Interview de Nassim Akrour

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Meilleur buteur de l’Histoire de Grenoble, Nassim Akrour (44 ans) continue d'enfiler les buts comme des perles sous les couleurs du FC Annecy, actuel leader de National 2. De la D5 anglaise à la sélection algérienne, retour sur son parcours atypique.

akrour

Actuel deuxième meilleur buteur du groupe A de National 2, co-meilleur buteur la saison dernière, quel est ton secret pour rester une machine à buts ?

Il n’y a pas de secret. Pour l’instant ça se passe très bien, je m’éclate. Comme je l’ai dit chaque année depuis que j’ai arrêté le monde professionnel, et que j’ai atterri à Annecy, l’important c’est de prendre du plaisir, surtout à mon âge ! (rires) Les occasions que j’ai pu avoir, je les ai converties en buts, tout simplement. Je profite de ces moments !

Après une première licence en club à Colombes, un arrêt temporaire et une reprise de la pratique à Noisy-le-Sec, tu décides peu après ta majorité de partir tenter l’aventure en Angleterre sur un coup de tête. Raconte-nous.

C’est assez simple : je suis parti en vacances chez mon oncle et je suis resté dans le pays. J’avais décidé d’aller voir ailleurs, de découvrir une autre culture. En Angleterre, je me suis entrainé dans un club, Sutton United, où j’ai ensuite joué deux saisons avant de rejoindre Woking FC. C’était une aventure exceptionnelle, un bon passage pour moi, durant lequel j’ai pris beaucoup de plaisir. Je me suis enrichi de beaucoup de choses. Footballistiquement, c’était un monde très différent. À l’époque, en Angleterre, il n’y avait pas un marché de joueurs étrangers développé comme c’est le cas actuellement. C’était un football basé sur de longs ballons, où il fallait être bon de la tête ! On ne voyait pas d’action construite qui partait du gardien avec un jeu au sol… Pour un attaquant, c’est formateur, notamment dans le jeu dos au but. Au final, on peut dire que c’était un bon apprentissage. 

En 2000, tu reviens en France et plus précisément à Istres. Avec ce club, tu montes rapidement en deuxième division, ce qui te permet de signer ton premier contrat professionnel à… 26 ans ! Etait-ce l’objectif que tu t’étais fixé en rentrant dans l’Hexagone ?

26 ans, c’est vieux quand même ! (rires) Maintenant, les jeunes signent pro à 17 ans… Moi, passer professionnel, je n’avais pas ça en tête. Je ne me suis jamais focalisé sur ça, sinon j’aurais intégré un centre de formation lorsque j’en ai eu l’opportunité à l’âge de 13-14 ans. Ce n’était pas ma priorité, l’école était plus importante à mes yeux. Dans les années 80, je voyais les choses comme ça. Une fois revenu en France, dans le Sud chez ma tante, j’ai vu que Istres cherchait un attaquant. J’ai fait un essai, concluant, et tout s’est fait rapidement ensuite. 

Après un passage par Troyes puis Le Havre vient l’histoire d’amour avec le GF38… On peut dire que c’est ton véritable club de cœur sans trop se tromper ? Tu n’as d’ailleurs pas hésité à revenir prêter main forte lorsque Grenoble a été rétrogradé dans le monde amateur.

C’est vrai, Grenoble est mon club de cœur même si c’était très bien dans mes autres clubs aussi. Je m’y suis très vite adapté, on avait un groupe formidable. La ville est superbe, j’y ai passé de merveilleux moments et vécu d’importantes étapes de ma vie. J’y ai marqué beaucoup de buts, aussi. Revenir aider Grenoble lorsque le club a été rétrogradé, c’est quelque chose qui me tenait à coeur. J’aurais pu signer pro ailleurs mais j’ai fait ce choix de revenir à la maison et je ne le regrette pas. J’ai passé de très bons moments en CFA même si ce n’était pas une période facile pour le club. Nous ne sommes pas montés tout de suite mais au final le GF est revenu à un niveau plus conforme à son statut et c’est très bien comme ça. 

Etait-ce une consécration de goûter à la L1 après avoir exploré les divisions mineures britanniques ?

J’ai connu la Ligue 1 avec Troyes puis Grenoble. Avec le GF38, on avait un groupe exceptionnel, l’un des meilleurs que j’ai pu connaitre durant ma carrière. Je ne peux même pas le décrire, c’était une ambiance formidable. J’étais super fier et content de faire partie de cette équipe, composée de bonnes personnes. Jouer en Ligue 1 dans un stade des Alpes flambant neuf, c’était génial pour nous tous !

Tu as eu quelques sollicitations lorsque tu évoluais au plus haut niveau. As-tu des regrets ? 

Non, je n’ai pas de regrets. La vie est ainsi faite. Bien évidemment, j’ai eu des contacts pour partir, notamment à l’étranger lorsque j’étais en Ligue 1 avec Grenoble. On jouait bien, on gagnait, alors pourquoi m’en aller ? J’avais signé deux ans au GF38, ça aurait été très délicat pour le club de me laisser partir dès la première saison dans l’élite. On en avait discuté, j’étais bien, je ne me voyais pas quitter le navire. J’ai continué avec ma bonne bande de copains, c’était sympa, et puis j’avais déjà un âge avancé… A 22 ans, tu as absolument envie de jouer dans des grands clubs, tu demandes à partir ou à te faire prêter. Passé 35 ans, on voit les choses différemment…

Tu as porté les couleurs de l’Algérie entre 2001 et 2004. Que retiens-tu de ton aventure en sélection nationale ?

C’était une fierté, un bon moyen de rendre hommage à mes parents. C’était une très bonne expérience avec des bonnes personnes. On ne dit pas non à une équipe nationale. Pour des personnes binationales comme moi, c’est toujours un choix difficile. Me concernant, l’Equipe de France n’allait pas m’appeler donc bon ! (rires) C’était très plaisant de jouer pour l’Algérie, cela m’a procuré beaucoup de joie et de bonheur. 

Tu évolues depuis 2016 sous les couleurs du FC Annecy. Peux-tu nous présenter le club et nous décrire ton rôle au sein de l’équipe ?

Le club en lui-même est très sain. C’est un petit club familial mais avec beaucoup d’ambitions, bien entendu. J’ai signé à Annecy parce que l’entraineur, Helder Esteves, m’a appelé. Nous avions joué ensemble à Troyes. J’ai proposé de faire un petit essai au départ, durant une semaine, pour découvrir le fonctionnement du club. Il fallait voir si ma venue ne dérangeait pas certains joueurs car le club venait tout juste de monter et il avait besoin de se structurer. Depuis trois ans, les choses évoluent positivement même s’il y a encore des choses à améliorer. Je me sens très bien dans mon rôle d’ancien joueur professionnel. Je suis surtout là pour aider et intégrer les jeunes. Grâce à mon expérience, tout cela se fait très naturellement. Je me considère avant tout comme un joueur au sein d’un groupe. Que je joue ou que je ne joue pas, je prends énormément de plaisir chaque matin à venir m’entrainer. 

Tu es plus âgé que ton coach et tu as parfois le double de l’âge de tes coéquipiers. Comment vis-tu cela ?

(Rires) On le dit en rigolant dans le vestiaire mais moi je n’y pense même pas ! Je suis un bon blagueur, je m’amuse avec les jeunes, on s’éclate, on se chambre, on rigole bien. On s’échange des anecdotes mais moi j’en ai plus à raconter qu’eux ! J’ai le double de leur âge, c’est vrai… Mais j’ai l’impression que ça ne se voit pas sur le terrain. Pour moi, je vais encore vite ! (rires) Franchement, c’est toujours plaisant de venir à l’entrainement et de rigoler avec de bons jeunes. C’est une bonne petite équipe, qui travaille bien. Les résultats sont là parce qu’avant tout ça se passe très bien entre nous.

On a l’impression que les jeunes apprennent de toi autant que tu apprends d’eux…

Evidemment, j’ai toujours dis que l’on apprend de tout le monde. J’apprends d’eux comme eux apprennent de moi. Bon, c’est sûr que je n’apprends rien de leur quotidien avec leurs portables, je les appelle les « geeks » ! (rires) Après voilà, il faut savoir vivre avec son temps comme on dit… Sincèrement, ça se passe très bien, on vit bien, quand on est dans le vestiaire on parle de tout et de rien sans penser à la différence d’âge. Sur le terrain, ça respire le foot et c’est l’essentiel !

Quelles différences relèves-tu entre les jeunes de ton époque et ceux d’aujourd’hui ?

Déjà, à mon époque, il n’y avait pas Internet ! (rires) Aujourd’hui, ils vont peut-être plus vite sur les réseaux sociaux que sur le terrain ! Le moindre fait et geste est épié de nos jours, à l’époque c’était plus sain. On avait tous le gros téléphone Ericsson avec l’antenne, on était loin de Twitter, Snapchat et compagnie ! (rires)

Tu as connu tous les niveaux nationaux, qu’est-ce qui fait la différence selon toi ?

Le plus important, c’est la concentration et la rigueur. Le professionnalisme ! Au haut niveau, si tu n’es pas rigoureux, le mec derrière toi va prendre ta place, il y a de la concurrence. Ce que je dis toujours aux jeunes qui aspirent à devenir pro, c’est de faire un énorme travail à l’intérieur d’eux-mêmes, sans regarder le copain. Il faut être sérieux et se noyer dans le travail pour sans cesse s’améliorer. Il y a beaucoup d’autres paramètres qui rentrent en compte et, parfois, ceux qui échouent aux portes du monde professionnel n’ont pas su intégrer cela. Footballeur, c’est un métier qui demande des sacrifices. L’hygiène de vie est très importante. Le mental aussi. Si tu n’es pas exigeant et rigoureux envers toi-même, tu ne peux pas réussir !

Tu as la particularité de ne pas avoir reculé sur le terrain malgré le poids des saisons. Est-ce dû à ton hygiène de vie ?

Mon hygiène de vie est normale, elle est celle que j’ai toujours eu. Pour l’instant ça va, je tiens la forme. Je n’ai jamais eu envie de reculer, je me sens très bien à ce poste. Pour le moment je suis adroit, on verra après…

Ton amour pour le football te pousse à continuer, mais jusqu’à quand ? 

Je n’en sais rien ! Comme je le dis tout le temps, j’attends de finir la saison, de voir si le staff est content de moi, si on rempile… Moi, je me sens bien. Si demain le club veut prendre quelqu’un d’autre, c’est comme ça. Merci, je raccroche et on passe à autre chose. On verra bien. 

Tu aimes partager et transmettre. Doit-on s’attendre à te voir dans l’encadrement plus tard ? Peut-on s’imaginer Nassim Akrour entraineur ?

J’aimerais bien être dans l’encadrement oui ! Ce qui me plairait, c’est plutôt l’école de foot, les enfants de 10-12 ans auxquels je pourrais apprendre à prendre du plaisir. Le football c’est un jeu, c’est fait pour s’amuser ! Après, je ne dis pas que je ne serais pas entraineur plus tard… Mais pour l’instant je ne me suis pas focalisé là-dessus.

Que peut-on te souhaiter pour la suite ? 

Le sourire et le plaisir de jouer, toujours !

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Giggs

Contemporain de Zinédine Zidane, Marouane Chamakh et Cheick Diabaté. Et c'est déjà pas mal... Je vous ai déjà parlé d'Emma Watson ?

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