Top 5 : Ces joueurs qui tiennent la distance

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Depuis 10, 20 ou même 30 ans, ils collectionnent les titres, accumulent les dollars avec une régularité impressionnante et s'améliorent comme du bon vin : Top 5 des joueurs de poker sur qui le temps n'a pas d'emprise.

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Tout joueur de poker doté d'un minimum d'expérience vous le dira : sur un tournoi, n'importe qui peut gagner. Année après année, sur les plus gros festivals de la planète, on ne compte plus le nombre de victoires de joueurs sortis de nulle part... que l'on ne reverra plus ensuite, le talent finissant toujours par prendre le dessus sur la chance. Le pire ennemi du joueur de poker est donc le temps : enchaîner les titres, rester à la page dans un milieu où la stratégie évolue toujours plus vite, conserver la volonté de progresser et la rage de vaincre, alors que le niveau moyen continue d'augmenter, ce n'est certainement pas donné à tout le monde. Les cinq joueurs suivants - sélection non exhaustive, cela va de soi - n'ont pas seulement traversé les époques, ils ont, chacun à leur niveau, chacun à leur manière, marqué l'histoire du poker en tournoi.

Antoine Saout

Antoine Saout

En juin 2009, personne où presque ne connaissait le nom d'Antoine Saout. À l'époque, celui qui répond au pseudo de 'tonio292' n'est qu'un jeune joueur online parmi des milliers. Le Breton s'est lancé dans le grand bain deux ans plus tôt, au moment de l'explosion du poker dans nos contrées. Engagé sur le Main Event des WSOP après avoir décroché sa qualification sur feu Everest Poker, ce féru de Sit&Go (le format incontournable de l'époque) va tranquillement mener sa barque sur le plus gros tournoi du monde, franchissant avec flegme les huit journées préliminaires pour réaliser l'exploit : devenir, à 25 ans, le second finaliste français de l'histoire du Main Event, et surtout le premier de l'ère post Moneymaker (et, chez nous, post Bruel/WPT/Canal+). Jamais véritablement pris au sérieux avant la table finale (malgré une accession en finale des WSOP Europe à Londres durant le break de trois mois), transparent aux yeux des observateurs à côté de la superstar Phil Ivey, Saout n'en livre pas moins la prestation d'ensemble la plus solide parmi les neuf finalistes, ne chutant en troisième place qu'à cause d'un cruel 80/20 perdu. Après cette impressionnante démonstration, il aurait pu en rester là, profiter tranquillement de ses millions, disparaître du circuit. Mais l'histoire d'Antoine avec Vegas et le Main Event est loin d'être terminée : l'expérience accumulée va se réveler être un carburant de choix pour se construire une carrière désormais respectée par les pros du monde entier.

Dans la foulée de finales WPT et EPT (Paris en 2013, Nottingham en 2014 puis Monte Carlo en 2016), Antoine décroche deux podiums au Wynn puis au Venetian, avant de faire son retour au Day 7 du Main, gagnant sa place autour de l'une des trois dernières tables pour une très belle mais frustrante 25e place. Le plus beau reste à venir : douze mois plus tard, Tonio regoûte aux joies d'une finale sur le plus beau tournoi du monde, et se classe cinquième derrière un autre solide client tricolore, Benjamin Pollak. Rares, très rares sont les joueurs ayant réussi à se réinviter en finale du Big One, a fortiori dans l'ère moderne du poker de compétition, avec plusieurs milliers de joueurs à battre chaque année. Ce nouvel exploit lui vaudra de devenir le premier joueur de l'histoire à remporter deux fois au moins deux millions de dollars sur le Big One. Une perf' imitée l'année suivante par son bourreau de 2009 Joe Cada, alors qu'Antoine remportait deux nouveaux titres en dehors du Rio. Le meilleur Français de l'histoire de Vegas, c'est bien lui.

Antoine Saout : notre Top 5
2009 - Main Event WSOP 10 000 $ : 3e (3 479 670 $)
2016 - Deep Stack Extravaganza 1 600 $ : 2e (259 114 $)
2016 - Main Event WSOP 10 000 $ : 25e (269 430 $)
2017 - Aussie Millions 25 000 $ : 3e (290 181 $)
2017 - Main Event WSOP 10 000 $ : 5e (2 000 000 $)

Davidi Kitai

Davidi Kitai

Après le récent départ de Michel Abécassis, le nouvel ancien du Team Winamax, c'est notre Génie belge ! Arrivé au sein des W rouges en mai 2008, Davidi Kitai n'a besoin que de quelques semaines pour se mettre en avant, décrochant le premier bracelet de l'histoire de la Belgique sur une épreuve de Pot-Limit Hold'em à 2 000 $. Deux autres suivront, en 2013, toujours en Pot-Limit Hold'em et en 2014, sur le 3K 6-max, suite à un hero call de légende face à Tony Ruberto. Entre temps, le Génie s'est coiffé de la Triple Crown, en remportant le WPT Celebrity Invitational à Los Angeles en 2011 puis l'EPT Berlin en 2012, grâce notamment à... un hero call de légende face à Andrew Chen. Car là est la botte secrète de Kitbul, cette faculté de lecture hors du commun qui font encore et toujours de lui l'un des joueurs les plus redoutés du circuit : ce véritable OVNI a su résister à l'invasion du style GTO, se construisant un style bien à lui, aussi difficile à imiter qu'à contrer.

Devenu papa, le Génie continue de régulièrement sortir de sa lampe, saison après saison, festival après festival. Passé tout près d'un quatrième bracelet en 2016 sur le 10K 6-max des World Series, il signe en 2018 un formidable printemps barcelonais à plus d'un million d'euros, en remportant le Super High Roller du festival partypoker MILLIONS, avant de terminer septième du Main Event, pour se rapprocher des dix millions de dollars de gains en carrière. Un Génie ne dort jamais, il se repose.

Davidi Kitai : notre Top 5
2008 - WSOP Pot Limit Hold'em 2 000 $ : Vainqueur (244 583 $)
2012 - EPT Berlin Main Event 5 300 € : Vainqueur (712 000 €)
2014 - WSOP NLHE 6-Handed 3 000 $ : Vainqueur (508 640 $)
2016 - WSOP 6-Handed Championship 10 000 $ : 2e (411 441 $)
2018 - partypoker MILLIONS Super High Roller 25 000 € : Vainqueur (700 000 €)

Michael Mizrachi

Michael Mizrachi

La vague du poker n'avait pas encore déferlé en Europe que Michael Mizrachi comptait déjà deux titres WPT et plus de quatre millions de dollars de gains à son actif. Hyperactif du circuit dès 2004, présent sur les toutes premières tables highstakes du net (souvenez-vous, la 100$/200$ Limit de PokerStars : pour s'y asseoir, il fallait d'abord demander l'autorisation par email !), 'The Grinder' ajoute chaque année une corde supplémentaire à son arc, jusqu'à un été 2010 proche de la perfection. Connu avant tout pour son talent en Hold'em, Mizrachi va démontrer qu'il est bel et bien un joueur tout-terrain en décrochant le Graal des pros, le prestigieux et ultra relevé Players Championship à 50 000 $, où une dizaine de variantes sont jouées tour à tour. Pour l'anecdote, son frère Robert, autre pro de classe mondiale, était lui aussi en finale : il fut sorti en 5e place par Michael ! Un mois plus tard, il s'invite au casting des neuf finalistes du Main Event des WSOP, dont il se classe finalement cinquième.

Michael poursuit en 2011 avec un second bracelet à Cannes, remet le couvert sur le PPC l'été suivant... avant de devenir en 2018 le premier joueur à soulever trois fois le fameux Chip Reese Trophy. Légendaire, Surhumain, irréel : les mots manquent pour qualifier une carrière parfaitement à l'image de l'homme lui-même, hors normes.

Michael Mizrachi : notre Top 5
2005 - WPT L.A. Poker Classic Main Event 10 000 $ : Vainqueur (1 859 909 $)
2010 - WSOP Players Championship 50 000 $ : Vainqueur (1 559 046 $)
2010 - WSOP Main Event 10 000 $ : 5e (2 332 992 $)
2012 - WSOP Players Championship 50 000 $ : Vainqueur (1 451 527 $)
2018 - WSOP Players Championship 50 000 $ : Vainqueur (1 239 126 $)

Phil Hellmuth

Phil Hellmuth

On adore le critiquer. On adore le moquer. On adore le détester. Il n'en reste pas moins que Phil Hellmuth possède l'un des plus beaux palmarès de l'histoire du poker de tournoi. Entre les deux photos ci-dessus, depuis son titre sur le Main Event WSOP 1989 face à Johnny Chan, vainqueur des deux éditions précédentes (remporté après avoir abandonné ses études, à seulement 24 ans - son record de plus jeune vainqueur du Main Event a tenu 19 ans !), à une nouvelle victoire décrochée sur un Event Turbo 29 ans plus tard, le 'Poker Brat' a collecté plus de 22 millions de dollars et remporté quinze bracelets. Un record. LE record.

Finaliste de tous les plus gros highrollers du circuit (Big One for One Drop, Super High Roller Bowl, Players Championship...), vainqueur à Cannes en 2012 du Main Event des WSOP-Europe, Hellmuth traîne encore et toujours dans son sillage une double cohorte de fans et de haters, et continue de faire preuve d'une mauvaise foi et d'un mauvais esprit confondants, aussi bien à table (Youtube est empli de ses pétages de plomb) que sur les réseaux sociaux. Comme s'il s'estimait forcé, après toutes ces années, de coller à son surnom Poker Brat ("le sale gosse du poker"), de se conformer à ce qu'on attend de lui, cet alter ago maléfique qui lui a valu tant d'articles, tant d'interviews télé et tant de juteux contrats de sponsoring. Mais plus que tout prime cette hallucinante et increvable envie de montrer qu'il est le meilleur. La taille de l'égo est-elle proportionnelle à celle de l'armoire à trophée ? Alfred Hitchcock disait qu'un bon film, c'est avant tout un bon méchant. Avec Phil Hellmuth, le poker dispose depuis toujours du méchant ultime. Et l'on ne s'osera pas à parier contre lui quant à un 16e bracelet cet été, pour fêter le 30e anniversaire de son premier succès.

Phil Hellmuth : notre Top 5
1989 - WSOP Main Event 10 000 $ : Vainqueur (755 000 $)
2007 - WSOP NLHE 1 500 $ : Vainqueur (637 254 $)
2011 - WSOP Players Championship 50 000 $ : 2e (1 063 034 $)
2012 - WSOP-Europe Main Event : Vainqueur (1 022 376 €)
2016 - The Big One for One Drop 1 000 000 $ : 4e (2 645 333 $)

Erik Seidel

Erik Seidel

Dans l'imaginaire collectif, il reste - et restera probablement à jamais - le perdant du mythique heads-up final du Main Event WSOP 1988, immortalisé pour l'éternité dans une scène des scènes les plus emblématiques du cultissime Rounders. Mais Erik Seidel, c'est évidemment beaucoup plus que cela. C'est une indéniable prestance à table d'abord, une classe et une gentillesse inégalées et ensuite des chiffres. Beaucoup de chiffres. Longtemps en tête de la All-Time Money List, il compte près de 35 millions de dollars de gains en tournoi, accumulés durant plus de 30 ans de présence quasi ininterrompue au sommet de la hiérarchie mondiale.

Comme un bon vin, l'ancien trader mis au chômage par le krach de 1987 semble même se bonifier avec le temps. Ses années de formation au Mayfair, le mythique club new-yorkais où il a appris le jeu en compagnie des Stu Ungar, Howard Lederer, Paul Magriel et autres Dan Harrington, semblent bien loin. Mais les faits sont là : l'invasion des grinders online et la prise de pouvoir des mathématiques n'ont en rien ébranlé celui qui a connu toutes les époques du jeu, depuis l'underground jusqu'au boom. Il fut l'un des premiers joueurs à véritablement impressionner Patrick Bruel, lorsque le chanteur a fait ses premières excursions à Vegas à la fin des années 90. Alors que tant de champions de l'époque ont coulé corps et bien, sabordés par les jeunes pirates formés sur le Net, Seidel continue de leur faire la leçon. Depuis 2010, il n'a ainsi connu qu'une seule année sous la barre des 500 000 $ de gains et, à bientôt 60 ans, fait mieux que tenir la dragée haute à tous les petits jeunes qui passent leur temps à parcourir les tournois les plus chers du globe. Un choc des générations qui a sans doute culminé en mai 2015, à Monte-Carlo, où la légende triomphe de la terreur montante Dzmitry Urbanovich en heads-up du Super High Roller à 100 000 €. Presque quatre ans plus tard, le Polonais s'est fait emporter par le tourbillon de la hype alors que Seidel enchaîne les finales sur les tournois les plus relevés. L'immortalité pokeristique faite homme.

Erik Seidel : notre Top 5
1988 - WSOP Main Event 10 000 $ : 2e (280 000 $)
2005 - WSOP NLHE 2 000 $ : Vainqueur (611 795 $)
2011 - Aussie Million Super High Roller 250 000 $ : Vainqueur (2 472 555 $)
2015 - EPT Monte-Carlo Super High Roller 100 000 € : Vainqueur (2 015 000 €)
2016 - Super High Roller Bowl 300 000 $ : 3e (2 400 000 €)

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Ils auraient pu aussi figurer dans ce Top 5 : Daniel Negreanu, Justin Bonomo, Benjamin Pollak, Joe Cada, John Juanda, Isaac Haxton, Patrik Antonius, Rui Cao...


Flegmatic

Adorateur de Cheick Diabaté. Goûteur semi-professionnel de reblochon. Enchaîne les tapis. Finit souvent carpette.

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