDLR], qui nous avait emmenés dans une rhumerie de Grenoble. Les rhums coco ont fait très mal à tout le monde… J’étais le seul à l’heure le lendemain, sûrement grâce aux trois assiettes de gnocchis que j’avais commandées au resto, ça a dû éponger. Bref, les joueurs arrivent, on avait besoin des gens de Winamax pour démarrer les PC, scanner les convocations… et personne ! On n’était que deux, on ne savait pas comment se servir des outils pour scanner, alors on a bricolé, on a improvisé et on a réussi à lancer le tournoi dans les temps. Il a fallu attendre 10h30-11 heures pour voir le staff arriver avec des yeux fatigués. Les joueurs n’y ont vu que du feu. Même Matthieu Duran n’a jamais été au courant. Il le sera peut-être maintenant… Heureusement, on s’est tous calmés depuis, je pense que c’est l’âge qui fait ça.”
À l’inverse, le Winamax Poker Tour, lui, n’a fait que monter en puissance, évoluant en même temps que les habitudes de joueurs amateurs de plus en plus attirés par cette expérience hors du commun, qui prend rapidement une place majeur au sein de paysage poker français. Forcément, nos arbitres aussi ont su s’adapter, comme nous le verrons dans la troisième et dernière partie de ce feuilleton.
À suivre…
Les pages à suivre













