Interview de Rafsou (Fouad Fares)

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Sur la scène esport FIFA, il est sans nul doute l'un des meilleurs joueurs français, voire du monde. Champion de France avec l'OL l'an passé, le Lyonnais de 21 ans évolue désormais chez Vitality, l'une des plus grands équipes du monde, et vise haut.

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Commençons par le commencement : quand as-tu commencé à jouer à FIFA ?

J'ai commencé sur FIFA 14. J'ai toujours bien aimé la compétition car au départ j'étais footballeur (ndlr : Rafsou a évolué à Villefranche en jeunes où il a notamment cotoyé Timothée Cognat), du coup dès que j'ai commencé à jouer à FIFA j'ai commencé à faire quelques compétitions, sur Facebook et autres. Un jour, j'ai fait un tournoi à Mâcon pour gagner FIFA 15 et je suis arrivé en finale en ayant fait un super tournoi. C'est à ce moment-là qu'on m'a dit : "Pourquoi tu ne ferais pas des compétitions au niveau professionnel ?" Ma première competition pro, j'avais 18 ans, c'était sur FIFA 15, pour le championnat de France, et j'ai fini 3e, donc ça m'a confirmé dans cette idée de m'y mettre sérieusement.

En fait, t'es né au bon moment, tu arrives dans la fleur de l'âge pile au moment où l'esport commence à se faire une place.

Exactement. Je suis arrivé sur la scène pro pile quand FIFA a commencé à décoller.

Du coup, à quel moment tu t'es dit "Je vais faire de FIFA ma carrière professionnelle" ?

Le déclic s'est produit lors de ma deuxième année de fac, j'étais en Maths/Informatique. Cette année-là, c'est celle de FIFA 17, au moment où la scène compétitive a vraiment explosé. Dans la foulée, l'OL m'a appelé et m'a proposé un contrat avec un salaire, des horaires, un vrai job, quoi ! J'ai signé sans hésiter, et j'ai essayé de continuer les études à côté. Pendant six mois j'ai continué la fac, j'ai eu mon premier semestre, mais mon deuxième semestre c'était injouable. J'ai dû faire un choix, et je savais que des opportunités comme celle d'être joueur de l'OL, je n'allais pas en avoir 50 dans la vie, du coup j'ai tenté ma chance et pour l'instant ça me réussit bien !

Au final c'est ton club de coeur, l'Olympique Lyonnais, qui t'a permis d'avoir un premier job dans l'esport.

Oui, l'OL m'a permis d'avoir un salaire, et un "vrai" travail, avec des heures de boulot, d'entrainement, un lieu de travail, etc. Bon après ce n'est pas exactement des horaires de bureau, vu qu'un joueur de FIFA, ça "travaille" surtout le soir et la nuit. Entre pros, on s'entraine ensemble la nuit, jusqu'à 2-3 heures du matin facile.

Tu as quitté l'OL cet été pour signer chez Vitality, qu'est-ce qui t'a poussé à partir ?

Tout se passait bien, mais on m'a fait des promesses qui n'ont pas été tenues. Cet été, j'ai commencé à me poser des questions concernant mon avenir, ma carrière et ma capacité à me développer. Moi, au-delà de l'esport, je pense au futur, je veux me développer moi-même. Je prends exemple sur des gars comme RocKy ou Gotaga qui, au-delà d'être des joueurs esports à la base, ce sont des vraies personnalités. Dans sept, cinq, trois ans, je ne sais pas, je vais surement arrêter l'esport, et à ce moment j'aimerais avoir une bonne base pour me reconvertir. Á l'OL, ils ne pouvaient pas vraiment m'aider sur cet aspect-là, parce qu'ils ne sont pas vraiment développés sur l'esport au global. Sur ma période avec l'OL, malgré les résultats (ndlr : vice-champion du monde des clubs, deux fois qualifiés à la Coupe du Monde et champion de France), je n'avais pas le sentiment d'être assez mis en avant.

Du coup, quand Vitality arrive, tu ne te poses pas trop de questions ?

Oui. Puis il y avait l'aspect financier. Je suis pas très porté sur l'argent mais j'ai envie d'être payé à ma juste valeur. À l'OL, je vais te le dire, on a essayé de m'embrouiller. Á la fin de la saison, on m'a proposé une revalorisation salariale, et on m'a tourné ça comme "C'est historique dans le club, personne n'a jamais eu 25% d'augmentation" d'un coup, alors qu'on partait de bas au départ et que les salaires des autres gros joueurs pros sont largement supérieurs. Il y a eu pas mal d'histoires de ce genre où je me suis dit "Ils me prennent pour un con". Derrière, j'ai eu des opportunités, avec Vitality justement. Au moment de mon départ, j'aurais gagné plus si j'étais resté à l'OL qu'en partant chez Vitality, mais dans ma tête j'avais pris ma décision. J'étais prêt à aller chez Vitality quel que soit le prix, c'était là que je voulais aller et c'était la meilleure équipe pour ma carrière.

Vitality, c'est une grande écurie, une référence internationale. En fait, tu as un peu fait comme Lacazette et Umtiti, tu as quitté ton club de coeur pour un top club ?

La principale différence est la finalité du projet. L'OL, ils se sont investis dans l'esport pour ramener du public dans le stade. Le but est de capter une audience jeune et fan de FIFA qui paye sa place au stade. Être champion, c'est un plus, mais l'objectif premier c'est ça. Vitality, c'est un club esport qui veut que toi tu sois le meilleur pour que Vitality soit vue comme la meilleure équipe. C'est un projet différent. Moi, ce que j'ai toujours voulu dans l'esport, c'est gagner. Je suis allé chez Vitality car ils m'aideront à grandir en tant que joueur, en tant que streamer, en tant que tout, en fait. Dans ma tête, il n'y avait aucun hésitation.

Pour revenir sur l'OL, vas-tu toujours au stade ?

Même l'année derniere, je n'y allais quasiment plus. Avec le club, j'avais deux places pour chaque match, mais j'ai du n'y aller que trois ou quatre fois. Moi j'ai toujours été un amoureux du football, peut-être plus que de l'OL même, et regarder les matches de l'OL à l'heure actuelle ça me déçoit, je déteste ça, vraiment.

A ce point ?

Bah ouais, le football qu'on affiche, il me débecte. Depuis tout petit, j'ai toujours kiffé regarder les matches. Mais ces deux dernières années, ça rend fou. Le match contre Guingamp, super, on fait une deuxième mi-temps incroyable, mais la première mi-temps, elle rend malade. Tu regardes le match, t'as l'impression que toi, tu peux faire mieux sur le terrain. L'année dernière, tu vois Lyon-Moscou, t'as envie de te tirer une balle dans la tête. Moi je suis pour Lyon, je serai pour l'OL toute ma vie, mais en ce moment, quand tu regardes un match, ça te rend malheureux. L'OL d'aujourd'hui, il n'y a aucune identité, aucune constante, on a l'impression que les joueurs sont en libre-service. Aujourd'hui notre effectif est meilleur qu'il y a deux ans. Plus complet. Et pourtant on régresse.

Pour revenir sur le sujet esport, les joueurs FIFA doivent s'adapter chaque année à un jeu qui change. Comment juges-tu l'évolution de FIFA ces dernières années ?

Mon avis est simple, j'ai tweeté y a pas longtemps sur le sujet : FIFA 19 est le pire jeu de tous les temps. Ces trois dernières années, FIFA a un moteur physique différent (ndlr : le moteur Frostbite, celui du jeu Battlefield), mais il n'est pas du tout au point pour FIFA. Ca fait trois ans qu'il y a des bugs récurrents, comme le bug de l'engagement. Cette année il y a eu plein de problèmes comme les retournés qui vont tout le temps au fond, les gardiens qui sont impassables si tu le manies bien, etc. Ces dernières années, tu as pas mal de joueurs qui se sont révélés plus parce qu'ils savaient exploiter les failles du jeu que parce qu'ils étaient vraiment bons. Après, c'est le jeu, faut s'adapter. Moi, je critique le jeu, mais je ferai toujours en sorte de m'adapter, je ne m'en sers pas comme excuse et je me débrouille pour rester bon.

EA Sports ne vous écoute pas, vous les pros ?

Cette année, si. Ils ont recruté une personne pour remonter toutes les remarques des joueurs pros, et ils font vraiment bien le boulot pour corriger les bugs. Le rythme des matches de compétition est toujours infernal ceci dit. Entre FUT Champions et la FUT Champions Cup, on est pas loin des 50 matches par week-end, c'est épuisant. Mais sur le relais avec la communauté et le feedback, ils font du bon boulot.

Comment vois-tu l'évolution de l'esport ? Tu te verrais bien taper une médaille aux Jeux Olympiques en 2024 ?

Faire les Jeux Olympiques serait un truc incroyable. Si la question de l'esport aux JO commence à se poser, c'est qu'on va finir par y arriver un jour ou l'autre. Peut-être pas dans deux ou six ans, mais à un moment ça va passer. J'espère que ce sera le plus tôt possible pour que moi, je puisse les faire, et je pense vraiment qu'un jour, il y aura l'esport aux Jeux Olympiques.

Session One-Shot

Ton FIFA préféré ?

FIFA 14, le premier sur lequel j'ai joué.

Ton meilleur souvenir ?

Mon titre de champion de France, évidemment, puis Amsterdam l'an dernier où je me qualifie à la Coupe du Monde alors que tout le monde pensait que j'allais perdre.

Ta bête noire sur le circuit ?

Plus maintenant ! J'en ai eu une pendant pas mal d'années, c'était DaXe, du PSG. Mais ça y est, depuis l'année dernière j'arrive à le battre !

Le joueur pro le plus sympa ?

Brian, qui est mon coéquipier maintenant chez Vitality. On s'est toujours super bien entendus.

Le jeu que tu ponces en dehors de FIFA ?

Là je me tue sur Football Manager comme jamais.
 

Spécial OL

Parc OL ou Gerland ?

Gerland, mythique.

Ton joueur préféré de l’OL toutes époques confondues ?

Benzema.

Un match que tu préfèrerais oublier ?

La demi-finale contre le Bayern où on prend 3-0, époque Puel.

Genesio Demission ?

À 100%.

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Charly

Kim Källström est mon idole de jeunesse. A part ça, j'ai eu une enfance plutôt heureuse.