Interview de Samuel Ollivier

Par dans

Samuel Ollivier est passé de France - Croatie au stade Louzhniki à Lorient - Le Havre au Moustoir en treize jours. Le journaliste de Beinsports n'a cependant pas perdu sa passion pour la Ligue 2.

Samuel Ollivier

La Ligue 2 a démarré depuis 6 journées et on a déjà la sensation que c’est plié... 

C’est vrai que cette saison on a une tendance qui se dessine assez rapidement avec Metz, et dans une moindre mesure Lorient et Lens d’un côté, et Nancy de l’autre. Ceci étant, on connait suffisamment la Ligue 2 pour savoir que ce championnat est impronosticable, et que ce que l’on croit acquis au bout de six journées se trouve être démenti au bout de douze. Donc je me garderai bien de dire que les choses sont faites, et que l’on verra Metz et Lens en L1 ou Nancy en National. Ces dernières saisons, on a vu des retournements de situations inattendus. Je pense que tout peut encore changer.

Ils ont la même coupe de cheveux : peut-on dire que Fred Antonetti est le Zinédine Zidane de la Ligue 2 ?

C’est une bonne question (rires). Je pense qu’ils sont très différents, mais ceci étant il y a peut-être un rapprochement que l’on peut faire. Il a fallu du courage à un moment donné dans la vie de Zidane pour devenir entraineur alors que l’image que l’on se faisait de lui comme joueur ne le prédestinait pas à faire une carrière sur le banc de touche.

Et il faut également une forme de courage à Fred Antonetti pour revenir en Ligue 2, un championnat qu’il a connu il y a longtemps lorsqu’il entrainait Saint-Etienne au début des années 2000. Pour le coup, c’est une vraie remise en question de descendre d’un étage comme l’ont fait Philippe Montanier cette saison ou Antoine Kombouaré il y a quelques années avec le Racing Club de Lens. Patrice Lair l’a fait également d’une autre manière : il a tout gagné dans le football féminin et il débarque à Niort.

Metz, Lorient et Lens occupent déjà le haut du tableau : est-ce qu’une équipe moins huppée peut venir jouer les troubles fête ?

La Ligue 2 réserve toujours son lot de surprises et d’équipes que l’on n’attendait pas. Niort peut clairement être celle-ci. C’est une équipe qui fait partie des meubles du championnat, et qui a fait le choix de changer sa direction sportive il y a quelques mois avec Karim Fradin à la présidence et Patrice Lair sur le banc. Quand on voit le début de saison on peut dire que c’est un pari réussi, d’autant que beaucoup de joueurs ont quitté le club cet été. J’étais curieux de voir comment ça allait se passer avec Lair, car avoir tout gagné chez les féminines ne veut pas nécessairement dire que la victoire est assurée chez les hommes. Et pour l’instant, force est de constater que le travail paye.

Pariez sur la Ligue 2

La Ligue 2 a commencé le 27 juillet, ta Coupe du monde s’est terminée le 15 : tu n’en veux pas trop aux Bleus de t’avoir privé de vacances ?

(Rires) Non, je ne leur en veux pas. Au contraire, on a passé un moment formidable. C’est vrai que les vacances ont été très très courtes. Je suis rentré en France le 16 juillet à 15h00, et, à peine arrivé, j’ai reçu un coup de fil de ma direction qui m’a demandé d’être en plateau à 17h00 pour commenter la descentes des Champs-Elysées et la fête des joueurs de l’Equipe de France. On a donc terminé assez tard.

Il est vrai que je n’ai eu qu'une petite semaine de vacances, donc clairement il y a beaucoup de fatigue et elle a du mal à s’estomper (rires). Mais j’étais tellement content de retrouver la Ligue 2, qui est un championnat que j’adore, et pour lequel je me bats pour sa mise en valeur depuis 2012 avec Geoffrey Chapon et Florian Demez qui sont les deux chefs d’édition des programmes Ligue 2 sur beIN, qu’il y avait beaucoup de plaisir malgré le peu de vacances.

Comment as-tu vécu la Coupe du monde : dans la peau du journaliste ou dans la peau du supporter ?

On est toujours dans la peau du journaliste, ça c’est certain. Après ce qui est clair, et ça a été encore plus fort que pendant l’Euro 2016, c’est que cette Equipe de France-là a procuré des émotions. Pas toujours par la qualité de son jeu, mais de par son groupe. C’est une bande de gamins pour la plupart, qui n’ont pas du tout conscience de ce qu’ils ont fait, et qui nous ont entrainés dans une forme d’euphorie qui a été encore bien plus forte dans le pays. On a été très étonné en rentrant en France de voir l’euphorie des gens dans la rue, sur les Champs-Elysées. C’est quelque chose qu’on percevait mal en Russie.

Dans ce genre de situations, la difficulté est donc de trouver le juste milieu et je crois qu’on l’a bien fait puisqu’on a sorti des informations sur beIN qui n’ont pas toujours fait plaisir au staff de l’Equipe de France, notamment lorsque l’on a raconté la soirée qui a suivi France - Argentine et l’épisode Adil Rami avec l’extincteur. Cela fait aussi partie de notre boulot de sortir ces informations-là, et nous avons respecté le cahier des charges de ce point de vue. Mais c’est vrai qu’il y avait une sorte d’entrain à suivre cette équipe parce qu’elle nous a procuré de belles émotions.

Et donc, Adil Rami n’a pas essayé de vous asperger avec un extincteur ? 

Non (rires). Mais il faut savoir que c’est lui qui a révélé après la Coupe du monde qu’il était à l’origine de l’incident. Nous, quand on a eu l’information, on n’avait pas l’identité d’Adil Rami. Mais pendant le mondial, il nous a laissé tranquille (rires).

Quand on demande une anecdote aux joueurs de l’Equipe de France aujourd’hui, la plupart nous parle de cet épisode-là et ça montre deux choses : un, la bonne ambiance qu’il y avait dans le groupe et deux, la façon dont Didier Deschamps a géré cet incident. Cela aurait vite pu tourner à quelque chose de négatif. Il a su discerner ce qui était important du reste, et c’est resté de l’ordre de l’anecdote.

On prend les mêmes et on recommence : comment as-tu senti les Bleus pour ces deux premiers matchs post-CDM ? Comment tu les vois dans cette Ligue des Nations ?

C’est difficile pour un sélectionneur de modifier une équipe qui a été performante. La qualité de jeu n’a pas été toujours au rendez-vous-même si par séquence elle est revenue. Cependant, c’est difficile de juger une équipe qui n’est pas prête physiquement. Les joueurs ont tous repris tard et ça s’est vu. Même ceux qui sont d’habitude très bons dans ce domaine ont accusé le coup. Matuidi a par exemple dit après la rencontre qu’il était vidé.

Pariez sur la Ligue des Nations

Session one-shot « La Domino's Ligue 2, vous en prendrez bien une part »

Quel est le meilleur joueur que tu aies vu évoluer en Ligue 2 ? 

Le premier nom qui me vient à l’esprit, c’est Benjamin Nivet. Il est évidemment impressionnant par rapport à l’âge qu’il a, mais surtout car il donne l’impression de jouer dans un fauteuil, et de distribuer avec une telle aisance… Pouvoir faire ça avec une telle qualité de passe et de vision du jeu, c’est donné à peu de monde, y compris à des joueurs qui ont 25 ans aujourd’hui, que ce soit en Ligue 1 ou en Ligue 2.

Quel joueur faut-il suivre attentivement cette saison ? 

Farid Boulaya de Metz a été vraiment très bon sur les premières journées. On peut le citer pour ses qualités de passeur (4 passes décisives depuis le début de saison). C’est le style de joueurs qu’on aime, dribleur, capable d’éliminer dans les petits espaces.

Sinon, j’aime beaucoup le profil de Pierre-Yves Hamel à Lorient. C’est un peu le Thomas Müller de la Ligue 2, il a la même tête. Il est très discret, mais il est d’une efficacité redoutable devant le but.

Existe-t-il un club de Ligue 2 dans lequel Robert Malm n’a jamais joué ?

Non, c’est impossible (rires) ! Il a joué dans tous les clubs de Ligue 2, et de Ligue 1 d’ailleurs. C’est impressionnant. Il est chez lui partout. C’est génial pour nous car nous sommes bien reçus dans tous les stades. Je me souviens d’un match à Nîmes, où pour rejoindre les tribunes, nous devions monter par le kop des supporters situé en latérales. Et là, il y a eu une ovation pour Robert Malm. Les gens se sont levés pour l'applaudir et chanter son nom. C’est vrai qu’il avait été particulièrement performant avec Nîmes lorsqu’il y a joué, mais ça situe bien la cote de popularité de Robert.

Le bar « Le penalty » de Brest existe-t-il vraiment ?

Le bar existe vraiment ! D’ailleurs, cela fait longtemps qu’on n’y a pas mis les pieds car la programmation fait que nous ne sommes pas allé à Brest depuis un moment. C’est un bar-tabac, et je me fais un point d’honneur à aller y acheter le Télégramme et Ouest-France à chaque fois que nous allons à Brest.

De la cabine commentateur, on peut y apercevoir un bout du bar, et il est vrai qu’on le cite dès qu’on en a l’occasion, car c’est un symbole de ce que peut être la Ligue 2 : un championnat de villes moyennes et de clubs qui essaient de se développer. Nous, ce qu’on aime, c’est d’aller dans des villes comme Brest, Niort, des villes portuaires comme Le Havre. Je suis allé pour la première fois de ma vie à Béziers, mais le match a été malheureusement reporté contre Lens. C’est aussi ça le foot français, et c’est ce que l’on a envie de mettre en avant.

Le but d’Amiens à Reims ou le but de Pavard contre l’Argentine ?

Ahlala c’est horrible ! C’est dur comme question. Avant la Coupe du monde, le but d’Amiens était pour moi au-dessus de tout, en termes d’émotions et de ressentis. Je n’étais pas au stade mais en plateau, et Jérôme Bigot l’a tellement bien commenté que cela m’a procuré des émotions incroyables.

Mais le but de Pavard… J’étais non seulement au stade, mais en bord de pelouse, derrière le but argentin avec les joueurs français qui s’échauffaient. J’étais parfaitement placé, la trajectoire est magnifique et tous les joueurs sont entrés sur la pelouse. Le seul qui n’est pas entré, c’est Grégory Dupont, le préparateur physique des Bleus. Et la joie était tellement forte qu’il est quand même venu nous taper dans les mains. Il était très soulagé de voir l’Equipe de France revenir dans le match. C’est vrai qu’à 2-1, on était beaucoup à ne plus trop y croire.

Les pages à suivre

twitter @WinamaxSport 
 

fb Winamax Sport 
 

site Pariez sur le sport


Thibault

J'aime le bruit blanc de l'eau.