Et si le bluff était une science exacte ! 2/2


Vous avez été nombreux à réagir à l'article "Le Bluff serait-il une science exacte?...". J'en profite donc pour aller un peu plus loin et appliquer les enseignements du petit jeu que je vous avais proposé au vrai poker.

Dans le "jeu des 4 As", nous avons découvert que le joueur qui détient l'information peut gagner à coup sûr sur le long terme, quoi que fasse son adversaire. Pour cela, il faut:

1-Que la situation soit connue et reconnue des deux joueurs

2-Bluffer, mais ni trop ni trop peu!

Et c'est ce qu'il vous faut maintenant appliquer au poker, en travaillant votre image à la table et la fréquence de vos bluffs.

Au poker, vos adversaires étudiant votre stratégie autant que vous étudiez la leur, votre style finit par se remarquer. Si vous ne bluffez jamais, vous êtes désavantagé car vos gros jeux ne seront jamais payés. Et si vous bluffez trop souvent, on le remarquera aussi et vous serez perdants sur la distance, vu que vous raterez vos tirages plus souvent que vous les réussirez. Entre les deux, il existe un juste milieu à définir, une fréquence sur laquelle vous êtes statistiquement gagnant, que l'adversaire vous paye ou non.

Cette fréquence optimale, dans le "jeu des 4 As", est de 50%. Vous gagnez naturellement dans 50% des cas et vous bluffez dans 50% des cas restants. Ni plus, ni moins. Il suffit d'adapter cette stratégie au poker!

Prenons un exemple:

Vous jouez au poker fermé et vous avez:


Votre adversaire relance et vous suivez, fort de votre double tirage couleur et quinte. Vous changez une carte en espérant toucher un CARREAU ou un 10 pour gagner. A la sortie, qu'allez vous faire?...Miser, bien sûr, si vous avez touché une bonne bonne carte. Mais dans les autres cas, que ferez-vous?...Si vous ne bluffez jamais et que votre adversaire le sait, il ne vous paiera pas quand vous aurez touché le jeu gagnant. Et si vous bluffez toujours, il lui suffit de vous payer systématiquement pour faire de vous un perdant au long cours.

Voici donc quelle doit être votre stratégie:

-Ici vous jouez 12 cartes pour réussir votre tirage, 9 cartes à carreau et :
, et .

-AVANT de voir la carte que vous allez tirer, déterminez arbitrairement dans votre tête 6 cartes supplémentaires, par exemple les 7 noirs, les 8 noirs et les 9 noirs.

-Votre plan sera de miser la hauteur du pot (on suppose ici qu'on joue en "pot limit") si vous recevez l'une des 12 cartes de votre tirage et de miser le pot aussi si vous recevez l'une de ces 6 cartes que vous avez pré-déterminé! Dans tous les autre cas, vous abandonnerez le coup.


Cette astuce mnémotechnique vous permet de respecter à coup sûr la bonne fréquence, celle qui optimise votre rendement: bluffez dans 50% des cas en plus de votre probabilité naturelle de gain!. Si vous avez 4 cartes favorables, faites comme s'il y en avait 6, 10 comme s'il y en avait 15, 12 comme s'il y en avait 18, 15 comme s'il y en avait 22, et ainsi de suite...

Cette attitude étant systématisée, vous aurez en outre l'avantage de vous éviter l'émotion qui trahit, la petite hésitation qui tue, qui vous rend "lisible" par l'adversaire!

Attention, il ne s'agit pas de jouer TOUS les coups de poker, quel que soit la variante pratiquée, de cette manière. Dans la pratique, il faut que les circonstances s'y prêtent, c'est-à-dire que le bluff soit cohérent en fonction du schéma technique dans lequel on se trouve, des enchères précédentes du coup, du nombre de joueurs engagés, de la hauteur des tapis respectifs, etc.

Tout cela vous sera dicté par les connaissances théoriques, par l'expérience et par tout ce qui fera que vos automatismes seront de plus en plus développés avec la pratique.

Qu'il soit donc bien entendu que cette méthode n'est pas une panacée mais simplement un outil à rajouter à votre panoplie de bon joueur.

Dans un premier temps, je vous conseille de ne l'utiliser que dans les jeux où les tirages sont des cartes cachées comme le poker fermé, le 7 stud ou le 7 nullo. Vous identifierez progressivement les situations qui s'y prêtent.

A l'Omaha - et encore plus au Texas Hold'em, il faut beaucoup de temps et de préparation pour reconnaître les situations favorables et pour déterminer mentalement toutes les cartes qui vont vous faire miser votre tapis à la river: celles qui vous font vraiment gagner + les "mauvaises" cartes, celles avec lesquelles vous allez bluffer. Car votre choix de ces "mauvaises" cartes ne doit pas être aléatoire comme au poker fermé mais réfléchi car ces cartes doivent être plausibles pour votre adversaire! C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles on voit si souvent les bons joueurs se plonger dans de longues réflexions avant de miser ou de payer une relance au Turn. C'est qu'ils doivent gérer et combiner un grand nombre de paramètres pour élaborer un plan de jeu qui anticipe la "winning attitude" sur la River...