Interview de Sam's (Mastar)

Par dans

Footballeur, auteur, acteur et rappeur, Sam's, de son vrai nom Moussa Mansaly, a eu mille vies. Sous le feu des projecteurs dans le rôle de Mastar au cœur de la série "Validé", il revient sur son parcours, du quartier au festival de Cannes.

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Avant de commencer, combien de vies as-tu eu exactement ? On mise sur 4 ou plus...

Pfiou, moi je suis comme Forrest Gump ! Franchement, allez, un, deux, trois, quatre, cinq... J'en ai eu cinq minimum !

Footballeur, rappeur, auteur et acteur... Comment fais-tu pour multiplier autant de casquettes ?

Je ne me suis jamais mis de barrière. Je marche au feeling, à l'énergie positive. Quand j'ai envie de faire les choses, je m'en donne les moyens. Quand tu as l'amour de vouloir faire les choses, que tu aies une formation ou pas, tu te formes sur le tas. Tu passes du temps et tu acquiers des compétences. C'est de la bonne fatigue. J'aime prendre le positif de chaque situation pour m'en servir sur tous les fronts. Mais je ne dors pas par contre !

N'est-ce pas trop dur de ne pas te perdre entre l'auteur parfois anonyme, le rappeur Sam’s et l'acteur Moussa Mansaly ?

L'important c'est de savoir prendre le recul nécessaire et avoir l'humilité de connaître sa position à l'instant T. Il peut y avoir un moment où tu te dis "tiens, j'ai plus d'exposition dans ce domaine que dans celui-là..." Il faut toujours garder de la lucidité afin de tirer le meilleur de chaque discipline. Entre l'auteur, le rappeur et l'acteur, il y a mon ADN. Ce que je suis moi. Le fait de ne pas me mettre de barrière me permet de moduler en fonction des activités que j'ai à faire.

La série "Validé" sur Canal+ bat actuellement tous les records... Comment expliques-tu ce succès ?

Il y a plusieurs facteurs. Déjà, c'est la première série sur le rap. Skyrock est devenue la quatrième plus grosse radio en France, le rap s'affirme officiellement comme une partie de la culture. Qu'on le veuille ou non, il s'est inscrit dans les moeurs. Les artistes qui streament le plus, ce sont des rappeurs. Le rap est partout maintenant. Ensuite, au delà de la thématique, il y a la qualité de la série et son ton, qui s'est voulu ultra réaliste. On n'est pas rentré dans un truc parodique ou comique. Je pense que dans cette série il y a des clichés assumés parce qu'ils sont propres au rap. Dans le rap game, il y a certains codes. Sans en faire l'apologie, tu ne verras jamais Matthieu Chedid et Christophe Maé se taper dans un aéroport... Enfin, le facteur du confinement entre aussi en jeu car tout le monde dévore des séries en restant à la maison. Ces éléments font que "Validé" a ultra-cartonné mais je suis persuadé que la série aurait également eu un très gros impact sans le confinement.

En plus de jouer le rôle de Mastar, tu as été le directeur artistique de la série. En quoi cela consiste et comment as-tu appréhendé cette double-casquette acteur/coordinateur ?

Franck Gastambide m'a parlé de ce projet qui lui trottait dans la tête depuis longtemps. Il cherchait à trouver un acteur qui savait rapper et inversement, il ne voulait pas se prendre la tête à former quelqu'un, que ce soit pour le volet musique ou comédie. Quand il m'a rencontré via sa compagne Sabrina Ouazani puis sur le tournage de La Surface de Réparation, il m'a dit que c'était comme une évidence qu'il m'intègre au projet. Il faut dire que je connais du monde dans le rap game et que je n'ai pas de casserole, donc mon rapport avec le milieu est très sain. J'ai été nommé à ce poste de coordinateur artistique pour faire le lien entre le rap game et le cinema. J'ai dû ramener des guests, prêcher la bonne parole pour expliquer que ce projet était nécessaire et qu'il ne pouvait pas se faire sans de vraies stars du milieu... Le fait d'avoir été auteur pour certains artistes m'a également rendu à même de créer des morceaux pour les personnages de la série.

Avant le rap et le cinema, tu as été footballeur. Peux-tu nous raconter ton parcours, de la banlieue bordelaise jusqu'en Angleterre, avant une blessure au genou qui a coupé net à tout cela...

Tout a commencé en pupilles au Club Municipal Floiracais, où j'ai grandi, avant de jouer au quartier d'à côté pour Cenon. Je jouais avec Eloge Enza-Yamissi, on était les meilleurs d'Aquitaine en moins de 13 ans. J'ai même monté mon premier groupe de rap avec lui. On tapait les Girondins, etc... J'ai commencé les sélections en Ligue d'Aquitaine avec les Chamakh, Mavuba, Valbuena, Planus... Malheureusement, j'ai raté un tournoi interligues car j'étais puni par mon père après une lettre de renvoi du collège. Les deux autres joueurs de mon club ont intégré des centres de formation à la suite de ce rassemblement. Je suis resté sur le carreau. J'en parle dans mon morceau FFF. Au final, j'ai continué à jouer et vers 18-19 ans, une meuf qui se prétendait agent et proche d'Amara Simba m'a emmené en Angleterre pour que j'y fasse des essais. C'était une arnaque. Mais moi, je ne voulais pas rentrer en France sans avoir tenté ma chance outre-Manche donc j'ai contacté moi-même des agents. Cela m'a mené jusqu'à Swansea où footballistiquement c'était concluant mais où là encore il y a eu des soucis d'agent... Je suis finalement retourné à Londres où je me suis trouvé un club équivalent au niveau CFA, Hampton & Richmond Borough FC, et c'est là que je me suis fait les ligaments croisés...

Il doit être difficile de se relever d'une expérience aussi amère...

J'étais dépité. Je suis rentré en France, j'ai repris l'entraînement. Un agent m'a rappelé pour me faire passer des essais à Chypre. Puis en Crète. Le FC Rhodes m'a recruté à la suite de cela. Le stage et les matchs de préparation s'étaient bien passés. Mon idée, c'était de gonfler mes stats pendant un an là-bas afin de revenir en France avec un CV et trouver un bon club. Mais là encore, il y a eu des galères avec des intermédiaires, la prime de signature s'est envolée dans leurs poches, je n'ai pas reçu pas ma lettre de sortie internationale et les mecs m'ont mis la pression pour que je prolonge 2 ans sinon ils ne me payaient pas... C'était du grand n'importe quoi. Ils ne me versaient que de l'argent liquide et si je ne prolongeais pas, ils menaçaient de ne pas faire signer deux autres Français qui avaient le même agent que moi. C'était tout un procédé d'escrocs. Je me suis embrouillé avec l'agent et je suis rentré à nouveau en France en catastrophe.

Et là, le rêve est définitivement brisé...

Oui, je me suis rendu compte que trop de paramètres rentraient en compte, que ce n'est pas là-dedans que j'allais m'épanouir. Je me suis engagé avec Libourne où je m'entraînais mais où je ne pouvais pas jouer ni signer pro car je n'avais toujours pas obtenu ma lettre de sortie internationale. Ça a fini par se débloquer, j'ai pu jouer avec la CFA2 puis avec la A de Stéphane Ziani qui descendait en National. Mais j'ai joué sous infiltration car j'avais une tendinite rotulienne. J'ai trop forcé, j'ai dû me faire opérer... Et ça m'a ouvert les yeux : tu te retrouves rapidement seul lorsque tu es blessé, ça m'a un peu dégoûté du foot. Une fois remis sur pieds, j'ai repris avec le Stade Bordelais en CFA2 puis je suis parti à Lormont. Mais entre temps, il y a eu la musique, le cinema... Donc je n'avais plus vraiment la tête au foot, j'étais écoeuré. Paradoxalement, c'est là que je me suis senti le plus libéré et le meilleur sur le terrain. Je jouais sans objectif. Le matin j'allais à l'entraînement et l'après-midi je prétextais quelque chose pour partir faire des tournages à Paris en train ou en avion. C'était un rythme de fou !

Mavuba, Chamakh, Valbuena... N'as-tu pas quelques regrets quand tu vois leurs carrières, sachant que tu avais le même niveau qu'eux ?

Non, je n'ai pas de regrets. Avec le recul, je me dis que dans cette vie là, j'aurais pu devenir un parfait connard ou qu'il aurait pu me manquer quelque chose. Au final, j'ai suivi une autre voie et j'ai pu faire des trucs impensables comme des premières parties au Zénith, être nominé aux Césars ou encore aller au festival de Cannes... J'ai plein de potes qui ont fait leur vie dans le foot avec plus ou moins de réussite et je me demande souvent s'ils ont vécu le reste comme ils le voulaient vraiment. Mais sinon, je ne suis pas envieux. Je suis content pour eux. Le jour où j'ai vu Valbuena marquer contre Liverpool, j'étais hyper fier !

Justement, tu as déclaré dans une interwiew pour SoFoot : "Valbuena, on lui faisait la misère parce qu'il était petit. Maintenant, il se venge sur le monde, et on ne peut pas lui en vouloir." Est-ce quelque chose que tu regrettes aujourd'hui ?

C'était du chambrage. Par exemple, en Ligue d'Aquitaine, il s'empressait de manger super vite avec d'autres joueurs pour pouvoir avoir accès au babyfoot. Alors que nous, les mecs du quartier, on les dégageait quand on avait terminé notre repas. Ce n'était pas méchant, c'était comme ça. Mais Valbuena, niveau foot, il était incroyable ! C'était une pile, il était super technique lorsqu'il était aux Girondins. Mais il était trop frêle... On le faisait voler à l'épaule ! C'était comme ça qu'on lui faisait la misère. Il a beaucoup de mérite car il s'est construit dans l'adversité ce mec. Quand on sait tout ce que ça lui a coûté pour en arriver là, c'est impressionnant. Il a toujours dû s'accrocher, c'est pour ça que j'ai beaucoup de respect pour sa carrière.

ll existe une vraie proximité entre les rappeurs et les footballeurs. Souvent, ils partagent les mêmes codes et ont parfois grandi dans le même milieu. Ils se reconnaissent, s'estiment et s'envient. Que peux-tu nous dire là-dessus, toi qui as été footballeur et rappeur ?

Je t'explique. Dans un morceau j'ai dit : "les footeux font les rappeurs et les rappeurs jouent les footeux", car en vérité la plupart des footeux sont issus des quartiers populaires. Très tôt, ces mecs partent en centre de formation. En vrai, ils ratent toute leur jeunesse. Quand ils reviennent parfois au quartier, ils réalisent qu'ils ont manqué plein de trucs. Et ils ressentent alors ce besoin de dire "les gars, je suis comme vous". C'est ce qui fait qu'il y a des joueurs qui jouent les cailles-ra. Un rappeur c'est extravagant, extraverti, ça n'a pas sa langue dans sa poche... C'est très cool un rappeur. Les footballeurs sont fans des rappeurs, c'est un truc qu'il faut savoir. Il y a aussi l'égo qui rentre en compte. Les mecs se croisent en boite de nuit, ils ont des carrés VIP, des meufs, des bouteilles... C'est à celui qui envoie le plus ! Les rappeurs veulent montrer qu'ils vivent autant que les footeux. Au final, tous se rencontrent dans les mêmes endroits et finissent par sympathiser. Les uns ont réussi dans le sport, les autres dans la musique, et tous viennent des mêmes endroits donc il y a un respect qui se crée. Par exemple, pour la série "Validé", on a reçu plein de messages de footballeurs.

Les footballeurs cherchent souvent à conserver leur "street crédibilité"...

En France, il existe un spectre de la street crédibilité. Beaucoup de footballeurs ont ce syndrome. Aux States, c'est différent. Le mot d'ordre c'est : il faut tout faire pour sortir du ghetto. Et toutes les stars qui ont réussi à le faire sont adulées. Chez nous, ce n'est pas comme ça. Quand tu réussis et que tu sors du quartier, tu as cette culpabilité de te dire "les gens vont penser que j'ai changé". Mais heureusement mon pote ! Tu ne peux pas avoir le compte en banque plein et habiter encore au quartier, ça n'a aucun sens ! Tu peux très bien avoir quitté le quartier et, à travers ton parcours, montrer que tu as réussi et que c'est possible d'y parvenir. Tu peux aider les gens de ta cité sans y habiter. Mbappé le fait très bien ça, il brille et il rend fier Bondy. La ville résonne à travers son nom. Il a fait son job en marquant en finale de Coupe du Monde, point.

Es-tu toujours supporter des Girondins ?

Oui, toujours, parce que je viens de Bordeaux ! Mais ce club a mal été géré. L'après-titre en 2009 a enfoncé le club dans le ventre mou du championnat. Aujourd'hui l'équipe ne fait plus peur comme avant. C'est dommage. Pour moi, avec une meilleure gestion, Bordeaux aurait dû être dans le cercle de clubs comme Lyon, Marseille ou Monaco, qui doivent concurrencer le PSG. Le problème c'est qu'à ce jour, Nice fait plus peur que Bordeaux ! Et puis au niveau de la qualité de jeu, c'est compliqué... Quand je vais au stade, je me fais vraiment chier. Alors qu'avant, quand j'étais petit, il y avait du jeu, même quand les Girondins ne gagnaient pas forcément... À l'époque j'étais fier. Maintenant, je ne comprends plus ce club. Il n'y a plus d'âme.

Sinon, ça fait quoi d'être le sosie de Younousse Sankharé ?

(Rires) Vous êtes des bâtards ! On m'a comparé à Moussa Sissoko aussi ! Je retiens...

Pour finir, peut-on dire que Memphis Depay a réussi à concilier la vie de Sam's et celle de Moussa Mansaly ?

Non, Memphis, il n'a aucune histoire dans le rap. Un mec qui l'écoute ne peut pas se reconnaître en lui. Par contre, il m'a surpris parce qu'il a du flow et qu'il rappe bien !

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