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[ITW] Expresso Million : 'J'ai rêvé de ce moment'

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Il l’attendait depuis toujours, et il était fin prêt : alors quand la table à un million d'euros est tombée, "Jules Marie" (aucun lien) n’a pas manqué le coche. Le 14e vainqueur de cette année nous raconte comment tout ça est arrivé.

Bandeau ExpressoQuand des Expresso Million tombent sur des tables high-stakes, les vainqueurs sont quasi toujours des tops regs. On pourrait croire que ce n'est jamais le cas sur des tables à 10 €, un buy-in accessible au commun des mortels... Et pourtant : le dernier champion sur cette limite, "Fiish01", en était bien un. Et son prédécesseur d'il y a un mois, "Jules Marie", l'a également été dans une autre vie. Car si le fan du tennisman youtubeur s'est retrouvé à jouer l'une de nos tables en or, c'est en fait grâce au... KING5. Vous allez voir qu'il avait pourtant tout prévu pour son one time, qu'il raconte en long et en large dans cette interview, sans oublier de revenir sur son surprenant parcours dans le poker. Oui, ce n'est pas la première fois que le Sudiste se retrouve sous le feu des projecteurs...

Il est 15h42 ce lundi 15 avril… Tu lances un Expresso Nitro à 10 €, et tu vois donc apparaître le jackpot à un million d’euros. Quel est ton sentiment sur le moment ?

Lorsque la table s'est affichée, je jouais avec le logiciel Shiva, qui permet de lancer un nombre de tables défini à l’avance sur Winamax. J’avais décidé d’en lancer 32 lors de la session, et j‘avais 8 tables en simultané à ce moment-là. J'en perds une, et j’en vois une autre apparaître avec un décor doré, où je constate qu’il y a marqué 1 000 000 € au milieu… Cela me paraissait irréel, même si j’ai déjà été régulier sur des limites bien plus importantes en Expresso. Le sentiment, ce n’est même pas de la joie, c’est du stress, de la peur panique. Je me dis que la chance de ma vie c’est maintenant, que cela va durer cinq minutes, et qu’il ne faut pas se rater, pour ne pas avoir de regrets toute ma vie en mode : “Tiens, si j’avais fait tapis sur cette main-là…”

Une fois la surprise passée, comment as-tu procédé pour mettre toutes les chances de ton côté à l’instant T ?

Il faut quand même vite se mettre dedans ! J’ai laissé les autres tables ouvertes, pour garder les automatismes et gérer le stress. Mais je ne me rappelle absolument rien de ce qui s’est passé aux tables annexes... Mon tout premier réflexe pour la table à un million a été de regarder les deux pseudos de mes adversaires, pour voir si je les connaissais. Ce n’était pas le cas. On part un peu dans l’inconnu à ce niveau-là, car sur ce genre de tables et à ces limites, il peut y avoir vraiment tous les profils. En plus, sur des jackpots comme ça, on ne sait pas trop comment les gens vont réagir. J’avais déjà vu plein de replays de tables à un million, et les joueurs sont ultra-serrés, mais il y en a aussi qui s’envoient en l’air. Finalement, je n’ai pas eu à attendre trop longtemps pour qu’il y ait de l’action.

En t'écoutant, on a l’impression que tu avais déjà tout planifié dans ta tête pour le jour où tu tomberais sur une table à un million…

Exactement. ​À un moment donné dans ma vie, j’avais une approche beaucoup plus professionnelle. Je ne jouais déjà que des Expresso, même si les Nitro n’existaient pas. Mais j’ai littéralement rêvé de ce moment. Je me suis souvent imaginé dans la peau d’un joueur de cette table à un million. Je me suis fait le film dans ma tête plein de fois dans ma vie, et c'est tombé au moment où je m’y attendais le moins. Je n’espérais qu’une chose, c'était de ne pas être terrifié par l’enjeu, et parvenir à faire ce que je sais faire. C’était le but, ne pas se faire marcher dessus.

Tu penses avoir réussi ?

Clairement. Je ne prétends pas posséder la science infuse, et je n’ai pas analysé la partie sur un logiciel, mais j’aurais tendance à dire que j’ai joué parfaitement avec les mains que j’ai reçues. Sur une partie comme ça, ce n'est pas que c’est encore plus simple, mais il y a certaines lines pour lesquelles on a encore plus la certitude qu’elles vont marcher. Des fois, sur un x2, on va se faire payer par des mecs qui n'en ont rien à faire... Mais sur une table à un million, ce n’est pas le cas. On sait que dans certaines situations, nos adversaires vont folder et basta, car ils auront trop peur de mettre tant d’argent en jeu sur une simple intuition. Cela aurait pu tourner dans l’autre sens, mais, plus que d’habitude, j’ai l’impression que c'était encore plus clair dans ma tête.

On se sent comment durant la partie quand on joue pour autant d’argent ?

Une fois que tu passes le premier coup, tu te sens beaucoup plus en confiance. Et dès la deuxième main, j'avais doublé. Je me suis quand même fait avoir, car comme je joue assez régulièrement en 10 €, que je connais tous les regs mais pas mes deux adversaires, je me suis dit que ce n'étaient pas des habitués. Mais quand j’ai cherché sur SharkScope, j’ai vu qu’ils avaient l’air d’être deux joueurs expérimentés, voir bien gagnants. J’aurais pu me faire avoir à cause de ça, car je les ai joués comme si c’était des récréatifs.

"Trois mains avant la fin, j’avais commencé à me dire que c’était fini pour moi..."

Tu doubles donc d’entrée… C’est quoi ton mood à ce moment-là ?

C’est pire ! Si tu perds sur la première main lors d’un coinflip inévitable, tu n’auras pas de regrets, tu ne peux rien faire d’autre. Là tu te dis : “Je n’ai plus le droit de ne pas prendre 800 000. Si je perds, ce sera une énorme désillusion…” Donc tu stresses encore plus.

Comment as-tu géré cette partie, techniquement parlant ?

Les décisions à table étaient toutes plutôt simples. Sur la première main [après un limp en SB, il relance depuis la BB avec 5-4 dépareillés], j’ai juste isolé en me disant : “Il n’y aura jamais de trap, je vais juste l’iso, ça va marcher tout le temps.” En heads-up, mon adversaire a fait tapis à chaque fois qu’il avait une main, donc c'était binaire : soit j’avais une main pour le payer, soit non. Sinon, il y a une main qui reflète ma stratégie [la #8 dans le replay], où je limp 5-3 off alors que je ne le fais jamais d'habitude. Mais sur cette table-là, j’avais l’impression que mon adversaire aurait beaucoup plus peur de faire tapis. Donc j’ai décidé d'avoir une range de 100% de limp préflop au bouton, et je l’ai bluffé turn. Il ne peut pas trop miser le flop, le turn est une carte qui lui fait peur, il a au mieux la troisième paire, et j’ai la pire main de ma range : si je check, je perds le coup. Ce sont des lines que j’aurais aussi pu prendre sur des parties normales, mais les joueurs n'auraient pas eu de pression et auraient payé pour voir.

Quelle a été ta réaction juste après avoir gagné ?

Il y a plusieurs sentiments. Trois mains avant la fin, mon adversaire avait déjà doublé sur moi [main #6]. J’avais commencé à me dire que c’était fini pour moi, que c’était en train de tourner, que j’allais y penser toute ma vie… Mais 35 secondes après, c'était terminé : tu joues un coinflip, enfin un 60/40 mais c’est comme un flip : vu les enjeux, il n'y en aura qu'un comme ça dans ta vie. Alors tu stresses quand les cartes tombent... Je vois l’As au flop, au turn j’avais 100%, et je me suis levé de ma chaise. C’est le moment où durant quelque temps, tu te demandes si tu n'es pas en train de rêver. Tu te dis que ça ne peut pas être vrai. Ce sont des émotions monumentales. J’étais tout seul au bureau, sans personne avec qui partager le moment. J’ai gueulé mais personne ne pouvait m’entendre. J’étais en panique, je ne savais pas quoi faire. Je regardais le montant écrit sur la table, je ne voulais pas la quitter. Pour le coup, j’avais instauré une limite de retrait automatique, alors instantanément j’ai reçu un mail : "Votre retrait de 790 000 € et quelques a été validé…” D'un coup, tout cela était un peu plus réel.

"La première nuit, je me réveillais toutes les heures et je regardais le screenshot sur mon téléphone pour être sûr"

Et la fin de la journée, la semaine... Ça se passe comment ?

Mon bureau est à une demi-heure de chez moi. J’ai eu du mal à rentrer en voiture tellement j’étais sous le choc. Je l’ai dit à mes amis et à ma compagne en premier lieu, mais je ne l’ai pas crié sur tous les toits non plus. La première nuit, j’ai mis longtemps à m’endormir car avec les émotions, j’étais K.O. J'ai fini par m'endormir comme une masse, mais toutes les heures je me réveillais et je regardais le screenshot sur mon téléphone pour être sûr. J’ai dû le faire dix fois dans la nuit ! C’est comme si tu grattes un Cash et que tu tombes sur 500 000 €. Et le virement sur mon compte est arrivé cinq jours après. En attendant, tu deviens parano : est-ce qu’il va y avoir un truc qui va faire que je ne vais jamais le recevoir ? Bon, il y a quand même une personne de chez Winamax qui m’a appelé.

Qu’est-ce que ce gain de 800 000 € va changer pour toi ?

J’ai toujours été conservateur, même dans l’approche de la bankroll. Mais j’avoue qu’en fait, tu stresses avec une telle somme car tu ne sais pas comment tu es censé réagir. Je ne sais pas encore véritablement ce que je vais en faire, j’ai déjà mon entreprise, je ne vais pas prendre une année sabbatique. En tout cas, je n’ai plus lancé une seule partie depuis. On est en train d'acheter une maison et on attend un deuxième enfant, donc ça tombe parfaitement. Disons que pour la maison, on ne réfléchira pas trop pour les travaux ! Il faut faire fructifier ça et ne pas tout dilapider.

Revenons au tout début de l’histoire. Racontes-nous comment tu t’es retrouvé ce lundi après-midi d'avril à jouer un Expresso sur Winamax.

Le poker, ça a commencé onze ans presque jour pour jour avant mon gain. J’étais un pur amateur qui venait de se qualifier pour La Maison du Bluff, sur un tournoi online à 5 €. Le lendemain, je me retrouvais au Portugal pour ma première expérience poker. J’étais littéralement un fish à ce moment-là, mais je m’en sortais plutôt bien. Je perds en demi-finale sans être trop déçu, car ça me semblait irréel d'aller choper un contrat de sponsoring. Cela m'a donné l’envie de devenir bon, j'ai été passionné par ce jeu. J’ai joué de manière de plus en plus régulière et sérieuse jusqu’à devenir un joueur gagnant. J'ai joué beaucoup de MTT quand j'étais étudiant, mais c’est extrêmement chronophage. Au bout de 2-3 ans, je jouais en 50-100 €, puis j’ai fait un break de six mois parce que je n’avais plus le temps, et on m’a dit : tu devrais te mettre aux Expresso, une heure suffit pour faire du volume.

"Des vieux potes m’ont proposé de les rejoindre pour le KING5 cette année. Je n’avais même plus de compte sur Winamax..."

Tu décides donc de faire la transition ?

C’était vers 2016-2017, et je me mets à fond là-dedans, tout en ayant mon entreprise à côté. J’attaque en Expresso 5 €, je monte jusqu’aux 100 €, qui était la plus haute limite à l'époque sur Winamax. J’ai été ensuite un des premiers regs des tables à 250 €. Mais à mon prime, j’ai stoppé net pour ne pas être obligé de partir à l’étranger, car ma femme avait un métier passion. Je ne voulais pas lui imposer de changer, et je suis redevenu un joueur occasionnel. Dès que j’avais des gains significatifs, j'arrêtais de jouer pour un temps… Et cette année, des vieux potes du poker m’ont proposé de les rejoindre pour le KING5 car il manquait quelqu’un dans l’équipe. On était deux jours avant la clôture des inscriptions, je n’avais même plus de compte sur Winamax… Au final, on a été éliminés dès le début, mais ça m’a donné envie de refaire quelques parties de Nitro. Vu que j’ai toujours eu une approche de bankroll stricte, j’ai recommencé sur les 5 €, et j’ai remonté petit à petit. Je jouais entre une et deux heures par jour, quatre jours par semaine, par esprit de compétition, pour reconstruire une bankroll, comme dans un jeu vidéo. Jusqu’à cette fameuse partie à un million. Mais c’est certain que sans le KING5…

Tu étais déjà tombé sur des gros jackpots auparavant ?

Sur Winamax, absolument jamais, j’étais du mauvais côté de la variance. En plus, je jouais plus cher, les probabilités de tomber sur des grosses tables étaient plus favorables... J’ai dû tomber un jour sur un x50. Là, j’ai rattrapé toute la variance, je ne peux plus whine de toute ma vie ! Et Winamax a toujours eu le soft le plus sympa.

MarieAu fait, pourquoi ce pseudo, "Jules Marie" ?

Je suis le vrai Jules Marie sur sa chaîne Youtube depuis longtemps, quand il n’était pas encore revenu sur le circuit international. Comme j’ai recréé un compte à la va-vite sur Wina et que je n’avais rien qui me venait en tête… En plus, si ça peut mettre le doute à deux-trois joueurs, ça me fait délirer, et c’est arrivé quelques fois aux tables. Je vais aller à Roland-Garros cette année, mais les qualifs seront finies depuis un moment, il y a peu de chances que je le vois jouer...

Quel est ton rapport avec le tennis ?

J’y joue beaucoup, c’est ma deuxième passion après le poker. Je suis classé 30/1. Mais chez nous [il réside à Oraison, NDLR], c’est pareil qu’au poker, il n’y a pas beaucoup de tournois, je fais juste les championnats par équipe et le tournoi du club. Une autre passion ? L’Olympique de Marseille. La demi-finale d’Europa League ? Je ne vais pas trop en demander non plus, si ils ne se qualifient pas, tant pis ! [L’OM a été éliminé entre-temps, NDLR]

Pour terminer sur une note poker… Durant tes onze années de carrière, tu t’es essayé au live ?

J’en ai fait un peu, mais jamais de festival Winamax. J’avais plein de collègues qui y allaient à chaque fois, certains ont fait des perfs, mais j’ai la phobie de l’avion. J’ai peu joué en live même si j’adore vraiment ça, mais en terme d’emploi du temps c’est plus compliqué. On va dire que j’ai un bon ratio en live, j’en ai joué une trentaine à tout casser, et j’ai fait TF d’un Highroller DSO et un gros deeprun sur un DSO. On me verra peut-être un jour sur l’EPT Monaco, ou le SISMIX. Vegas ? J’en rêve depuis toujours, surtout pour moi qui ai fait La Maison du Bluff, avec des joueurs comme ElkY. Cela se fera un jour, c’est certain. Je prendrai un somnifère...

Crédit photo : @JulesMarie01

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