Interview de Jérémie Janot

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Devenu entraîneur des gardiens à Valenciennes, Jérémie Janot n'a pas oublié ses années vertes à l'AS Saint-Étienne. Non : la taille ne fait pas tout.

Janot

Connais-tu la taille moyenne des gardiens des sept grands championnats européens ?

1m89. Le poste a indéniablement évolué ces dernières années. Les joueurs de champ sont plus grands, les gardiens aussi, mais tous ont leur place sur un terrain. Tout dépend de la philosophie de jeu de leur équipe. Ils n’auront pas le même rôle en Ligue des Champions, où le gardien du Real Madrid, triple vainqueur consécutif, mesurait 1m85, qu’en Premier League, où les centres aériens seront plus fréquents. Il n’y a pas de vérité absolue.

Est-ce une mode ?

Je parlais à un technicien récemment à ce sujet. Il me disait qu’il se sentait davantage rassuré avec un gardien plus grand. C’est psychologique. L’apport d’un bon gardien ne se mesure pas par la taille mais par l’influence qu’il a dans son équipe. Il n’est pas grand ? Ok, mais est-il dur à battre ? Ce sont les questions à se poser.

Que dirais-tu à un ado d’1m75 qui souhaiterait devenir gardien ?

Que ce sera difficile mais que sa taille ne devra pas lui servir d’excuse… comme la blessure des croisés sert d’excuse aux mecs qui n’ont pas percé dans le foot ! À la première difficulté, on lui rappellera sa taille. Or il y a de la place pour tous les profils. À Valenciennes, mon troisième gardien mesure 1m80, celui de la réserve 1m76. Ce sont pourtant deux très bons goals.

Ta carrière a décollé après un arrêt décisif contre Troyes, en 1997, en deuxième division.

C’était la dernière journée du championnat. Si on perdait, l’AS Saint-Étienne était relégué en National et déposait le bilan. Le président l’avait rappelé dans la presse et devant les joueurs. C’était la mort du club. J’ai 19 ans, je prends mes responsabilités et sors un arrêt western à la 85e. L’équipe est sauvée !

Parmi tes deux titres de champion de L2 (1991 et 2004), le dernier a vraiment marqué les supporters. Quels souvenirs en gardes-tu ?

Durant le stage de présaison, la DNCG avait rétrogradé le club à titre provisoire en National. On s’était maintenu de justesse, notre masse salariale était encadrée mais on a pourtant vécu une saison formidable avec Frédéric Antonetti. Notre équipe était composée de jeunes et de tauliers : Julien Sablé, Laurent Morestin, Lilian Compan… Sablé était le capitaine rassembleur, l’aboyeur qui nous motivait par ses mots. Après l’avoir écouté, on n’avait qu’une seule envie : se mettre mal sur le terrain. Il y a des gars qui l’ouvrent beaucoup mais on a juste envie de leur dire : « La ferme ! » Sablé, lui, transcendait l’équipe.

On gagnait sans être esthétique, à coup de 1-0. Dès qu’on marquait, on savait qu’on gagnerait. Cette saison a fortement marqué les supporters car on a remis l’église au centre du village. Cette équipe avait des valeurs qui leur plaisaient : il n’y avait pas du talent à tous les postes mais nous étions solidaires.

Depuis que tu entraînes les gardiens de Valenciennes, le club a la meilleure défense de L2. Est-ce vraiment un hasard ?

C’était un objectif des dirigeants. L’équipe prenait beaucoup de buts ces dernières saisons et il fallait stopper ça. On a changé notre ancien gardien, Damien Perquis, qui avait perdu sa fraicheur mentale à forcer d’encaisser. Le choix de Jérôme Prior a payé mais c’est un effort collectif, des défenseurs aux attaquants. Aujourd’hui, il ne faut pas s’enflammer. Tout reste précaire, on doit rester vigilant.

Prior avait eu des difficultés à Bordeaux. Comment juges-tu sa progression ?

On a des relations très franches, de gardiens. Je lui dis clairement les choses, il est à l’écoute et progresse. Depuis Bordeaux, il a perdu cinq kilos et il est plus affûté. Et puis il vient d’être papa, comme je l’étais à son âge, cela nous rapproche. Il s’est responsabilisé.

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Si tu avais un superpouvoir ?

Lire dans les pensées. Parfois, lorsqu'on parle à des gens, on se demande s’ils nous baritinent ou non. Avec ce pouvoir, je serais tranquille !

Si tu avais le pouvoir d’arrêter une chose ?

La maladie.

Ta kryptonite ?

J’aime la bouffe. Trop. Les hamburgers au fromage, bien gras. Parfois, après la muscu, je vois mes proches en manger et je craque.

Ta pire toile ?

Je jouais à Auxerre. J’ai tenté une sortie kamikaze et je découpe mon coéquipier Jean-Guy Wallemme. Je le fracasse. Vraiment. Le lendemain, dans le vestiaire, je n’ai pas fait le fier en le croisant. Mais il a été cool.

Lev Yachine était surnommé l’araignée. Que penses-tu du trophée Yachine qui récompense désormais le meilleur gardien ?

C’est une bonne chose, mais récompense-t-on le meilleur gardien dans l’absolu ou le meilleur de l’année écoulée ? C’est la même problématique que pour le Ballon d’Or. Certains gardiens de petits clubs ne sont pas forcément inférieurs à d’autres. Je vais prendre un exemple qui va surprendre : Régis Gurtner est très souvent sollicité à Amiens. Peut-on dire qu’il est un moins bon gardien qu’Alisson alors que son importance dans l’équipe est probablement supérieure ? Beaucoup de critères rentrent en jeu. Pour revenir au Ballon d’Or, Buffon l’aurait mérité en 2006.

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Maxime

Né en 1984 le jour d'une victoire 5-0 de l'équipe de France contre la Belgique, je prends depuis les années les unes après les autres sans me poser de question. Aime l'ASSE mais aussi le football.