Interview de Didier Roustan

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Vous le connaissez sur l'Equipe TV, l'écoutez sur Roustan TV et allez l'adorer sur Winamax TV : Didier Roustan est investi d'une nouvelle mission, celle d'éclairer vos paris à la lumière de ses souvenirs dans Roustan vers le Futur, tous les jeudis.

Roustan

Pouvez-vous nous présenter votre nouvelle émission sur Winamax TV ?

Avec « Roustan vers le futur », on va commencer par le passé pour arriver au présent et donner des éléments de paris. On va analyser une affiche à venir à la lumière de l'Histoire. Quels étaient les joueurs et les cotes de l'époque ? Qu'en est-il aujourd'hui ? C’est ce mélange des genres qui m’a séduit. On pourra entretenir la mémoire pour certains et la faire découvrir à d’autres.

C'est un concept un petit peu différent de ce dont j'ai ma dose qui m'a été proposé et je trouve que l'équipe de Winamax TV a eu une excellente idée, car elle ne vient pas de moi je précise ! 

Quel regard portez-vous sur le Ballon d’Or 2018 ?

Le Ballon d’Or, ça reste une institution. Mais compte tenu de l’individualisation du footballeur et de la société en général, je trouve que ça prend beaucoup de place désormais, que ce soit dans les médias ou pour le footballeur lui-même, qui est dans cette obsession… Ça reste la référence suprême. Je me souviens, gosse, me baladant dans les pages de France Football pour savoir quel journaliste de tel ou tel pays avait voté pour qui et pourquoi. Il y a toujours quelque chose de magique mais il y a peut-être des éléments autour qui font que ça me dépasse un peu.

Sur cette saison, on peut toujours discuter sur le choix de Modric. Cette fois, ça pouvait peut-être se jouer entre Modric, Griezmann, Varane et Mbappé. Les trois autres le méritaient plus ou moins tout autant. On peut tout dire et son contraire dans le football et encore plus lors de ce type de récompenses. Il y avait une forme d’usure avec Messi et Ronaldo. Comme ces deux là n’ont pas fait une bonne Coupe du Monde, d’autres avaient leur chance. Ça a donné un côté un peu plus frais à cette élection.

D’où vient votre passion pour le football ?

J’ai grandi à 50 mètres du stade des Hespérides à Cannes. Mon grand-père maternel était Antillais, donc malade de football. Mon père était également fou de football et jouait dans des équipes amateures sur Marseille. Mon oncle, qui était très présent, avait été footballeur professionnel à l’AS Cannes. Et mes potes jouaient au football… donc j’étais cerné. J’ai vite rendu les armes. C’est quelque chose qui s’est fait naturellement à travers les conversations à la maison et les matchs que j’allais voir depuis l’âge de 4 ans.

Quelles équipes et quels joueurs vous ont le plus marqué ?

Les deux équipes qui m’ont marqué le plus, à une période où j’étais devenu en âge de comprendre et d’assimiler des notions footballistiques, sont le Brésil 1970 de Pelé et l’Ajax Amsterdam de 1971 à 1973 avec Johan Cruyff. À cette époque, je jouais avec les équipes de jeunes de l'AS Cannes donc c’était assez facile de m’identifier à tous ces joueurs merveilleux.

Quels sont aujourd’hui l’équipe et le joueur qui vous plaisent le plus ?

D’une manière générale, le jeu prôné par Guardiola est celui qui me correspond le plus mais peut-être davantage à Barcelone qu’à Manchester City. Pour le joueur, je vais dire Messi, pas très original…

Votre admiration pour Marcelo Bielsa n’est plus à prouver. Comme vous, c’est un homme de convictions, avec un paradigme footballistique très personnel. Ne pensez-vous pas que le monde professionnel tronque sa philosophie et que sa véritable place se trouve à la frontière entre le monde amateur et le monde professionnel, dans un rôle de formateur plutôt qu’entraineur ?

Bielsa fait partie des formateurs, des entraîneurs-formateurs, comme l’ont été Suaudeau, Wenger ou encore Guardiola. Bielsa a une telle humilité et une telle fraîcheur par rapport à ce monde de crabes… Il possède une approche du football avec une grande pureté, tu ne le verras jamais critiquer un arbitre par exemple. Ses discours aussi sont emprunts d’une grande sagesse et d’une grande intelligence. Même si c’est quelqu’un qui veut gagner et qui met tout en œuvre pour le faire, il ne vendra jamais son âme pour arriver à ses fins. C’est important que ces gens-là existent encore au niveau professionnel parce que déjà au niveau amateur, il n’y a pas que des poètes… Il y a des gens qui sont prêts à tout pour gagner et qui se prennent pour d’autres en insultant les gosses.

Mais je comprends ce que tu veux dire. Il est amateur dans l’âme. Comme le dit Guardiola, c’est quelqu’un qui fait honneur à la profession et à ce sport. Il représente la plus belle expression du métier. C’est une personne remarquable, au-dessus du lot. C’est une sorte de sage, même s’il est totalement exalté et passionné au-delà de toute mesure, il arrive toujours à garder le contrôle pour ne pas basculer dans la fatalité. Mais peut-être que ce que je préfère le plus en lui, c'est son courage car il ne se gêne pas pour dénoncer certains aspects minables ou ambigus du système sans jamais te donner de leçons. Il t'explique juste les choses. C'est courageux, je le répète, car forcément dans ces conditions tu t'exposes considérablement. 

C’est toute la subtilité du paradoxe : celui qui est surnommé « El Loco » est peut-être le plus sage d’esprit…

Bien sûr ! Il est « El Loco » parce qu’à l’époque dans laquelle nous vivons, quelqu’un qui raisonne de la sorte et qui fait don à ce point de sa personne, qui a une telle philosophie, tu ne peux que le qualifier de fou. C’est quelqu’un de très droit qui n’est pas prêt à tuer père et mère pour un oui ou pour un non. Il est dément parce qu’il n’est pas comme beaucoup de gens, il est totalement à l’opposé de la société actuelle. On le traite également de fou parce qu’il est dans l’excès des choses. Le gars, avant d’aller dans un club, il a visionné 300 cassettes et monté divers rapports sur les jeunes. Son excès de professionnalisme et de rigueur le rend fou.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du traitement de l’information dans le football ?

Je trouve maintenant qu’il y a une grande confusion. Il est arrivé dans le paysage audiovisuel, radiophonique et médiatique (et n'oublions pas les réseaux sociaux !) une multitude d’émissions où l'on parle de foot mais finalement où l’on parle de moins en moins de foot. On est toujours à la marge, à la périphérie plus qu’à l’intérieur du jeu. Et surtout, on a imposé une force, une importance au résultat qui me semble démesurée. Une compétition se joue à rien, un match se joue sur des tas de petits détails qui n’ont pas forcément un lien direct avec la qualité du jeu que tu as proposé. Surtout de nos jours. Le résultat ne reflète pas systématiquement ce que tu as vu, ce qui s'est réellement passé sur la pelouse. C’est un sport qui n’a jamais été rationnel, c’est ce qui fait sa force, et il l’est de moins en moins, ce qui en fait aussi désormais sa faiblesse. Car on envoie, désormais plus que de mesure, si vite au bûcher ceux qui perdent et on encense démesurément ceux qui gagnent ! La marge est bien plus nuancée que cela. Cela prouve souvent que « la victoire est une grande imposture » et moi je trouve que tout ça est vraiment démesuré. Aujourd’hui, tous les débats ne vont pas dépendre de ce que tu as vu mais du résultat final. Qu’il ait une importance, certes. Qu’il t’influence dans ta réflexion, ok. Mais qu’il bouffe 99% de ton cerveau, non ! C’est pour ça que l’on retrouve autant de lieux communs.

Là où je suis admiratif mais aussi un peu inquiet, c’est que les émissions qui marchent sont toutes les mêmes. Pourtant, je défie quiconque de se souvenir de quelque chose qui a été dit 24 heures après et de trouver plus de 10 % d’éléments qui te poussent à une certaine réflexion. Les gens consomment… Ils ne savent pas quel goût cela a mais ils consomment. Ces consommateurs ne me paraissent pas très exigeants. Personnellement, je ne regarde ou n'écoute pratiquement jamais une émission de débat sur le football. Même si c’est ma passion, je préfère garder de mon "essence footballistique" dans le réservoir de mon cerveau ! Bon, maintenant, il faut dire aussi que, de par mon métier, je ne suis pas forcément la bonne cible comme téléspectateur.

Indépendance et journalisme, lucidité et émotion, amour et désenchantement… Comment parvenez-vous à concilier tous ces antagonismes ?

Ça fait partie de la vie. Tu as cité beaucoup de choses. Le plaisir, la souffrance, l’enchantement, le désenchantement… Tout ça, c’est la vie. Tu ne peux pas être dans un monde parfait, même si bien évidemment tu peux essayer de t'en approcher. Pour apprécier le paradis, il faut connaître l’enfer aussi ! Perso, je m’adapte à partir du moment où je garde mon indépendance d’esprit et que je dis ce que je pense.

Votre blog personnel ainsi que l'application Roustan TV sont-ils le moyen de sortir du milieu standardisé de la télé pour retrouver une réelle réflexion sur le fond ?

Oui. Mais c’est également important de pouvoir confronter ses idées, ça pousse à la réflexion. Des gens qui ne sont pas d’accord avec moi peuvent m’alerter sur certaines choses parce que je n’ai pas la science infuse. Pour évoluer, il ne faut pas vivre en vase clos. Fort de tout ce que je consomme à l’intérieur de mon métier, en faisant les émissions et en regardant les matchs, j’en sors une substance moelleuse, à laquelle j’ajoute mon ressenti et mes convictions. Un blog, ça demande un gros travail en amont. Certes, j’improvise quand je parle mais j’ai quand même une colonne vertébrale, sans compter les références. Donc j'ai réfléchi, visionné, analysé, téléphoné parfois à X et Y personne pour m'assurer d'une information, etc... J'y ajoute forcément un ressenti et des réflexions personnelles, des idées parfois pour faire avancer les choses etc...

Mon travail de journaliste, là où il est le plus journalistique et où la réflexion est la plus poussée, se trouve donc dans mes blogs et sur l'application Roustan TV. Il est vrai que si je n’avais pas cet espace, je me sentirais franchement à l’étroit. Mais le fait d’avoir l’autre partie dans mon décor m’intéresse aussi. Tu peux discuter avec des gens de grande qualité comme Jo’ Micoud, Régis Brouard et d’autres consultants ou copains journalistes. La force du foot, c’est de pouvoir être d’accord avec l’un sur un point et beaucoup moins sur un autre. Ce n’est pas tout blanc ni tout noir. D'ailleurs je ne dis pas que toutes ces émissions sont de mauvaise qualité, certaines me paraissent ok, et d'autres c'est vrai un peu moins... Mais même dans certaines auxquelles je participe, nous serons par la force des choses plus ou moins inspirés (et je m'y inclus...) et cela pour des tas de raisons. Les thèmes proposés, le casting, la mayonnaise, la forme des uns et des autres, c'est comme le foot. Ça dépend des joueurs qui composent l'équipe, mais même si le onze de départ te semble performant, tu peux passer aussi à côté de ton match, c'est normal, humain.

Car la télévision d'aujourd'hui te pousse à consommer comme un kleenex, c’est de l’instantané, parfois ça peut tourner au show, mais dans certains shows, on le sait, les acteurs ne sont pas toujours au niveau, donc il peut y avoir aussi à mon sens des "numéros" guère à la hauteur. De plus, ce n’est pas possible d’approfondir car tu es souvent coupé et tu manques de temps alors que le blog me permet d’étayer, d’approfondir et ainsi pour les gens, enfin je l'espère, de retenir sans doute quelques petites choses qui les accompagneront plus longtemps et, pourquoi pas, leur ouvriront certaines portes. Celui qui a le courage de regarder mon blog du début à la fin, il peut en retirer quelque chose. C'est ce qui me laisse de la fraîcheur et de l'enthousiasme aussi, après toutes ces années. J'ai fait en sorte de tout temps, enfin j'ai essayé de mon mieux en tout cas, de ne pas limiter le football au football car il est bien plus riche qu'un sport, il est la vie. Donc à travers les magazines que j'ai pu effectuer par le passé, ou aujourd'hui dans les blogs, on parle de foot évidemment mais ce n'est toujours que du foot. Le foot c'est la vie, c'est l'Histoire, c'est la société, etc. Et c'est avant toute chose de l'humain.

Vous avez une expérience du football extrêmement large : joueur, journaliste, présentateur, commentateur, chroniqueur et vidéaste. Comment faites-vous pour multiplier les casquettes ?

Disons que ça doit faire de moi quelqu’un d’assez riche par rapport aux sujets que je traite. Je peux passer de l’un à l’autre, multiplier les casquettes, puisque finalement on parle de la même chose. Pour faire une analogie, je suis un footballeur et je m’adapte à la situation. S’il faut jouer physique, je vais jouer plus musclé. S’il faut être technique, je vais faire en sorte de l’être. S’il faut jouer plutôt du pied gauche, long, défensif, prendre des risques… Je peux faire tout ça car je suis toujours dans mon élément. On ne me demande pas de jouer du piano ou de faire des omelettes… Peu importe ce que je fais, je suis dans mon élément.

L’un des grands changements que j’ai pu observer au fur et à mesure de mon expérience, c’est une scission entre les hommes d’image et les hommes qui font le plus souvent la télé d'aujourd'hui. À mes débuts, on était capable, car obligés aussi, de faire des reportages, des montages, de jouer avec l’image, la musique et de parler d’une certaine façon, d'apprendre à poser sa voix, à savoir en jouer etc… L'air de rien, cela poussait beaucoup à la réflexion aussi, à une certaine cohérence, discipline, etc. Aujourd’hui, sur les plateaux, comme ce ne sont que des discussions pour ainsi dire ou à peu près, ce ne sont pas pour moi des hommes de télé. Ce sont des gens qui seraient incapables d’aller faire un reportage et toutes les choses que j'ai pu évoquer, bref, ce ne sont pas des gens d'images. Dans le blog, il y a des images et surtout aussi dans mon langage. C’est un métier. Ce n’est pas le même métier qu'être assis avec d'autres autour d'une table et dire « lui il est nul et lui devrait passer le ballon à l’autre… », ça tout le monde peut le faire. Tu le vois même sur Internet. Il y a de moins en moins d’hommes de télé et moi je revendique ça. Ca ne fait pas de moi un homme plus intelligent, un homme meilleur, ou un homme plus qualifié pour parler de foot, je dis juste que je suis un mec de télé donc d’image ! Et les blogs sont finalement une image (même virtuelle) associée à une autre, etc, avec parfois une petite digression, de 10-15 minutes hahaha... Mais le plus souvent imagée, et c'est pour ça que certaines personnes et même pas mal de jeunes peuvent en regarder sur une distance parfois de plus d'une heure.

La France est-elle un vrai pays de football ?

Bon, c’est le sport n°1, celui qui vampirise un peu toutes les émissions de sport. Mais je trouve qu’il n’y a pas une grande culture de football dans notre pays. Comme on est toujours dans l’instantané, dès que tu fais une référence, les gens te disent que tu les emmerdes avec la nostalgie du passé. Ils ne comprennent pas que le football c’est un tout, comme la littérature, comme le cinéma. Tout est lié. Que des gens passionnés ne connaissent pas l’Histoire du football ou ne s’y intéressent pas, ça me laisse un peu sur les fesses !

D’une manière générale, même s’il y a du progrès, les médias ne le mettent pas trop en valeur. Alors que dans les pays de foot comme l’Angleterre, l’Espagne ou l’Argentine, les anciens champions, les matchs références, l’évolution des choses, c’est beaucoup plus poussé. Ils sont bien plus au fait de l’Histoire du foot et cela aide bien souvent pour les ressentis, pour une meilleure compréhension, etc. À ce niveau-là, je trouve que nous ne sommes pas un pays qui transpire et qui respire le foot. On a rattrapé une partie du retard mais à partir du moment où toutes les émissions sont plus ou moins les mêmes et qu’il n’y a pas d’après pour certaines choses, c’est dommage.

Visionnez la grande première de « Roustan vers le Futur » jeudi 13/12 sur Winamax TV ! 

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Giggs

Contemporain de Zinédine Zidane, Marouane Chamakh et Cheick Diabaté. Et c'est déjà pas mal... Je vous ai déjà parlé d'Emma Watson ?

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