Interview de Daniel Riolo

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Le journaliste Daniel Riolo autopsie le sport français dans son dernier livre. Au sommaire : analyses et avis tranchés, notamment sur le football.

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Comment va le sport français ? Puisque tu l’autopsies, cela signifie-t-il qu’il est déjà mort ?

Non, il n’est pas mort. L’idée n’était pas de l’autopsier dans un sens médico-légal mais plutôt, comme la définition grecque d’autopsie le dit : « autopsía », à savoir de « le voir avec mes propres yeux ». C’est-à-dire d’aller enquêter sur la façon dont il fonctionnait, de rencontrer les acteurs des sports choisis pour que chacun me dise l’état de santé de sa discipline, ce qui va et ce qui ne va pas. Il n’y a pas d’état général, il n’y a pas « le sport français se porte bien ou pas ». Cela varie selon les disciplines. Pourquoi cela marche à une période et pas à une autre ? Que font les fédérations pour améliorer ou ne pas améliorer les choses ? Ce n’est pas moi qui livre le diagnostic mais les acteurs sur le terrain. Je ne suis pas médecin. J’ai été docteur poker à une époque alors que je n’avais pas les diplômes (rires). J’ai diagnostiqué en clandestin.

Les JO de Paris 2024 s’apparentent à un défi majeur pour la France. Quel regard portes-tu sur cet évènement ?

2024 focalise peut-être un peu l’attention mais, en même temps, c’est super loin ! Que ça fasse partie d’un programme général, qu’on ait des idées, qu’on ait l’objectif d’atteindre 80 médailles (qui est quand même assez fou, c’est quasiment le double de ce qu’on fait actuellement voire plus), très bien. Mais avant ça, il y a une Coupe du monde de football, il y a mille tournois du Grand Chelem et il y a plein de championnats du monde dans une multitude de disciplines. Il y a aussi d’autres JO, ceux de 2020. Moi, je ne pars pas avec l’optique : « 2024, il faut qu’on performe ! » 2024, ça n’existait pas encore quand j’ai commencé le livre (même s’il y avait des chances que Paris sorte vainqueur de la désignation). Effectivement, quand c’est venu, on s’est dit « tiens, on va aller rendre visite à Estanguet et Gatien pour connaître leur vision », mais ce n’était pas le but. Je voulais vraiment plus m’intéresser aux sports les plus populaires, fédérateurs. Foot, tennis, rugby… Ce n’est pas vraiment des sports olympiques où tu attends des médailles.

L’un des maux principaux du sport français réside dans l’augmentation exponentielle des « sportifs du dimanche » au dépend des « licenciés ». Comment expliques-tu ce phénomène ?

À la limite, c’est tant mieux et c’est tant pis ! C’est mieux si les gens font du sport et c’est tant pis si les fédérations n’arrivent pas à transformer la pratique amateur en licences. Je n’ai pas d’explication sur cet échec. Après, attires-tu un licencié quand ton sportif brille dans une compétition ? Généralement, on le constate : avec les handballeurs, il y a eu par exemple une relation de cause à effet. Chaque fédération mène un petit peu le combat de faire gonfler ses chiffres, parfois artificiellement, comme quand le football décide de récupérer le futsal. Pour les gamins, le moteur reste le rayonnement des sportifs. En ce moment, il parait que pleins de gamins veulent se mettre au biathlon. Mais quand tu n’habites pas dans les Alpes ou dans les Vosges, c’est compliqué (rires).

Cela se ressent aussi sur les rapports entre sport et scolarité, où les conditions ne sont pas optimales pour favoriser l’excellence. Tu prends l’exemple du sport à l’école, enseigné davantage comme de l’éducation physique et non pas comme une discipline compétitive.

Par rapport aux autres pays, traditionnellement, la France consacre moins de place au sport. L’école doit-elle être le moteur pour encourager les élèves à prendre une licence dans un club ? Je ne crois pas. Vraiment, c’est le résultat et la performance dans une compétition qui attire le gamin. Quand il voit le mec briller à la télé, il y va. On explique, dans le bouquin, qu’il y a toujours eu en France un retard culturel sur le sport à l’école. Maintenant, les gamins font davantage de sport à l’école, mais c’est vrai que par rapport à l’Allemagne et compagnie, on est loin.

Tu as repris les codes de Racaille Football Club pour ce nouvel ouvrage, qui semble s’inscrire dans le prolongement de ton bilan sur le football français. Peux-tu nous en dire plus sur le cheminement qui t’a poussé à passer de l’un à l’autre ?

Il n’y pas vraiment de cheminement. Le fait de reprendre les codes couleurs et la police pour ce bouquin, ce n’est rien d’autre que de l’esthétisme. Si je réécris des livres à l’avenir, ils suivront ce modèle. Le foot est le sport que j’ai finalement le moins bossé dans le livre. Je l’ai fait en dernier, j’ai failli me mettre à la bourre car je me suis dit « c’est trop simple pour moi », et je trainais, je trainais… Je baigne tellement dedans que je n’avais pas réellement besoin d’aller rencontrer beaucoup d’acteurs. D’ailleurs, j’avais fait une liste énorme de mecs à rencontrer… et finalement je ne les ai pas vus parce que je savais ce qu’ils allaient me dire. Le foot, je pourrais le faire tout seul. Donc j’ai rencontré des acteurs on va dire secondaires qui n’en étaient pas moins intéressants. Racaille Football Club, je ne l’ai pas abordé de la même façon. C’était vraiment un point précis à un moment où le foot français était malade pour savoir sociologiquement comment il avait évolué. Là, c’est plus un focus sportif. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment l’histoire du foot est faite de cette façon ? Pourquoi les résultats de nos clubs ne sont pas bons ? Pourquoi l’Équipe de France a souvent été l’arbre qui cachait la forêt et quelles sont les pistes de réflexion ?

Bosman a-t-il vraiment tué le football français ?

Si aujourd’hui un mec du foot me dit « notre système fiscal est désavantageux », je vais lui dire : « ok, tu as raison. » Effectivement, c’est plus simple d’être propriétaire d’un club en Angleterre ou en Allemagne plutôt qu’en France. Si ce handicap t’empêche de gagner la Ligue des champions ou de battre des gros européens, ok. Comme ils ont plus d’argent que toi et qu’en plus tu es handicapé par les charges, certes, tu as raison. Mais quand ça te conduit à perdre contre des clubs qui ont moins d’argent que toi, et ça arrive très fréquemment, là je dis non.

Quand Aulas dit « je ne peux pas rivaliser avec le PSG » tout en étant à 20 points, cela me pose un problème. Perdre contre la Real Sociedad en tour préliminaire de la Ligue des champions ou contre Moscou en Ligue Europa, ce n’est pas un problème d’argent. Et puis Bosman, d’une certaine façon, a favorisé toute l’économie de nos clubs puisque ça a permis à mille clubs en Europe d’acheter nos joueurs. Et c’est sur la vente de nos joueurs que repose le système économique de la plupart de nos bons clubs. Donc je ne vois pas en quoi Bosman a flingué le football français. Ce qui a flingué le foot français et ce qui lui a fait prendre beaucoup de retard, c’est l’incompétence des dirigeants, de ceux qui ont géré les clubs. C’est l’incompétence de nos centres de formation qui produisaient en masse des joueurs mais pas toujours de très bons joueurs. C’est l’incompétence de la formation de nos entraineurs, qui est fermée et réservée à des anciens joueurs qui pensent tous la même chose. C’est ce qui fait que notre pays n’a jamais produit des entraineurs capables de remporter des coupes d’Europe, que ce soit avec des clubs français ou des clubs étrangers puisque nous n’en avons que deux : Gérard Houiller et Luis Fernandez. Donc ce n’est pas l’arrêt Bosman qui a empêché notre football d’évoluer, ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible.

Tu affirmes à plusieurs reprises que la sélection nationale a camouflé la faiblesse du football français à l’échelle du championnat. La réciproque est vraie pour l’Angleterre. Comment analyses-tu cela ?

Je vais faire le parallèle avec le rugby français. Nos clubs sont méga puissants, c’est le championnat le plus riche du monde. On est capable d’acheter les Messi et Ronaldo du rugby. La conséquence de ça, c’est que tu n’as pas donné de place aux jeunes que tu formais car tu étais dans la volonté de résultats avec l’achat de stars. C’est ce qu’ont fait les clubs anglais. Avec tout l’argent qu’ils ont, ils se sont mis à acheter tous les meilleurs joueurs du monde, tous les meilleurs entraineurs. La guerre du banc de touche se trouve en Angleterre aujourd’hui. Ils offrent des salaires énormes. Ça ne favorise pas l’éclosion d’entraineurs anglais. D’ailleurs, ils ont toujours été en retard pour le coaching. Les meilleurs entraineurs anglais sont écossais !  

Historiquement, leur équipe nationale a toujours moins bien fonctionné. L’Angleterre est un football de clubs. C’est une donnée historique, les gens préfèrent leur club à l’équipe nationale. C’est un peu l’inverse en France. Les Espagnols ont eux aussi eu ces difficultés-là, à un moment. Ils avaient leurs deux clubs (Real et Barça) et l’association des deux ne fonctionnait pas car ils ne s’entendaient pas. Le revirement de l’Espagne est récent, il date du milieu des années 2000. C’est l’école Barça qui a révolutionné la sélection espagnole. En 2006, quand ils veulent mettre Zidane à la retraite, ils sortent en 1/8e de finale. En 2002, ils n’existent pas. En 2000, pareil. En 1998, ils sortent contre le Nigéria… Ils ne se prenaient que des bâches.

Neymar est-il l’ambassadeur parfait pour la Ligue 1 ?

Le terme ambassadeur est destiné à l’étranger, donc oui, il l’est. Quand tu as une telle vedette, tu es un peu plus armé pour négocier des droits télé à la hausse sur le territoire et même pour les vendre à l’étranger. Mais ça veut dire qu’il faut envoyer le PSG se balader un peu partout en été et le mettre sur le devant de ta vitrine. Mais tout seul, c’est compliqué. Tu ne peux pas vendre un championnat qu’avec un seul mec. Comme tu ne peux pas le faire avec une seule équipe. Il faudrait des vedettes à Lyon ou à Marseille. L’augmentation des droits TV est la prochaine grande bataille capitale pour l’avenir de notre foot. Les augmentera-t-on grâce à Neymar ? Peut-être. Mais tu ne les vendras jamais mieux qu’avec des résultats. Tu ne vendras jamais mieux le PSG que s’il est fort et qu’il va loin en Ligue des Champions. Parce qu’avoir Neymar et être éliminé en 1/8e de finale… Il vaut mieux aller en ½ finale sans Neymar. Ça veut dire que bientôt il va falloir dire aux supporters de Marseille, Bordeaux ou ailleurs que c’est bien si le PSG va loin en Europe. Quelque part, ça profite à tout le monde. Quand je dis ça, les mecs ne comprennent pas et m’insultent.

Existe-t-il un remède ? Quelles influences extérieures pourraient servir de modèles pour la France ?

Ce qu’ont fait les Anglais avec leur laboratoire de performance pour les JO 2012, je trouve ça bien. C’est ce qu’ils vont essayer de copier. Mais c’est quelque chose qu’on n’a pas l’habitude de faire en France. On a rarement misé sur l’élite. En gros, les Anglais ont sélectionné des sports où ils n’avaient pas de médailles avant et où c’était un peu ouvert. Ils ont regardé les performances mondiales et se sont dit qu’il y avait matière à faire un truc s’ils trouvaient trois mecs en bossant à fond dessus en mettant les moyens. C’était de la mission, de l’objectif calibré. Nous, on a plus l’habitude de bosser sur la quantité que de manière ciblée. Le mode des Anglais a plutôt bien marché.

Après, pour le foot, ce n’est pas bon de vouloir ressembler aux Anglais vu le retard monstrueux qu’on a sur eux économiquement. Il y a beaucoup de regards vers l’Allemagne mais c’est un système un peu particulier, ils n’ont pas d’investisseurs extérieurs. Nous, en gros, en ce moment on est en train de se construire un modèle qui est : nos clubs ne coûtent pas chers, pour 30 ou 40 millions vous achetez un club alors qu’en Angleterre il faut environ un milliard pour l’acheter. Ça coûte une bouchée de pain, un club en France. Le modèle Monaco a fait fantasmer plein de mecs. Ils se disent tous : « on n’est pas plus cons donc on va le faire. » Sauf que Rybolovlev a injecté un paquet de pognon à son arrivée. Il a pris 300 millions et il ne s’est pas gouré dans les choix.

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Tennis : Catastrophique ou foutage de gueule.

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Rugby : Marécageux.

Cyclisme : Des espoirs et rien d’autre.

Athlétisme : Envie d’y croire !

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