Interview de Sonny Anderson

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Consultant sur beIN Sports, Sonny Anderson reste l'un des plus grands attaquants de l'Histoire du championnat de France. Tout en détaillant sa vision du football, il revient sur la saison écoulée et donne ses pronostics pour la Copa América cet été.

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Comment consommes-tu le football aujourd’hui ? Quels championnats suis-tu le plus ?

Disons que puisque je suis à beIN Sports, j’ai la chance de pouvoir suivre plein de championnats. Je suis plutôt spécialisé dans le football espagnol et la Ligue 1. J’aime suivre mes anciens clubs mais aussi des équipes qui me plaisent suivant les saisons, comme Lille cette année par exemple. Étant donné que je suis installé en France, je regarde beaucoup le championnat.

Monaco, qui fait partie de tes anciens clubs, a frôlé la relégation cet été. Comment analyses-tu cette saison galère et comment éviter de revivre cela l’an prochain ?

Déjà, il ne faut pas reproduire la même erreur que la saison dernière, à savoir changer d’entraîneur en cours de championnat. C’est une des principales raisons pour lesquelles Monaco a été en difficulté. Thierry Henry n’a pas eu vraiment le temps de s’exprimer car les résultats n’arrivaient pas. Il n’a pas été gâté avec les blessures de joueurs importants. Ensuite, il y a eu le retour de Leonardo Jardim trois mois après son départ, qui a fait un choc, avec la mission de se sauver en adoptant une autre façon de jouer que celle d'Henry. Ça a été chaud jusqu’à la dernière journée mais bon ils s’en sont sortis, c’était l’objectif principal : maintenir le club en Ligue 1 pour repartir la saison prochaine. La continuité de Jardim, c’est important. Il va pouvoir remettre des choses en place pour mieux aborder la saison qui arrive. On l’a vu avec Lille cette année, d’une saison à l’autre, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer. 

Tu as la particularité d’avoir évolué sous les couleurs des deux Olympiques : quel est le plus grand de France ?

C’est compliqué parce que j’ai passé quelques mois à Marseille avec beaucoup de réussite, des buts et un public extraordinaire. C’est l’OM qui m’a fait vraiment connaître en France. Après, Lyon, c’était un autre projet. Le club est venu me chercher à Barcelone. L’idée du Président était de changer la mentalité et de devenir un grand club en France. Il voulait gagner des titres et nous l'avons fait. C’est différent. Je suis partagé entre celui qui m’a fait connaître et celui où j’ai passé les meilleures saisons de ma carrière. Je n’aime pas choisir entre les deux car chaque Olympique a joué un rôle important dans ma carrière.

Comment juges-tu l’OM Champions Project ?

L’échec réside dans l’annonce du projet. L'idée de récupérer d'anciens joueurs cadres de l'OM et penser qu’à leur retour ils pourraient apporter les mêmes choses qu’auparavant était mauvaise. Rudi Garcia, pour moi, c’était quelque chose de bien pour Marseille mais le recrutement qui a suivi n’était pas bon. Notamment en attaque, Payet a baissé dans sa production et il manquait vraiment un avant-centre. L’erreur c’est d’avoir annoncé un projet aussi grand dès le départ, car dès lors il fallait que les résultats suivent derrière…

Es-tu rassuré par l’arrivée d’André Villas-Boas ?

Avec Villas-Boas, je pense que ce ne sera pas la même chose. La communication ne sera pas la même. Il va vouloir reconstruire un groupe en faisant des choix forts. Il y a des joueurs à garder et d’autres à faire partir. Marseille est obligé de retrouver une vraie stabilité. Avec Villas-Boas, ça peut fonctionner si le club suit. Ce n’est pas un changement d’entraîneur qui va tout solutionner. Si vous gardez la même mentalité et les mêmes façons de fonctionner, ça ne marchera toujours pas. Je pense que si l’OM ne change pas la manière de travailler au sein du club, notamment celle des dirigeants, il y aura encore des problèmes. On se pose toujours les mêmes questions : quel est le vrai rôle de Zubizarreta ? Que fait le Président ? Le coach a-t-il la liberté de gérer ce qu’il se passe sur le terrain tout en laissant Zubizarreta faire son travail à 100 % ?

Tu as symbolisé la bascule entre le « Lyon d’avant » et le « Lyon qui gagne ». Que manque-t-il à l’OL pour triompher à nouveau ?

Ce qu’il manque à l’OL, c’est que les joueurs s’identifient au club, tout simplement. La différence avec l’époque où Lyon a tout gagné, c’est que les joueurs s’identifiaient à 100 % au club, il n’y avait pas l’idée d’un tremplin, de se dire « je passe à Lyon pour partir ailleurs ensuite ». Je pense que c’est pour cela qu’Aulas a organisé le retour de Juninho aujourd’hui. Il va donner cet élan afin de retrouver une identité club. Beaucoup de joueurs venus de l’étranger ne connaissent pas vraiment la grandeur d’antan de l’Olympique Lyonnais. Il faut qu’ils réalisent que l’OL est un grand club et qu’il faut avant tout gagner des titres avec Lyon avant de penser à partir plus haut. 

Quel regard portes-tu sur l’arrivée de Sylvinho à la tête de l'équipe ?

Il faut accepter Sylvinho sans le juger dès le départ, parce qu’il va y avoir beaucoup de changements. Cela va être assez important au niveau de la rigueur tactique, c’est quelqu’un qui est très sérieux dans ce qu’il veut faire, qui a le souci des petits détails. Au niveau tactique, en France, on n’est pas trop habitués aux séances vidéo. Sylvinho va vouloir changer cette mentalité chez ses joueurs. Il va chercher à inculquer la gagne. Le club et l’équipe passeront toujours avant les joueurs, et c’est quelque chose que l’on a souvent eu du mal à mettre en place dans le championnat français.

Quelle est ta vision du poste d’attaquant de nos jours ?

Je pense qu’il y a très peu de vrais avants-centres, ceux qui sont là pour finir les actions. J’ai été un peu surpris que l’OL recrute Moussa Dembélé, qui n’est pas un attaquant qui participe au jeu, mais ils ont compris qu’il fallait jouer avec lui dans les espaces car il fait de très bons déplacements et il est fort dans la surface. On n’a pas vraiment de grands attaquants de pointe en France. Mbappé c’est un attaquant mais ce n'est pas un joueur de pointe, comme Cavani, qui a une façon de jouer un peu particulière. À Lille, ce sont plusieurs attaquants qui peuvent faire la différence mais il n'y a pas non plus de vrai avant-centre. Falcao est sans doute le seul qui est capable d’être dans ce registre, qui est là essentiellement pour finir les actions. S’il y a une pénurie d’avants-centres, il y a par contre beaucoup de très bons attaquants en France, qui peuvent faire la différence.

Tu as été entraîneur des attaquants à Lyon. Est-ce un poste devenu incontournable au plus haut niveau ?

Je pense que les clubs doivent mettre en place des entraînements spécifiques pour ce poste, avec des entraîneurs pour les attaquants comme il y a des entraîneurs pour les gardiens. Il y a aussi du travail mental et technique à faire, il faut l’individualiser. La répétition des gestes est très importante. Il faut répéter sans cesse les mêmes actions pour s’améliorer.

Penses-tu redevenir entraîneur à l'avenir ?

Cette idée travaille dans ma tête effectivement. Aujourd’hui, ça fait sept ans que je suis chez beIN et je m’y sens bien. Ça me permet d’être attentif à tout ce qu’il se passe sur le terrain. Mais j’ai vécu vingt ans de carrière comme joueur, j’ai goûté au rôle d’entraîneur, forcément ça donne envie de revenir sur un banc à l’avenir. Que ce soit en tant qu’entraîneur des attaquants ou comme coach.

Quel est le club qui pratique le football qui te correspond le plus ?

Je suis partagé entre ce que fait Lille et ce que propose Lyon aujourd’hui. J’aime leur construction. Le PSG, c’est tout fait. Les grands joueurs s’expriment dans ce cadre. C’est comme pour Barcelone, peu importe l’entraîneur, ça marchera toujours bien. Ce qu’a fait Genesio à l’époque, c’était difficile. Le travail que fait Galtier avec Lille aujourd’hui, à savoir donner cet élan offensif pour jouer et marquer des buts, c’est ce qui me correspond le plus. 

Et la sélection ?

Au niveau des sélections, il y a le système de Deschamps que j’aime bien. Il cherche toujours à marquer des buts malgré une apparence défensive. Quand vous remportez la Coupe du Monde, c’est que cette rigueur paye et que vous pouvez aussi vous exprimer comme l’a fait Mbappé notamment. J’aime aussi la liberté qu’ont les attaquants du Brésil. C’est ce qui me plait le plus.

Comment abordes-tu ton rôle de consultant pour beIN ?

J’essaie d’analyser ce que les gens ne peuvent pas forcément percevoir par eux-mêmes. La tactique d’un entraîneur, un système de jeu, un déplacement d’un attaquant, un but, un résultat… Il faut savoir que ce que l’on a vécu nous, en tant que footballeurs, les joueurs d’aujourd’hui le vivent également. Les actions sont les mêmes, ce sont les acteurs qui changent. On a vécu des problématiques identiques. J’essaie de ne jamais être dans la critique mais plutôt de donner des solutions ou des réponses au public. J’aime expliquer pourquoi : pourquoi ce choix, pourquoi ce raté, pourquoi ce résultat… Critiquer c’est facile, ce n’est pas correct sachant que l'on est passé par là. 

Quel est ton favori pour la Copa América, qui sera diffusée en intégralité sur beIN cet été ?

C’est toujours le Brésil le favori ! C’est la nation la plus forte en Amérique du Sud, avec des attaquants comme Neymar, Coutinho, Gabriel Jesus… Au niveau défensif, ceux qui sont peut-être les deux meilleurs gardiens en activité sont Brésiliens. La défense est impeccable et le milieu de terrain est fabuleux.

Le problème pour le Brésil, c’est qu’il faut assumer cette pression : le statut de favori, le fait de jouer à la maison… L’Uruguay n’aura peut-être pas Suarez cette année, il reste le Chili, l’Argentine de Messi et la qualité de l’équipe de Colombie, mais pour moi le Brésil possède le meilleur effectif.

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Finalement, le principal adversaire du Brésil, c'est peut-être lui même.

L’expérience s’acquiert avec le temps et les échecs. Cette équipe du Brésil a connu des déceptions récemment, notamment lors des deux derniers Mondiaux. Aujourd’hui, elle est beaucoup plus mature et prête à assumer ses responsabilités. La pression demeure mais le fait d’avoir connu des échecs aide à ne pas refaire les mêmes erreurs.

Quel est ton regard sur l’évolution de Neymar ?

Je suis toujours fan. On a la chance d’avoir l’un des trois meilleurs joueurs du monde dans le championnat de France. Il veut avant tout se faire plaisir sur le terrain, il désire jouer le football qu’il jouait à Santos. C’est ce qu’il a fait à Barcelone. J’espère qu’il jouera le plus longtemps possible. Je ne suis pas très à l’aise lorsqu’on le critique en France car on n’est pas habitué à voir de joueurs capables de faire ce qu’il fait. On le juge souvent par rapport à ce qu’il ne fait pas plutôt que par rapport à ce qu’il fait, et ça c’est dommage. Mais je suis persuadé qu’on aura le vrai Neymar la saison prochaine au PSG, et tout le monde va se régaler en le voyant dans ses œuvres.

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