Un cash game pas comme les Autres III

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Partie 3/5 : La descente aux enfers

Si vous avez loupé les épisodes précédents, allez faire un tour ici: Episode 1 - 2.

Voila plusieurs heures que je jouais à cette grosse table. Mon humeur s'était dégradé au fur et à mesure que mon profit s'était fait grignoter, et ce quasiment sans showdown. J'étais peut être un peu fatigué de jouer depuis 10 heures… et clairement déstabilisé par l’alcool (même en petite quantité l’effet était évident)… Mon stack de 18k était en plus grand danger que ce que je pouvais penser sur le moment.

J’allais jeter au feu non seulement les 5,000 que je gagnais mais aussi les 13,000 que j’avais mis de ma poche au début. Le tout en un seul coup tellement honteux que j’ai hésité longtemps à vous le confier. C’est l’équivalent de retirer vos sous à la banque puis de les jeter directement en tas dans la cheminée !

Âmes sensibles s’abstenir... Le milliardaire, largement gagnant sur la soirée, et qui marchait désormais sur la table, attaque au bouton à 200. Je défends ma grosse blinde avec KTo. Le flop arrive hauteur 468 avec un tirage couleur possible. Je check et il mise, comme d’habitude. Je sait qu’il mise quasiment tout ici, et qu’en général il ne se calme qu’a la rivière. Impatient, je décide de faire un move ici, la, maintenant. Je vais payer deux fois puis attaquer la rivière. Tilt, quand tu nous tiens!

Le turn est un 9 et je check call, la rivière est un 8 et je mise 1500 pour voler les 3000 dans le pot. A ce stade, c’est original, mais à la limite pourquoi pas. Seulement voila mon adversaire me relance à 6,000. Je n’ai même pas le temps de réfléchir.

Il est 1h du matin et des poussières lorsque le temps s’arrête.

J’observe mes mains en train de pousser - comme si de rien - les 15k restants au milieu du tapis. Je suis comme en transe. Mais qu’est ce que je suis en train de faire ? Le milliardaire me fixe un instant. Regarde le board imperturbable. Je vois l’action au ralenti. Détendu, ses lèvres s’ouvrent. Je n’entends même pas ce qu’il dit. Je sais déja. Mes jetons penauds sont sur le point de rejoindre son stack avide.

Il fait très chaud. Et la lumière, la lumière est trop forte. Je viens de perdre le plus gros pot de ma jeune histoire. Les nombreux spectateurs me dévisagent. J’arrive quand même à esquisser un sourire crispé. « good call ». Je montre ma hauteur Roi. Il retourne 57 pour une quinte floppée et remporte un pot de plus de 36,000!

Mes jambes se lèvent maladroitement. Elles partent prendre l’air, parler aux oiseaux. Comment ai-je pu faire ca ? Quelle mouche m’a piquée ? Combien viens je de bluffer avec rien pour défendre les 200 mis préflop ? Et contre qui déjà, le milliardaire ? Mais quel con mais quel con ! Me voila désormais à moins 13,000 pour la soirée… sur un coup de sang du début a la fin. Je n’arrive pas à y croire, je vais me réveiller.

Mais non je suis bien la, dehors, à arpenter le pâté de maison, cagoulé comme rarement. J’ai pris un sacré coup dans les dents. On dit que le poker est le jeu le plus violent que l’on puisse pratiquer assis, c’est dans ces moments la que l’on s’en rend compte: la phrase est à prendre au sens littéral.

Un grand verre d’eau.
Une barre de chocolat.
Encore un verre d’eau s’il vous plait.

Je reprends mes esprits petit à petit. De l’eau froide sur le visage, la tête dans l’évier. Je prends un brin de recul. Ce n’est pas la fin du monde pour moi, heureusement je joue toujours aux tables ou je peux encaisser la variance. Je relève un peu la tête. Ce faisant jette un bref regard dans le miroir. Mon visage à l’air encore alerte. Les yeux sont toujours ouverts, et mon cœur bat à nouveau normalement.

Il me vient une idée. La meilleure façon de m’auto pardonner, ca serait de retourner dans la partie avec très peu d’argent. De remonter un peu, sans chercher nécessairement à me refaire. Juste me battre, ne pas tilter. Histoire de me prouver que j’ai du cran.

Et puis la table est trop belle. Je peux le faire. J’ai l’instinct de survie.

Je pousse la porte de la salle poker, d’un pas déterminé. Je vais me rassoir, là, dans la lumière. La nuit est encore longue...

A suivre…