Interview J-C Abeddou, scout en Amérique du Sud

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Il connaît l'Amérique du Sud comme sa poche et dégaine une pépite à la minute. Interview de Jean-Claude Abeddou, recruteur de football.

Après un début de carrière en tant qu'agent de joueurs, Jean-Claude Abeddou s'est récemment reconverti en recruteur en Amérique du Sud. Tour d'horizon des joueurs du continent.

En quoi consiste ton travail de scouting ?

Mon rôle est hybride. Je peux être conseiller, souffler des noms, donner quelques tuyaux et j'ai des contacts des deux côtés : en Amérique du Sud et au sein de quelques clubs. Je sers également d'intermédiaire dans certains deals. Je voyage beaucoup et passe six mois par an en Argentine ou au Brésil pour superviser les joueurs sur place. Pour l'instant, je suis à mon compte et j'espère décrocher un contrat à temps plein dans un club très prochainement.

D'où te vient cet intérêt pour l'Amérique du Sud ? Une partie de Football Manager qui s'est bien passée ?

Non, depuis toujours ! Ce n'est pas vraiment explicable. Mon père a toujours regardé l'Argentine et le Brésil à la télé. J'ai grandi avec ces équipes et mes plus grandes idoles viennent d'Amérique du Sud. Récemment, j'ai intégré le site Lucarne Opposée, ce qui m'a appris beaucoup de choses avec un gérant qui a de grandes connaissances. Je ne suis pas journaliste mais c'est un bon moyen de retranscrire ma passion et mon métier. Je le fais dans l'unique but de partager ce que je sais, ce que je vis et faire découvrir des joueurs aux lecteurs.

Combien de temps te faut-il pour te faire une idée du niveau d’un joueur ?

J'ai un logiciel professionnel et je m'en sers quotidiennement. Des heures par jour ! J'intègre dedans toutes les données, les notes que je prends quand je vais au stade. Pour connaître le niveau des joueurs, je dirais que cela dépend des cas mais en deux mois minimum, je peux me faire une idée sur un potentiel. Ensuite, il faut prendre contact avec son agent, c'est la partie la plus fastidieuse du métier. Il est rare de trouver des agents honnêtes... Beaucoup ne pensent qu'à l'appât du gain et ce n'est pas ce que je recherche. C'est encore plus difficile en Argentine car leur méthode de travail est particulière. Ils peuvent te poser un lapin à la dernière minute, ce qui m'est déjà arrivé...

Travailles-tu avec des clubs de Ligue 1 ? Sont-ils réceptifs à tes propositions ?

Seulement Nice et Lyon pour le moment, surtout Nice d'ailleurs. Par exemple, je leur ai proposé le latéral gauche Dalbert que j'avais observé plusieurs fois et qui était dans ma base de données. J'avais déjà un contact avec lui et j'ai servi d'intermédiaire avec le club pour la signature. En France, le système est particulier. Les dirigeants ne veulent pas prendre de risques et travaillent avec les agents qu'ils connaissent, souvent des amis. Ils ne sont pas vraiment réceptifs aux propositions. Globalement, nous les recruteurs, sommes peu écoutés ici. Même la signature de Mammana à l'Olympique Lyonnais n'est pas le fait d'un recruteur mais d'un agent qui a contacté Jean-Michel Aulas.

Justement, que penses-tu du recrutement d'Emmanuel Mammana ?

C'est vraiment la relève de l'Albiceleste. L'OL n'était pas le seul club sur le joueur, contrairement à ce qui peut se dire. La Lazio était intéressée, l'Atlético Madrid, le Napoli et la Fiorentina également. Il a falli partir à plusieurs reprises lors des derniers mois et cela ne s'est pas fait car le président de River Plate est dur en affaires. Sa dernière saison a été mitigée dans le sens où il s'est partagé le temps de jeu avec d'autres défenseurs. Pourquoi Lyon ? Car le club a été parfait dans le timing. Il est venu le chercher au bon moment, Lisandro Lopez a également fait le forcing et j'ai poussé le dossier de mon côté. Il y avait un bon feeling entre les différentes parties et tout s'est déroulé comme prévu. Je n'aime pas utiliser ce mot, mais c'est un réel crack.

Si tu devais nous conseiller trois pépites aujourd’hui, lesquels choisirais-tu ?

Si on garde l'Olympique Lyonnais en base de travail, je pourrais citer un latéral gauche : Emmanuel Mas de San Lorenzo. Il sort de belles saisons en Argentine et c'est le moment d'aller le chercher. Il vaut entre 4 et 5 millions d'euros. José Angulo également mais il vient de signer à Grenade en Espagne. En tant que doublure de Lacazette, il valait largement le coup pour 4 millions d'euros. C'est un réel diamant. En numéro dix, Oscar Romero du Racing est fort. Lui à l'OL, ce serait parfait. Les clubs sud-américains ont besoin d'argent et sont dans une situation précaire, il y a vraiment de quoi réaliser de bonnes affaires. Je ne suis pas en train de dire que tous les joueurs sud-américains sont géniaux mais il y a de vrais bons joueurs dans le lot sur lesquels faire des plus-values !

On a la sensation que le joueur brésilien est moins demandé que par le passé. Est-ce réellement le cas ?

C'est un problème générationnel. Les joueurs sont beaucoup trop irréguliers. D'autres nations du continent sortent également des talents comme le Chili ou le Vénézuela. Quand je propose un joueur de ces pays, on se méfie et pourtant, il y en a vraiment des bons. Tiens, un autre talent me vient en tête : Cesar Montes, un défenseur mexicain qui a la vingtaine. Grand, athlétique, bon relanceur. Il y a aussi Sebastián Pérez qui évolue en Colombie. Attention, ce n'est pas l'ancien joueur de l'OM... Il est numéro six et était suivi par le Barça il y a quelques mois. Ces joueurs s'exportent peu en Europe pour l'instant.

As-tu des informations sur Giovani Lo Celso, le nouveau joueur du Paris Saint-Germain ?

C'est vraiment une très belle affaire. J'étais surpris de ce transfert puisque le club n'a aucun recruteur sur place. L'idée doit venir d'un agent. Au départ, j'étais un peu réticent sachant que Laurent Blanc était le coach et qu'il l'aurait sûrement mis sur un côté alors que son poste est dans l'axe. Mais là, avec Emery, je suis certain que cela va coller. C'est un pur numéro dix comme Pastore, je pense qu'il peut aller plus haut que lui d'ailleurs.

On parle d’un retour de Lucho Gonzalez à l’Olympique de Marseille. Qu’en penses-tu ?

Pour faire les barbecues ? Non mais vraiment... Je suis Marseillais pourtant mais il ne faut pas oublier qu'il a été sifflé par le stade dans ses derniers mois au club. C'était le quatrième choix de Gallardo à River Plate et là, tu veux le mettre en Ligue 1 à 35 ans ? Il peut dépanner sur un ou deux matches mais c'est trop léger. Même Diarra a eu du mal à tenir l'équipe la saison passée. Lucho n'avance plus, il peut illuminer le jeu sur une passe mais il faut du mouvement autour. D'ailleurs, si on se rappelle bien, il a commencé à régresser quand Brandao a remplacé Niang à la pointe de l'attaque. Ce n'était plus fait pour son jeu. Quand j'entends qu'il "ne peut pas faire de mal", j'ai envie de dire que ce n'est pas le sujet ! Ce qu'on veut, c'est qu'il fasse du bien.

Quels sont les meilleurs joueurs sud-américains présents en Ligue 1 ?

À Bordeaux, les idées sont intéressantes niveau recrutement en Amérique du Sud. Je mets une pièce sur Malcom qui est un joueur qui me plaît. Il a seulement 19 ans mais a déjà enchaîné quelques saisons au Brésil. Il n'a pas pu s'exprimer la saison dernière à cause de l'état de l'équipe qui ne tournait plus à partir de janvier. C'était compliqué pour lui. Il reste un grand espoir brésilien, pour 5 millions d'euros, c'est bien vu. Sinon, j'aime beaucoup Rolan. C'est un mec réservé qui a mal vécu l'éloignement avec sa famille à son arrivée. Bien adapté, c'est fort pour la Ligue 1.

Es-tu intéressé par d’autres championnats ?

J'ai déjà travaillé avec des clubs espagnols et je garde un oeil sur le championnat portugais où il y a beaucoup de talents. Je ne l'ai pas précisé : la grande majorité de mon scouting concerne les joueurs sud-américains mais je m'intéresse également aux jeunes joueurs européens.

On va donc tester tes connaissances. Peux-tu remplir la grille 12 du week-end (50 000 € garantis) ?

Session one-shot Amérique du Sud

Le meilleur joueur sud-américain passé par la Ligue 1 ?

Ronaldinho.

La principale qualité des joueurs sud-américains ?

La technique... Leur folie aussi. On en a besoin en Ligue 1.

Le joueur qui t'a agréablement surpris ?

Nicolás Blandi qui est passé par Evian Thonon-Gaillard et qui n'a rien fait au club. Il a complètement explosé ensuite à San Lorenzo. C'est un bon buteur.

Le club de Ligue 1 parfait pour les sud-américains ?

L'Olympique Lyonnais parce qu'il y a des références, de l'enthousiasme chez les supporters... D'ailleurs, je m'entends bien avec les Lyonnais sur Twitter et je voudrais les remercier pour leurs nombreux messages. Dans la situation actuelle, le PSG est également intéressant bien sûr. J'aurais ajouté l'OM à une certaine époque mais ce n'est pas assez stable aujourd'hui.

Le club qui travaille le mieux avec le continent sud-américain ?

Benfica, sans hésitation. Le club est aidé par le système financier et la tierce propriété, ce qui sauve le championnat portugais d'ailleurs.

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Eddy Fleck

Community manager sport. Le football est un sport simple, rendu compliqué par l'heure de la collation.

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