[ITW] Sido TBP : ''J'ai joué deux mains avant de comprendre que c'était la table à un million''

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Red Diamond et fondateur d'une école d'Expresso, Mohamed, alias Sido TBP n'attendait plus qu'une chose : faire péter le jackpot. Un vœu exaucé il y a quelques semaines. Rencontre.

crea interview Sido TBP
Il attendait cette fameuse table à un million depuis des années. Le problème ? Quand elle est finalement tombée, Mohamed, alias Sido TBP, ne s’en est même pas rendu compte. Joueur professionnel d’Expresso depuis 2020, Red Diamond et cofondateur de Team Bas Poker, le Marocain revient sans filtre sur cette victoire à 800 000 € et nous ouvre les portes du quotidien d’un grinder des plus hautes limites du .fr.

Tu fais partie des plus gros grinders Expresso du .fr et tu es Red Diamond depuis plusieurs années. Cette fameuse table à un million, c’était devenu un fantasme ou un objectif auquel tu pensais depuis un moment ?

Quand tu joues ce format et que tu sais que ce jackpot existe, tu t’attends forcément à ce qu’il finisse par tomber un jour. Mais c’est drôle parce que plus ça prend du temps, plus tu te demandes si c’est bien réel, même quand tu es joueur professionnel, Red Diamond, etc. Et puis, quand tu sais que certains joueurs qui jouent autant que toi sont tombés dessus à plusieurs reprises, ça donne forcément envie.

Quand on joue autant d’Expresso et qu’on a l’habitude des gros swings, est-ce qu’on parvient vraiment à rester calme dans un moment pareil ? Quelle a été ta réaction ?

Primo, c’est drôle parce qu’en tant que grinder Expresso, je joue entre neuf et douze tables. J’étais tranquillement en train de grinder les Expresso Mundo et il y avait une table avec le drapeau or du Brésil à aller chercher. C’était très important pour moi de le gagner, donc j’étais très focus. Et là, je vois qu’une table avec une couleur inhabituelle s’ouvre, mais je pense qu’il s’agit simplement d’un x100, alors je décide de rester concentré sur mon heads-up pour aller chercher ce drapeau brésilien. À un moment, je relance une main sur cette fameuse table dorée et c’est seulement à la fin du coup que je me rends compte qu’il y a plusieurs zéros. Tu vas rire, mais, j'ai joué deux mains avant de comprendre que c'était la table à un million.

Te souviens-tu d'une main ou d’un moment où tu t’es dit : "Là, c’est maintenant, c’est mon moment" ?

Tant que je n’ai pas gagné, je ne me dis jamais que je vais gagner la partie, c’est très important, surtout en Expresso. Mais il y a effectivement eu une main où je me suis senti en confiance. Cette fameuse main où j’open shove Roi-Valet off au bouton et où je suis payé par la petite blinde et la grosse blinde qui retournent paire de Dames et paire de 9. À ce moment-là, c’est un peu la catastrophe. Mais quand le Roi tombe au flop, ça change tout. Je suis plus proche de la victoire qu’avant, mais rien n’est encore fait. Si tu te mets dans la tête que tu dois gagner parce que tu as beaucoup de jetons, le contrecoup peut être énorme si ça tourne mal.

"J’ai ressenti le besoin de continuer à jouer mes neuf tables pour ne pas laisser cette somme influencer certaines de mes décisions"

Est-ce qu’on joue un Expresso Million différemment ou est-ce qu’on essaie justement de se convaincre que ce n’est qu’une table de plus ?

Ça doit être une table comme toutes les autres, tout en prenant en compte l’ICM et le profil de tes adversaires. Mais je ne vais pas te mentir en disant que mon cœur ne s’est pas un peu emballé. J’ai commencé à me dire : "Tu dois te calmer, Sido. Tu n’as pas le choix, tu dois te calmer, et vite." À côté de ça, je jouais mes autres tables et d’autres attendaient encore de se lancer. J’ai eu pendant quelques secondes l’idée d’annuler ces tables pour me concentrer uniquement sur celle-là, puis je suis rapidement revenu à la raison et je me suis dit : "Non Sido, ne touche à rien, joue ton jeu comme si de rien n’était." Ça m’a beaucoup aidé à rester focus et à me détacher de la somme. J’ai ressenti le besoin de continuer à jouer mes neuf tables pour ne pas laisser cette somme influencer certaines de mes décisions. C’est l’expérience qui a parlé.

On entend beaucoup parler de Nitrology ces dernières semaines, notamment après le gain de l’Expresso Million de l’un de ses membres et la présence de trois d’entre eux (José Quintas, Hugo Soares et Ivo Almeida) en table finale de l’Estoril Poker Fest. Qu’est-ce qui fait selon toi la particularité de Team Bas Poker dont tu es l’un des fondateurs ?

La Team Bas Poker est une école Expresso un peu différente des autres. La plupart des structures du marché fonctionnent avec du staking et coachent des joueurs qui sont sous leur responsabilité, entre guillemets. Avec mes deux associés, on a voulu créer une école publique. Il suffit de payer une formation de base pour avoir accès à vie aux contenus stratégiques, théoriques, etc. Comme il n’existait pas vraiment d’école de ce type dans le milieu, on a décidé de créer ce système pour rendre les Expresso plus accessibles et montrer aux joueurs récréatifs que ce n’est pas juste du gambling, mais qu’il y a énormément de choses à apprendre.

Notre école n’est pas en concurrence avec les autres. On a d’ailleurs plusieurs joueurs qui ont réussi à monter sur les plus hautes limites du .fr sans appartenir à une stable où ils doivent redistribuer une partie de leurs profits. Et à l’inverse, certains joueurs ont pris nos formations tout en appartenant à une autre structure.

"En Expresso, tu as parfois l’impression que tu possèdes toutes les réponses… jusqu’à ce que tu découvres un nouvel axe d’amélioration" 

Tu joues exclusivement en Expresso depuis 2020. Qu’est-ce qui te plaît autant dans ce format ?

J’aime le fait que ce soit un format rapide et « limité ». L’idée, c’est de montrer que même avec un petit tapis, tu peux toujours trouver un moyen de t’adapter et d’exploiter ton adversaire, sans forcément te dire : "Là, maintenant, c’est push or fold." L’idée, c’est de pousser son edge au maximum. C’est la beauté du poker. En MTT ou en cash game, tu peux étudier toute ta vie, tu n’auras jamais fait le tour. En Expresso, tu as parfois l’impression que tu possèdes toutes les réponses… jusqu’à ce que tu découvres un nouvel axe d’amélioration. C’est vraiment ce qui me passionne dans ce format.

Comment arrives-tu à allier grind, coaching et vie de famille ?

Je dirais que ma vie est divisée en trois piliers : ma famille, la Team Bas Poker et le grind. Sur une semaine, il y a forcément une journée que je dédie à ma famille, une autre à la Team Bas et une autre au grind. Pour le reste, j’essaie de combiner un peu des trois du mieux que je peux. Quand je suis en pleine session et que j’ai besoin d’un break, j’essaie de passer le plus de temps possible avec mes enfants, en faisant du sport ou en allant à la plage. L’idée, c’est de maximiser au mieux mon temps libre et de prendre du plaisir dans chacun de ces piliers.

Tu as atteint le statut Red Diamond et remporté un Expresso Million. Qu’est-ce qu’il te reste encore à accomplir ? Qu’est-ce qui te motive encore après toutes ces années ?

Ma passion du jeu me motive au quotidien. J’ai toujours envie de me lancer de nouveaux défis. Même si Team Bas Poker a bien grandi, que je suis marié, que j’ai trois enfants et que mon temps est plus limité qu’avant, je reste ce type de joueur qui donne le maximum, qui continue à faire son volume, à grinder pour conserver son statut de Red Diamond et surtout qui prend toujours autant de plaisir à le faire. Donc oui, gagner cet Expresso Million, c’est génial, mais ça n’a jamais été une finalité et ça ne me donne absolument pas envie d’arrêter de jouer ce format si passionnant.

"Les gens sur le Discord ne comprenaient pas pourquoi je voulais continuer ma session après ça, c’était assez drôle"

D’ailleurs, quand tu as remporté cette partie, qu’est-ce qui t’est venu à l’esprit ?

Je joue chez moi, dans mon bureau à l’étage. Quand j’ai gagné, ma femme, qui connaît bien le jeu puisqu’elle joue aussi, est montée me voir et m’a demandé : "Qu’est-ce qu’on fait ?". Sachant que ma session avait commencé depuis seulement vingt minutes et que j’avais prévu de jouer deux heures, je lui ai proposé d’aller fêter ça avec les enfants. Mais l’un dormait et l’autre était encore à l’école. Alors, je lui ai répondu : "Bon, dans ce cas, je vais finir ma session !" [rires]. D’ailleurs, les gens sur le Discord ne comprenaient pas pourquoi je voulais continuer ma session après ça, c’était assez drôle !

Pour un joueur récréatif, 800 000 € peuvent changer une vie. Dans ton cas, qu’est-ce que ça produit ?

J’avais investi dans une nouvelle maison, donc ça va me permettre de finir de la payer. Mes enfants étant ma priorité, je vais aussi faire en sorte de financer leurs études du mieux possible. Ça va aider sur certaines choses, mais hormis ça, à part investir, je ne compte pas changer mes habitudes.

Tu viens sur les festivals Winamax depuis quatre ou cinq ans maintenant. Qu’est-ce qui, selon toi, motive un grinder Expresso à s'y rendre ?

Un peu comme tous les joueurs d’Expresso, ces semaines de festivals représentent des vacances pour nous. Ça nous permet de sortir d’un quotidien très redondant et de jouer quelques tournois pour le plaisir, sans attente particulière. Et si je viens autant sur ces événements live, c’est aussi grâce au staff Winamax. Pourquoi autant de joueurs cochent-ils chaque année tous les événements Winamax sur leur calendrier ? Parce que le staff fait en sorte de donner envie à tout le monde de revenir. Que ce soit l’accueil, l’organisation ou les festivités, tu as vraiment l’impression d’être en famille. Une sorte de vacances organisées où tu sais d’avance que tu vas passer un bon moment. C’est génial ce que vous faites, un grand merci !

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