Interview de Morgan Schneiderlin

Par dans

De Strasbourg à Everton en passant par les Bleus, Morgan Schneiderlin a fait du chemin. À bientôt 30 ans, l'Alsacien vient d'être papa et sort d'une belle fin de saison avec Everton. On fait le point avec lui sur son parcours et son avenir.

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Tu es né à Strasbourg et a été formé au Racing de tes 5 ans jusqu'à ta majorité. On imagine que tu as apprécié la saison de ton club formateur..

Je trouve ça fantastique. J'adore le football donc je suis tous les championnats, la Ligue 1 et spécifiquement Strasbourg. Cette année, j'ai eu la chance de voir pas mal de matches. C'est une saison formidable qu'ils ont faite. Gagner la Coupe de la Ligue pour ce club qui revient d'aussi loin, c'est merveilleux. Leur recrutement a été particulièrement intelligent, avec pas mal de jeunes prometteurs. J'ai pu discuter avec Mark Keller (ndlr : le président du RC Strasbourg) au mariage de Jeremy Grimm, il me disait que c'était dur pour Strasbourg de rivaliser avec les clubs de Ligue 1 sur le plan financier, même avec un club comme Angers, face à qui ils n'ont pas pu retenir Stéphane Bahoken par exemple. Ils essayent de recruter intelligemment, de jouer un football attrayant, beau à voir, et c'est une bonne chose. Maintenant le plus dur reste à venir, il y a l'Europa League, les supporters vont avoir des exigences plus élevées, mais le club est bien géré avec un président au top, ça devrait bien se passer.

Tu es parti très tôt de ton club formateur, à 18 ans, et surtout tu as fait un choix assez déroutant en choisissant d'aller à Southampton, en D2 anglaise. Pourquoi avoir pris cette direction ?

Ce n'était pas évident de partir, mais j'étais préparé à ça. Ça faisait quelques années, avec les sélections en jeunes, que j'avais été repéré par plusieurs équipes étrangères. J'ai refusé pendant deux ans de signer dans des clubs anglais parce que je n'étais pas prêt dans ma tête à quitter ma famille et mes amis, et je n'étais pas encore au point physiquement et mentalement sur le terrain. Pour moi il fallait que je continue à jouer régulièrement. Lors de ma dernière saison à Strasbourg, en Ligue 1, c'était un peu frustrant. J'étais souvent sur le banc, mais je n'entrais que rarement en jeu. On a vécu une période difficile avec douze matches sans victoire, et je pensais que je méritais ma chance à l'époque.

Et c'est à ce moment là que Southampton toque à la porte ?

Quand on est jeune, on est un peu impatient, et à ce moment là j'ai mon agent qui me dit qu'un club de deuxième division anglais est interessé par moi. Moi je lui ai dit "Attends, deuxième division, tu me parles de Premier League depuis deux ans, qu'est-ce qu'il se passe ?". Il me répond que c'est un club formateur, ambitieux, que Gareth Bale et Theo Walcott sont passés par là, et que c'est une bonne opportunité pour moi. Je suis allé là-bas visiter les installations, ils m'ont très bien accueilli, m'ont dit qu'ils comptaient beaucoup sur moi, que j'allais jouer... J'ai eu un bon feeling et je me suis "Allez, je le fais !".

La deuxième division anglaise, ça ne te faisait pas peur ?

Je me disais surtout que la D2 anglaise ça allait me préparer physiquement. Jean-Marc Furlan (ndlr : entraîneur de Strasbourg à l'époque) me disait souvent que j'étais bon mais que je devais me renforcer physiquement, surtout avec mon rôle de milieu défensif. Là-dessus, la D2 anglaise, ça forme. Je pense qu'une année en Championship, ça équivaut à plusieurs années de formation en France, c'était parfait pour ma progression.

La saison qui suit ton arrivée, Southampton va mal et descend en troisième division, où il restera deux ans. À ce moment-là, tu n'as pas eu peur d'avoir fait le mauvais choix ?

Oui, j'ai eu des gros doutes. J'ai vu tellement de gens autour qui étaient talentueux et qui n'ont pas percé parce qu'ils ont fait les mauvais choix de carrière, je me suis dit "Non, pas à moi, ça ne peut pas m'arriver". Je me rappelle que mon agent avait une offre de Nantes, à hauteur de 500 000 €. À ce moment-là, je suis allé voir le club pour leur dire que je voulais partir, et Nicolas Cortese, le président de Southampton à l'époque, m'a dit : "Aucune chance, on a un nouveau projet, un nouveau propriétaire, il veut les meilleurs joueurs. Tu fais partie du projet, impossible que tu partes. En plus, 500 000 €, ils ne te respectent pas". J'ai insisté, en leur disant que je ne voulais pas jouer en troisième division, mais Nantes n'a pas voulu augmenter son offre et du coup je suis resté. Le président m'a dit : "Joue, et dans quelques années tu verras ce que tu vaux". Le club s'est renforcé, des joueurs comme Adam Lallana sont restés, on avait un super groupe. Franchement, je ne le remercierais jamais assez d'avoir bloqué mon transfert à l'époque, c'était le meilleur choix possible. Même si j'ai joué une saison en League One, ça m'a fait progresser énormément, donc c'était bon à prendre.

Du coup, tu as bien fait de rester vu qu'après deux montées successives, tu te retrouves en Premier League et tu t'imposes immédiatemment comme un des meilleurs milieux du championnat. Comment as-tu fait pour gérer cet énorme saut entre la troisième division et le plus gros championnat du monde ?

En fait tout le monde à Southampton me disait : "Écoute Morgan, c'est bien ce que tu fais en D2, mais tu verras, la Premier League ce sera bien pour toi, il y aura moins d'impact physique et plus de jeu, tu pourras davantage montrer ta technique". Je suis arrivé en Premier League avec une petite pression, mais je me suis tout de suite senti bien. Nigel Adkins (ndlr : entraîneur de Southampton de 2010 à 2013) m'a fait confiance et m'a donné les clés du jeu, en me laissant très libre de mes mouvements. J'ai réussi à faire mon petit trou, et quand Pochettino est arrivé, c'est là que j'ai vraiment pris une autre dimension.

En 2014, tu te retrouves presque par surprise à la Coupe du Monde 2014 avec les Bleus alors que tu es très peu connu en France. Comment ça s'est passé pour toi de passer de zéro sélection à un Mondial au Brésil ?

C'était fou ! J'étais appelé en tant que réserviste à la base, c'était déjà fantastique de pouvoir voir Clairefontaine. On avait fait un match avec les Espoirs et j'avais très bien joué, je pense que c'est là que Didier Deschamps m'a vraiment vu et apprécié mes qualités. Après, malheureusement Clément Grenier se blesse, et j'ai la chance d'être retenu dans le groupe. Tout le monde en Angleterre me disait que je méritais une sélection, mais en France il y avait une grosse concurrence. Ceci dit, c'était assez marrant de voir les gens se dire "Mais c'est qui ce mec ?" car personne ne me connaissait en France.

Quelques semaines plus tard, tu es titulaire contre l'Équateur, en match de poule.

C'était incroyable pour moi ! En tant que réserviste, je ne m'imaginais pas là ! Je me disais que, peut-être, je rentrerais 5-10 minutes. En plus il y avait Rio Mavuba qui était là depuis longtemps. Le coach a fait le choix de me faire jouer moi, c'était quelque chose de fort. C'était au Maracaña, il y avait mes parents, ma famille. J'ai fait mon match, j'aurais pu être meilleur, mais j'étais content de pouvoir rester dans le groupe et avoir quelques sélections.

Un an plus tard, tu pars à Manchester United. Tu joues beaucoup lors de la première saison, puis ça se passe moins bien ensuite. Quel bilan tu tires de ton passage chez les Red Devils ?

J'en tire un sentiment mitigé. Quand je suis arrivé à United, ça se sentait que le club était dans une période de transition. Avec Louis Van Gaal, c'était pas évident de s'adapter à ses méthodes. À Southampton, j'étais très libre de mes mouvements. Avec lui, j'avais l'impression qu'il essayait de tout contrôler, c'était très rigide. J'ai eu du mal à accepter le fait qu'à chaque passe que je faisais, il fallait que je puisse expliquer pourquoi j'avais fait cette passe ou ce mouvement précis. Dans le jeu, je n'étais pas vraiment libéré, c'était pas génial et on a eu une saison compliquée. Mentalement, j'ai aussi pris un coup car six mois avant, Didier Deschamps me disait que j'étais un titulaire potentiel pour lui, et derrière je ne suis pas pris à l'Euro. Finalement, je vais quand même à l'Euro (ndlr : suite à la blessure de Lassana Diarra), je ne joue pas du tout, et du coup j'ai une préparation de dix jours seulement à mon retour à Manchester. José Mourinho me disait qu'il aimait mes qualités et qu'il était intéressé par moi quand il était à Chelsea, mais qu'il y avait des Herrera ou des Fellaini qu'il connaissait mieux et qui avaient eu une meilleure préparation, du coup j'ai très peu joué à partir de là.

Et donc, tu décides de partir à Everton...

Oui. Ronald Koeman faisait un peu le forcing et m'appelait souvent pour que je vienne à Everton. Je n'ai pas hésité, je voulais jouer au foot et ne pas passer toute l'année sur le banc. Je me suis peut-être un peu précipité car ce n'était que quatre mois en retrait à Manchester, parfois il faut juste être patient dans les périodes comme ça, mais c'est un choix que j'assume.

Tu as eu une saison compliquée l'an dernier, mais tu es bien revenu sur cette fin de saison avec Everton, tu as d'ailleurs récupéré ta place de titulaire. Tu te posais des questions l'an dernier sur ton avenir, qu'en est-il aujourd'hui ?

Aujourd'hui il me reste deux ans de contrat, et je suis un peu partagé. Je suis arrivé, j'ai fait de grosses performances, puis la saison d'après a été un peu plus compliquée. Pour l'instant je suis dans l'optique de respecter mon contrat, après on verra. Si le club veut me vendre et qu'on me propose un projet intéressant pour moi, tout est possible. Moi j'ai surtout envie et besoin de jouer, je sens que j'atteins peut-être mon meilleur niveau physiquement, donc on verra bien.

Tu as passé quasiment toute ta carrière pro en Angleterre. Est-ce que tu te vois un jour revenir en France, à Strasbourg ou ailleurs ?

Ouais, tout est une possibilité. Je suis open pour découvrir un autre championnat, une autre culture. Moi c'est le projet qui m'intéresse, surtout. Strasbourg, là, financièrement c'est un peu compliqué pour eux pour l'instant. Mais j'en ai déjà parlé avec ma famille, quand je rentre, les gens me disent "Allez viens, rentre à Strasbourg". Comme je dis à tout le monde : si un jour je reviens à Strasbourg, c'est que physiquement je me sens bien. J'ai pas envie de revenir à 35 ans et que les gens se disent "C'est qui ce pinpin qui met plus un pied devant l'autre ?". Donc si je reviens un jour, c'est que j'ai encore quelque chose à apporter, mais ce n'est pas à l'ordre du jour.

Pour finir, un petit mot sur Mauricio Pochettino. Tu as eu la chance de le cotoyer à Southampton et c'est sous ses ordres que tu es passé dans une autre dimension. Quel regard tu portes sur son parcours, et qu'est-ce qu'il t'a apporté en tant que joueur ?

C'est le meilleur coach que je n'aie jamais eu, tout simplement. Déjà, dans sa préparation physique, il fait bosser les joueurs comme des chiens, on était tous morts. Ça nous est arrivé d'avoir des courbatures la veille voire le matin des matches. On se disait "Comment on va pouvoir jouer comme ça ?", et finalement, ça passe. Son style de jeu fait qu'on avait besoin d'être au top et ça marchait.

Humainement, c'est quelqu'un d'exceptionnel. Je me souviendrais toujours du premier match qu'on joue sous ses ordres, à Saint Mary's. Il ne parlait pas un mot d'anglais, et il nous a fait un speech en espagnol. La seule chose que l'on comprend, c'est qu'il veut qu'on soit "des lions sur le terrain". Il a parlé avec tellement de force, tellement de puissance dans sa voix, que même si on avait pas tout compris, on est tous rentrés sur le terrain avec le couteau entre les dents. On a fait un de nos meilleurs matches de la saison, même si on a fait 0-0.

C'est quelqu'un qui arrive à transcender ses joueurs. Il est vraiment au top. Moi, il m'a tout de suite parlé, compris, il a une gestion humaine qui fait la différence, avec les petits gestes qui comptent. C'est une dimension qui est parfois oubliée par certains coaches. Le meilleur exemple, c'est avec Luke Shaw, qui était un peu laxiste sur la nourriture. Tous les matins, Pochettino allait le chercher, il lui préparait son petit smoothie, il lui parlait parfois pendant une demi-heure de sa vie, de ses états d'âme. Luke Shaw a fait la meilleure saison de sa carrière. Pochettino, c'est quelqu'un qui prend soin de ses joueurs. Humainement, tactiquement, c'est le top niveau. Il mérite tout ce qui lui arrive, ce qu'il fait avec Tottenham est fabuleux. C'est vraiment quelqu'un d'exceptionnel.

Un petit prono pour la finale du coup ?

Ah... Ça c'est dur ! Allez, on va dire que ça va se jouer aux penalties, et victoire de Tottenham avec des arrêts d'Hugo Lloris !

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C'est vrai que les supporters de Southampton t'appelaient "Spiderman" parce qu'ils n'arrivaient pas à prononcer ton nom ?

Oui oui, c'est vrai !

Le meilleur joueur que tu aies croisé dans ta carrière ?

Paul Scholes. Incroyable. C'était impossible de le contrer, il jouait en une touche, c'était fou.

C'était qui ton modèle quand tu étais jeune ?

Ah je sais pas si j'ai le droit de le dire ça... C'était Steven Gerrard (rires) !

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Charly

Kim Källström est mon idole de jeunesse. A part ça, j'ai eu une enfance plutôt heureuse.