Interview de Bruce Grannec

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Multiple champion du monde sur PES et FIFA, Bruce Grannec fut l'un des pionniers de la discipline en France. Désormais streamer, il revient sur l'évolution de l'eSport depuis qu'il a raccroché les manettes.

grannec

Commençons par le commencement : quand et comment as-tu commencé à jouer aux jeux de foot ?

J’ai commencé à jouer à PES grâce à mes grand-frères qui m’ont fait découvrir le jeu. J’ai tout de suite constaté que c’était une simulation qui était à part et beaucoup plus réaliste que les autres jeux. Du coup, ça m’a poussé à continuer jusqu’à commencer la compétition sur PES 4. À l’époque, je devais avoir 16-17 ans.

Comment t’es-tu rendu compte que tu avais un talent particulier ?

Honnêtement, au début, je le faisais pour l’amusement. J’ai commencé par faire quelques petites compétitions amicales en ligne. Il n’y avait pas vraiment de choses à gagner, mais ça permettait de te tester face à des joueurs étrangers, des Allemands, des Belges… Ca donnait la possibilité de s’ouvrir à d’autres horizons. Là où j’ai vraiment commencé à me dire que je n’étais pas mauvais, c’est lorsque j’ai fait ma première compétition, sur PES 4. C’était un tournoi à Nancy qui comptait pour la Coupe de France. J’avais gagné la compétition en battant en demies et en finale des joueurs beaucoup plus expérimentés. J’ai vraiment compris que j’avais un bon niveau.

Tu es avec Didier Deschamps le seul Français à avoir été plusieurs fois champion du monde...

(Rires) Je n’aime pas trop parler de moi comme ça. J’ai fait mon petit parcours à ma façon. Après, j’ai eu de la chance d’avoir de la réussite. C’est comme de partout : il en faut pour pouvoir gagner. Quel que soit le sport ou la discipline, il faut forcément un certain niveau de base, puis il faut aller provoquer la réussite, cette petite part de chance au bon moment et surtout avoir un bon mental. Tout ça m’a souri sur pas mal d’années.

Tu as été l'un des pionniers de l’eSport en France. Comment juges-tu son évolution ?

C’est vrai que j’ai pu voir l’eSport évoluer. À l’époque des premières compétitions, on emmenait nous-même nos consoles et nos télévisions. On faisait ça dans des salles des fêtes… C’était très cool, il y avait énormément de monde, 200 ou 300 personnes qui venaient tous les week-ends. Il y avait déjà une communauté assez incroyable.

Maintenant ça s’est très bien structuré. Pour prendre l’exemple de FIFA, il y a EA Sports qui est derrière, qui a créé son propre circuit. À l’époque, il y avait la Coupe du monde, mais là c’est beaucoup plus poussé. Tu as plusieurs tournois toute l’année, comme la FUT Champions Cup. Forcément, les cash prizes sont 10 ou 20 fois supérieurs à ceux de l’époque. Il y a aussi de plus en plus de sponsors. Les clubs s’y sont mis aussi. C’est ce dont on rêvait. On imaginait devenir des représentants virtuels des clubs de foot, et c’est désormais le cas depuis quelques années. Je pense que ce n’est que le début et que l’on n’a pas encore tout vu.

Comme tu le dis, les clubs commencent à investir. Tu présentes l’Orange e-Ligue 1 qui est une compétition de la LFP ; la FFF a également créé l’Equipe de France. Pensais-tu qu’on en arriverait à ce niveau un jour ?

C’est ce dont on rêvait, mais on savait que ça arriverait un jour : tout le monde joue aux jeux vidéo, c’est un parallèle qui est facile à faire avec la réalité. On s’imaginait que ça allait être calqué sur le vrai foot. Et c’est ce qui est en train de se passer. Aujourd’hui, les joueurs ont des kinés, font des préparations spécifiques, il y a un staff... Ça se professionnalise vraiment et ça se rapproche du sport traditionnel. On ne pensait peut-être pas que ça arriverait aussi vite, mais en tout cas on savait que pour notre génération c’était encore trop tôt.

Quand tu vois tout ça aujourd’hui… Tu ne te dis pas que tu es arrivé dans le circuit 10 ans trop tôt ?

Je ne sais pas. C’est une bonne question, mais si j’étais arrivé sur le circuit maintenant, peut-être que je ne gagnerais aucune compétition. Je pense que j’ai fait ce que j’avais à faire. Je ne regrette absolument rien. J’ai eu la chance que ça se passe bien, et aujourd’hui je continue à vivre de ma passion. Je ne suis plus joueur pro mais ça me permet de faire pas mal de choses. Et puis j’ai aussi vécu des choses complètement dingues, j’ai rencontré les meilleurs joueurs de l’histoire du football. Même si c’est vrai que j’aurais aimé représenter un club de foot, notamment Nantes en tant que supporter. C’aurait été un rêve mais c’est arrivé plus tard, et je suis content pour ceux à qui ça profite maintenant. On a galéré à l’époque, et voir comment ça a évolué aujourd’hui, c’est vraiment cool.

Penses-tu que l’eSport puisse encore prendre de l’ampleur et par exemple devenir olympique ?

Oui, ça en parle déjà depuis un moment, et c’est évident que ça va encore plus se développer. Maintenant la question est même de savoir si oui ou non, l’eSport va réussir à rattraper le sport traditionnel (rires). En tout cas, ça va s’en rapprocher, car l’eSport est accessible à tout le monde. Il n’y a qu’à voir les affluences, que ce soit pour les compétitions ou pour les lives sur Twitch qui continunent de battre des records.

On reçoit souvent des demandes pour pouvoir parier sur l’eSport. Malheureusement ce n’est pas encore autorisé en France. Est-ce que c’est quelque chose que tu aimerais voir ?

Pourquoi pas, mais comme d’habitude, avec modération (rires) ! Mais déjà à l’époque, lorsqu’on faisait des compétitions sur l’ESL (l’Electronic Sports League), on jouait contre des étrangers qui pouvaient, eux, parier sur les vainqueurs des compétitions. Et pourtant, c’était il y a 12-13 ans ! De toute façon, comme je le disais précédément, l’eSport est voué à être calqué sur le sport traditionnel, donc à mon avis, ça pourrait arriver. Ça peut être une bonne chose.

Les joueurs pros ont-ils un bon niveau à FIFA ?

À chaque fois que j’ai pu en rencontrer ou jouer avec eux à FIFA, je me suis vite rendu compte qu’ils avaient un minimum de niveau. Ce ne sont pas des mecs qui jouent seulement deux-trois fois dans l’année. J’avais joué contre Benzema qui joue pas mal à FIFA, Matuidi également. Tu sens qu’ils touchent bien le jeu. Ils ont un bon petit niveau et leur vision du jeu les aide naturellement. Valentin Rongier par exemple est monstrueux. Il pourrait faire de la compétition. D’ailleurs, à chaque fois il se qualifiait pour les finales de l’Orange e-Ligue 1 mais il ne pouvait pas venir participer car, forcément, il a des matches le week-end (rires). Ces mecs-là ont des facilités.

En parlant de Rongier et de Nantes, comment vis-tu cette saison en tant que supporter ?

C’est compliqué. Je pense vraiment qu’il est temps qu’elle se termine. On sait tous ce qui s’est passé… C’est une saison ultra éprouvante, vivement que ça se finisse et qu’on se maintienne. Je pense que ça fera du bien à tout le monde et j’espère que l’on pourra repartir sur un nouveau cycle.

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Session One-Shot

Ton jeu vidéo foot préféré ?

Celui qui m’a le plus marqué, c’est PES 5. Et pour FIFA, je dirais le 13. Ce sont vraiment les deux meilleurs jeux de foot.

Ton meilleur souvenir ?

Forcément, le premier titre de champion du monde est spécial. Mais je dirais celui que j’ai remporté sur FIFA, pour la simple et bonne raison que je savais que grâce à ça, j’allais rencontrer Messi, Cristiano Ronaldo et Iniesta.

Et alors, il est sympa Messi ?

Oui ! Mais tu sens qu’il est introverti, contrairement à un Cristiano qui est plus naturel, et qui n’hésite pas à venir vers toi. Il est plus ouvert, alors que Messi est plus timide et aime bien être dans son coin. Mais, étant complètement fan du joueur, avoir la possibilité de le rencontrer et faire signer des maillots, c’était vraiment fou.

Le jeu que tu ponces le plus en dehors de FIFA ?

En ce moment, c’est Fortnite, mais ça dépend des époques. Le jeu qui m’a le plus marqué, c’est Counter Strike. J’y jouais des heures, et parfois je passais même plus de temps dessus que sur PES alors que je faisais de la compétition.

Si tu devais donner un onze de tes joueurs préférés tous opus confondus ?

J’avais fait une vidéo là-dessus, je vais essayer de te la redire de tête. Dans les buts, Butland (FIFA 17). Il n’avait pas une note générale énorme mais c’était un mur.

En charnière centrale, Stam et Maldini (PES 5). En latéraux, Maicon (FIFA 10) et surtout Patrice Evra (FIFA 09). Il m’a vraiment marqué, c’était un des meilleurs joueurs du jeu.

Au milieu, Patrick Vieira (PES 6). À côté, Zidane (PES 4) évidemment. Ca va être une équipe très offensive (rires). Sur l’aile gauche, pas beaucoup de suspens avec Cristiano Ronaldo (FIFA 12). Il était injouable.

Devant, le Ronaldo brésilien (PES 4) et Andreï Shevchenko (PES 5). Et enfin, Zlatan Ibrahimovic (PES 6). On me parle souvent d’Adriano, mais pour moi Zlatan était le meilleur joueur du jeu. Il avait un mélange de technique et de physique qui faisait que quand il avait le ballon, il était injouable.

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Thibault

J'aime le bruit blanc de l'eau.