Interview d'Alexandre Pasteur

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Derrière le désormais célèbre "Attention Philippe le parapet", on trouve la voix suave d'Alexandre Pasteur. Le commentateur vedette du Tour nous raconte son parcours, ses impressions sur le dernier Tour de France et ses pronos pour les Mondiaux.

Pasteur

On sait que tu es un passionné de ski et que ce sport a lancé ta carrière sur Eurosport. Le vélo, c’était une passion depuis longtemps, ou tu t’y es mis avec le temps ?

Le cyclisme est un sport que je suis depuis tout gamin et que j’ai également beaucoup pratiqué. J’ai même mis des dossards dans ma jeunesse, en cadets. J’ai toujours beaucoup roulé : jusqu’à l’âge de 30 ans, je roulais énormément. Avec le ski, le cyclisme a toujours été mon sport numéro 1 en tant que pratiquant. En tant que suiveur, je regarde absolument tout depuis que j’ai 7 ans.

Du coup, basculer sur le vélo en commentateur cyclisme numéro 1, c’était une aubaine pour toi ?

Oui, c’était une aubaine. Après, durant mes nombreuses années à Eurosport, il y avait Patrick Chassé qui était en place, quelqu’un que j’admire beaucoup. Moi j’étais là, je dépannais de temps en temps car il ne pouvait pas tout commenter. J’ai commencé à faire des dépannages réguliers au début des années 2000 sur des classiques, sur la Vuelta, et en 2010, quand il est parti, je suis devenu commentateur cycliste numéro 1 sur Eurosport. On s’est partagé le morceau avec Guillaume Di Grazia et Jacques Leunis.

Tu fais beaucoup moins de sports d’hiver sur France TV, cela te manque-il parfois ?

Pas trop, parce que j’ai fait 22 saisons de Coupe du Monde, donc je n’ai pas de frustration car j’ai quand même connu des moments magnifiques. J’ai eu la chance d’accompagner le renouveau du ski français dans la fin des années 90. J’ai vécu plein de grands moments, que ce soit en Coupe du Monde ou aux Jeux Olympiques. Là je vais commenter les Championnats du Monde cet hiver en Suède, et je fais vivre la rubrique de manière différente, avec des sujets pour Tout Le Sport et Stade 2, donc je reste connecté à tout ce milieu. Je reste toujours dans la grande famille du ski. Alors forcément, je commente moins, mais ça me dégage des week-ends pour aller skier avec ma famille, ce que je pouvais pas faire avant (rires).

Qu’est-ce qui a changé pour toi entre Eurosport et France TV, justement ?

Dans la méthode de travail, rien du tout. La grande différence, c’est que je fais plus de reportages maintenant. Je me sens plus journaliste à France Télé qu’à Eurosport. À Eurosport, je ne faisais que du commentaire et pas toujours du premium. L’offre cyclisme sur Eurosport, elle est magnifique, mais parfois je commentais le Tour du Lac Qinghai à 5h du matin sur Eurosport 2 pendant 3 heures, tout seul, pendant 10 jours d’affilée, avec que des équipes de 2e division asiatique que je connaissais à peine. Ca, ça ne me manque pas trop (rires).

Au niveau du ton, rien n'a changé, je commente avec Laurent Jalabert comme je commentais avec Jacky Durand. C’est peut-être différent sur le Tour de France, car c’est une grosse machine, il y a beaucoup d’intervenants et j’ai davantage un rôle de chef d’orchestre. J’essaye de faire en sorte que tout le monde y trouve son compte, mais sinon, pour le reste, je n’ai pas l’impression que mon approche ait réellement changé.

Quel regard portes-tu sur le dernier Tour de France ? Partages-tu cette idée générale qu’on s’est globalement “fait chier” ?

Complètement. La Sky a été inexistante sur la Vuelta, elle ne gagne pas les grands classiques, mais sur le Tour elle est imbattable. La course est cadenassée et il ne se passe pas grand-chose. Cette année, je trouve que le Tour de France n’a pas été emballant. Il y a eu quelques moments sympas, mais très peu de suspense pour le général, contrairement à 2017. Là, on savait que ça allait se jouer entre Froome et Thomas au bout de trois jours et c’est ce qu’il s’est passé. En plus, il y avait la concurrence de la Coupe du Monde les dix premiers jours, donc toute l’attention médiatique était centrée sur le Mondial, donc le Tour de France est passé en arrière plan.

Le passage à la retransmission intégrale des étapes, il y a quelques années, a-t-il changé ta manière de travailler ? 

Sur une course de vélo, je suis pas sûr que le fait de vouloir tout montrer soit une bonne chose. Il y a des étapes qui ne s’y prêtent pas. Si tu prends les dix premiers jours du Tour de France, on s’est quand même bien ennuyés, avec des scénarios très convenus, sans surprises. Surtout, les coureurs n’ont pas modifié leur façon de courir parce qu’il y a la télé du premier au dernier kilomètre. Après, il y a un public, les audiences sont là, donc pourquoi s’en priver ?

Il y a trente ans, on n’avait que les 30 ou 40 derniers kilomètres qui étaient diffusés. Je ne trouve pas que la retransmission intégrale soit une bonne chose. Après, on s’adapte. Sur France Télé, on a la chance d’avoir un énorme dispositif qui nous permet de combler les heures d’antenne, avec un historien, deux consultants, deux motos son… On a quand même des moyens surdimensionnés, et heureusement, parce qu’avec les intégrales, il vaut mieux avoir plein de contenus différents. Après, si tu fais la somme de toutes les heures de direct, ça nous rajoute 1h30 de direct par jour, ça va encore.

Mais c’est 1h30 de temps mort en plus, du coup…

Bien sûr, on ne rajoute que les temps morts, sauf certaines étapes où l’échappée met 1h30 à partir et là, on y est, et c’est la partie la plus chouette de l’étape. Mais les étapes de plaine traditionnelles avec trois mecs qui partent au kilomètre zéro, c’est souvent pas très passionnant.

Un bon commentaire, c’est aussi de bons consultants : Marion Rousse et toi sur France TV en duo, Thomas Voeckler arrivé peu de temps après. À quel point est-ce important d’avoir des consultants de qualité ?

Le vélo est le sport le plus bavard à l’antenne, le seul où on ne peut pas se passer d’un consultant. Moi, les courses de ski, à la fin, je pouvais les commenter tout seul. En vélo, c’est impossible, car il n’y a pas toujours une action très intense, et l’apport du consultant est hyper important.

Le vélo est un sport hyper riche pour le commentaire. Une course de vélo, c’est un point A et un point B, et entre ces deux points, il y a plein de choses : une course de vélo, des paysages, des villes, des montagnes.... C’est un peu comme des tiroirs qu’on ouvre les uns après les autres. Un match de foot, c’est un stade, deux équipes, et c’est tout. Une course de vélo, c’est vachement plus valorisant à commenter, car tu peux faire intervenir plein de choses différentes, parler de géographie, d’histoire, c’est un tout.

Le consultant est indispensable pour éclairer sur la technique et la tactique. Après il faut que l’alchimie se fasse. Marion Rousse le complète parfaitement, elle connaît très bien le peloton, son mari est coureur pro, et elle a une ouverture sur le peloton national et international qui est hyper intéressante. Jalabert, lui, est plus centré sur la technique, la tactique et les stratégies, ça se complète bien et ça donne une alchimie assez sympa.

Ton commentaire “Attention Philippe le parapet” a fait le tour des réseaux sociaux, mais sur le coup, ça n’a pas dû être une scène évidente à commenter…

Ça n'a pas été facile, et d’ailleurs c’est ce qui explique ce commentaire spontané, à l’instinct. C’est effrayant, car cinq secondes avant on parle de Fabio Casartelli et de son décès en 1995. En plus, on la voit arriver, cette chute. Moi, ça m’a glacé le sang. J’ai eu le malheur de commenter des gros cartons en ski alpin durant mes années à Eurosport, des mecs qui ont fini amputés, qui ont dû arrêter leur carrière… Sur le moment, je suis effrayé, je lâche ça comme ça. Juste après, Thomas Voeckler arrive, jette un oeil dans le ravin puis nous dit qu’il va bien et qu’on va le remonter. Heureusement, car on voit pas ce qu’il y a derrière.

Après coup, le buzz fait sur les réseaux sociaux, j’ai trouvé ça marrant. Systématiquement, quand un nouveau truc sort, je retweete parce que ça me fait marrer. En plus l’histoire se termine bien avec ce qu’a fait Philippe Gilbert pour son retour à la compétition (ndlr : Philippe Gilbert a remporté le GP d’Isbergues dimanche dernier).

Quel regard portes-tu sur les réseaux sociaux ?

Je suis actif sans vraiment l’être, je ne suis pas un leader d’opinion, pas le genre de mecs qui va balancer des trucs instinctifs sans trop réfléchir. Bien sûr, il y a des choses qui m’agacent, mais je préfère garder ça pour moi. Pour moi Twitter est un truc rigolo, j’aime beaucoup ce que font La Grosse Boucle ou Dans La Musette. C’est important de rire tout en restant respectueux des coureurs, c’est bien de rigoler et moi c’est ça qui m’amuse sur les réseaux sociaux.

Session One-Shot

Paris-Roubaix ou Tour de France ?

Paris-Roubaix, définitivement.

Le coureur le plus sympa du peloton ?

Rudy Molard. C’est un grand fan de ski, son meilleur pote c’est Valentin Giraud-Moine, ils étaient au lycée ensemble dans les Hautes-Alpes, ça ne peut être qu’un bon gars ! (rires)

Un événement que tu aurais aimé commenter ?

Le championnat du monde de cyclisme à Sallanches en 1980, remporté par Bernard Hinault. J’étais devant ma télé, il y avait trois heures de direct sur TF1, c’était un truc énorme, j’en ai encore des frissons. D’ailleurs on va repasser les images dimanche pendant la course élite hommes parce que pour moi c’est un chef d’oeuvre cette course.

Le sport, la course, la compétition, l’athlète qui t’a fait le plus vibrer ?

Alberto Tomba.

Le meilleur souvenir de ta carrière ?

La victoire de Julien Lizeroux au slalom de Kitzbühel en janvier 2009. J’ai démonté la cabane ce jour-là, j’ai dit n’importe quoi à l’antenne, je ne racontais que des conneries tellement j’étais excité et ému.

Ton ou tes favoris pour les Mondiaux ?

Simon Yates, Gianni Moscon, Julian Alaphilippe.

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Charly

Kim Källström est mon idole de jeunesse. A part ça, j'ai eu une enfance plutôt heureuse.