Les yeux dans les Rouges

Par dans

Revivez les trois jours du dernier séminaire du Team Winamax en Provence, entre sport, poker et franche camaraderie.

Séminaire

"Ce groupe est l'un des meilleurs que le Team Winamax ait connu." Une simple phrase, mais qui prend toute son importance quand elle est prononcée par le Génie Davidi Kitai, et reprise en choeur par l'illustre manager des W rouges, Stéphane Matheu. Deux monuments qui ont vu passer depuis 2008 des pointures de la scène française telles qu'Antony Lellouche, Nicolas Levi, Ludovic Lacay ou Manuel Bevand. Quelques mots suffisants pour mettre en perspective le travail accompli durant toutes ces années, et ouvrir grand la porte à des lendemains radieux. En ce jeudi 28 avril 2016, sur les coups de 18h30, dans la salle Mimosa 1 du Club Med Opio en Provence, les dix membres du Team Winamax et leur coach tournent la page d'un séminaire de trois jours riche en enseignements, partagé entre activités sportives, ateliers techniques et échanges avec des intervenants de divers horizons. Parmi cette équipée, quatre habitués, rompus à ces mises au vert quelque peu coupées du monde (Michel Abécassis, Davidi Kitai, Sylvain Loosli et Guillaume Diaz) ainsi que deux revenants, excusés l'an passé du côté de Sofia-Antipolis (Kool Shen et Gaëlle Baumann). De par leur expérience et leurs profils très différents, ils constituent le noyau dur de l'équipe. Une base solide et fiable sur laquelle sont venus se greffer, entre août et janvier dernier, quatre "petits nouveaux" aux parcours, là encore, particulièrement éclectiques : Pierre Calamusa, Aurélie Quélain, Alexandre Luneau et Florian Decamps. Quoi de mieux donc, que ces quelques jours en vase clos dans l'arrière-pays provençal, pour observer, en tant que témoin privilégié, l'intégration de ces derniers au sein de la dynamique de groupe complexe et fascinante du meilleur Team de poker d'Europe. Récit en immersion.

Florian Decamps : la force tranquille

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S'il avait fallu décerner la prix du sportif le plus complet sur l'ensemble de ces trois jours de séminaire, la palme serait sans aucun doute revenue à Florian Decamps. Tout sauf une surprise, tant le Top Shark 2016 partait avec une confortable longueur d'avance sur ses camarades. Footballeur accompli, celui qui est allé jusqu'à fouler les pelouses de CFA2 s'est bien entendu montré particulièrement à l'aise lors de la petite heure passée mercredi matin sur le terrain de 5 contre 5 synthétique de l'Académie de Tennis Mouratoglu, dans laquelle le Team a désormais ses habitudes. Victime d'un traitement de faveur de la part d'adversaires forcément méfiants, 1flip 2win a parfaitement réussi à faire briller ses coéquipiers Sylvain Loosli, Guillaume Diaz et Alexandre Luneau. Exception faite d'un enchaînement de dribbles face au gardien ponctué d'une humiliante balle piquée dont votre serviteur ne s'est pas encore tout à fait remis, Florian n'a jamais cherché à faire à tout prix la différence seul, mettant avant tout son talent au service du collectif. Les mauvaises langues diront que celui qui vit actuellement du côté d'Antibes avait en plus la chance d'évoluer à domicile.

Elles devront cependant s'incliner à nouveau le lendemain, devant sa nouvelle démonstration de force sur les courts de padel. Fort de son expérience et de son niveau tennistiques, en plus d'avoir déjà joué plusieurs fois à ce sport de raquette ultra fun venu d'Espagne (et très spectaculaire à haut niveau), version miniature du tennis qui emprunte également au squash la possibilité pour la balle de rebondir sur les murs, Florian fut l'un des protagonistes du match de la matinée, associé à Stéphane Matheu. Les deux hommes avaient fort à faire face à Pier Gauthier, n°4 français de la discipline et Kool Shen, autre compétiteur acharné, bien décidé à ne rien lâcher. Constamment opposés durant ces trois jours, Bruno et Florian se sont d'ailleurs livrés à un duel on ne peut plus amical tout au long du séminaire, dont est finalement sorti vainqueur le plus jeune des deux hommes.

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KS avait démarré la semaine en trombe, sortant de son chapeau des talents de golfeur que personne où presque ne lui soupçonnait, lors d'un mardi matin dédié à l'open golf, une pratique d'initiation en forêt avec balles en mousse et clubs pour débutants. Au sein de la très vite baptisée "équipe des vieux", en compagnie de Michel Abécassis et Davidi Kitai, il prit ainsi le meilleur sur la terreur des greens Guillaume Diaz et donc Florian. Ce dernier s'est vu repositionner en tant que capitaine après que le coach a eu vent de quelques heures passées club en main, obligeant à une refonte complète des équipes. Plus globalement, le local de l'étape était celui auquel tout le monde ou presque voulait se mesurer, que ce soit autour de la table de ping-pong qui jouxte la piscine du Club ou en vue d'un hypothétique match de tennis à venir.

À l'inverse, le Top Shark se montrait plus effacé en deuxième partie d'après-midi, lors des plages réservées aux ateliers poker. Que ce soit le mardi, au moment de décortiquer la table finale des WCOOP 2014 - où figurent notamment Faraz Jaka, Fedor Holz et Victor Blom - ou le mercredi, durant une séance d'analyse de tells à partir d'extraits des Winamax Live Sessions, Florian est resté plutôt discret. "Je n'ai pas beaucoup participé, j'ai plus écouté," avoue-t-il humblement le jeudi soir, au moment d'offrir son bilan personnel de ces trois jours. Excellent joueur de MTT sur Winamax, il reste parfaitement conscient du niveau technique qui le sépare d'un Davidi Kitai, d'un Sylvain Loosli ou d'un Alexandre Luneau, ces trois sages du jeu dont l'opinion est constamment recherchée et les paroles bues presque religieusement. Mais un seul exerça durant cette semaine ces sentiments mêlés de respect et de fascination.

Alexandre Luneau : inconsciemment compétent

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Le qualificatif n'est pas de moi, mais de Serge Didisheim, directeur d'une clinique psychiatrique en Suisse, joueur de poker passionné depuis des années, sur Internet comme en live et membre éminent de ceux que l'on peut appeller les "amis du Team Winamax." Lui-même ne faisait alors que reprendre l'une des cinq étapes de l'apprentissage, servant à définir le niveau de compétence d'un individu dans un domaine donné, lors d'une intervention de Pier Gauthier sur le concept de résilience. Appliqué au poker, ce terme cher à Stéphane Matheu désigne, pour le citer, "la capacité à retourner s'asseoir à la table et à donner le meilleur de soi-même dès le prochain tournoi, quel que soit le nombre de bad beats, de suck-outs, et de set-ups encaissés, quel que soit le nombre de tournois desquels on s'est fait sortir auparavant, quel que soit le niveau de difficulté et quelles que soient les conditions." Quelques semaines avant le début des World Series of Poker, où l'enchaînement des tournois et d'éventuelles éliminations difficiles à encaisser peuvent laisser bien des traces, il semblait primordial de faire rejaillir ce concept pour permettre à chacun de le mettre en application au moment voulu.

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Un processus loin d'être évident pour tout le monde, puisqu'il passe par une très bonne connaissance de soi, comme l'explique Pier, coach mental de bon nombre de membres du Team depuis des années. Une difficulté que ne semble pas ressentir Alexandre Luneau, à qui cette intervention "a permis de rationaliser des choses qu['il] faisai[t] déjà." Mettre en oeuvre les bonnes actions pour être au top sans s'en rendre compte, être compétent sans en avoir conscience : incontestablement la marque des grands.

De par son statut et sa place à part dans le monde du poker, Alexandre soulève énormément d'interrogations autour de lui et de l'univers dans lequel il évolue, même pour des joueurs aussi expérimentés et rodés que ceux du Team Winamax. Les heures de repas étaient aussi fréquemment rythmées par les questions des uns et des autres pour savoir si tel gros bonnet des tables de cash game high stakes en ligne continuait de jouer ou combien tel autre avait perdu ces dernières années. Un véritable puits de science qui s'est aussi révélé être un sportif inépuisable, gagnant encore un peu plus le respect de ses pairs. De la première à la dernière minute du match de foot du mercredi, il n'a jamais cessé de courir d'un bout à l'autre du terrain, harcelant sans cesse le porteur de ballon. Une performance mémorable, qui lui permit d'hériter d'un nouveau surnom : the leech, ou la sansgue en VF, pour sa capacité à ne jamais lâcher prise sur ses adversaires. Le lendemain, il était le seul à proposer des matchs de padel en tête-à-tête, alors que tout le monde avait déjà rangé ses affaires pour retourner au Club. Pour lui comme pour la plupart de ses collègues du Team, ces séances de sport avaient d'ailleurs autant valeur de facilitateur de cohésion de groupe que d'exutoire grandeur nature. Une manière saine de se vider la tête et de limiter, au moins pendant un temps, le flux de questions qui traverse sans cesse la tête d'un joueur de poker.

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Et le moins que l'on puisse dire, c'est que durant ces trois jours, Alexonmoon a prouvé qu'il ne se pose pas les mêmes questions que les autres. Cela s'est notamment vérifié durant la troisième session technique du jeudi. Stéphane avait préparé un exercice surprise, qu'Alexandre a d'ailleurs tenté d'éventer avec acharnement - "Je n'aime pas les secrets, j'essaie toujours de les découvrir" - portant finalement sur le processus de réflexion de chacun tout au long d'une main de poker. Un atelier de déconstruction, idéal pour identifier et remettre en oeuvre plus tard certains acquis tout en gommant les petites inperfections et autres pensées parasites. Concrètement, les dix membres du Team devaient se mettre dans la peau d'Igor Kurganov lors d'un coup lambda joué sur un European Poker Tour, et faire part de leur dialogue interne aux différentes étapes-clés du coup (découverte des cartes, action adverse, turn, flop, river, etc.). Là où tous ses collègues parlaient majoritairement en termes d'émotions - "Deux Rois, c'est le paradis.", "Je n'aime pas cette carte.", "Là, je commence un peu à flipper." - Alexandre pense plutôt à "résoudre un problème de poker," avec tout ce que cela comporte de données et d'inconnus à prendre en compte. Beaucoup moins dans l'affect, plus analytique, il tient aussi moins compte de la fameuse metagame, cette dynamique qui s'installe après plusieurs heures passées à la même table, pas assez représentative selon lui. Un discours rationnel qui ne manque pas d'interpeller. "Tu es une machine en fait," finit même pas lâcher Aurélie Quélain cet après-midi là. Un mystère de plus à résoudre pour la Francilienne.

Aurélie Quélain : la curieuse invétérée

Elle a bien fait ses devoirs. Alors que certains - que je ne citerai bien entendu pas - sont arrivés quelque peu les mains dans les poches à la première session technique, l'analyse de la table finale des WCOOP 2014 citée plus haut, Aurélie a devant elle plusieurs feuilles noircies d'observations et de questions à soulever sur telle ou telle main. Toujours prête à relancer le débat jusqu'à obtenir pleinement satisfaction, elle ne montre finalement qu'un seul regret au moment de dresser le bilan de son séminaire, le même que son complice Pierre Calamusa, de ne pas avoir pu profiter d'un atelier poker spécialement dispensé par Alexandre. Une toute petite déception, largement atténué par le plaisir apparent dont à fait preuve RunGood4Love durant ces trois jours. Motivée de la première à la dernière seconde lors des activités sportives du matin, elle ne se départait de sa combativité et de sa rage de vaincre communicative que pour mieux capturer l'instant, derrière l'objectif d'un appareil photo qu'elle m'empruntait à loisir.

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Elle se montrait également particulièrement curieuse lors des séances dédiées aux intervenants extérieurs, notamment celle animée le deuxième jour par Serge Didisheim. Ce dernier avait déjà fait le déplacement à Sofia-Antipolis l'année dernière. Il revient cette fois dans le sud de la France pour questionner les joueurs sur leurs rapports à l'autre et au monde, pour leur faire comprendre que chacun possède sa propre vision des événements et des éléments qui l'entoure. Au travers de saynètes jouées par lui et des membres de sa clinique, il présente différents types de comportements, comme celui d'un psychopate ou d'un individu atteint du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme. À partir de là, les parallèles avec le poker coulent de source : comment reconnaître tel ou tel profil de joueur, comment s'y adapter, mais aussi être capable de remettre en question ses premières impressions (la fameuse "hypothèse Kleenex", qu'il faut savoir jeter au moment opportun), lutter contre les idées reçues, etc. Un sujet auquel est particulièrement sensible la Francilienne, grande joueuse de live devant l'éternel, et qui a vu défiler défiler bon nombre de joueurs à ses tables depuis ses débuts dans les cercles parisiens.

En pleine préparation de son mariage avec son compagnon Alexandre Réard, Aurélie a profité de ce séminaire pour se rapprocher d'Alexandre Luneau, dont l'union est également imminente. Comme souvent lors des rassemblements du Team, elle a aussi souvent échangé avec Gaëlle Baumann. Cette dernière a d'ailleurs eu la surprise de recevoir pour son anniversaire, le 26 avril, un ticket pour disputer un tournoi de H.O.R.S.E. au Binion's de Vegas pendant les WSOP. Le lendemain, c'était au tour du coach de recevoir une raquette de padel flambant neuve, qu'il n'allait pas manquer d'étrenner la matinée suivante. Le genre de petites attentions qui soudent encore davantage une équipe et contribuent à la bonne ambiance générale. Une atmosphère chaleureuse et décontractée qui sied d'ailleurs à merveille à un certain VietF0u.

Pierre Calamusa : le travailleur infatigable

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Les sessions de jeu en ligne répétées jusqu'à quatre heures du matin, les réveils en milieu de journée avec lesquels il faut parfois alterner avec une semaine de tournoi intensive demandant d'être opérationnel dès midi et ce jusqu'à minuit, voire plus : on le sait, le rythme de vie d'un joueur de poker diffère considérablement de la norme. Il ne manque donc pas de provoquer certains déréglements au niveau de l'horloge interne, perturbant grandement le sommeil. Or, sans une bonne nuit répératrice, difficile de jouer son A-Game à table ou de trouver la motivation de passer des heures à grinder devant son ordinateur. Il est ainsi impératif pour chacun de trouver son propre rythme de sommeil, afin d'attaquer sa journée/session dans les meilleures conditions et de rester concentré le plus longtemps possible. Un sujet épineux et pas toujours facile à mettre en pratique, qu'est venu évoquer dès le premier jour du séminaire Herbert Charanton, préparateur mental et sophrologue. Après une première partie destinée à mieux comprendre le fonctionnement du sommeil, ont suivi des conseils pratiques pour mieux s'endormir le soir (respecter ses horaires habituels, dîner léger, ne pas se prendre la tête lorsque le sommeil tarde à venir) et comment gérer les temps de sieste. S'il y a d'ailleurs une chose que j'ai personnellement retenu de ce cours, c'est qu'une micro-sieste de 10-15 minutes suffit le plus souvent à recharger les batteries.

Un discours qui a trouvé un vrai écho auprès de Pierre Calamusa. Jamais le dernier pour prolonger un peu plus longtemps une session nocturne, que ce soit sur les tables de Winamax ou en dehors, le Grenoblois est aussi et surtout l'un de ces joueurs qui se remet constamment en question, cherchant toujours de nouveaux moyens ou conseils pour devenir plus fort. Il se prêtera d'ailleurs ensuite avec enthousiasme au test de cohérence cardiaque, une méthode de gestion de stress faisant appel à la respiration. Un moyen efficace et immédiat de se détendre et de se recentrer sur soi-même, en laissant de côté la ou les source(s) de nos tracas. Un exercice auquel s'adonnera également Gaëlle Baumann, sujette elle-aussi à des nuits pour le moins agitées depuis la naissance de sa fille. Un début d'après-midi relaxant donc, et qui fut immédiatement profitable à Pierre, comme il l'écrivait la semaine passée sur le blog du Team : "Je peux affirmer avec certitude que ce cours m’a aidé à arriver frais à Monte Carlo et tenir la distance lors de l’EPT."

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Pas forcément en réussite lors des matinées d'open golf - "Ce sport est absolument nul : soit tu loupes la balle, soit tu l’envoies dans les bois" - et de padel - "Je me fais littéralement éclater" - LeVietF0u fut l'un des grands animateurs des ateliers techniques. Les murs de la Salle Mimosa 1 résonnent d'ailleurs encore de ses débats enflammés avec Michel Abécassis et Kool Shen. Sûr de lui mais toujours réceptif à la critique, il n'hésite jamais à poursuivre le débat lors de pauses repas où il n'est d'ailleurs pas rare de le voir revenir quatre ou cinq fois à table avec une assiette pleine - il n'était cela dit pas le seul, maudit buffet à volonté ! Joyeux bout-en-train de la bande, il n'en est pas moins un amoureux acharné de poker, aux connaissances gargantueques. "Joueur mimétique," comme il se désigne lui-même, Pierre a plus que jamais profité de ses quelques jours de rapprochement avec ses confrères du Team pour extraire et intégrer le meilleur de chacun d'eux. Avec le résultat que l'on connait. "On a les moyens d'être les meilleurs du monde, conclut-il. Il faut juste continuer à bosser comme des dingues." Quoi de mieux pour cela, que de le faire en équipe, un W rouge accroché sur la poitrine ?

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Flegmatic

Adorateur de Cheick Diabaté. Goûteur semi-professionnel de reblochon. Enchaîne les tapis. Finit souvent carpette.

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