Winamax French Darts Festival : on y était, on vous raconte
Par dans Général
Le week-end dernier, toute la France des fléchettes était réunie à Caen, pour le premier rassemblement d'envergure dédié aux passionnés d'une discipline qui n'en finit pas de monter. Reportage au cœur d'une communauté ultra-festive, comme on aime !
C’est une demande inhabituelle qui est parvenue à la rédac’ il y a quelques semaines. « Winamax est partenaire principal du tout premier festival de fléchettes en France, ça va être LE rendez-vous incontournable de la communauté, trois jours non-stop. Vous voudriez pas écrire un truc dessus ? Ça vous changerait des coin-flips et des bad beats. Qui est chaud ? » Moi, les fléchettes, je n’y connais rien… mais justement : c’est peut-être pour ça que j’ai levé la main. À l’aventure !
Après m’être gavé de quelques dizaines d’heures de vidéos YouTube du champion du monde Luke Littler, je prends le train pour traverser la France. Direction Caen, à la découverte d’un sport majeur outre-Manche et outre-Rhin… et qui est en train de prendre de l'ampleur chez nous. Bon, on ne va pas se mentir : même si la précision chirurgicale des pros de la discipline est admirable, de mon côté, je rêve surtout d’une bonne grosse teuf entre passionnés, un truc qui se rapproche dans l’esprit des tournois de poker Winamax que j’ai pu couvrir ces dernières années. Une compétition sérieuse, mais avec des gens qui ne se prennent pas trop au sérieux, quoi !
« C’est des kiffeurs, dans ce milieu »
Dès mon arrivée au Parc des Expositions, ça se confirme : une majorité de mecs, beaucoup de bière, de la tchatche et des blagues plus ou moins douteuses. Troquez les cibles et les projectiles contre des cartes et des tables de poker, et on se croirait sur un Winamax Poker Open. Tiens, justement : dans le village rassemblant les partenaires de l’événement, je tombe sur un beau stand Winamax. Des cibles, du poker sur tablettes, une boutique de fringues et de goodies, des quiz bruyants : on est en terrain familier.
« C’est des kiffeurs, dans ce milieu », m’explique Nabil, alias Bilou, vétéran du staff Winamax et initiateur du partenariat avec le French Darts Festival. Si je découvre la discipline aujourd’hui, lui s’en est épris il y a quelques années, en Angleterre, où ce sport est roi. « J’étais allé voir ça par curiosité à Wolverhampton avec un pote. J’ai été scotché. Une énorme foule, des déguisements de partout, tout le monde qui gueule et s’ambiance à chaque lancer de ses poulains, dans une salle de la taille d’un Zénith. J’ai trouvé ça dingue. » Derrière, Bilou se met à poncer des vidéos au boulot et en parle non-stop aux collègues. « Le truc a commencé à monter au sein de Wina, je me suis dit qu’il y avait matière à creuser. »
Bilou s’investit, et un premier partenariat est noué en 2024, avec l’European Darts Tour géré par la Professional Darts Corporation (PDC). Très bien, mais on est en Allemagne… encore un peu loin de chez nous. La suite était logique : « À force de voir ces ambiances de malades chez nos voisins, on s’est dit qu’il fallait ramener ça en France. Alors, après avoir sponsorisé le n°1 français Thibault Tricole, et après des discussions avec Pierre Cormier, directeur conseil et stratégie de Playground [la structure qui gère le French Darts Festival], on en est arrivés à travailler ensemble sur ce premier événement. » Outre l’idée de rajouter un gros week-end festif au milieu de ceux qu'on organise au poker le reste de l'année, l’intention est claire : « Montrer à la PDC que nous sommes capables de recevoir une compétition internationale en France, à même d’attirer les Luke Littler et consorts, et offrir aux nombreux fans français un événement digne des plus beaux en Europe. »
Une fois sur place, il me faudra peu de temps pour comprendre que la communauté a répondu présent en masse, dès le premier jour de l’événement. À mon arrivée, la centaine de cibles installées au Parc des Expositions est déjà prise d’assaut, alors que nous sommes seulement vendredi. La rumeur annonce une affluence de 4 000 visiteurs rien que pour la soirée de gala de samedi… Les chiffres officiels publiés après coup seront encore plus dingues : 10 500 visiteurs sur trois jours, dont 1 500 inscrits sur les six épreuves amateur au programme, et… 15 % de femmes ! C’est plus que sur un WPO. Comme quoi, on a encore de la marge de progression côté poker…
Dans tous les cas, côté orga, on a vu les choses en grand, avec 12 000 m² d’espace, un match d’exhibition rassemblant quatre des meilleurs pros actuels (dont James Wade, 5ᵉ mondial, et notre Français Thibault Tricole, 61ᵉ mondial) et une ambiance musicale assurée par un certain DJ Tcheba. Un pseudo derrière lequel se cache l’ancien international de football Djibril Cissé, aujourd’hui reconverti en attaquant sur les surfaces de dancefloor.
Un beau melting-pot
Samedi matin : il n’est que neuf heures, mais ça se bouscule aux portes du Parc des Expos. Le All-Stars Challenge va commencer : avec son format individuel, on peut le considérer comme le "Main Event" du week-end.
384 inscrits en tout, venus de toute la France, et direct, j’en prends plein les yeux. Les joueurs déambulent en arborant fièrement les couleurs de leur club : c’est flashy ! Du dragon rouge sur fond vert, de la loutre argentée floquée sur un synthétique orange… Il y en a pour tous les goûts. D’autres sont plus sobres, mais pas moins tape-à-l’œil, avec leur costume marron style tweed anglais et la casquette à la Peaky Blinders. Pour habiller son poulain Thibault Tricole, Winamax s’est inspiré de la table des éléments périodiques (ou de Breaking Bad, pour ceux qui n’ont pas fait un bac scientifique), avec un élégant lettrage "Th Tr".
De la sobriété à l’ébriété, il n’y a qu’un pas… que les compétiteurs ne franchissent pas immédiatement. Non ! Car la compétition, c’est sacré. Tout le monde se donne à fond, mais dans un esprit convivial : la proximité et la bienveillance restent les maîtres mots. En revanche, une fois "busto" et les fléchettes rangées, on retrouve vite du monde au comptoir.
C’est ainsi que je fais la rencontre de Stéphane. Chez Winamax, on connaît le Sudiste depuis toujours : en 2010, il atteignait la sixième place du tout premier Winamax Poker Open à Dublin après s’être qualifié sur un freeroll. Déjà à l’époque, son pseudo sur nos tables de poker était xDarts06x. Pas étonnant, donc, de le retrouver ce week-end à Caen.
Ici, son tournoi s’est arrêté à la sortie des poules, en 64ᵉ de finale. Aucun regret : « Je suis content de mon jeu, j’ai réussi à accrocher un adversaire qui était bien meilleur que moi. C’est déjà pas si mal… » Stéphane aime la compétition, mais aussi le melting-pot dans lequel il fait bon s’immerger. « C’est comme dans le poker, c’est un jeu dans lequel on croise plein de profils différents. Ouvriers, patrons, chômeurs… tout le monde se rejoint autour d’une passion. C’est beau. »
Un tracker, comme au poker
En discutant avec Stéphane, j’apprends que la communauté des passionnés de fléchettes a aussi trouvé le moyen de se réunir en ligne, via des applications comme Webcamdarts, qui permettent de s’affronter en visioconférence, chacun filmant sa propre cible. Dans cette fusion réel/virtuel, il existe même un tracker, comme au poker, qui vous indique avec précision votre taux de réussite, les zones de la cible les plus touchées/manquées, etc. Le néophyte en moi réalise que les fléchettes ne sont pas un simple jeu de bar, mais bien un vrai sport, demandant un entraînement quotidien pour se démarquer. Ça ne vous rappelle rien ?
Le premier gros événement fléchettes jamais organisé en France, Stéphane ne pouvait pas le manquer. « Dès qu’on a vu passer l’annonce, on a directement réservé le voyage avec trois potes de Vojodarts, notre club. Et c’est pareil pour plein de monde au sein de la communauté. On attendait ça depuis longtemps. » D’autant plus que la discipline, en France, est loin d’avoir atteint son plein potentiel, Stéphane m’expliquant les difficultés à s’unifier autour d’une fédération ayant encore du mal à exister.
Un sport qui a le potentiel pour exploser en France
Tel que Stéphane me le décrit, le Winamax French Darts Festival représente une première grosse étape en France pour un sport qui ne demande qu’à se développer chez nous, et ne plus faire pâle figure face aux Anglo-Saxons. « Depuis l’arrivée des fléchettes sur la chaîne L'Équipe, et avec Thibault Tricole qui place enfin le drapeau tricolore dans le top 64 mondial, ça commence enfin à bouger. »
À l’image de ce qui se passe avec le poker associatif depuis vingt ans, l’argent n’est pas forcément le centre du projet. Aux fléchettes, les sommes à gagner restent dérisoires, permettant à peine de couvrir les frais de déplacement pour la prochaine compétition. C’est ce que m’explique Jesse Delorme, champion de France 2023/2024.
Tandis que l’on discute, les tournois se poursuivent. Un même nom de famille, Thuillier, tient le haut du pavé à la fois sur le All-Stars Challenge et le Ladies : Nicolas (actuel champion de France) et son épouse Nathalie se démènent chacun de leur côté. Les deux devront se contenter, au final, de la seconde place, après des finales jouées dans une ambiance électrique. Un beau préambule à la soirée de gala, qui va bientôt commencer.
Au milieu de la foule attendant le lancement, on croise les déguisements les plus divers. J’aperçois Michel Polnareff tapant la discute avec Obélix, un viking déjà bien aviné au bras d’une princesse de conte de fées et, impossible de les manquer, cinq mouettes. La bande est venue de Lorient : des amis d’enfance qui ont chopé le virus des fléchettes dans un bar il y a quatre ans. Depuis, les tournées sont toujours décidées à la précision de la pointe.
Le grand show
Pour les Bretons, pas besoin de s’inscrire dans un club pour kiffer : l’essentiel, c’est de jouer, et de s’ambiancer. « On s’appelle les Glawis. On aime bien jouer entre nous et mettre des petits bets. Cet événement, on l’attend depuis longtemps. On rêverait d’aller aux championnats du monde, mais c’est vraiment trop cher. » Il faut dire que le prix des places en tribunes à l’Alexandra Palace de Londres peut rapidement monter autour de 350 £ (400 €) pour un simple 8ᵉ de finale !
Ils sont drôles et bons vivants, ces Glawis : je squatte un peu avec eux. Les pichets de bière affluent, facilitant cris, encouragements et applaudissements. Les chants fusent, et l’arrivée de Thibault Tricole — un Breton, comme mes nouveaux amis — finit de faire dérailler une assemblée chauffée à blanc.
Les Gwenn-ha-Du sont de sortie (pas de doute, on est bien dans un festival), les binious et danseurs folkloriques aussi : l’arrivée du champion français sur scène est célébrée comme il se doit. « Thibault, Thibault, Thibault ! » La foule scande, et leur ferveur me fout la chair de poule, moi qui ne connaissais rien à ce jeu il y a quelques semaines.
Le show est réglé aux petits oignons : écrans géants, speaker survolté, compétiteurs de renom, cheerleaders, interludes avec animations… « Absolument génial », me disent les Glawis avant que je ne les quitte. Dans cette exhibition, le héros local Tricole terminera troisième en accrochant Ross Smith (12ᵉ mondial) sur la manche décisive.
Les pros sont bluffés
C’était un peu un échauffement grandeur nature pour ces deux pros, qui seront présents aux Championnats du monde à Londres, du 11 décembre au 3 janvier. « C’est dingue », nous dira Thibault Tricole après coup. « J’ai vraiment pu mesurer la ferveur et le soutien des gens. Quand ils criaient mon nom, j’étais un peu gêné, et puis James Wade est venu me voir pour me dire qu’il m’enviait d’avoir un si grand soutien. »
Ce n’est pas que les Anglais soient moins enthousiastes que les Français… mais, comme l’explique Thibault, « là-bas, les pros sont nombreux, donc la communauté est divisée. Moi, je suis le seul Français : ça force l’unité. Honnêtement, ça m’a chamboulé. Il a fallu que je reprenne mes esprits pour ne pas décevoir les attentes ! » Un an que Thibault se préparait pour ce premier événement d’envergure dans son pays, en partenariat avec Winamax. La fierté est palpable, notamment celle d’avoir réussi à prouver qu’on pouvait rivaliser avec les événements organisés outre-Manche.
Le temps de me faire resservir un godet, et voilà Djibril Cissé qui prend place derrière les platines de DJ. Pas de passement de jambes, mais un enchaînement de titres bien populaires dont le public chantera chaque refrain à gorge déployée. Moi, c’est après Freed from Desire que je perdrai définitivement ce qui me restait de voix. Le signe qu’il était temps de rentrer. Perdu dans les souvenirs d’un week-end riche en émotions, les quarante minutes de marche indiquées par Google Maps fileront en un claquement de doigts.
La convivialité, l’ambiance, la programmation, l’accueil, la gentillesse des gens : autant de bonnes raisons de découvrir cet univers populaire et festif, dont les similitudes avec le poker sont nombreuses. L’authenticité des rencontres et des échanges m’a permis de passer un week-end aussi chouette qu’inattendu. Croyez-le ou non, j’attends déjà le prochain avec impatience !
Reportage par Phil Anthropik
Phil et Nabil remercient : la team Live Winamax (Matthieu, Laura, Benoît), la team Merch (Axel, Fabien, Yoan), la team Sponso (Lenny), les RP (Théo), Micka le couteau suisse, la team Playground (Pierre Cornier, Blaise Rogeau, Margerie de la Rochefoucauld côté com, et tous les autres), Ben le speaker, la présidente de la fédé Armelle Thève pour les échanges constructifs, tous les bénévoles sans qui rien n'aurait été possible, tous les partenaires présents sur le village, les participants, et tous ceux qui sont passés sur le stand Winamax !
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