Interview de JC Abeddou

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Après avoir écumé l'Amérique du Sud puis travaillé comme scout pour Benfica, Jean-Claude Abeddou est désormais installé à Genève où il a ajouté une corde à son arc. Il nous raconte tout sur le métier de scout.

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Peux-tu nous expliquer ce que tu fais actuellement ?

Aujourd'hui, j'ai une double casquette. Toujours scout. J'ai commencé ma carrière au bord des terrains, donc je suis toujours recruteur, mais je suis également représentant de joueurs. Depuis quelques temps, mon associé et moi collaborons avec une société basée à Genève qui s'appelle Number 10. On est notamment proches de Kalidou Koulibaly. Là-bas, j'ai rencontré des personnes avec les mêmes principes que moi, au-delà du football, sur le plan humain. Moi, je suis convaincu que si tu mets l'humain en premier plan, les joueurs te le rendent bien. J'ai rencontré beaucoup de gens dans le foot, des bons et des moins bons, et les gens de cette société ont un discours différent, proche du mien. C'est une grande société, avec une partie scouting dont je m'occupe, et un volet représentation de joueurs qui est gérée par un de mes autres associés, qui est l'ancien agent de Denilson.

Ça ressemble à quoi une semaine de boulot pour toi ?

Une semaine classique pour moi, c'est beaucoup de rendez-vous, téléphoniques ou en face-à-face. Des observations d'entraînements, beaucoup de déplacements, partout. Puis à partir du vendredi, je ne t'apprends rien : on commence le briefing concernant où on va aller, et on va regarder des matches. Et encore, des matches, j'en vois moins qu'avant, car on a près de 80 collaborateurs éparpillés dans le monde, avec des observateurs en plus de ça. Tout ça se passe surtout en France, car on axe cette saison sur le marché français. Bref, c'est beaucoup de rendez-vous, beaucoup de déplacements, je peux faire des milliers de kilomètres en un week-end, en gros.

Quelles sont les qualités qu'un scout recherche chez un jeune joueur, en dehors de la technique pure ?

Tout simplement la maturité et l'entourage. Ce sont deux choses très importantes. Moi, j'évalue ça à 40%. L'entourage est essentiel. Tu as certains joueurs qui étaient moins prédestinés à aller très haut et qui ont eu une plus belle carrière que des gamins qui avaient de l'or dans les pieds. Et ça, quand tu creuses bien, quand tu rencontres l'entourage, tu comprends très vite pourquoi. Après, il y a toujours une part de réussite, mais l'entourage, l'hygiène de vie et la maturité, ça compte énormément.

En quoi le métier de scout a-t-il évolué ces dernières années ?

Le métier de scout est devenu un mythe, tout simplement. Je vois de plus en plus de jeunes qui rêvent de devenir scout sans vraiment savoir en quoi consiste le métier. Observer des joueurs, ce n'est qu'une partie du job. Souvent, ces jeunes sont dans l'erreur. Scout, ça ne consiste pas juste à regarder des joueurs. Il faut aller sur le terrain pour comprendre ce qu'il se passe, rencontrer des éducateurs, des formateurs, pour apprendre vraiment le métier. Le base du métier de scout, c'est le réseau. Souvent, je vois des formations pour devenir scout : c'est du vent, tout ça. C'est faux de faire croire aux gens qu'on peut devenir recruteur avec un simple diplôme. Si tu n'as pas de réseau, qu'est-ce que tu en fais de ton diplôme ? Il faut aller au bord des terrains, partir, voyager, construire son réseau.

Et les jeunes joueurs, eux, en quoi ont-ils changé ?

Les jeunes sont plus pressés qu'avant, beaucoup plus même. Mais ça, à la limite, je peux comprendre. Ce que j'ai du mal à comprendre, c'est l'entourage qui insiste parfois encore plus que le joueur. Généralement, c'est l'entourage qui est fautif. Le jeune, lui, il est jeune. Nous aussi on était cons et pressés à 16-17 ans. Le problème, c'est quand l'entourage ne fait rien pour tempérer les choses ou lui faire garder les pieds sur terre. Moi, j'en veux surtout à l'entourage de jeunes joueurs. Ce sont eux les fautifs.

Tu as été scout à Benfica qui avait une politique basée sur le trading de jeunes joueurs jusqu'à 2016. Aujourd'hui, beaucoup de clubs français ont embrassé cette voie (LOSC, AS Monaco). Est-ce une bonne idée ?

Je pense que c'est la bonne voie, oui. Je pense que certains clubs comme l'OM ou Bordeaux auraient pu s'inspirer de ce qu'a fait Benfica à l'époque, qui avaient une manne infinie de recruteurs à travers le monde. Benfica, à l'époque, ça bossait très, très bien. Ça ne tient qu'à ça, au final : bien bosser.

Justement, en France, on voit une grande disparité entre des clubs qui "bossent bien" et ceux qui font un peu n'importe. C'est quoi pour toi, "bosser bien", et comment tu expliques que certains continuent à enchainer les bides ?

En fait, c'est simple. Quand tu es dirigeant d'un club, il faut bien t'entourer, avec des gens qui connaissent le football. À Bordeaux, je vois peu de personnes qui connaissent le football. Eduardo Macia, à la limite, oui. Globalement, ces gens s'entourent de leurs amis plus que des pros. Après, peut-être qu'ils maîtrisent les finances, le marketing, mais pas forcément le foot. À l'OM, il y a Zubizarreta, bien sûr. Mais est-ce le bon profil pour l'OM ? Jacques-Henri Eyraud, ses compétences sont réelles, mais elles ne sont pas dans le football. Il est sûrement doué sur beaucoup de choses, mais en termes de réseau et de recrutement, je suis pas sûr qu'il ait ce qu'il faut pour faire avancer l'OM sur la durée. À l'inverse, tu as Lille, avec Luis Campos, Marc Ingla, qui ont des compétences très spécifiques et liées au foot. Dans le foot, il n'y a pas de miracle. Si tu bosses bien, avec des gens qui savent ce qu'ils font, ça finira par rouler. Pour revenir sur L'OM, ça va un peu mieux au niveau de la formation, ils ont passé la seconde. On verra ça dans quelques années j'espère. Il n'y a pas que du négatif.

Tu es spécialiste de l'Amérique du Sud. Pendant les années 2000, c'était un peu l'Eldorado de la Ligue 1. Un peu moins maintenant. Comment expliques-tu ce changement ?

Au Brésil, les joueurs coûtent cher, et souvent pour pas grand-chose. Les joueurs brésiliens sont souvent surévalués. C'est surtout un problème générationnel, même en Argentine. À certains postes, ça manque de bons joueurs. En attaque, tu as du monde, mais derrière, ça manque d'un ou deux grands espoirs. Tu as eu Mammana à un moment, mais il s'est un peu perdu. Au Brésil pareil, tu as Eder Militão et basta. Regarde Gabibol, Vinicius, ça planche. Il y a quelques grands espoirs : Rodrigo, pfiou, c'est phénoménal. Lui, il est mature, complet, il ira beaucoup plus loin que Vinicius, je pense. C'est aussi un problème de politique. En France, on tente peu de paris, on s'ouvre peu, on reste dans notre petit réseau d'agents sans chercher plus loin, bien souvent.

Penses-tu qu'en France, on gagnerait à s'ouvrir davantage à certaines régions, à oser davantage de paris ?

Oui, je pense. Demain, si l'OM a 25 millions à claquer, je ne pense pas qu'ils les mettront sur un joueur qui joue à Santos. Ils vont les mettre sur Strootman, sur un joueur déjà connu ou plus ou moins confirmé, car ça les rassure. Ils n'iront pas les mettre sur un jeune Mexicain ou un Colombien. Les clubs sont frileux en général. Ils ne regardent que les CV, ils se disent "Ah tiens, il a joué au Milan AC !", même si le mec n'est jamais sorti de la réserve. C'est ce qu'a fait Bordeaux avec Bellanova par exemple. On fait dans l'économie, au maximum, mais il n'y a aucune prise de risque.

L'avènement des réseaux sociaux, l'accès quasi illimité aux replays des matches, les stats : aujourd'hui, n'importe quel jeune peut avoir de la visibilité auprès du grand public. Est-ce que ça change les choses à ton niveau ?

Pour moi, c'est un complément. Ça restera toujours un complément et ça ne remplacera jamais le terrain. Les stats, à la limite, ça a un vrai impact. Moi, je m'en sers pas forcément, mais a posteriori, c'est un bon outil. Ça permet de confirmer ou d'illustrer ce qu'on voit sur le terrain. C'est un bon appui quand tu proposes ton joueur, c'est très bien. Pour ce qui est des réseaux sociaux, ça prend vite la tête. C'est beaucoup de bruit, mais il n'y a plus de débat, il n'y a que des conflits.

One shot 

Le joueur qui t'a le plus impressionné dans ta carrière de scout ?

João Felix. Sans aucun doute. Un monstre.

Le joueur où tu étais sûr qu'il irait très haut, puis qui finalement n'a pas percé ?

Je crois bien que c'est Farès Bahlouli hein...

Quel est le club français avec la politique de recrutement la plus aboutie ?

L'Olympique Lyonnais. Que ce soit pour l'équipe première ou les jeunes, c'est très fort. Le petit El Arouch, ils sont allés le chercher à Orange. C'est très, très fort.

Tu aurais pas deux trois noms à me filer pour ma future carrière sur Football Manager 2020 ?

Pour 2020, tu vas forcément les connaître ! Du coup, on va viser 2023 ? Allez, je vais te dire El Arouch, du coup. Enzo Millot aussi, mais ça fait deux ans qu'on en parle déjà. Et pour finir, Amay Caprice, pour faire plaisir aux Marseillais. Sur les trois, je suis sûr qu'au moins deux vont finir professionnels.

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Charly

Kim Källström est mon idole de jeunesse. A part ça, j'ai eu une enfance plutôt heureuse.