Top 5 : Les finalistes improbables

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Personne ne sait comment ils sont arrivés là (eux non plus, parfois !), mais ils nous ont plus marqué que le vainqueur : découvrez notre sélection de ces ovnis rafraîchissants.

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Le casting parfait d'une finale de tournoi de poker consiste en un subtil mélange des genres. Bien sûr, il faut des joueurs professionnels connus et reconnus, pour s'assurer un bon niveau technique et un randam médiatique au sein de la communauté et des médias spécialisés. Histoire d'ajouter une touche de glamour et un retentissement plus large, une ou deux stars extérieures sont évidemment un plus, même si elles se font (de plus en) plus rares. Et puis arrive enfin notre petit préféré, celui que l'on attend toujours mais qui ne vient pas à chaque fois. Celui dont on se souvient, qui sort de nulle part pour marquer la dernière table et le tournoi tout entier de son empreinte. Peu importe au fond qu'il ne gagne pas, il est l'agitateur, le vent d'air frais, le souffle nouveau, l'inconscient parfois. Quel que soit le nom qu'on lui donne, lui, c'est ce finaliste improbable que l'on ne souhaite pas forcément avoir à sa table, mais dont le nom nous arrache un petit sourire à sa moindre évocation. Suivez-nous dans un voyage dans le temps aux frontières du réel.

Telly Savalas (WSOP Stud Hi-Lo, 1985/1987)

Telly Savalas

Au-delà d'être le seul à ne plus être de ce monde, le premier pensionnaire de ce Top 5 est sans nul doute aujourd'hui le plus méconnu. Pourtant, Aristotelis Savalas, dit Telly, a connu ses heures de gloires sur grand et petit écran entre le milieu des années 1960 et la fin des années 1970. Membre du gang culte des Douze Salopards en 1967 aux côtés notamment de Charles Bronson et Lee Marvin, il incarne deux ans plus tard le méchant Blofeld face à James Bond, ici sous les traits de George Lazenby, dans Au Service Secret de sa Majesté. Son rôle le plus célèbre arrive à partir de 1973 et pour les cinq années à suivre, celui du lieutenant Kojak dans la série policière du même nom. En 1985, il se rend à Vegas, selon ses propres mots rapportés par le magazine People pour "faire des recherches" en vue d'un film qu'il s'apprête à tourner sur Nick 'the Greek' Dandolos. Fou de blackjack - "à une époque, certains casinos ne me laissaient pas rentrer" - il ne faut que quelques jours à Telly pour se laisser gagner par le démon du jeu, quand il s'inscrit à un tournoi de Stud Hi-Lo Limit à 1 000 $ qui se soldera par une médaille de bronze pour 15 000 $. Les deux tiers de cette somme seront investis et perdus dans la foulée sur le Main Event à 10 000 $, mais cela n'empêche pas Telly de remettre le couvert deux ans plus tard, en se classant cinquième du même tournoi. Les premières vraies perfs aux WSOP d'une personnalité issue du monde du cinéma, bien avant les finales de James Woods et les pitreries de Matt Damon.

Guy Laliberté (WPT Bellagio, 2007)

Guy Laliberté

Si aujourd'hui Guy Laliberté est une figure connue, reconnue, respectée et estimée au sein du microcosme pokeristique, en avril 2007, le Québécois n'est encore "que" le richissime co-fondateur et propriétaire du Cirque du Soleil, dont la troupe a déjà tournée dans tous les continents avec plus d'une vingtaine de spectacles différents. À l'époque, sa fondation One Drop, désormais partenaire majeur des WSOP, n'en est qu'à ses balbutiements et sa passion pour le poker est totalement inconnue du grand public. Jusqu'à cette étape à 25 000$ d'un World Poker Tour alors au sommet de sa gloire, organisée au Bellagio. Alors qu'il vient tout juste de découvrir notre jeu favori, Guy Laliberté s'empresse de venir se mesurer aux meilleurs joueurs de la planète et s'invite même jusqu'en cinquième place, derrière le grand vainqueur, un certain Carlos Mortensen. Les 700 000 $ qu'il y remporte sont presque anecdotiques, au vu de sa fortune et des sommes astronomiques qu'il s'apprête à perdre dans les mois et années qui suivent. Que ce soit en live, dans la très select Bobby's Room ou devant les caméras de High Stakes Poker ou online, aux tables les plus chères de Full Tilt Poker, le Québécois est LA baleine qu'il faut absolument se farcir. Certains, comme Tom Dwan, ne s'y sont d'ailleurs pas trompés et "lui doivent" presque intégralement leurs débuts de carrière. Pour la petite histoire, cette première ligne n'est pour l'instant accompagnée que d'une seconde, une cinquième place signée en 2012 sur le Big One for One Drop à un million de dollars, tournoi qui n'aurait jamais vu le jour sans lui. Et au vu du calendrier surchargé du milliardaire, qui n'a même pas honoré de sa présence l'édition 2018, faibles sont les chances de le voir atteindre une troisième TF de sitôt.

Krisztian Gyorgyi (Main Event EPT Monte-Carlo, 2018)

Krisztian Gyorgyi

Sans transition aucune, passons d'un extrême à l'autre, avec un joueur qui nous a offert sans nul doute l'un des moments les plus réjouissants de l'année pokeristique 2018. Qualifié, comme beaucoup d'autres, pour le Main Event de l'EPT Monte-Carlo grâce à un Spin & Go à 5 € - la déclinaison au pique rouge de nos Expresso Qualifiers - Krisztian Gyorgyi ne compte pas la moindre ligne Hendon Mob à son palmarès quand il se présente dans la Salle des Étoiles de la Principauté. Face à un field extrêmement relevé, le Hongrois inexpérimenté franchit les étapes une à une, pique un sprint dans la salle en plein Day 4 après avoir remporté un coup pour sa survie, devance notamment Adrián Mateos (13e) et Davidi Kitai (11e) et gagne sa place autour d'une table finale de rêve, aux côtés des superstars Ole Schemion, Patrik Antonius et Davidi Peters.

C'est à ce moment-là, en fin de Day 5, à neuf joueurs restants, qu'il claque LE bluff de l'année, mettant en jeu son tournoi avec une main qui nous est forcément chère, 7-2 off. Tape sur le torse façon King Kong, checks à ses voisins de table et nouveaux bros préférés Schemion et Antonius, taunt en hongrois lâché à toute la salle : Krisztian Gyorgyi attire toute l'attention et les caméras à lui, avant de chuter en cinquième place le lendemain, sur un flip moustache qui peine à rendre hommage à son tournoi plein de panache. Non content d'avoir transformé son billet de 5 € en gain à 184 000 €, Krisztian Gyorgyi, jeune qualifié sorti de nulle part, est tout simplement passé à la postérité dès son tout premier tournoi live. Pas un mince exploit.

Guy Noblet (Finale Winamax Poker Tour 2017)

Guy Noblet

Depuis ce fameux 14 mars 2017 au Cercle Clichy-Montmartre, il existe un avant et un après Guy Noblet. Avant même de prendre place autour de la dernière table de la Finale du Winamax Poker Tour, ce dernier tranchait avec ses concurrents grâce à un style tout à fait personnel. "Je ne vous dirai rien !", avait-il ainsi lâché à un Benjo tentant de brosser sa biographie et qui n'obtiendra même pas un âge où une ville de naissance. On pensait être au bout de nos surprises, mais Guy Noblet avait réservé sa plus belle représentation pour le lendemain, grâce à une technique de jeu jusque-là jamais vue et que personne n'a, à ce jour, tenté de reproduire. Limp/shove préflop, donk shove flop, turn ou - plus souvent - river, c'est bien simple, Guy n'avait qu'un seul mot à la bouche : "tapis". Impossible de garder un compte fiable du nombre de fois où il l'a prononcé et très compliqué pour ses adversaires de s'adapter, l'action ne se prolongeant que très rarement jusqu'au showdown. Chipleader une bonne partie de la journée, déconcertant à cause de son jeu imprévisible, c'est, comble de l'ironie, avec les papiers en règle et l'épée à la main qu'il se fait éliminer en deux temps par le futur vainqueur Jérémy Saderne, d'abord avec deux paires max contre quinte, puis avec top paire contre overpaire. Sans regret apparent, avec le sourire et une aura toujours nimbée de mystère - il ne nous en apprendra pas plus sur lui après sa sortie -, Guy Noblet s'incline finalement en troisième place pour 54 000 €, non sans être devenu entre temps la superstar de notre streaming, le chouchou de nos colonnes et le dynamiteur fou de cette finale. Reverra-t-on un jour un Guy Noblet autour d'une dernière table d'un tournoi réputé ? Rien n'est moins sûr, mais on peut toujours espérer.

John Hesp (Main Event WSOP, 2017)

John Hesp

Vous vous souvenez du vainqueur du Main Event des WSOP 2017 ? Non ? C'est mal mais on vous pardonne. En revanche, à côté de nos Frenchies Antoine Saout (5e) et Benjamin Pollak (3e), on est prêt à parier que vous avez parfaitement en tête le visage, le chapeau, les chemises et le nom de celui qui a terminé quatrième, l'inimitable John Hesp. Et pour cause, ce sympathique et flegmatique amateur britannique de 64 ans avait offert la véritable belle histoire de la 48e édition du Big One. Les raisons à cela étaient multiples. Ultime amateur en course au milieu d'une horde de professionnels chevronnés, le doyen des premiers July Nine faisait pâle figure avec ses adversaires, du haut de ses sept lignes Hendon Mob, toutes collectés sur des tournois à 10 £ (si, si) dans le petit casino de sa campagne anglaise, du côté de Hull. C'est pour accomplir un vieux rêve et le rayer de sa liste de choses à faire avant de mourir que John Hesp a pris part au Main Event, afflublé à chaque nouvelle journée d'une nouvelle tenue bariolée. Numéro 1 à l'applaudimètre au moment de prendre place autour de la table finale, adoubé par des stars comme Phill Hellmuth et Phil Galfond, qui voient en lui le vent de fraîcheur dont le poker a besoin, soutenu publiquement par le commentateur officiel des WSOP Norman Chad, qui arbore à son tour des chemises chamarrées du même goût douteux, l'homme à la Delorean démarre pied au plancher en montrant un bluff dès la première main, avant de se frotter d'un peu trop près au futur vainqueur Scott Blumstein (oui, c'était lui). Saluée comme il se doit par une déferlante de respect et d'admiration, sa sortie - pour 2,6 millions de dollars tout de même ! - attriste la planète poker autant qu'elle la subjugue. Preuve supplémentaire, s'il fallait, que le poker a et aura toujours besoin des amateurs pour transcender son simple cadre et nous faire vivre des émotions inégalées. À John Hesp et à tous ceux qui comptent bien marcher dans ses traces : merci !

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Flegmatic

Adorateur de Cheick Diabaté. Goûteur semi-professionnel de reblochon. Enchaîne les tapis. Finit souvent carpette.

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