Interview de Pierre Carrey

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Journaliste à Libération, amateur de cyclisme et fin gourmet, Pierre Carrey a consacré un livre entier au meilleur grand Tour de la saison : le Giro. Focus sur cette course qui livre souvent toutes ses promesses dans l'ombre relative du Tour de France.

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Pourquoi avoir choisi d'écrire un livre sur le Giro ?

Tout simplement parce qu'il n'en existait pas. Il y avait un vide à combler. Le Giro est une course qui relance un peu l'espoir ou la passion du vélo au moment où on a l'impression que le Tour de France s'essouffle un peu. J'avais envie de découvrir de nouveaux personnages, de nouveaux lieux.

Comment tu t'y es pris pour bâtir ce livre ?

La grande difficulté c'est qu'il n'y a aucun livre écrit en Français sur le sujet. Il a fallu partir de plein de sources différentes : des livres en anglais, des livres en italien, sachant qu'il y a très peu de livres en Italie sur l'histoire du Giro, paradoxalement. Je me suis plongé dans beaucoup de monographies de champions, de descendants de champions. Un des amis, un journaliste qui s'appelle Marco Pastonesi, est allé interviewer tous les coéquipiers de Coppi et Bartali. Et à partir de là, il est arrivé à s'approcher de nouvelles vérités, à complexifier les histoires qu'on connaissait. Je me suis inspiré de ces travaux-là. J'ai beaucoup fouillé la presse, en français et en italien. Dans l'histoire du Giro, la moitié des pièces du puzzle se trouvent en France. Dès 1909, l'Auto, ancêtre de l'Équipe, a un envoyé spécial sur la course et ils vont avoir des journalistes remarquables qui vont suivre le Giro. Souvent, ce sont eux qui ont complété les sources italiennes, et ça contrebalance le point de vue italien. Les clés sur Binda, sur Coppi, sur Bartali, elle se trouvent en France, car ce sont des coureurs qui étaient très aimés des journalistes français, donc il y a eu quantité d'articles sur eux. Pour preuve, les mémoires de Gino Bartali sortent d'abord en français, puis en italien ensuite, et le contenu n'est pas le même. Il y a donc a une grosse base documentaire. Je ne suis pas allé enquêter en Italie à la loupe sur les flancs de l'Etna ou dans les Dolomites. Ça, ce serait l'objet d'un deuxième livre. Ce premier livre pose les fondations.

Quand on lit ton livre, on se rend compte qu'au début, le Giro était une sorte de petit frère du Tour de France, traité avec bienveillance par l'Auto, pour finalement devenir un concurrent au fil des années. Aujourd'hui, qu'en est-il ?

Aujourd'hui, la courbe d'importance dans le coeur du public est en train de s'inverser. Le Tour de France continue de toucher un public large, qui s'intéresse au cyclisme de façon très ponctuelle, en l'occurence en juillet. Mais les passionnés de cyclisme, eux, se tournent vers le Giro. C'est un phénomène qui remonte aux années de Michele Acquarone, l'ancien directeur du Giro qui a été éconduit dans des conditions troubles. Acquarone, c'est un homme du marketing qui connaissait très bien le sport. Il a relancé un "récit" du Giro, il va l'internationaliser, il va décider de rémunérer les stars du Giro, ce qui n'est pas une nouveauté, mais c'était un sujet tabou avant cela. Le Giro fait des efforts, et le Tour de France le voit comme un concurrent. C'est quand même fou de voir que c'est le ASO (ndlr : l'organisateur du Tour de France) qui va copier sur RCS (nldr : l'organisateur du Giro) et non plus l'inverse : les chemins façon Strade Bianche, les arrivées pour puncheurs, une mise en scène plus télévisuelle... Aujourd'hui c'est clairement dans ce sens là que circulent les idées.

Pour résumer grossièrement, on pourrait dire que le Giro est un peu le Grand Tour des hipsters, non ?

Oui, parce qu'il nous est exotique. Le public français est beaucoup moins chaviré d'émotions quand il voit un champ de lavande à la télé que ne le sont des Chinois, des Nord-Américains. Pour eux, l'exotisme c'est la France. Pour nous, c'est l'Italie. Pareil pour le romantisme. Le romantisme c'est Venise, c'est Rome, alors que pour le reste du monde, le romantisme, c'est la France.

Cette année, quelques grands noms ont délaissé le Tour de France pour s'aligner sur le Giro (Dumoulin, Roglic, Simon Yates). Est-ce que tu sens que sportivement, il y a une sorte de rééquilibrage ?

C'est d'autant plus paradoxal que le Giro continue d'attirer les gros coureurs alors qu'on a l'impression qu'il y a des places à prendre sur le Tour de France cette année, que Sky semble moins impérial et que c'est l'année ou jamais pour un certain nombre de coureurs. La question se trouve peut-être plus dans le fait que le Giro est devenu un véritable rendez-vous historique. Ce n'est plus un sous-Tour de France. C'est devenu une épreuve avec un vrai enjeu, les coureurs y renouent avec le plaisir, quelque chose qu'ils perdent de plus en plus sur le Tour de France : le plaisir d'exercer leur métier, dans un environnement plutôt simple, avec moins de pression. C'est ce que racontait Pinot, et c'est ce qui a fait hésiter Bardet à participer au Giro. Et puis ils sont payés ! Les leaders et leur équipe peuvent toucher jusqu'à plusieurs millions pour participer au Giro. Au Tour de France, personne n'est payé.

A part Thibaut Pinot et Nacer Bouhanni avant lui, rares ont été les Français à briller sur le Giro ces dernières années. Tu penses qu'en France, on devrait davantage s'exporter en Italie ?

S'exporter, ils en ont très envie. Ils le disent en privé, d'ailleurs. Ce sont les équipes qui ne veulent pas, pour des raisons logiques d'intérêt pour les sponsors. Si la Sky a mis autant de moyens et autant de leaders sur le Giro, c'est que le sponsor Sky a des intérêts commerciaux en Italie. Ça va d'ailleurs être intéressant de voir ce qu'il va se passer avec le nouveau sponsor (ndlr : Ineos, une entreprise de chimie Suisso-Anglaise). Ces enjeux ont toujours existé. Poulidor n'a jamais fait le Giro par exemple, c'était incompatible avec la stratégie de son sponsor. Il y a eu très peu de coureurs français qui sont allés courir en Italie, et l'inverse est vrai aussi. Les grands champions italiens ont très peu franchi la frontière des Alpes.

Et pour finir, qui sont tes favoris pour le Giro qui arrive ?

J'ai lu que Brent Copeland (ndlr : manager de l'équipe Bahrain-Merida) disait que Nibali n'avait jamais été aussi près de regagner un Grand Tour. C'est un bel outsider, on va dire Nibali !

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Ton cycliste préféré ?

On va prendre un mort, comme ça je vais pas me fâcher avec les vivants ! Il y a beaucoup de coureurs que j'aime beaucoup et dont je suis proche, mais du coup je vais prendre un mort. Coppi ? C'est très banal Coppi. Non il faut prendre un gars moins connu. Je vais dire Brunero. C'est le premier à gagner trois Giros et il meurt totalement oublié.

Ta course préféré ?

La Ronde de l'Isard.

Ton plat italien préféré ?

N'importe quel risotto. Avec des champignons.

C'est vrai que tu es le frère de Mariah Carey ?

Alors non, Mariah Carey n'est pas ma soeur. Par contre, je suis bien le cousin de Jim Carrey !

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Charly

Kim Källström est mon idole de jeunesse. A part ça, j'ai eu une enfance plutôt heureuse.