Interview du mec qui crie POPOPOPOPOPOPOPOLOLO

Par dans

À bientôt 36 ans, Kevin est ce que l’on appelle « un petit rigolo ». Il y a quelques années, il a décidé de tout plaquer pour devenir le crieur officiel de la porte d’Auteuil.

Kevin, comment vous est venu l’idée de crier POPOPOPOPOPOPOPOLOLO pour la première fois ?

C’était en 2003, je m’en souviens comme si c’était hier. Je venais de passer mon bac et je profitais du tournoi avec mes amis. Mais je trouvais que cela manquait d’ambiance ! Sur le court, Nadal était en train d’assommer Sébastien Grosjean. Et là, lors d’un temps mort entre deux sets, je commence à crier « Rafael a faim, il a Nadal ! ». Dans le public, certains spectateurs se sont retournés pour sourire. C’est comme ça que ça a commencé.

Vous avez pris confiance ?

Exactement. Vous savez, le public du tennis est assez différent d’un public de foot. Ils sont plus calmes, il ne faut pas les déranger. Mais j’ai eu l’impression qu’ils s’étaient pris au jeu. Donc j’ai continué. Après un superbe coup droit de Grosjean, j’ai crié « POPOPOPOPOPOPOPOLOLO ». À ce moment-là, je n’avais aucune ambition, je voulais juste exprimer ma joie. Et là, un autre spectateur s’est retourné, et m’a répondu « OLÉÉÉÉ ! ». À partir de ce moment-là, j'étais lancé.

Que s’est-il passé par la suite ?

Je devais commencer mes études en école de commerce. Mais j’ai senti que ce n’était pas le moment de lâcher, que j’allais peut-être enfin connaitre mon moment de gloire. J’ai annoncé à mes parents que je renonçais à mes études, et j’ai acheté des tickets pour l’ATP 250 de Montpellier. Là-bas, j’ai senti l’effervescence. J’étais certain que ma carrière allait décoller après ça.

Donc vous n’avez pas fait d’études ?

Non. Il y a des tournois quasiment toutes les semaines. Je n’avais pas le temps de continuer après le bac. Je me suis lancé directement. Il faut savoir vivre ses rêves. Aujourd’hui, je vis de ma passion. Et des allocations Pôle Emploi.

Donc vous êtes au chômage ?

Qu’est-ce que vous insinuez par-là ? Edouard Mendy aussi était au chômage il y a quelques années. Aujourd’hui, il est devenu le premier gardien africain à remporter la Ligue des Champions. Je connais bien Edouard. On s’est inscrit à Pôle Emploi en même temps. Son histoire m’inspire.

À quoi ressemble une journée type lors d’un tournoi du grand chelem ?

Tout d’abord, il faut rappeler que pendant 15 jours, les matchs débutent vers 10h du matin et peuvent se terminer à minuit. Ce sont des longues journées. Donc je commence notre préparation physique assez tôt, vers le mois de mars. Il est primordial de travailler le cardio car on a besoin d’endurance. Ensuite, il faut que la voix tienne du début à la fin. Je conseille donc de boire une tisane dans laquelle on rajoute une petite cuillère de miel chaque soir afin de la préserver. Quand le tournoi débute, il faut donc se lever aux alentours de 8h. J’habite toujours chez mes parents, qui sont dans le 16e arrondissement. J’ai donc la ch…

Vous habitez toujours chez vos parents ?

Oui, pourquoi ?

Pour rien.

Bref. J’ai la chance de pouvoir aller à pied au stade. Ensuite, je commence par aller voir les courts annexes en début de journée. C’est ici qu’il y a le plus d’ambiance, et il y a souvent des matchs de petits Français que l’on ne connait pas trop. C’est idéal pour se lancer et prendre confiance. Quand les gens sont arrivés que les gros matchs commencent, on bascule sur le Court Central. Et si je devais distiller un petit conseil pour les débutants… N’oubliez jamais de ramener une casquette afin d’éviter les coups de chaleur. Ils peuvent vous être fatals.

L’année dernière, le tournoi s’est déroulé à huis clos, sans vous…

Ce fut une période compliquée pour tout le monde. Ça a été dur à accepter. On se prépare toute l’année pour ce rendez-vous, et à cause d’un aléa indépendant de votre volonté, tout s’envole au dernier moment. Au début, mes parents voulaient que je trouve un boulot pour compenser. Vous vous rendez compte ? Heureusement, ils ont été compréhensifs. Au final, ils ont même répondu « OLÉÉÉÉ ! » lorsque je criais « POPOPOPOPOPOPOPOLOLO » devant ma télé. Cela restera un bon souvenir malgré tout, mais je suis content de pouvoir revenir cette année.

Justement, cette année, le nombre de spectateurs sera limité. Cela ne vous fait pas peur ?

J’en fais des cauchemars depuis des mois. D’abord, je me lève. Je lance mon « POPOPOPOPOPOPOPOLOLO ». Et là, personne ne me répond. Pire, certaines personnes se retournent pour me regarder bizarrement. C’est à ce moment-là que je me réveille en sueur. Mais ce sont les risques de notre métier. Il faut savoir les accepter, et vivre avec cette peur.

Y a-t-il des tournois où ça vous est arrivé ?

Ici à Paris, jamais. Mais j’ai un mauvais souvenir de Wimbledon. Les Anglais sont très stricts et attachés aux traditions. Je me souviens de la finale 2013. La Reine d’Angleterre était présente pour l’occasion. Les écrans géants la montrent en gros plan. Je me lève et je crie mon meilleur « POPOPOPOPOPOPOPOLOLO ». J’ai vraiment tout donné ce jour-là. Pourtant, j’ai senti de la stupeur dans le public. Quelques minutes plus tard, 2 agents de sécurité sont venus et m’ont emmené dans une salle annexe. Je n’ai pas vu la fin de la finale.

Quel est votre meilleur souvenir ?

L’édition 2008 ? La demi-finale de Monfils. Je n’ai jamais connu une telle ambiance dans ma carrière. Je pense que c’est la meilleure performance de ma vie. J’étais en pleine force de l’âge. Parfois, je me fais encore le résumé de la rencontre sur Youtube.

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